‹ Histoire de mon tempsChapitre 77 sur 223 · RÉVEIL DE L'ESPRIT NATIONAL · texte numérisé non relu

RÉVEIL DE L'ESPRIT NATIONAL

dence de manifester ses vœux pour la maison de Bourbon; rejetant la cocarde tricolore, reprenant la croix de Saint- Louis, il avait entrepris, assisté d'un de ses amis, le marquis de Vidranges, la rédaction et la promulgation d'une adresse, pour demander aux souverains alliés le rétablissement de cette maison sur le trône de France; ils étaient à grand'peine parvenus à réunir une vingtaine de signatures, ce qui ne les avait pas empêchés de la présenter à l'empereur Alexandre. Celui-ci, prudemment, ne leur avait donné aucun encouragement et avait même eu la générosité de les avertir qu'ils couraient risque de se compromettre. « Nous ne venons point, avait-il dit, pour donner a un roi à la France; c'est à elle à savoir ce qu'elle veut. » Leur démarche, la première de ce genre, faite dans les villes occupées par l'ennemi, n'en avait pas moins causé ime sensation d'autant plus grande qu'elle contrastait hautement avec les sentiments que les malheurs de la guerre avaient ravivés. La présence de l'étranger, loin d'éteindre l'esprit national, l'avait au contraire exalté; les vexations inséparables d'une invasion opérée par une armée composée de tant de nations diverses, les pillages, les violences exercées par les troupes et par les Cosaques avaient exaspéré les habitants des campagnes. Dans beaucoup de cantons, ils n'hésitaient pas à abandonner leurs villages pour se réfugier dans les bois, où ils attaquaient les détachements, massacraient les traînards; de jour en jour, la guerre prenait un caractère plus odieux, elle devenait vraiment nationale. C'était un des dangers que la coalition redoutait le plus, et avec raison; c'était aussi un de ceux dont M. de Mettemich s'était montré le plus frappé.

Enfin, il est certain que la vigueur déployée par Napoléon dans une défense si périlleuse lui avait ramené, par l'admiration, beaucoup d'esprits. Les provinces où il avait recouvré le plus de partisans étaient précisément celles qui souffraient le plus de cette guerre que ses folles témé-

rites avaient attirée sur le sol de France. Ainsi s'expliquent les acclamations presque unanimes dont il fut salué, le 24, dans la yiUe de Troyes ; il fut accueilli comme un libérateur; les habitants prodiguèrent à ses troupes tous les secours possibles.

Dans ces dispositions, il n'est pas étonnant que beaucoup de voix accusatrices se soient fait entendre contre les malheureux royalistes osant solliciter le retour des Bourbons. On ignorait qu'outre cette démarche ils eussent envoyé une députation à Monsieur, comte d'Artois, dont l'arrivée en Suisse était connue. Heureusement pour le marquis de Vidranges, cette mission lui avait été confiée; il se trouva ainsi hors de péril. Quant au chevalier de Gouault, qui n'avait pas eu la prudence de s'éloigner, il fut arrôté, jugé et condamné à mort par une commission militaire. Ce fut la seule victime, aucun autre signataire de l'adresse n'ayant été inquiété.

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