LETTRES DE NAPOLÉON A CAULAINCOURT
(I nous; car nous sommes si près, que si l'ennemi voua « laisse correspondre avec moi directement, en vingt-quatre « heures on peut avoir réponse aux dépêches. D'ailleurs, « je vais me rapprocher davantage.
« Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
c Nangis, 47 février 4814.
« jP. 5. — Comment arrive-t-il qu'aujourd'hui 18 je n'ai a de dépêches de vous que du 14? Nous ne sommes cepen- « dant éloignés de vous que de quinze lieueâ. »
Le 19, il avait reçu le courrier expédié par le duc de Vicence, voici sa première réponse :
a Monsieur le duc de Vicence, j'ai ordonné l'arrestation « des courriers anglais. Je suis si ému de l'infâme proposi- « tion que vous m'envoyez, que je me crois déshonoré, rien a que de m'étre mis dans le cas qu'on vous l'ait proposée. « Je vous ferai connaître de Troyes ou de Chàtillon mes (T intentions, mais je crois que j'aurais mieux aimé perdre « Paris que de voir faire de telles propositions au peuple « français. Vous parlez toujours des Bourbons; je préfére- « rais voir les Bourbons en France avec des conditions raia sonnables, aux infâmes propositions que vous m'envoyez! « Je vous réitère l'ordre de déclarer au protocole que les a limites naturelles ne donnent à la France que le môme « pouvoir qu'avait Louis XVL
a Sur ce...
c Château de Surrille, 49 février 1844. »
Le 2 mars, ayant reçu une nouvelle lettre du duc do Vicence, voici comment il y répondit :
« Monsieur le duc de Vicence, je reçois votre lettre a du 27. Vous trouverez ci-joint l'esquisse de la déclara-
« tion que vous devez faire. Vous pouvez l'adoucir, en « changer les termes, mais conservez le fond. « Sur ce...
c La Ferté-sous-Jouarre, 2 mars 4814. i
« Le soussigné a reçu de son gouvernement l'ordre de « déclarer que la note qui a été remise par les plénipoten- « tiaires des alliés, n'étant pas une proposition, mais une « capitulation, et contenant des choses contre la dignité « et l'honneur de la France, ne pouvait pas servir de base « à la négociation; que la vraie base de toute discussion « était dans les propositions remises à Francfort par M. de c( Metternich, lord Aberdeen, M. de Nesselrode, et au nom « du chancelier de Hardenberg, et qui, par l'acceptation « de la France, se trouvent avoir la force d'une affaire condue. Le soussigné a reçu ordre de joindre ici copie de a ces propositions. Il est toutefois chargé de renouveler la « déclaration que, dans aucun cas, la France ne renoncera « à ses limites naturelles, comprises, comme l'ont très « bien établi le prince de Metternich, le comte de Nessel- « rode et lord Aberdeen, entre le Rhin, l'Océan, les Alpes « et les Pyrénées, les alliés convenant que la France doit « conserver le rang qu'elle avait parmi les puissances avant a la Révolution ; les accroissements qu'elle a obtenus depuis « sont beaucoup moins que l'équivalent de ce que la Russie, « l'Autriche et la Prusse ont acquis par le partage de la « Pologne, la sécularisation des évêchés d'Allemagne et la « réunion de Venise à l'Autriche, et les acquisitions faites « par l'Angleterre de l'île de Malte, d'ime portion des colo- « nies hollandaises et de toute l'immense presqu'île de « l'Inde.
« L'Angleterre ne fait à la France aucune cession en lui a donnant Pondichéry et les comptoirs des Indes, sans lui a donner l'île de France et la Réunion. Sans elles, la France
DÉCLARATION DE CAULAINGOURT. 169
« ne retirerait aucun avantage de ces comptoirs, et elle « y renoncerait. L'Angleterre conservant la possession des a Saintes, celle de la Guadeloupe serait onéreuse pour la « France. L'Angleterre garde Tabago. Ainsi, au lieu de ces a restitutions que l'Angleterre a annoncé avec tant d'éclat « vouloir faire à la paix générale, elle devait dire qu'elle « ne restituera que la Martinique, petite île d'une impor- « tance secondaire pour la France, surtout depuis que le <c sucre est devenu pour elle une production indigène. Ce ne sont pas là les restitutions qu'elle a faites à la paix d'Amiens.
a Toutes les puissances d'Europe devant être indépena dantes, toutes, savoir : l'Espagne, la Suède, le Danemark, la Bavière, la Saxe, le Wurtemberg, la Suisse, etc., a doivent être représentées au Congrès, à moins que ces a puissances ne préfèrent, pour éviter des délais, donner a leurs pleins pouvoirs aux ministres d'Autriche, de Russie, a de Prusse ou d'Angleterre. Mais la France ne saurait a reconnaître l'espèce de suprématie qui résulterait de a toute autre manière de procéder, au profit des quatre a puissances alliées sur les autres puissances de l'Europe, et qui exclurait la France du système européen. Ce ne serait donc que comme leurs délégués que les plénipo- « tentiaires des quatre puissances pourraient représenter a des puissances indépendantes, ce qui est conforme au « principe des bases de Francfort, auquel la France a « adhéré : qu'aucune puissance ne s'arrogera de suprématie a directe ou indirecte^ur les autres.
a Personne ne veut plus la paix que la France, puisque « personne, par la réunion de toutes les puissances contre « elle, n'en a plus besoin. Mais le soussigné est chargé do a déclarer que, quels que soient les maux qui pèsent sur la nation française et l'urgence des circonstances, rien « ne la portera à faire quelque chose qui dégrade son a caractère national et puisse la faire déchoir du rang
it qu'elle a occupé dans le monde depuis tant de siècles.
Lorsque l'Europe, après avoir vu les bases de Franc- (f fort, d'abord énoncées dans la note des ministres des n puissances alliées, puis dans la déclaration que les cours « alliées ont publiée à Francfort, enfin dans les procla- « mations du prince de Schwarzenberg, et de plus accep- « tées par la France» connaîtra la capitulation déshono- « rante que les plénipotentiaires ont ensuite offerte à la « nation française, elle jugera que ce n'est pas pour établir « l'équilibre européen et donner une paix solide au monde « que les puissances se sont coalisées, mais pour désho- « norer ou détruire une nation de trente millions d'habi- (( tants. »
Les deux dernières pièces qu'on vient de lire sont datées du 2 mars, elles anticipent sur la marche des événements; je les ai données pour mieux faire connaître les dispositions de l'Empereur après ses derniers succès. Il se hâta d'envoyer contre-ordre au prince Eugène, vice-roi d'Italie, auquel il avait, après la bataille de la Rothière, envoyé Tordre d'évacuer le royaume d'Italie et de rentrer au plus vite en France, en laissant seulement quelques garnisons dans lés places les plus fortes. Cette résolution, à laquelle il renonçait si facilement, était cependant d'une haute prudence, et le seul reproche qu'il aurait dû s'adresser ét.ait de ne pas l'avoir prise plus tôt. Si l'armée d'Italie était rentrée par le mont Cenis et que, se portant sur Lyon, elle eût donné au corps laissé sous les ordres du maréchal Augereau une supériorité marquée sur les troupes ennemies qui manœuvraient entre le Rhône et la Seine, les avantages qui en seraient résultés auraient pu devenir décisifs; la grande armée autrichienne se serait vue menacée sur ses derrières et aurait dû commencer son mouvement de retraite. N'était-il pas trop tard quand Napoléon prescrivit au vice-roi, dans le commencement de février, de quitter l'Italie? On ne peut en douter; ce qui n'empêche