MISE EN DÉFENSE DE LA CAPITALE
raient pu ramener des forces suffisantes pour en disputer les approches ; mais ils allaient arriver affaiblis de près de moitié, et surtout ils étaient suivis de si près, que le temps leur devait manquer pour faire les dispositions les plus indispensables.
Un article inséré au Moniteur du 28 disait : a Nouvelles a de l'armée. Doulevent, le 25 mars. — Le quartier général « de l'Empereur est ici ; l'armée française occupe Chau- « mont, Brienne ; elle est en communication avec Troyes, « et des patrouilles vont jusqu'à Langres. De tous côtés on a ramène des prisonniers ; la santé de Sa Majesté est très a bonne. » Le rapprochement de la date du 25 au 28 prouvait que la dépêche n'avait pu arriver qu'en faisant un long détour. Chaumont était en outre à plus de cinquante lieues de Paris, Doulevent à peu près à la même distance. Il était donc évident que l'Empereur manœuvrait dans une direction opposée à la capitale ; qu'il ignorait les opérations que l'ennemi dirigeait de ce côté ou qu'il n'en tenait aucun compte. Il ne fallait plus dès lors compter sur son assistance, et il fallait se suffire à soi-même. Réduit à cette dure nécessité, le roi Joseph, en sa qualité de lieutenant général, donna l'ordre de faire sortir de la ville tout ce qui se trouvait disponible en troupes de ligne, et de les placer dans Saint-Denis, dans Vincennes, et d'occuper les ponts de Charenton, de Saint-Maur et de Neuilly. La défense des barrières fut confiée aux légions de la garde nationale ; douze grand' gardes, une pour chaque légion, furent aussi placées en arrière de l'enceinte.
Ces dispositions prises, il fallait décider la question du séjour de l'Impératrice dans la capitale; la délibération eut lieu le 28. Le duc de Rovigo me demanda mon avis, comme il le faisait depuis quelque temps dans toutes les affaires qui intéressaient la ville de Paris ; je ne fis aucune difficulté de lui répondre que le départ de l'Impératrice produirait une impression déplorable, que déjà on ne
devait pds compter de la part des habitants de Paris sur un grand fonds d'énergie ; mais que cette mesure détruirait le peu qu'ils en avaient encore, qu'elle les aliénerait, parla raison qu'en les privant de la seule protection qui pût leur faire espérer quelque ménagement de la part de l'ennemi, elle ne laisserait aucun doute sur le peu de cas qu'on faisait d'eux, de leur sûreté, de leurs propriétés. J'ajoutai que, même en faisant abstraction des intérêts de la ville, il fallait considérer que, si on était dans le oas d'ouvrir une négociation dans laquelle seraient débattus ceux de l'Em- ' pire tout entier, on rencontrerait quelques facilités de plus, alors qu'on parlerait et agirait au nom de l'Impératrice, pour laquelle il était impossible que les alliés, et surtout l'empereur d'Autriche, ne conservassent pas beaucoup d'égards. Le duc de Rovigo parut partager mon opinion ; il emporta avec lui la note que je lui avais remise et la fit lire, avant l'ouverture du conseil, à plusieurs de ceux qui allaient y siéger. La discussion fut longue, et le parti de demeurer avait certainement la majorité. Il fut surtout défendu par l'ancien grand juge, le duc de Massa, qui avait séance en qualité de président du Corps législatif, et qui parla avec une chaleur qu'on aurait difficilement attendue de lui. Il alla jusqu'à faire à Marie-Louise une allocution très touchante sur ce qui lui était commandé par ses devoirs d'épouse, de mère et d'Impératrice ; mais il s'adressait à une personne peu disposée à l'écouter et qui avait une grande impatience de s'éloigner. M. de Talleyrand évita de se prononcer et n'exprima son opinion que par un abaissement de tête qui disait tout ce qu'on voulait, mais qui paraissait signifier principalement qu'on devait s'attendre à tout et se soumettre aux plus tristes nécessités.
Lorsque le lieutenant général Joseph fut bien assuré de l'issue qu'allait avoir la délibération, il y coupa court en produisant une lettre de l'Empereur qui, voulant assurer avant tout la liberté de sa femme et de son fils, enjoignait