LA PÈRE-CHAMPENOISE
lier et Marmont, ainsi que sur les divisions que conduisaient à leur secours les généraux Pacthod et Amey, ne permettait plus de conserver aucun espoir de les arrêter dans leur marche. Dans cette fatale journée, nous avions perdu neuf mille hommes, tués, blessés ou prisonniers, plus de soixante bouches à feu et une immense quantité de caissons ; c'était le plus grand succès que les alliés eussent encore obtenu depuis le commencement de la campagne. Ils l'avaient dû à la supériorité du nombre et à l'absence absolue d'ordres venus du quartier général de Napoléon. C'est ainsi que les deux maréchaux ne recevant rien, sachant seulement que l'Empereur se dirigeait sur Vitry et supposant qu'il poussait devant lui ou entraînait à sa suite la grande armée ennemie, avaient cru devoir marcher pour le joindre ; ce malheureux mouvement les jeta au milieu des masses coalisées dans le moment même où elles venaient d'opérer leur réunion, et ils furent écrasés.
Cependant la valeur française avait encore en cette occasion brillé de tout son éclat, et avait plus que jamais conquis l'admiration de ses vainqueurs eux-mêmes. Ils se sont plu à le dire et aie répéter en maintes occasions. Le grandduc Constantin surtout ne cachait pas son admiration. Mais ce qui était beaucoup pour la gloire n'était rien pour le succès, ni même pour notre salut. Les deux maréchaux, après quelques combats très sanglants, furent obligés de quitter la route qui se dirige sur Paris par Meaux, et de prendre celle qui les amenait du côté de Charenton. Ainsi, nous n'étions plus couverts du côté de Meaux que par un très faible corps sous les ordres du général Compans, avec qui les maréchaux avaient inutilement tenté de se réunir, et ce corps était hors d'état de retarder pendant quelques heures seulement les progrès de l'ennemi qui s'avançait.
Cette marche de l'ennemi par la route de Meaux eut une conséquence fort grave pour l'un des membres de la coalition. Un courrier expédié au prince de Neufchâtel par le
général Maison, qui commandait à Lille, fut intercepté et conduit au quartier général des alliés. On trouva dans la dépêche dont il était porteur des détails très circonstanciés sur des ouvertures que le prince royal de Suède avait fait parvenir très récemment à ce général; il s'était servi, pour établir cette communication, do quelques officiers que ses troupes avaient fait prisonniers et qu'il avait relâchés. Mécontent de l'inaction dans laquelle on le retenait en Belgique, voyant s'évanouir en fumée les espérances qu'il avait conçues pour son propre compte relativement au trône de France, et ne pouvant supporter l'idée du retour de la maison de Bourbon, il prenait le parti d'exhorter tous les Français à se réunir pour repousser un tel affront, et donnait clairement à entendre qu'on pouvait, dans ce cas, compter sur son secours et sur l'appui de toutes les forces dont il disposait. Je ne puis douter de ce fait, car j'ai tenu la pièce entre mes mains. On peut aisément se figurer l'impression qu'elle produisit sur l'esprit de l'empereur Alexandre. La confiance si absolue du prince royal de Suède dans le général Maison, s'expliquerait difficilement en une si grave occasion, si on ne savait que celui-ci avait été pendant longtemps son aide de camp, et lui devait presque tout son avancement.
Dans une situation devenant d'heure en heure plus critique, le lieutenant général Joseph et le conseil de régence durent s'efforcer de réunir tous les éléments de résistance. Les troupes si peu nombreuses dont on pouvait disposer étaient placées sous le commandement du pnaréchal Moncey, qui avait pour chef d'état-major un officier du génie nommé Allent, homme de mérite, que la faiblesse de sa santé avait forcé de quitter le service actif , et qui, depuis plusieurs années, était entré au Conseil d'État en qualité de maître des requêtes.
Sans les pertes subies dans les derniers combats, les deux maréchaux qui opéraient leur retraite sur Paris au-