DRESDE SE REND. — MORT DE M. DE NARBONNE
Moniteur avaient beau être remplies d'adresses et d'expressions de dévouement de la part de tous les corps, de toutes les villes, ce langage officiel faisait l'effet d'une comédie convenue. Mieux eût valu de beaucoup pour le gouvernement un silence digne, qui seul convenait dans d'aussi tristes circonstances.
On sut bientôt que le maréchal Gouvion, enfermé dans la ville de Dresde avec près de trente mille hommes, avait été forcé de capituler; que cette capitulation avait été violée par l'ennemi, et qu'enfin le corps d'armée tout entier, qui aurait dû rentrer en France, était prisonnier de guerre. Ce fait constata de nouveau que sans son étrange obstination à conserver jusqu'au dernier moment des places qu'il regardait comme la base de ses opérations futures, Napoléon aurait réuni sans peine autour de lui un renfort de quarante à cinquante mille hommes avec lesquels le succès eût été possible dans les plaines de Leipzig. Mais, jusqu'au dernier moment, il n'avait pu se départir de la chimérique espérance de reconquérir en une seule bataille tout le nord de l'Allemagne.
Nous apprîmes en même temps la mort d'un homme que personnellement je regrettai beaucoup, de M. de Narbonne. Sa perte fut d'autant plus sensible qu'il était du petit nombre de ceux qui, se trouvant en position de traiter avec l'Empereur les plus hautes questions politiques, ne craignaient pas de lui faire entendre la vérité, s'en faisaient même un devoir. L'adresse de son esprit lui fournissait pour cela les moyens que M. de Caulaincourt trouvait dans la fermeté de son caractère. Cette adresse cependant ne l'empêcha pas de porter la peine de sa franchise. Après la rupture des négociations de Prague, Napoléon voulut éloigner de sa personne un témoin trop clairvoyant, qui désapprouvait sa conduite ; il l'envoya prendre le commandement de la place de Torgau, sur l'Elbe. La garnison de cette place se trouva bientôt atteinte d'une maladie, que
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M. de Narbonne gagna en prodiguant ses soins aux malheureux soldats entassés dans les hôpitaux.
M. de Narbonne, un moment ministre de la guerre de Louis XVI, sous l'Assemblée législative en 1792, avait eu, dans sa jeunesse, les plus brillants succès à la cour. Il lui était resté des mœurs de cette époque une apparence de légèreté sur laquelle trop de gens se sont obstinés à le juger. Son esprit était d'une rare perspicacité et en même temps d'une solidité qui l'aurait rendu propre aux plus grandes affaires, si sa longue émigration ne l'en avait pas tenu éloigné pendant tant d'années. Le souci que son retour a causé à M. de Talleyrand, et les peines que celui-ci s'est données pendant longtemps pour empêcher qu'il approchât de l'Empereur, sont la meilleure preuve de ce que j'avance.
Il était cependant impossible que l'Empereur ne sentit pas le besoin de la paix, et surtout ne comprît pas à quel point il était indispensable qu'il eût au moins l'air de la désirer et d'être prêt à se résigner, pour l'obtenir, aux plus grands sacrifices. Il n'avait que ce seul moyen de calmer les esprits et de ramener à lui ceux qui tendaient plus ouvertement à s'en écarter.
L'Espagne était irrévocablement perdue; la guerre, de ce côté, ne pouvait donc plus avoir que de fâcheuses conséquences. Il fallait maintenir sur la frontière des forces qui, transportées sur le Rhin, auraient été de la plus grande utilité. La France n'avait de vieux soldats que ceux dont se composaient les armées du maréchal Soult et du maréchal Suchet.
Dans cette extrémité. Napoléon se flatta que, s'il traitait avec son prisonnier de Valençay, le bonheur de remonter sur le trône le déciderait facilement à accepter des conditions qui, séparant sa cause de celle des Anglais, forceraient ceux-ci à la retraite. Le 12 novembre, il envoya M. de Laforest auprès de Ferdinand, avec pouvoir de faire