‹ Histoire de mon tempsChapitre 47 sur 223 · INFLUENCE NÉFASTE DE M. DE BASSANO · texte numérisé non relu

INFLUENCE NÉFASTE DE M. DE BASSANO

Lorsqu'une négociation si importante s'engageait entre Francfort et Saint-Cloud, lorsque tous les détails en étaient publiés en Allemagne, il était impossible que le public français, malgré le désir qu'on pouvait avoir de lui en dérober la connaissance, ne vînt pas à en être informé. II y eut des indiscrétions volontaires, calculées, et on connut bientôt dans Paris les propositions dont M. de Saint-Aignan avait été porteur. Le désir do les voir accepter fut universel, et il se forma dans le palais, dans la ville, dans le conseil, une sorte de ligue pour pousser Napoléon dans cette voie de salut. M. le duc de Vicence en était l'âme et M. de Talleyrand n'y était pas étranger.

Entre les ministres, ceux de la police et du trésor étaient les plus prononcés pour une acceptation prompte et franche. L'un et l'autre avaient une trop parfaite connaissance des embarras dont on serait incessamment assailli, pour que leur avis pût être un moment douteux. Le prince de Neufchàtel et presque tous les aides de camp pensaient de même et agissaient en conséquence. M. de La Valette, important par sa place de directeur général des postes et par la conGance dont il avait toujours joui, saisissait aussi toutes les occasions de faire arriver la vérité aux oreilles de son maître; je ne m'y épargnais pas plus que lui, et j'en avais le moyen en faisant entrer chaque jour, dans mes bulletins, un récit circonstancié de ce qui se disait dans la ville.

Un tel concert aurait eu beaucoup de force, si nous n'eussions trouvé sur notre chemin un adversaire très puissant. M. le duc de Bassano possédait toujours la confiance de l'Empereur; quand M. de Saint-Aignan eut rendu compte de sa mission, il n'hésita pas à soutenir que les alliés sentaient, au moins autant que la France, le besoin de la paix; que les dangers qu'ils auraient à courir, s'ils se hasardaient à franchir la frontière de France, leur inspiraient le plus ardent désir de conclure au plus tôt un arran-

gement définitif. L'initiative que l'Autriche avait prise en était la preuve; il y voyait en outre un commencement de retour du beau-père vers le gendre; il tomba d'accord avec l'Empereur que les alliés avaient dû demander le plus possible, sauf à obtenir moins. Il fallait donc se garder d'accepter de prime abord des bases qui ne devaient point être considérées comme un ultimatum et sur lesquelles les plénipotentiaires discuteraient dans le congrès. C'est ainsi que s'explique la réponse du 16.

Dès qu'on la connut, elle fut pour tout le monde le sujet d'une profonde affliction. Les conséquences étaient faciles à prévoir. M. le duc de Vicence, éclairé par les conférences de Prague sur les véritables dispositions des puissances, et très exactement informé par son beau-frère, M. de Saint- Aignan, n'hésitait pas à regarder les dernières propositions comme un ultimatum sur lequel il était indispensable de s'expliquer franchement, si on ne voulait pas que la négociation fût rompue. Il le dit nettement à l'Empereur et lui fit connaître à quel point la manière dont venaient d'être accueillies les propositions des coalisés était universelle^ ment blâmée.

Le môme avertissement lui venant de tous côtés, l'Empereur fut enfin effrayé d'une désapprobation si générale et comprit qu'il était nécessaire d'adopter, au moins en apparence, une ligne de conduite qui pût lui valoir un retour de confiance; il se décida à sacrifier M. le duc de Bassano. Personne n'admettait que la paix pût être traitée sincèrement tant qu'il serait chargé du ministère des relations extérieures. Il fut donc remplacé par M. le duc de Vicence.

Aucun choix ne pouvait être plus sympathique au public, dont les espérances se ranimèrent aussitôt. L'Empereur, cependant, ne voulant pas se détacher entièrement du duc de Bassano, lui rendit le ministère de la secrétairerie d'État. Mieux eût valu qu'il eût le courage de l'éloigner

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