MOUVEMENT MINISTÉRIEL
entièrement. M. Maret était, sans aucun doute, un très honnête homme, jparlant suivant sa conscience et animé du dévouement le plus sincère, mais ce dévouement était précisément ce qui, dans la circonstance donnée, le rendait fort dangereux, parce que, devant toujours inspirer un peu de confiance, il n'était plus qu'un mécontent sans lumières et moins que jamais en position d'en acquérir.
Ce mouvement ministériel en entraîna d'autres. M. Dam, quittant la secrétairerie d'Ëtat, alla remplacer, au ministère de l'administration de la guerre, M. le comte de Cessac, qui fut fait ministre d'Ëtat et reprit la présidence de la section de la guerre au Conseil d'Ëtat. M. Mole remplaça au ministère de la justice M. de Massa, qui fut aussi nommé ministre d'Ëtat et peu après président du Corps législatif.
Le 2 décembre, M. le duc de Vicence répliqua à la lettre de M. de Mettemich, et, après avoir cherché assez vainement à prouver que l'adhésion demandée était une conséquence du principe de l'indépendance de toutes les nations, qui se trouvait reconnue dans la dépêche de M. de Bassano, il termina par ces paroles : « Toutefois, c'est avec une vive « satisfaction que j'annonce à Votre Excellence que je suis « autorisé par l'Empereur, mon maître, à déclarer que Sa « Majesté adhère aux bases générales et sommaires qui « ont été communiquées à M. de Saint-Aignan. Elles en- « traînent de grands sacrifices de la part de la France, mais a Sa Majesté les fera sans regret si, par des sacrifices sem- « blables, l'Angleterre donne les moyens d'arriver à une « paix générale et honorable pour tous, que Votre Excel- « lence assure être le vœu non seulement de toutes les « puissances du continent, mais encore de l'Angleterre. »
Cette réponse était claire et positive, mais elle aurait dû être faite vingt jours plus tôt, et, peut-être alors , auraitelle fait prendre un cours tout différent aux destinées de la France. Quand elle arriva à Francfort, le moment favorable était déjà passé, et M. de Metternich, à son tour,
répondit d'une façon dilatoire. Il annonça le 10 décembre qu'il avait soumis à Leurs Majestés « la dépèche du mi- (( nistre français, qu'elles y avaient reconnu avec satisfac- « tion que l'empereur Napoléon avait adopté les bases (( essentielles au rétablissement d'un état d'équilibre et de (( tranquillité future de l'Europe, qu'elles voulaient en con- « séquence que cette pièce fût portée sans délai à la con- (( naissance de leurs alliés. Leurs Majestés Impériales et (c Royales, ajoutait-il, ne doutant point qu'immédiatement (f après la réception des réponses, des négociations ne « puissent s'ouvrir ».
Napoléon a été sévèrement puni de la faute qu'il venait de commettre. Ce qui aggrava ses torts, c'est qu'il fut inspiré dans cette circonstance, bien moins par l'intérêt de la France que par son intérêt personnel. Il pouvait, après tant de désastres, la laisser dans un haut degré de force et de puissance ; il l'a sacrifiée aux embarras de sa propre situation, à la difficulté de se retrouver seul, après l'écroulement de ses projets ambitieux, en face d'une nation qui avait tout fait pour lui et qui pouiTait si justement lui demander compte de tant de trésors gaspillés, de tant de sang versé dans de folles entreprises.
La paix, dans cette situation, lui a semblé le pire des malheurs. Dépouillé du prestige attaché aux conquérants, entouré de tous ces capitaines auxquels il n'aurait plus les richesses des peuples à distribuer, il n'a pas admis la possibilité de demeurer sur un trône où son premier devoir aurait été de se faire pardonner les fautes passées. En cela il a méconnu la générosité française et n'a pas su se fier à une qualité qui était étrangère à son caractère. Il ne s'est même pas rendu justice à lui-môme, car il avait dans les souvenirs de sa brillante cairière, même dans ses fautes et dans ses revers, un éclat et une grandeur qui l'auraient toujours soutenu. Son orgueil n'a pu accepter la moindre diminution dans son prestige. Dans le fond de sa