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ÉVASION DE MM. DE POLIGNAC

prisonniers d'État qu'il tenait enfermés à Vincennes. J'ignore s'il avait reçu à cet égard des ordres de l'Empereur. Jusqu'alors MM. de Polignac, pour lesquels il avait toujours eu des égards particuliers (il leur était allié par sa femme), avaient eu la permission de garder prison dans une maison de santé où ils jouissaient d'une assez grande liberté. Il jugea à propos de les comprendre dans ce transfèrement général; mais ayant été avertis à temps par je ne sais quelle voie, ils n'hésitèrent pas à prendre la fuite; cela leur était facile, attendu le peu de sévérité avec laquelle ils étaient gardés. Leur évasion eut lieu un quart d'heure avant le moment où on vint pour les enlever. Lorsque le duc de Rovigo en eut connaissance, sa colère alla jusqu'au délire. Il craignait que l'Empereur ne le soupçonnât d'avoir favorisé cette fuite. Tous les agents de police furent mis en mouvement pour les rattraper; il semblait qu'on ne dût plus être occupé d'autre chose. Je crus, au bout de deux jours, lui devoir représenter qu'il était temps de se calmer sur un événement auquel personne ne pensait déjà plus et qui n'avait qu'une bien petite importance au milieu de tous ceux dont nous étions préoccupés. Je fus fort mal reçu et fort peu écouté. Bientôt cependant il lui fallut en prendre son parti, car il fut évident que MM. de Polignac ne seraient pas atteints.

Ce zèle si peu éclairé et si inopportun faisait contraste avec presque tout ce qui Fentourait. Il n'y avait pas jusqu'au conseil de régence dont la tiédeur ne se manifestât dans presque toutes les occasions. Le premier personnage dans ce conseil, celui qui devait en être considéré comme le chef, le roi Joseph enfin, était peut-être celui qui, dans son intimité, montrait le plus de découragement. Il était venu habiter un pavillon aux Tuileries; je le voyais quelquefois aux audiences le matin après son lever; je n'ai eu avec lui que deux ou trois entretiens particuliers, mais dans lesquels il n'a jamais su dissimuler son peu de con-

fiance et surtout le mécontentement qu'il avait de son frère. Revenant toujours sur son royaume perdu : « Je a serais encore à Madrid si l'Empereur avait bien voulu « me débarrasser de ses troupes, de ses généraux, de ses « maréchaux. On m'aimait beaucoup dans la Péninsule et « on aurait été heureux de m'y conserver, si ma cause « avait pu être séparée de celle de mon frère. » C'était pousser l'illusion un peu loin.

Le conseil de régence eut, à ma connaissance, à se prononcer sur trois questions importantes. Je parlerai plus tard de la dernière. La première fut relative aux propositions faites par les alliés à Châtillon, le 17 février. L'Empereur jugea à propos de les lui adresser et de lui demander son avis. Le conseil pensa unanimement qu'il fallait les accepter. Cette consultation n'était pas sérieuse, car Napoléon n'avait pas fait attendre sa réponse, et sa correspondance avec le duc de Vicence ne permet pas de croire qu'il ait hésité un instant.

La seconde question pouvait amener une discussion plus réelle et par conséquent plus importante. Il s'agissait de savoir si, la capitale étant menacée de très près par les troupes ennemies, il ne serait pas à propos d'armer les faubourgs en distribuant des piques à tous les hommes de bonne volonté, à tous ceux surtout qui se trouvaient sans ouvrage et à qui on accorderait en même temps une petite solde. Le duc de Rovigo demanda mon avis. Je combattis ce projet et lui envoyai mes objections par écrit, elles étaient nombreuses. Je montrais principalement qu'on allait mettre les armes à la main à une masse qu'il serait impossible de conduire, dont personne ne pouvait répondre, qui pourrait aussi bien se tourner contre le gouvernement que combattre pour lui. Le duc de Rovigo communiqua mon mémoire à plusieurs membres du conseil et,- le jour de la discussion, il en fit valoir de son mieux les raisons. Après un assez long débat, la mesure fut rejetée et

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