‹ Histoire de mon tempsChapitre 71 sur 223 · POZZO RÉFUTE LE MÉMOIRE AUTRICHIEN · texte numérisé non relu

POZZO RÉFUTE LE MÉMOIRE AUTRICHIEN

cîpation, pour l'ouverture des négociations. Ainsi l'Angleterre, qui avait si longtemps, si persévéramment refusé de reconnaître Napoléon comme empereur des Français, se trouvait être la puissance qui tenait le plus à agir avec lui, comme elle l'aurait fait avec le souverain dont les droits auraient été le plus incontestablement reconnus ; elle marchait donc dans les voies de TAutriche.

Il est facile de se faire une idée de la contrariété que ressentit l'empereur Alexandre, lorsque ce résultat de la délibération des quatre ministres fut placé sous ses yeux. Quand le général de Pozzo se présenta chez lui : « Eh bien, « vous le voyez, dit-il, en lui donnant les pièces à lire, tout « est fini; ils vont conclure un armistice et cet homme sera « encore une fois le maitxe. » M. de Pozzo répondit que tout ne lui semblait pas décidé ; que sans doute on ne pouvait pas se flatter d'empêcher les négociations de continuer, mais qu'on pouvait très bien s'opposer à l'armistice et que, si Sa Majesté le repoussait avec fermeté, il ne serait certainement pas conclu.

Le généra] de Pozzo demanda en même temps à Alexandre de vouloir bien lui accorder jusqu'au lendemain matin pour rédiger une réfutation du mémoire de l'Autriche, ainsi que de la note particulière de M. de Hardenberg. Le lendemain, en effet, l'une et l'autre pièce étaient sous les yeux de l'empereur. J'ai lu les minutes : la réfutation roulait principalement sur les inconvénients et les dangers d'un armistice; cette mesure tourneredt entièrement à l'avantage de Napoléon, au détriment des alliés, qui ne pouvaient avec certitude arriver à une paix dont les conditions fussent vraiment assurées, qu'en poussant les opérations militaires avec la dernière activité et sans donner à l'ennemi aucune relâche. Quant à ce qui concernait la maison de Bourbon, sans doute on ne devait pas songer à l'imposer à la France, si celle-ci ne la réclamait pas; mais, sans rien préjuger à cet égard, était-il possible de connaître les véritables senti-

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ments du pays, tant que celui qui y dominait depuis tant d'années paraîtrait encore en position de défendre son pouvoir, tant qu'on pourrait croire que les alliés agissaient avec lui comme avec le seul souverain possible? N'était-il pas évident qu'on devait attendre beaucoup de la marche des événements? que de leur développement seul pouvait résulter une appréciation exacte des véritables dispositions du peuple français? On pouvait donc, si on le jugeait à propos, continuer de négocier avec Napoléon; mais il fallait au moins que ce fût en tenant ferme sur les conditions qui avaient déjà été signifiées à son plénipotentiaire et en ne souffrant pas qu'il y fût apporté la moindre modification. Quant à l'armistice, il était tout à fait inadmissible. Le ton assuré de cette réfutation était sans doute de nature à produire une vive impression sur les alliés de l'empereur Alexandre.

Dans la réponse particulière à M. de Hardenberg, l'empereur ne se gênait pas pour manifester son mécontentement, pour le faire tomber plus sensiblement sur celui des alliés qui avait eu le plus grand besoin de lui et qui devait se croire plus particulièrement obligé à le ménager. Voici les phrases qui m'ont paru surtout remarquables dans cette pièce : « Il m'est impossible de ne pas voir dans ce qui « vient de m'étre adressé une démarche concertée évidem- « ment pour contrarier le désir que j'ai d'arriver à la paix « par la destruction des armées qui obéissent à Napoléon, (( et aussi d'anéantir son existence politique. Jusqu'ici, (c monsieur, je croyais vous avoir vu dans les mômes sen- « timents. Vous savez, mieux que personne, si j'ai jamais (( voulu hasarder le salut de la Prusse pour des avantages « tout à fait problématiques. Je n'ai jamais cessé de pour- « suivre des projets utiles à son agrandissement et je ne « cesserai de le faire à l'avenir, malgré toutes les contraa riétés que j'éprouve. J'aurais désiré que les intentions du a roi me fussent communiquées plus confidentiellement,

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