‹ Histoire de mon tempsChapitre 46 sur 223 · POURPARLERS RELATIFS A LA PAIX · texte numérisé non relu

POURPARLERS RELATIFS A LA PAIX

vembre, M. le duc de Bassano écrivit à M. le comte de Mettemich que, « d'après le compte qui avait été rendu « par M. de Saint-Aignan des communications qui lui a avaient été faites, et sur l'assurance que l'Angleterre « avait adhéré à la proposition de l'ouverture d'un congrès « pour la paix générale, S. M. l'empereur Napoléon dési- « rait que la ville neutralisée sur la rive droite du Rhin « pour la réunion des plénipotentiaires, fût celle de Manheim;.que M. le duc de Vicence, qu'elle désignait pour son plénipotentiaire, s'y rendrait aussitôt qu'on « aurait fait connaître le jour indiqué pour l'ouverture du « congrès ».

On voit que le silence le plus absolu était gardé dans cette réponse sur l'acceptation demandée des bases posées dans la conférence de Francfort.. Il était dit seulement, dans une phrase générale, que a Sa Majesté acceptait « comme base de la paix l'indépendance de toutes les « nations, tant sous le rapport territorial que sous le rap- « port militaire », Ce principe de droit public qui ne pouvait être contesté, n'était évidemment employé que comme formule évasive, et M. de Mettemich ne pouvait manquer d'en faire l'observation. Aussi répondit-il à son tour que a les hautes puissances, invariables dans leur point de « vue, et indissolubles dans leur alliance, étaient prêtes à « entrer en négociation dès qu'elles auraient la certitude « que les bases générales et sommaires qui avaient été (( indiquées à M. de Saint-Aignan étaient acceptées, et « comme il n'en était fait aucune mention dans la dépêche « de M. de Bassano, elles désiraient que S. M. l'empereur « Napoléon voulût bien s'expliquer à leur sujet; que c'était « le seul moyen d'éviter que, dès l'ouverture des négocia- « tions, d'insurmontables difficultés ne vinssent en entraver (( la marche; le choix de la ville de Manheim ne semblait, a du reste, présenter aucune difficulté ».

Peu de jours après cette lettre, le 1" décembre, les alliés

publièrent une proclamation d'autant plus remarquable qu'elle a été cruellement démentie par les actes subséquents. Elle semblait faite en réponse au sénatus-consulte qui venait d'ordonner une levée de trois cent mille conscrits et à l'exposé des motifs donnés à l'appui de cette résolution. « Ces motifs, disait-on, renferment une provo- « cation aux puissances alliées; il faut donc qu'elles pro- « clament de nouveau à la face du monde les vues qui les « guident dans la présente guerre, les principes qui font la « base de leur conduite, leurs vœux et leurs détermina- « tions. Elles ne font point la guerre à la France, mais à « cette prépondérance hautement annoncée, et que, pour « le malheur de l'Europe et de la France elle-même, « l'empereur Napoléon a trop longtemps exercée hors des (( limites de son empire.

« La victoire a conduit les armées alliées sur le Rhin, « et le premier usage qu'elles en font a été d'offrir la (( paix. Les conditions de cette paix sont fondées surl'indé- « pendance de l'Empire français, comme sur celle des autres « États de l'Europe...

« Les souverains alliés confirment à l'Empire français ce une étendue de territoire que n'a jamais connue la « France sous ses rois, parce qu'une nation valeureuse ne « déchoit pas pour avoir à son tour éprouvé des revers « dans une lutte opiniâtre et sanglante où elle a combattu « avec son audace accoutumée... Mais les puissances aussi a veulent être heureuses et tranquilles... Elles ne poseront (c pas les armes avant d'avoir atteint ce grand et bienfai- « sant résultat..., avant d'avoir raffermi l'état politique de « l'Europe, avant que des principes immuables aient repris « leurs droits sur de vaines protestations, avant que la « sainteté des traités ait enfin assuré une paix véritable à « l'Europe. » On voit que, dans cette pièce, les bases offertes à M. de Saint-Aignan restaient encore admises par les alliés.

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