SUCCÈS DE NAPOLÉON
ces conditions rigoureuses et prendre ses ordres définitifs.
On a reproché à M. de Caulaincourt de n'avoir pas usé de ses pouvoirs pour souscrire, sans hésitation, le 17 février, le projet de traité qui lui était offert, et qu'il crut devoir mettre sous les yeux de l'Empereur. Il a répondu que, connaissant le caractère de celui qu'il représentait, il n'avait pas dû s'exposer à un refus de ratification qui était probable, et eût rendu la situation encore plus critique.
Cependant, des événements d'une grande importance étaient survenus, et avaient décidé Napoléon à restreindre les pouvoirs précédemment donnés à son négociateur. A la suite de manœuvres et de combats livrés avec la plus grande habileté, il avait, du 10 au 14, transporté son armée des bords de la Seine sur ceux de la Marne, et, tombant à l'improviste sur le corps russe et prussien qui côtoyait cette rivière, il l'avait à peu près détruit; puis, revenant avec ime incroyable promptitude sur la grande armée combinée, en deux combats, non moins brillants que les précédents, il l'avait refoulée de la rive droite de la Seine sur la rive gauche. Il était d'autant moins disposé à subir les dures conditions qu'on voulait lui imposer à Chàtillon, qu'il se flattait d'avoir repris sur les alliés l'ascendant de la victoire, qu'il croyait toucher au moment où une seule bataille gagnée trancherait, en sa faveur, la grande question du maintien de la France dans ses frontières naturelles. C'est alors qu'il dit : « Les alliés ne savent pas que je suis à préce sent plus près de Munich et de Vienne qu'ils ne le sont « de Paris. »
Je ne puis assurer qu'il ait prononcé ces paroles, je puis du moins garantir l'authenticité des pièces suivantes, adressées à M. de Caulaincourt les 17 et 19 février et le 2 mars. Celle du 17, déjà publiée par M. Fain, est si nécessaire pour l'intelligence de la situation que je crois devoir la rapporter ici.
a Monsieur le duc de Vicence , j e vous ai donné carte blanche
« pour sauver Paris, et éviter une bataille qui était la der- <( niëre espérance de la nation. La bataille a eu lieu, la « Providence a béni nos armes. J'ai fait trente à quarante a mille prisonniers; j'ai pris deux cents pièces de canon, « un grand nombre de généraux, et détruit plusieurs armées « sans presque coup férir. J'ai entamé hier l'armée du « prince de Schwarzenberg , que j'espère détruire avant « qu'elle ait repassé mes frontières.
« Votre attitude doit être la même : vous devez tout a faire pour la paix; mais mon intention est que vous ne a signiez rien sans mon ordre, parce que seul je connais « ma position. En général, je ne désire qu'une paix solide « et honorable, et elle ne peut être telle que sur les bases « proposées à Francfort.
a Si les aUiés eussent accepté vos propositions le 9, iln'y « aurait pas eu de bataille ; je n'aurais pas couru les chances « de la fortune dans un moment où le moindre insuccès « perdait la France, enfin je n'aurais pas connu le secret « de leur faiblesse; il est juste qu'en retour j'aie les avan- « tagcs des chances qui ont tourné pour moi. Je veux la « paix; mais ce n'en serait pas une que celle qui impose- « rait à la France des conditions plus humiliantes que les « bases de Francfort. Ma position est certainement plus « avantageuse qu'à l'époque où les aUiés étaient à Francce fort : ils pouvaient me braver, je n'avais obtenu aucun « avantage sur eux , et ils étaient loin de mon territoire, « Aujourd'hui, c'est bien différent : j'ai eu d'immenses a avantages sur eux, et des avantages tels qu'une carrière « militaire de vingt années et de quelque illustration n'en « présente pas de pareils.
« Je suis prêt à cesser les hostilités et à laisser les enne- « mis rentrer tranquillement ' chez eux, s'ils signent les a préliminaires basés sur les propositions de Francfort.
« La mauvaise foi de l'ennemi et la violation des enga- « gements les plus sacrés mettent seules des délais entre