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NOUVEAU PLAN DE NAPOLÉON

d'intercepter les communications entre la grande armée des alliés et les réserves qui devaient la soutenir. Il n'avait besoin pour cela que de jeter de Saint-Dizier, par Joinville, un corps de cavalerie sur Chaumont ; il savait que cette armée avait laissé assez loin derrière elle ses plus gros bagages» sa grosse artillerie et ses principaux approvisionnements en munitions de guerre. Enfin il pouvait s'appuyer à son choix sur Metz ou sur Strasbourg, et ayant une fois pris cette base d'opération, il pouvait se renforcer des garnisons de l'Alsace et de la Lorraine ; il donnait presque la main à l'armée que le maréchal Augereau commandait aux environs de Lyon, et, si celle d'Italie repassait à temps les Alpes et arrivait jusqu'à lui, il pouvait encore se trouver à la tète d'une force très respectable, surtout lorsqu'elle serait ainsi entièrement placée sur les derrières de l'ennemi.

Mais cet ennemi que ferait-il? le suivrait-il dans cette nouvelle direction? S'épuiserait-il en efforts pour l'atteindre? C'était là ce que Napoléon désirait et espérait; il craignait peu cette poursuite et avec raison : l'avantage de se mouvoir en petit nombre et dans son propre pays lui devant donner une grande supériorité de marche sur une armée combinée dont les résolutions seraient toujours lentes, qui serait mal instruite de ses projets, qui s'avancerait en tâtonnant. A la vérité, il abandonnait sa capitale, mais les deux maréchaux qu'il avait laissés sur la Marne en présence de l'armée russe et prussienne ne seraient-ils donc pas en état d'en défendre les approches? Ils n'avaient pas dans le moment plus de douze à quinze mille hommes sous leurs ordres, mais désormais tous les renforts qui se formaient à Paris, et dont une partie était déjà en marche, viendraient les joindre ; ils se trouveraient donc avant peu à la tôte de plus de vingt mille hommes. Ce n'était pas d'ailleurs une chose si facile que de s'emparer d'une ville comme Paris, dans laquelle se trouvaient, outre la garde nationale forte de vingt-cinq mille hommes, les dépôts d'un bon

nombre de régiments qui recevaient chaque jour des recrues. Il y avait de plus un noyau de garde impériale qu'on ne pouvait pas estimer à moins de trois ou quatre mille hommes; le corps de la gendarmerie» bons soldats, infanterie et cavalerie ; enfin une population de sept cent mille âmes, dans laquelle se rencontraient beaucoup d'anciens soldats et d'officiers retraités. Entrer dans Paris devait paraître une entreprise téméraire, dans le cas où la grande armée coalisée serait forcée de rétrograder, et surtout si on envisageait les conséquences d'un échec, alors que la retraite ne serait assurée par l'occupation d'aucune ville de guerre. Il est en effet bien important de remarquer qu'à cette époque aucune place forte tenant garnison française depuis le Rhin jusqu'aux murs de la capitale n'avait ouvert ses portes.

Tels étaient les motifs qui ont décidé Napoléon. Sa conduite ultérieure a prouvé qu'il n'avait pas fait entrer dans ses prévisions le cas où son éloîgnement ouvrirait à l'ennemi les portes de sa capitale. Tout allait dépendre de la résolution des chefs de l'armée combinée qu'il laissait sur les bords de l'Aube; c'est là que son sort s'est décidé. Les alliés furent informés de sa marche sur Saint-Dizier par les dépêches interceptées d'un courrier expédié de son quartier général au maréchal Macdonald. Cette découverte donna lieu à un conseil de guerre qui se tint à Pougy, dans le logement de l'empereur de Russie. On résolut de continuer le mouvement sur Chàlons, de se réunir le plus tôt possible à l'armée russe et prussienne, qu'on devait rencontrer de ce côté, et d'opérer ensuite conjointement avec elle sur les derrières et le flanc de Napoléon. Malgré cette décision, le généralissime prince de Schwarzenberg , qui inclinait à suivre l'armée française sur Saint-Dizier, hésitait à donner les ordres nécessaires. Cette hésitation fut bientôt connue au q.uartier général russe; un nouveau conseil se réunit à Sommepuis, le 24 au matin. Ce fut encore le général de Pozzo

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