CHAPITRE IX
Arrivée de Monsieur & Yesoul et du duc d'Angoulème à Saint-Jean de Luz, où il publie un manifeste. — Hostilité du Midi contre Napoléon. — Le parti royaliste de Paris envoie M. de Vitrolles en mission auprès des alliés. — Prudente réserve de M. de Tallejrand en cette circonstance. — Les Autrichiens reçoivent froidement l'émissaire royaliste; l'empereur Alexandre s'engage beaucoup plus. — Napoléon, vainqueur de Blucher à Craonne, échoue devant Laon; il revient alors sur l'Aube et sur la Seine, au-devant de la grande armée coalisée. — Signature du traité de Chaumont. — A Châtillon^ le duc de Vicence dispute le terrain pied & pied; il présente un contre-projet de traité; les plénipotentiaires alliés le repoussent et rompent les négociations. — Napoléon se décide trop tard à faire des concessions. — Alexandre incline de plus en plus vers les Bpurbons. — L'Empereur, craignant de voir le Pape tomber aux mains des alliés, se détermine à le renvoyer en Italie. — Il prend la même résolution à l'égard des princes d'Espagne et leur rend la liberté. — Les Anglais pénètrent dans nos départements du Midi. — M. Lynch, maire de Bordeaux, et M. de La Rochejaquelein livrent la ville au duc d'Angoulème et au maréchal Beresford.
Pendant que Monsieur arrivait à Vesoul, le duc d'Angoulème était entré en France, à la suite do l'armée anglaise, et avait, dès le ii, publié à Saint-Jean de Luz, une proclamation. Il invitait les Français à secouer le joug d'un gouvernement qui avait appelé sur eux tant de désastres, à venir se placer sous l'autorité de leur antique dynastie.
Cette pièce, répandue dans le Midi, ne laissa pas que d'y produire une assez vive impression, surtout à Toulouse et à Bordeaux. Dans ces deux villes, plus qu'ailleurs, régnaient des sentiments hostiles contre Napoléon. A Toulouse, l'ancienne noblesse, celle qui se composait de familles parlementaires, avait conservé d'autant plus d'influence qu'aucun dédommagement n'était venu consoler cette vieille capitale
(lu Languedoc des pertes que la Révolution lui avait fait subir. L'industrie manufacturière y avait fait peu de progrès, les produits du sol, à cause de la guerre d'Espagne et du blocus rigoureux que les Anglais maintenaient devant Bordeaux, étaient sans débouchés. Le haut commerce de Bordeaux avait non seulement fait des pertes énormes en capitaux, mais il s'était vu interdire toutes les spéculations dont il avait l'habitude et était réduit à laisser pourrir ses bâtiments dans le port. Les propriétaires des vignobles n'étaient pas beaucoup plus heureux, toute exportation de leurs produits, hors ce qui s'échappait par licence, se trouvant interdite.
Tous ces mécontentements avaient leurs interprètes, qui se ralliaient dans Paris autour de M. de Talleyrand.
La grande affaire était de savoir ce qui se passait au congrès de Chàtillon. Les communications étaient aussi difficiles que dangereuses; il fallait traverser les deux armées. Comment trouver un agent assez intelligent et sûr pour se reposer sur lui du soin de dire tout ce qu'on voulait faire savoir? Le duc de Dalberg trouva, pour remplir une si délicate mission, M. de VitroUes, ancien émigré, avec lequel il était depuis deux ou trois ans en relation d'affairea pécuniaires.
M. de VitroUes était revenu de l'émigration après son mariage avec une bâtarde de la duchesse de Bouillon; depuis, il avait frappé à toutes les portes; il lui avait fallu se contenter d'une très médiocre place d'inspecteur des établissements consacrés h la multiplication des mérinos. C'est là qu'il avait eu l'occasion de connaître le duc de Dalberg. Il avait peu à perdre et beaucoup à gagner. Quanù vint l'instant de le faire partir, M. de Talleyrand, qui l'avait d'abord agréé un peu légèrement, ne voulut plus faire le nécessaire pour l'accréditer à Chàtillon ; j'ai entendu M. de VitroUes le raconter un ou deux mois après la Restauration.
Il partit donc, n'étant réeUement accrédité que par le duc