‹ Histoire de mon tempsChapitre 51 sur 223 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ouverture de la session du Corps législatif. — Précautions prises dans la crainte de manifestations hostiles. — Cri séditieux poussé, au passage du cortège impérial, par M. de Bassompierre. — Arrestation de ce dernier et sa mise en liberté, grâce à. Tintercession de M. Pasquier. — Adresse adulatrice du Sénat en réponse au discours du Trône. — Caractère très différent du projet d'adresse élaboré au Corps législatif; garanties demandées au nom des droits de la nation contre les dangers du pouvoir absolu. — Colère de l'Empereur. — Réunion, chez le ministre, du conseil de police. — Considérations de M. Pasquier sur la nécessité d'entendre ce langage. — Opinion conforme et motivée de M. Real. — Acceptation par M. de Rovigo de transmettre cet avis À l'Empereur. — Décision contraire de Napoléon. — Saisie chez l'imprimeur de toute l'édition du rapport. — Ajournement du Corps législatif. — Attitude de M. Mole en cette circonstance. — Paroles amôres adressées par Napoléon au Corps législatif, à la réception du !•' janvier i8i4. — Ordre de quitter Paris signifié à M. Laine, rapporteur, et aux autres membres de la commission législative. — Décret autorisant la perception des impôts. — Envoi en province de commissaires extraordinaires investis de pouvoirs exceptionnels. — Entretien de l'Empereur et de M. Pasquier à propos de la situation publique. — Sur la proposition de ce dernier, décret de mise en activité de la garde nationale do Paris et nomination du maréchal Moncey comme major, général de cette garde.

L'ouverture du Corps législatif avait été reculée du 2 décembre au 19, apparemment dans l'espoir qu'un commencement de négociation aurait eu lieu à cette époque et rendrait moins difficile l'attitude de FEmpereur. Dans Tinlervalle, un nouveau décret fut rendu pour arracher à la nation encore un sacrifice : cent soixante mille hommes do garde nationale, organisés en cohortes, étaient destinés à la défense des places de guerre et au maintien du bon ordre dans les villes (|ui n'appartenaient pas à cette caté-r

gorie. Bien que ces cent soixante miUe hommes ne dussent pas entrer précisément dans les cadres de l'armée, ils devaient marcher à l'ennemi dans l'hypothèse, devenue probable, de l'invasion du territoire. Il faut donc les ajouter aux onze cent quarante mille déjà appelés depuis le mois de janvier, ce qui donne l'effrayant total de treize cent mille hommes dans le courant d'une année.

Chacun était dans l'attente des paroles que l'Empereur allait prononcer en ouvrant la session du Corps législatif; Napoléon lui-même n'était pas sans quelque souci sur la manière dont la journée se passerait. Il fallait, pour se rendre au palais du Corps législatif, traverser lentement et en grande cérémonie un assez long espace; il craignait également le silence de la foule et les cris qui pouvaient se faire entendre. Il avait fait deux ou trois promenades à cheval dans les quartiers les plus populeux de la ville, et, malgré quelques acclamations qui lui avaient été ménagées dans le faubourg Saint-Antoine, il avait été peu satisfait de cette épreuve. Il résolut de prendre le chemin le plus court et qui paraissait en même temps le plus facile à garder et à surveiller. Au lieu de suivre les quais, comme il avait coutume de le faire, son cortège s'achemina par le jardin des Tuileries, la place Louis XV et le pont de Louis XYI, alors appelés la place et le pont de la Concorde. Fort heureusement, j'étais passé à cheval une heure auparavant, et mes yeux avaient été frappés par une inscription tracée en gros caractères noirs sur le premier pilastre du pont : a A bas le tyran I » Je n'eus que le temps de l'envoyer effacer.

A sa sortie du palais, et lorsqu'il avait à peine fait vingt pas dans le jardin, une voix, partie d'un groupe assez considérable, s'écria : « Quoi ! personne ne nous délivrera de ce scélérat I » Un gendarme en habit bourgeois, qui faisait partie de ce groupe, mit la main sur l'individu qui avait poussé le cri et le conduisit au corps de garde. Personne

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