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LES PARTISANS DES BOURBONS

trouver quelques personnes sachant où demeurait le Roi en Angleterre et qui fussent informées que la Reine, sa femme, était morte et enterrée à Westminster. Ce que j'avance ici ne se trouvera pas en contradiction avec les faits qui se sont passés un peu plus tard à Bordeaux. Ils ont tenu à des causes toutes particulières que j'aurai soin de faire connaître.

Ce très court exposé pourra blesser, je le sais, ceux qui veulent attribuer la Restauration à la persévérance de leurd efforts ou à la grande influence qu'ils ont exercée. Mais je crois qu'il y a quelque avantage à montrer la puissance attachée aux anciens droits, à faire toucher du doigt qu'il est des circonstances où les principes seuls peuvent sortir de l'oubli le plus profond et apparaître, tout d'un coup, comme une ressource à laquelle les nations sont heureuses de s'attacher. Napoléon l'avait bien senti, ainsi que j'en ai plus haut donné la preuve (1). Cependant il existait un petit nombre d'hommes capables d'envisager toutes les chances de l'avenir; leur position leur permettait de choisir entre ces solutions diverses, et de favoriser celles qui leur sembleraient préférables pour le bien public. A la tête de ces

(1) Si ma manière d'envisager cette question inspirait peu de confiance À quelques personnes, je les prierais de lire les relations publiées par ceux mêmes qui se sont crus obligés de faire yaloir leurs mérites et leurs bons offices. Elles pourront ainsi juger, en parfaite connaissance de cause, et de l'étendue des moyens, et de la valeur des résultats qui ont été obtenus. Il existe entre autres, un petit volume intitulé : Journal d'un Français depuis le 9 mars jusqu'au 15 avril 1814. M. de Gain-Montaignac, qui en est l'auteur et le principal acteur, était aussi avant que personne dans la confidence et les secrets de la réunion bourbonnienne qui existait et s'agitait dans la capitale. Il s'est fort résolument hasardé pour aller à la découverte et porter aux alliés l'expression des vœux de son parti ; mais, en bonne foi, au delà de ces vœux, que leur a-t-il pu offrir? Était-il en son pouvoir de leur faire espérer seulement une assistance qui eût la moindre apparence d'efficacité? J'ai dû m'expliquer à l'avance sur ce point assez délicat, autrement on aurait pu s'étonner en voyant le peu de place que je donnerai dans le récit qui va suivre & ceux qui, depuis, se sont cru de si grands droits à la reconnaissance du prince.

hommes on doit placer M. de Talleyrand, et, parmi les mécontents qui s'abritaient sous son aile, le duc de Dalberg et M. Tabbé Louis : ce dernier, ardent jusqu'à l'imprudence, ambitieux, irrité de n'avoir pas vu ses talents en finances appréciés par l'Empereur autant qu'il s'en était un moment flatté ; le duc de Dalberg, intriguant jusqu'au point de devenir conspirateur au besoin, sans aucun principe sur quelque matière que ce fût, libéral, hautain et cauteleux tout à la fois, profondément corrompu, comme le sont les oisifs blasés que l'ennui et la satiété ont démoralisés. Tous deux étaient éminemment propres à encourager chez M. de Talleyrand la violente haine qui le travaillait depuis quelque temps; tous deux ne cessaient de lui mettre sous les yeux les dangers dont il était menacé, si jamais Napoléon se retrouvait en situation de donner un libre cours à ses ressentiments. A cet égard ils n'avaient pas de peine à le convaincre; mais ils en avaient beaucoup plus, lorsqu'il s'agissait de le pousser à une résolution quelconque.

Éprouvé par une vie déjà longue et dont la plus grande partie s'était écoulée au milieu des vicissitudes de la Révolution, M. de Talleyrand savait combien les retours de fortune sont fréquents, surtout à la guerre. Ses habitudes, ses connaissances diplomatiques, le tenaient de plus en grande méfiance sur les coalitions. Il connaissait la prudente circonspection de l'Autriche, ne tenait pas sa franche coopération comme assurée, et se disait qu'elle pouvait très bien, au dernier moment, pour peu qu'elle y trouvât son avantage, se complaire à sauver d'une ruine totale celui qu'elle aurait conduit jusqu'au bord du précipice. Tout observer, s'appliquer à tout savoir, travailler, sans trop se compromettre, à aggraver les embarras qui pourraient naître d'un moment à l'autre, et se tenir prêt à porter le dernier coup, s'il s'en présentait une occasion bien assurée, tel fut dès lors le plan de conduite qu'il se

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