‹ Histoire de mon tempsChapitre 72 sur 223 · L'IDÉE D'UN ARMISTICE EST ÉCARTÉE. 1G · texte numérisé non relu

L'IDÉE D'UN ARMISTICE EST ÉCARTÉE. 1G

a sans prendre la forme d'une démarche combinée et des- (c tinée à me faire adopter les vues des autres. Je persis- « terai dans les miennes sans en dévier, parce que c'est (( par elles que, jusqu'à présent, j'ai pu faire le bien de mes « alliés. Je me réglerai de manière à ne justifier aucune « des suppositions exagérées qu'on met en avant pour « entraver la marche sur laquelle je me flatte que la Russie « et la Prusse resteront toujours d'accord; leur union entre- « tiendra celle des autres. »

J'ai vu le billet écrit au crayon par Alexandre en renvoyant le projet à celui qui l'avait rédigé. Il était ainsi conçu : « Je l'adopte en entier et n'y fais que de très légères corrections. » La lettre fut donc expédiée et envoyée sur-le-champ, ainsi que la réplique au Mémoire et à la Conclusion commune.

Le lendemain, M. de Hardenberg se hâta d'adresser une réponse; il se plaignait d'avoir été mal compris, se mettait aux pieds de l'empereur et déclarait qu'il était prêt à se retirer des aflFaires si sa présence pouvait devenir une seule minute un obstacle à l'union la plus intime des couronnes de Russie et de Prusse, union que son maître ne sacrifierait jamais à quelque considération que ce pût être. Une fois la Prusse ainsi ramenée, l'Autriche et l'Angleterre devaient se trouver heureuses d'adopter le terme moyen qui leur était proposé, celui de continuer les négociations, mais sans conclusion d'armistice.

Ainsi s'évanouit l'espérance d'une négociation sincèrement conduite vers la pacification, que Napoléon n'aurait sans doute obtenue qu'au prix de sacrifices énormes, mais dans lesquels on ne se serait pas, du moins, proposé sa ruine absolue. L'idée d'un armistice étant définitivement écartée, on s'occupa de rédiger les conditions dont les bases avaient été présentées, le 7, au congrès. En affectant d'accentuer et non d'atténuer les rigueurs contre la France, on voulut surtout indiquer l'emploi qui serait fait des cessions exigées. Il fut formellement stipulé que l'empereur

des Français reconnaissait le droit des puissances alliées de déterminer, d'après les traités existant entre elles, les limites et les rapports, tant des pays cédés par la France, que de leurs États respectifs, cela sans que la France pût y intervenir en aucune façon. Ainsi libellé, le projet d'un traité préliminaire entre les puissances alliées et la France fut envoyé aux plénipotentiaires de Châtillon. Le 17, ils informèrent le duc de Vicence que rien ne s'opposait plus à ce que les conférences fussent reprises; en effet, dès le jour même, il y en eut une où ils firent connaître que le ministre des affaires étrangères d'Autriche ayant porté à la connaissance des cours alliées l'ouverture qui lui avait été adressée le 9 par M. le duc de Vicence, au sujet d'un armistice, celles-ci avaient autorisé leurs plénipotentiaires à déclarer qu'elles estimaient qu'un traité préliminaire qui serait fondé sur le même principe que l'armistice, et qui aurait pour suite immédiate la cessation des hostilités sur terre et sur mer, atteindrait mieux et plus convenablement le but qu'on se proposait généralement.

Il était impossible de mettre les plénipotentiaires français dans une situation plus pénible. Le duc de Vicence, qui était toujours en présence des dangers d'une rupture, se contenta, dans cette séance, de présenter quelques observations sur les points les plus importants, notamment sur ceux qui étaient relatifs à la situation de la Saxe, et aux droits que le roi de Westphalie et le vice-roi d'Italie pouvaient avoir, le premier à une indemnité, le second à la possession du royaume d'Italie, quand Napoléon y aurait renoncé.

Les plénipotentiaires alliés répondirent qu'ils s'en tenaient pour le moment à leur projet, et M. de Vicence finit par dire que la pièce dont il venait d'entendre la lecture était trop importante pour qu'il fût possible d'y faire une réponse immédiate, et il se réserva de proposer aux plénipotentiaires des cours alliées une conférence ultérieure. Puis il se hâta d'expédier un coiu'rier à Napoléon, poiu* lui faire connaître

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