VIVE ALARME A PARIS
pas qu'il n'ait commis une grande faute en révoquant cet ordre trois semaines plus tard. Rien ne peint mieux la disposition de son osprit que là phrase suivante, qui se trouvait dans la lettre par laquelle il faisait part à son fils adoptif de ses nouvelles intentions et de ses brillantes espérances : a J'ai retrouvé et remis mes bottes de la « campagne d'Italie. »
On était loin de partager cette conGance autour de lui, surtout dans la capitale. On voyait clairement qu'avec le nombre d'ennemis qu'il avait sur les bras, le danger qu'il écartait d'un côté devenait à l'instant même plus pressant sur d'autres. Comment se dissimuler qu'avec un peu plus de résolution, la grande armée des alliés aurait pu aisément culbuter les faibles corps qu'elle avait devant elle et marcher sur Paris? Malgré le peu d'activité déployée par ses chefs, les généraux français avaient été réduits à venir prendre une position tellement rapprochée de la capitale que le grand parc d'artfllerie s'était établi dans les jardins du village de Bercy, touchant le faubourg Saint-Antoine. A la vérité, on assurait qu'un malentendu dans l'exécution des ordres avait seul causé ce pas rétrograde ; le parc, en effet, avait été presque aussitôt reporté en avant, mais l'alarme n'en fut pas moins extrêmement vive; l'impression ressentie n'était pas de nature à s'effacer promptement; bientôt d'ailleurs elle se trouva justifiée par de nouveaux incidents fort inquiétants. Pendant que l'Empereur, revenu sur les bords de la Seine, était occupé à pousser devant lui la grande armée combinée, dont les chefs, évidemment résolus à lui refuser la bataille décisive qui était l'objet de tous ses vœux, reculaient jusque derrière l'Aube, on apprenait l'arrivée sur Laon d'un nouveau corps d'armée russe et prussien qui, parti de Bruxelles dans les premiers jours de février, accourait pour donner la main à celui qui avait été récemment battu sur les bords de la Marne. Suivant toutes les apparences, l'Empereur serait bientôt obligé de
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revenir sur ses pas pour faire tète à ce danger, auquel n'étaient point en état de résister deux faibles corps composés de dix ou douze mille hommes au plus, qu'il avait laissés sous le commandement des maréchaux Marmont et Mortier.
Ainsi le plan de campagne des coalisés se développait claiirement; menaçant la capitale de deux côtés et forçant Napoléon à se porter tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre, ses troupes seraient bientôt épuisées par des marches et contremarches continuelles. Ce plan n'avait rien de brillant; il atteste la crainte qu'inspirait toujours à l'Europe soulevée la présence de celui qui l'avait si souvent vaincue.
Un armistice fut offert à Napoléon le 23 février, sous les murs de Troyes, au moment où il faisait ses dispositions pour rentrer dans cette ville. La proposition en fut, dit-on, conseillée dans un nouveau mémoire de M. de Metternich, reprenant les idées qu'il avait émises quinze jours auparavant. Alexandre ne leur était pas, cette fois, plus favorable que la première, mais les circonstances, devenues plus graves, ne permettaient pas de sa part un refus absolu.
Napoléon n'avait garde de repousser une telle ouverture; des commissaires furent donc nommés de part et d'autre, la ville de Lusigny fut désignée pour leur réunion. M. de Flahault représentait la France; nul plus que lui ne désirait la paix et n'était convaincu que pour l'obtenir il fallait accepter de gros sacrifices. Les conférences n'amenèrent aucun résultat; elles ne ralentirent pas un seul moment les opérations de la campagne. Il est cependant certain qu'à l'instant où cette tentative de rapprochement eut lieu, les anxiétés étaient grandes au quartier général des souverains alliés. Le parti autrichien, toujours fort agissant, tirait une grande force de l'impression produite par les derniers succès de Napoléon ; tous les rapports du généralissime prince de Schwarzenberg tendaient à présenter la situation militaire comme mauvaise, même comme très