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LA CONSPIRATION MALET

du Mans. II avait, dans les plus mauvais jours, épouvanté le département de la Sarthe par la rédaction d'un journal très violent; c'était lui qui le premier avait conçu, en 1799, ridée de la loi des otages. La crainte des vengeances du parti chouan avait, depuis, décidé M. Bazin à s'éloigner du Mans et à se réfugier à Paris.

Après beaucoup d'interrogatoires, de recherches et de perquisitions, on ne trouva pas de preuves suffîsantes, ni contre Bazin, ni contre Jacquemont; personne ne fut mis en jugement; on se borna donc à détenir comme prisonniers d'État tous ceux sur qui on avait mis la main. Le général Malet, également compromis dans l'une et l'autre affaire, fut du nombre des détenus. Ceux-ci restèrent presque tous dans les prisons de Paris, probablement parce que M. Dubois, ne renonçant pas à l'espérance que de nouvelles investigations seraient plus fructueuses, préférait garder les prévenus sous sa main. Le général Malet obtint assez promptement d'être transféré de la prison de la Force, dans une maison de santé, au faubourg Saint- Antoine. Il avait eu avec M. Fouché, dans le cours de sa vie révolutionnaire, des rapports qui lui donnèrent quelques droits à un souvenir bienveillant; il lui dut cet allégement, considéré presque toujours comme un acheminement vers une liberté qui ne se fît pas longtemps attendre. Dans la réalité, l'homme qui était détenu dans une maison de santé ne devait être considéré que comme un prisonnier sur parole; rien ne lui était plus aisé que de s'évader; il n'y avait là ni gardien, ni guichet, ni grille, ni verrou. Le propriétaire de l'établissement était seul responsable des individus qui lui étaient confiés et n'avait pour les surveiller que des domestiques, chargés en môme temps de les servir. On recevait, dans ces maisons, toutes les visites des personnes que les détenus jugeaient à propos de voir, avec lesquelles ils passaient, sans nulle gêne, la plus grande partie de la journée; les communications entre le

dedans et le dehors ne souffraient donc aucune difficulté. ^^

Lorsque le général Malet entra dans la maison de santé s

du faubourg Saint-Antoine, il y trouva MM. de Polignac, I

Berthier de Sauvigny, l'abbé Lafon, et M. de Puyvert; ces '

cinq personnes étaient toutes détenues pour fait de complot royaliste. MM. de Polignac avaient dû leur sortie de Vincennes à l'intérêt que leur portait la duchesse de Rovigo. Elle était un peu leur parente; fort liée de plus avec la femme de l'aîné de ces messieurs, elle avait décidé son mari à obtenir de l'Empereur cet adoucissement à leur longue captivité. J'avais rendu le même service à M. Berthier de Sauvigny, beau-frère de mon frère. Les projets de conspiration insensés qui avaient attiré sur lui cette rigueur n'étaient pas de nature à le faire considérer comme très redoutable. On ne pouvait pas en dire autant de l'abbé Lafon. Né dans le département de la Gironde, dès 1795 il s'était signalé par la part très active qu'il avait prise à toutes les tentatives ayant pour but de rétablir l'ancienne monarchie; promoteur de la chouannerie, plus récemment, lors de l'occupation des États de TÉglise par les troupes françaises, il avait travaillé à répandre les protestations du Pape, et la bulle d'excommunication que Sa Sainteté avait jugé à propos de fulminer. Cette dernière entreprise l'avait fait arrêter à Bordeaux, envoyer à Paris, puis enfermer à la Force, avec le général Malet. L'intérêt qu'il avait su inspirer, par une maladie feinte ou véritable, avait motivé son transfèrement dans cette maison de santé, oii se trouvait M. de Puyvert, détenu depuis neuf ans. Royaliste non moins dévoué que M. Lafon, le marquis de Puyvert avait participé, comme investi des pouvoirs du Roi, à tous les mouvements tentés pour la causé royale dans le midi de la France.

Voilà donc la société au milieu de laquelle le général Malet se trouva jeté en sortant de la Force. Elle semblait devoir peu convenir à ses habitudes, à ses opinions et aux

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