‹ Histoire de mon tempsChapitre 80 sur 223 · REDDITION DE SOISSONS -^ GRÀONNË. — LAON · texte numérisé non relu

REDDITION DE SOISSONS -^ GRÀONNË. — LAON

et était en correspondance avec Monsieur, alors installé à VesouL Peut-être aussi l'empereur Alexandre, en gardant ce secret avec son conseiller le plus intime, voulut>-il éviter de lui fournir un nouvel argument pour une cause en faveur de laquelle il jugeait plus nécessaire de le retenir que do l'exciter. Ce que M. de Pozzo a dû déployer de zèle et de persévérance pour faire triompher cette cause se peut difficilement comprendre au milieu des vicissitudes d'une campagne, dans les alternatives de succès et de revers qui modifiaient sans cesse les dispositions des puissances coalisées.

N'ayant pu contraindre l'armée ennemie à livrer la bataille décisive, objet de ses espérances. Napoléon, dans les derniers jours de février, avait dû revenir en toute hâte sur le corps d'armée prussien qu'il avait battu si rudement quinze jours auparavant. Le général Blucher, qui conduisait ce corps, n'avait pas hésité à s'engager une seconde fois dans la vallée de la Marne, et cherchait à opérer sa jonction avec l'armée russe, qui arrivait par la route de Laon. Il avait poussé jusqu'à Meaux les deux maréchaux français qui étaient restés en observation devant lui, mais avec des forces très inférieures aux siennes. Alors, l'armée combinée, abandonnant les positions qu'elle occupait derrière l'Aube, était tombée sur les corps affaiblis qu'elle avait devant elle, les avait culbutés et, après deux sanglants combats, n'avait pas tardé à se représenter sous les murs de Troyes.

L'Empereur, après avoir vu échapper Blucher de ses mains, par la faute du général qui ne sut pas tenir pendant deux fois vingt-quatre heures dans Soissons, et après un succès assez brillant à Craonne, vint échouer dans une attaque sur la ville de Laon, où s'étaient retirés et retranchés les corps d'armée russe et prussien. On lui a beaucoup reproché la témérité de cette attaque. Je ne puis m'empêcher de remarquer que, dans une situation aussi désespérée, les témérités étaient excusables.

Après cet échec, il lui fallut manœuvrer pour reprendre des positions en vue de recouvrer la ville de Reims que ses ennemis avaient occupée pendant sa pointe sur Laon; puis il se hâta de revenir sur l'Aube et sur la Seine, pour arrêter les progrès que la grande armée coalisée faisait sur la route de Paris. Déjà elle était parvenue jusqu'à la hauteur de Nogent et de Provins.

Pendant que ces mouvements militaires s'accomplissaient, d'autres événements non moins graves avaient lieu. D'après les instructions arrivées aux plénipotentiaires alliés, réunis à Châtillon, ceux-ci ne pouvaienj, manquer d'insister chaque jour davantage sur les conditions qu'ils avaient offertes le 17 février; ils demandaient au moins une réponse catégorique; ils allèrent jusqu'à déclarer, le 28, que tout retard serait considéré comme devant amener la rupture des négociations.

Le duc de Vicence, de son côté, voulant surtout éviter une rupture définitive, avait usé, pour gagner du temps, de tous les moyens dilatoires que pouvaient lui fournir la langue et les usages diplomatiques. Il établissait avec toute raison que la demande pure et simple de l'acceptation des conditions dictées était exorbitante; la France, en effet, n'était-elle pas fondée à insister sur l'usage qu'on entendait faire des provinces dont la cession lui était demandée? A qui profiterait cette cession? La Belgique, par exemple, irait-elle à la Hollande, à la Prusse, ou retournerait-elle à ses anciens maîtres, les empereurs d'Autriche? D'autre part il écrivait tous les jours à Napoléon pour obtenir la permission de présenter un contre-projet, modifiant les bases de Francfort et apportant des adoucissements aux propositions du i7. a Sans cette condescendance, tout est « fini, disait-il; la négociation sera rompue; et que Votre « Majesté ne croie pas la renouer comme on a pu le faire a en d'autres occasions. »

C'était le 6 mars qu'il écrivait ces paroles; elles étaient

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