ALEXANDRE SONGE AUX BOURBONS
admirable pour détruire un ennemi avec lequel la paix ne serait jamais qu'une trêve insidieuse. Pour achever sa ruine, disait le général Pozzo, il faut mettre à sa place une famille à laquelle d'anciennes traditions puissent donner une autorité et des droits incontestables. La maison de Bourbon offrait seule cet avantage; quoique oubliée, l'éclat de sa restauration lui donnerait un nouveau lustre et raviverait des souvenirs non entièrement effacés. En mettant cette idée en avant, le général servait également sa vieille haine et ses anciennes affections. Il était, il faut le reconnaître, fidèle à la cause qu'il avait défendue dans l'Assemblée législative de 1792.
Alexandre se laissa facilement entraîner par la séduction de ces raisonnements. Le projet de replacer les Bourbons sur le trône de France, du moment qu'il lui était présenté comme ayant des chances de succès, ne pouvait manquer de sourire à son imagination. Il trouvait ainsi la double satisfaction d'abattre un rival, avec lequel toute réconciliation sincère lui paraissait impossible, et d'attacher son nom au rétablissement de la plus ancienne des maisons régnantes, alors que tous les souverains, ceux mômes qui étaient liés avec elle par les liens du sang les plus étroits, semblaient avoir abandonné sa cause. £n ordonnant à son plénipotentiaire de faire suspendre les conférences, l'empereur de Russie avait donc agi dans le but d'obtenir de ses alliés qu'on ne traitât plus avec Napoléon et qu'on attendît le cours des événements; puis il avait provoqué une grave délibération sur la question de savoir s'il n'était pas opportun de favoriser le retour des Bourbons. Le cabinet d'Autriche avait rédigé un mémoire que produisait M. de Metternich, et qui tendait à un but diamétralement opposé. Effrayé de la grandeur de l'entreprise dans laquelle on s'était engagé, trouvant la ligne d'opération mal assurée, inquiet du mouvement hostile de la population sur les derrières de l'armée, ce cabinet pensait qu'il fallait saisir
Toccasion qui se présentait de faire le plus promptement possible une paix favorable. Dès lors il y avait plutôt lieu de ralentir que d'accéUrer les opérations militaires.
Ces deux manières de voir si différentes se trouvèrent soumises en même temps à la délibération des quatre ministres principaux qui suivaient le quartier général. Le résultat de leur conférence fut loin de répondre aux vues de l'empereur Alexandre. Les ministres d'Autriche, d'Angleterre et de Prusse soutinrent qu'il serait contre les règles de la prudence et d'une saine politique, de hasarder un résultat certain et fort avantageux, pour courir après un but qui ne serait que très difficilement atteint. On était assuré d'obtenir de Napoléon une paix à peu près telle qu'on pouvait la désirer. Si on le poussait à la dernière extrémité, si on voulait imposer la maison de Bourbon à la France, alors qu'il s'élevait si peu de voix en sa faveur, lorsque la presque totalité du pays n'avait pas seulement l'air de se souvenir qu'elle existât, on courait le risque de faire naître une résistance, qu'à l'heure présente on n'avait aucune raison de craindre. Que si Napoléon acceptait les propositions qui lui étaient faites, ou s'il n'y demandait que des modifications acceptables, il ne serait ni juste, ni raisonnable, ni conséquent avec ce qu'on avait déjà fait, de refuser de s'entendre avec lui. Il n'y avait même pas de raison pour repousser un armistice. M. de Metternich n'avait pas manqué de faire connaître l'ouverture qui lui avait été faite à cet égard par le duc de Vicence, et les conditions ofi'ertes pour l'obtenir. Il ne paraît pas que cet avis, nettement émis par les trois ministres, ait été fortement combattu par M. de Nesselrode, qui l'aurait volontiers adopté, s'il avait été libre de n'écouter que son inclination personnelle.
■ L'empereur Alexandre, en cette occasion, ne s'entendait donc, à vrai dire, qu'avec M. de Pozzo. Lord Castlereagh et M. de Hardenberg, pour donner plus de poids à leur opi-