VIVES INQUIÉTUDES A PARIS. H
pour satisfaire aux plus pressants besoins; ordonner une retraite précipitée, au travers d'un pays ruiné, au moment où le plus grand nombre se croyait arrivé au terme de ses travaux, c'était risquer de jeter l'armée dans un découragement dont les effets auraient été incalculables. La faute de Napoléon n'est donc pas tant d'être resté à Moscou que d'y être venu; ce qui n'empêche pas que le séjour y ait été prolongé au delà de l'indispensable nécessité. L'Empereur lui-même est convenu qu'il aurait dû y demeurer quinze jours de moins.
Toutes les correspondances particulières qui arrivèrent de l'armée augmentèrent l'impression, si vive déjà, que l'on ressentait à Paris. Je me souviens d'une lettre do M. Baraguey d'Hilliers adressée à M. de La Valette; les plus grands malheurs y étaient prédits. Placé sur les derrières de l'armée, M. Baraguey d'Hilliers voyait les difficultés qui s'accumulaient autour de lui; il prévoyait que bientôt les communications qu'il était chargé d'assurer seraient interceptées. Il n'y avait qu'un seul homme dont la confiance inébranlable cherchât à se rendre communicative, dont les lettres annonçassent toujours les plus heureux résultats. M. de Bassano, établi à Wilna avec quelques membres du corps diplomatique, repoussait tout ce qui pouvait faire douter du succès final; ce n'était pas chez lui indifférence pour les souffrances dont il était témoin, car il était bon et humain; tous les sentiments généreux trouvaient accès dans son âme; mais M. de Bassano était possédé d'une telle admiration pour Napoléon, d'un désir si ardent de voir réussir ses projets, que tout cédait en lui au besoin de concourir à ce succès, à lui en fournir les moyens.
Il était impossible que l'inquiétude, qui gagnait à Paris les hommes les plus dévoués au gouvernement impérial, ne fit pas naître chez ceux qui avaient poiu" lui des sentiments hostiles l'espoir de le renverser. A la fin d'octobre
nous en eûmes la preuve. Une conspiration éclata, dans des circonstances fort extraordinaires, qui méritent d'être racontées. Presque toutes les relations qui en ont été publiées sont plus ou moins mensongères : je veux parler de la conspiration Malet.
Le général Malet n'était plus un jeune homme; il avait fait ses premières armes dans les mousquetaires et avait quitté le service, lors de la dissolution de ce corps, avec le brevet de capitaine. Patriote très chaud, au commencement de la Révolution, il était rentré dans rannée eu 1792; en 1799, il était général de brigade. Son républicanisme fort ardent, qu'aucune des horreurs de la Révolution n'avait ébranlé (il était de ceux, en très petit nombre, qu'on qualifiait, dans l'armée, de terroristes), lui avait fait voir avec un grand déplaisir l'élévation du général Bonaparte au Consulat; il avait été l'un des généraux qui, lors du Concordat avec le Pape, étaient entrés dans un complot qui avait donné assez d'inquiétude au premier Consul. Cependant, en 1805, il avait été encore employé en Italie et avait même eu le commandement de la ville de Pavie. Il cessa d'être employé dans les premiers jours de l'Empire, et vint s'établir à Paris, où il forma des liaisons avec des hommes exaltes, toujours occupés à tramer quelques complots contre l'Empereur. Parmi eux se trouvaient le général Servan, l'ancien ministre de la guerre, et un sieur Jacquemont, membre du Tribunat. Servan vint à mourir au moment où la police commençait à se méfier de lui ; Jacquemont seul fut arrêté, mais on trouva dans les papiers du général Servan le plan très détaillé de l'organisation d'un gouvernement provisoire, dans le cas où on réussirait h se défaire de Napoléon. La police découvrait en même temps une association secrète formée dans le but d'agir sur l'armée. Le plus capable et le plus audacieux des fondateurs de cette association, dont les membres se donnaient le nom de Philadelphes, était un nommé Bazin, originaire