HISTOIRS
donoM aux propositioas. la torïoe d'actes ^ mais qu'au parlement seul appartenait le droit incea-* testable d'examiner l'état du royaume. Celait là l'esprit de la loi. Mais le duc de Lauderdale avait pour lui la lettre : aussi parvint-il à ce qu'il pon^ vait le plus d&irer. C'était de &ire considérer le "Comité comme une des prérogatives de Im couronne. Il se fit un grand mérite auprès de Bom maître d'avoir ainsi étendu et fixé les droits des lords des articles qui , tous à la nomination da Roi 9 devenaient une barrière contre les efforts de l'opposition qui tendait à rendre le parler ment d'Ecosse aussi factieux que la ckambre basse d'Angleterre;. et dans la disposition d^es«* prit où le Roi était alors ^ ce succès vie' pouvait que lui être très-agréable. Je reviens à la session de cette année du parlement d'Angle-^ terre.
Dès qu'elle s'ouvrit ^ le duc d'Ormond , les comtes de Shaftesbury et d'Àrlington , et le se^ crétaire d'État Coventry, conseillère^ au Roi d'éloigner son frère de la cour pour quelque temps 9 comme une mesure à la fois dans ses intérêts et dans ceux du duc d'York. Le Roi se laissa persuader, et les chargea d'en faire euxmêmes la proposition à son frère. Ce prince les reçut fort mal , leur dit qu'il était prêt à obéît en toute cîrconétance aux ^i^res de son frère^ mais qu'il regarderait comme son ennemi
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qûiéonque donnerait un semblable conseil, et il tint parole; car il ne pardonna jamais à aucun d'eux» pas même àCoTentry^ quelque bonne opi-^ nîon qu'il eût de lui. Il pressa yivement le Roi de retirer les sceaux au comte de Shaftesbury qui eut bientôt à les remettre à Finch , alors procureur-^genëral , et crée depuis comte de Nottingbam. Finch était un fort honnête homme et connaissait bien les lois d'Angleterre ; son éloquence fut long<-temps admirée^ mais la recherche et le travail s'y faisaient tellement sentir que plus tard on n'en fit aucun cas. Quoiqu'il n'eût aucune idée de la nature de nos relations avec les puissances étrangères , il avait la fureur d'eu parler^ ce qui donnait de lui une médiocre opi*^ nibn k ceux qui les cocmaiss^ient bien. Persuadé qn'il était de «on devoir de prendre le parti de la cour dans tous les débats de la chambre haute ^ il le fisiisait plutôt avec la véhémence d'un avocat qu'avec la gravité d'un magistrat, luge incorrup» tible> il résistait sur son tribunal aux sollicitations les plus puissantes, même à celles du Roi qui , partout ailleurs , pouvait tout sur lai : sur le siège' de chancelier > a la chambre et dans la oonversation , il avait le ridicule de vouloir toujours être éloquent. Un fait qu'il ne faut pas oublier de dire à son honneur, c'est qu'il mit toujours le plus grand soin à ne donner les bénéfices à sa nominati(m qu'à des hommes qui
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en fiissent dignes, et qu'il les obligeait à la residenjce/ Lord Shafiesbury put alors donner carrière à son ressentiment contre la courbée qu'il fit avec aussi peu de mesure que de décence. ...
La chambre des communes ^ décidée à attaquer tous les ministres, commença par le duc deLauderdale, et vota une adresse pour supplier le Roi de l'éloigner de son conseil et dé sa plersonne. Elle en vint ensuite au duc de Buckingham ,* qui fit demander la permission d'être entendu, et la chambre la lui accorda. Le premier jour qu'il coin parut à la barre, il fut tellement interditqne, prétextant une indisposition , il dananda que sa justification fût remise au lendemain. Ce jour-là, moins troublé , il protesta de Tinnocence de ses vues, implita tous les mauvais conseils aux autres ministres, et surtout à lord Arlington, faisant même, entendre assez clairement que c'était au Roi et à sou frère qu'il fallait s'en prendre de toutes les fautes commises : « Chasser, dit-il , est un passe-temps très-agréable; mais quelqu'un qui s'aviserait de chasser avec un couple, d'écervelés y trouverait un bien médiocre plaisir. » Il s'était déjà servi de cette coipparaison un jour qu'il me parlait du prince Robert et d'Ârlington; mais cette fois on comprit qu'elle s'adressait plus haut. Un tel discours, sans le justifier aupri^ de la chambre ^ lui fit perdre si complètement la fa*
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veur du Rot, que depuis il ne Ta jamais recouvrée. - ..
Vint. ensuite le tour de lord Arlîngton. Admis aussi à se défendre devant la chambre, il parla mieux quWne l'attendait de lui; et plaida sa cause sans blâmer en rien la conduite du Roi, ce qui fut d'un si bon effet que, quoique les arrestations arbitraires et les ordres qu'il avait écrits et signés comme secrétaire d'Etat le missent dans une position plus fâcheuse que personne , il fut acquitté; à une majorité assez faible, il est vrai. Au reste, quels qu'eussent été la justification et lé succès, ils lui firent perdre sa haute faveur auprès du Roi , et irrîtèrenl tellement le duc, déjà offensé, qu'on, lui ôta Le minislère. Il fut créé lord chambellan.: : ,
Le but de la chambre des communes était d'obliger, le. Roi à copclùre la paix avec la Hollande. La cour! de France, informée que Croissy était sous l'entière influence d'Arlingtôn,. le rappela, et à sa place elle envoya Rouvigny, très-habile en affaires, et surtout en intrigue, protestant inébranlable, mais adroit courtisan ; c'était un des diploma<es:le plus forts de L'Europe. Quoiqu'il reçût le traitement d'ambassadeur > il n'en voulut pas prendre le titre pour n'être pas obligé à ouvrir une chapelle où l'on, dirait la messe à son arrivée à Londres , et cela je le tiens de lui. Il trouva les ministres* des puissances alliées acca-
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blant de mémoires les membres des communes ; il comprit donc qu'il n'y avait rien, à faire pour lui de ce côte, et ce £ut sur le Roi qu'il entreprit d'agir. Ce prince était dans un extrême embarras j prêt à tout fieiire et & sacrifier tout le monde s'il eût pu pour se procurer les moyens de soutenir la guerre ; mais il sentait bien qu'il n'y avait pas d'argent à espérer > et qu'il allait se trouver à la merci de la Hollande. Aussi Arlington avait-il déjà presse le ministre d^Espagne d^engager les États et le prince d'Orange k faire des propositions de paix. Pour entamer les négociations 9 et pour que cela eût quelque air d'une paix demandée et achetée ^ Arlington aTait proposé que les États offrissent au roi d'Angleterre une somme d'argent qu'il abandonnerait aussitôt au prince d'Orange en paiement de ce qu'il lui devait. Rouvifi^y^ de son côté^ pressa le Roi de donner satisfaction & son parlement sur le fait de la religion^ et la réponse fut :. «Sans la sottise de mon frère je me tirerais bientôt d'embarras.» Houvigny rédigea on mémoire pour faire connaître à la chambre des communes combien les prétentions de son maître étaient modestes; il dit qu'à présent il reconnaissait l'exagération de ses de* mandes au traité dlJtrecht^ et ne souhaitait rien tant qu'un moyen de sortirbonorablemeot de cette guerre.
Dans des circonstances aussi favorables les
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États commirent une grande faute en demandant la paix à l'Angleterre sans exiger que le Roi èn-< trât dans la ligue formée pour obliger la France à se soumettre aux conditions imposées par la triple alliance; mais le prince d'Orange crut que > si l'on pouvait une fois désunir le roi de France et d'Angleterre^ le reste serait facile; et lesHol-* landais désiraient ardemment la paix ^ espérant qu'elle les délivrerait du soin de défendre leurs côtes ^ et qu'ils pourraient attaquer la France et ruiner son commerce.
Cet hiver ^ les États ajoutèrent à la dignité du statHouder en la rendant héréditaire de mâle en mâl€ dans la famille du prince d'Orange qui^ en un an et demi y avait si complètement changé la position de la Hollande. Non«-seulement il avait prisNaerdenetassuré parla la tranquillité d'Ams^ terdam y mais osant remonter le Rhin jusqu'à Bonn y il s'était emparé de cette place en très*peu de jours > et par là avait ôté à la France la possibilité d'envoyer des secours sur le Rhin et l'Yssel; Aussi les Français, voyant qu'il n'y avait pag moyen d'y tenir plus long-temps, furent con-traints quelques mois après d'évacuer les places et d'abandonner les trois provinces dont ils étaient maîtres. Politique non moins adroit qu'habile général, il avait, par une alliance conclue avec l'Empereur, ménagé la paix avec l'électeur de Cologne et l'évéque de Munster; les négocia*-
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fions étaient aussi entamées entre la Holktide et l'électeur de Brandebourg qui , dans la trêve d'une année faiteavec Turenne , s'était réservé: le droit d'agir de concert avec l'Empereur , selon les résolutions qui seraient prises à la diète. Un changement si heureux et si prompt dans les affaires des Provinces-Unies .avait tellement acquis au prince d'Orange l'afTection du peuple , que tout ce qu'il eût pu désirer, il l'eût obtenu , et. qu'on ne le rendit nullement responsable de la .perte de Maèstricht. Fort de ce crédit, il décida les Etats à proposer là paix au roi d'Angleterre et à la demander, eux qui si évidemment pouvaient l'imposer. Enfin un projet de traité avec la Grande-Bretagne fut rédigé, ou plutôt an copia celui de Bréda , en y ajoutant une offre de deux ou trois cent mille livres sterling au Roi pour les frais de la guerre , et ce fut sur àe bureau de lord Arlington que le Roi signa le traité. Aussitôt après la signature , il revint au palais ,. où toute là coiir était réunie. Y trouvant Roùvigny , il lé prit à l'écart et lui dit qu'il veuait^ de faire une chose qui lui faisait plus de peine que s'il eût fallu perdre la main droite ; qu?il avait signé le traité de paix avec la Hollande., dont le projet lui avait. été présenté par Tambas.-? sadeur d'Espagne; qu'il avait vu que rien ne pou* vait. contenter les communes, ni lei^r arrachien des subsides ; que malgré tout cependant il avait
résisté/ aux instances d'Arlîngton jusqu'au dernier moment; mais qu'au fait la guerre était impossible sans argent 9 et que cet argent^ il était évident qu'il nefallait plus l'espérer. Rouv^gny lui-, répondit qu'à ce qui était fait il n'y avait plus de remède > mais qu'il voulait en cette occasion* montrer à Sa Majesté combien il désirait la ser-' vir, et qu'il s'engageait à ce que son maître la prît peur juge de ses prétentions , et la choisît pour arbitre et. pour médiateur de la paix. Le Roi reçut cette ouverture avec une joie extrême , et dit qu'on ne pouvait lui rendre un service qui lui fût plus agréable. Le roi de France entra dans les vues de son ambassadeur^ et la médiation fut acceptée. Ainsi se termina une guerre où le roi Charles se fit fort peu d'honneur. Il la commença injustement, la conduisit sans prudence, la soutint sans bonheur , et la termina sans dignité, et par de si tristes moyens que sa considération politique souffrit et en Angleterre et sur le continent; mais il s'en inquiéta peu. Désormais il pouvait^ ainsi que son frère, se livrer à ses goûts; le par-, lement fut prorogé , et la cour reprit bientôt son train accoutumé de luxe et de débauche. Lord Arlington, auteur de tout ceci, essuya une disgrâce complète; et, quoiqu'il fût dans le secret d'intrigues trop importantes à cacher pour qu'on osât le pousser à bout , il ne put jamais remonter au degré de faveur dont il était descendu.
La duchesse d'York arrÎTa cet hiver. Fort jeune ^ puisqu'elle ayait à peine seize aos^ elle était cependant déjà formée. C'était une trèsagréable personne^ ayant assez de beauté ^ et tant d'esprit çt de finesse que, pédant tout le règne de son )>eau-frè?ej elle sut ^ par des manières obligeantes et uq air de bouté et d'innocence^ ga-* ^er le cœur de tous leg gens qui l'approchaient^ Elle prévint si bien tout le monde eu sa faveur que long- temps après qu'elle fut Reine , onu'était point encore désabusé ; son habileté italienne en imposa aux personnes les plas âgées et les plus défiantes d^ la cour et des provinces; seulement elle se laissait quelquefois entraîner par son esprit moqueur, mais on. mettait ce défaut sur le compte de l'^ge et son peu d'expérience du monde ; elle évitait tout ce qui pouvait lui donner des airs de bigotispie ou de femme d'intrigue et ne cherchait qu'à s'amuser sans scandale. Aussi tant qu'elle f]at duchesse elle fut universellement aimée et estimée*
On mit auprès d'elle en qualité de secrétaire un certain Coleman. Cet homme a eu une part si active aux affaires du parti catholique , il a fini si malheureusement j et j'ai eu si souvent occasion de causer avec lui et de le connaître , que je dirai ce qu'il était. J'ai ouï dire qu'il était fils d'un ecclésiastique, mais que les Jésuites l'attirèrent fort, jeune dans leur compagnie où. il resta plusieurs
bnBéea; il entendait à merveille Tarf de conduire une controyerse , et^ sur la grande question de l'autorité de l'Eglise » il n'avait pas son pareil dans tous les ecclésiastiques romains. Hardi^bien décidé à parvenir^ dans ce but il se dérona aux jésuites : aussi ce fut par eux que se fit sa for^ tune. Ecrivant facilement plusieurs langues il fut lé principal correspondant du parti catholique en Angleterre* A sa grande dépense ^ k son ton ^ h ses manières^ on reconnaissait un homme qui se sentait appuyé. Je le devinai bientôt ^ et j'en avertis le duc d'York^ car je le jugeai aussi propre à gàtér une affaire qu'à la mener habile-^ ment. Après avoir été.très-lié avec le père Fër-' rier ^ confesseur de Louis XIV ^ il ne négligeait rien pour arriver à la confiance de son successeur ie père La Chaise ; il allait chercher des proselytes partout^ même dans les prisons ; mais son plus grand talent était peut«^tre de savoir donner et recevoir à propos. Les affaires d'Angleterre étant alors assez calmes 9 voyons l'Ecosse.
Le Roi écrivit au duc de Hamilton de venir i Londres , et ce lord y arriva bientôt avec lord Tweedale. On leur fit à tous deux un si gracieux accueil qu'ils crurent avoir cause ^gnée; mais par là le Roi voulait engager la chambre des commîmes à en user mieux avec lui> et son projet était 9 si elle consentait à lui donner de Targeot^ de prouver qu'il était prêt à faire ce qu'elle dé-
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siraity en 6taht au duc de Lauderdaïeson autbritë pour la partager entre ces deux lords. Dans ce but, il les écouta d'une manière si bienveillante qu'ils crurent l'avoir convaincu. Il ne leur fît d'autre reproche que celui de n'être pas venus droit à lui porter leurs plaintes et celles de leurs compatriotes; mais aussitôt qu'il vit qu'il n'avait rien à attendre de la chambre, et qu'il eut été contraint de signer la paix y il ordonna aux deux lords de retourner en Ecosse en leur pîromettant de ne gêner en rien les décisions du parlenient. Espérant tout de cette assurance, ils partirent malgré les neiges , et de ma vie je n'en aitant vu. A leur arrivée ils trouvèrent , au lieu d'une assemblée libre, un parlement prorogé : mesure qui porta le mécontentement à un tel degré qu'on proposa d'en veni^rà dés moyens violéns pour se défaire du duc de Lauderdalê et de ses partisan». Leduc de HamiltOB qui m'a dit cela quelques années plus tard , après la publication de l'amnistie , n'était ni assez hardi, ni assez méchant pour entendre à de paireils projets. D'ailleurs, il reçut encore une lettre très-flatteuse du Roi, qui l'engageait à revenir à Londres et à s'en remettre k lui pour tout arranger, et qu'il promettait de faire à son entière satisfaction.'
Pendant que l'opposition perdait ainsiletemps, le duc de Lauderdalê ne négligeait rien pour gagner l'affection du peuple. Il fermait les yeux sur
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l'audace de$ ptesbytériens qui s'emparèrent d^une église vacante d'Edimbourg et y prêchèrent pen-^ dant plusieurs mois. Le comte d'Ârgyle et sir James Dalrymple étaient les plus puissans protecteurs de cette secte. Le duc de Lauderdale fit des avances pour renouer ses anciennes liaisons avec le premier, qui se trouva fort heureux d'oublier une si dangereuse inimiitië , et la bonne intelligence se rétablit bientôt. Dalrymple était président de la cour de session ; c'était un homme calme et qui joignait à des manières douces un caractère ferme et l'esprit le plus adroit et le plus faux; sans respect pour les devoirs leâ plus sacrés de sa charge, il avait une admirable habileté pour colorer les plus révoltantes injustices. Jamais famille ne s'éleva plus rapidement que la sienne , mais aucune n'eut a déplorer de plus graàds malheurs. Son fils aîné , le vicomte de Stairs, tomba de cheval et se brisa la tête. Il avait deux fils : jouant un jour ensemble, ils trouvent un pistolet , le chargent j l'un tire sur Tautre et le tue. Un autre fils du président; dans une fièvre chaude, se saisit de quelque chose qu'il trouva sous sa main et l'avala : on sut que c'était des cantharides préparées pour un vésicatoire : ses entrailles s'ulcérèrent, et il mourut dans d'affreuses douleurs. Un autre dé ses fils ayant le transport tomba dans le feu, et se brûla la moitié de la figure. Ses filles, dans des momensdé manie
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très-extraordinaires^ s'avisèrent de sauter pardessus les murs 9 et Tune d'elles mourut de la manière la plus étrange ; et sur tout cela la ma-lice du public se donna carrière. Dalrymple fut donc désormais le confident le plus intime du duc de Lauderdale; il insinua aux presbytériens que y s'ils youlaient détruire les préventions que le Rot avait contre eux^ il fallait soutenir son ministre; et plusieurs se laissèrent persuader.
Quelle que fût l'influence que put avoir sur les dispositions des presbytériens cette singulière conduite à leur égard y elle irrita extrêmement le clergé. Les membres les plus zélés y ou plutôt les plus ambitieux^ qui ne trouvaient pas qu'on fît pour eux tout ce qu'ils méritaient^ commen-> cèrent à élever la voit et à crier an désordre. Ils parlèrent hautement de la nécessité d'un synode qui composât une liturgie et réglât la discipline de rÉglise* On proposa donc dans les synodes provinciaux d'adresser une requête au conseil privé pour demander la convocation si nécessaire d'un synode national. Tout ceci étant contraire à mon opinion , et connaissant trop bien notre clergé pour attendre de lui quelque chose de bon» je me tins & Fécart lors de la réunion du synode où j'avais place. Les requêtes furent adressées ; il semblait qu'il n'y eût là rien que de très^inno-» cent; mais^ comme on sait^ le véritable but était d'animer la fermentation qui remplissait le
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royaume. On prit la chose fort mal. Uq évêquc et quatre ministre» furent déposés par ordre du Roi en vertu de la^uprématie; ils furent^ il est vrai, réintégrés dans leurs fonctions un an après, mais on exigea des soumissions. Encore une fois ^ je n'étais pour rien dans tout ceci, étant de Ta vis de Grégoire de Nazianze qui souhaitait ne jamais voir une assemblée ecclésiastique; cependant on persuada au Roi que j'avais été l'âme de cette affaire , quelque soin que j'eusse pris de n'y point paraître.
Un nouvel incident vint encore causer de nouveaux désordres , et les suites en furent longues et fâcheuses. Une cause avait été jugée par la cour de session : la partie condamnée en ap<^ pela au parlement; la cour se trouva insultée, et le ministère comprit qu'ériger le parle-^ ment en cour de judicature c'était rendre nécessaire des convocations plus fréquentes. Les juges demandèrent à tous les jurisconsultes de déclarer cet appel contraire aux lois dont la lettre était en effet pour eux^ car elles n'admettaient ni les évocations ni les appels comme d'abus ; seulement le parlement avait quelquefois , mais très'^rarement , revu sur la demande des parties les arrêts de la cour de session i et les avait déclarés abusifs : ainsi c'était au sens du mot appel que se réduisait la question* Sir George Lockhart^ frère de l'ambassadeur de ce nom^»
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le plus savant jurisconsulte comme le meilleur avocat qu^à mon avis ait jamais eu l'Ecosse , et de tous les hommes le plus avare ^ le plus passionné et le plus ambitieux ^ et qui avait toute influence sur le barreau , se chargea de la défense du droit d^appel et des intérêts de la partie appelante. Le Roi^ instruit de ce qui se passait 9 envoya un ordre d'interdire tous les jurisconsultes qui se montreraient favorables au droit d'appel^ et cet ordre ne produisit aucun effet. Il en parut un autre qui les bannissait d'Edimbourg et de douze milles à la ronde, et fixait un jour avant lequel ils devaient ou avoir fait leur soumission ou être partis. Dans cet ordre, d'un style tout nouveau, le Roi jurait sur sa parole de prince que tout exercice serait pour toujours interdit à ceux qui à cette époque ne se seraient pas rangés à ce qu'il appelait leur devoir. Ils tinrent bon, et le jour fixé se passa sans qu'aucun d'eux se fût soumis : plus tard ils consentirent à condamner les appels pris dans le sens que donnent à ce mot les lois romaines, et malgré le ton si menaçant de la proclamation, ils furent rétablis dans leurs fonctions; mais l'exercice de la justice n'en avait pas moins été interroiilpu pendant une année entière.
Dans tout ceci les magistrats d^Edimbourg ne s'étant pas montrés aussi souples que le duc de Lauderdale l'aurait voulu , il obtint un ordre du
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Roi pour «û destituer douze des prinpip^ux^ et les déclarer inhabiles à remplir toutes fonciioxis. Apparemment il ayait oublié les plaintes que luimême avait faites contre ce$ déclarations d'inha« bileté y lors même qu'elle^ étaient sanctionnées par un acte du parletn|Bnt : cependant, il s'en tint à ces douze.
Une loi donn^ait aux bourgs d'Ecosse le privilège de s'assembler une fois par an pour examiner l'éT tat du coihmerce et toutes les ordonnances qui y avaient ;*apport. J)ans une de C(e$ assen^blées qui s'était réunie à la fin de cettp anné^ Qn j^vait rédigé uixe pétition qui fut envoyée au Roi^ pii l'on se pUigtoait de certaines lois gênanfçs pour, le commerce, et dont la révocation exigeait une se^r çion du parlement. La pétition denxandait que le icoramissaire noi^mé pour présider la session fût pjiuni des instructions et des pouvoirs nécessaires à cette réyoc^tion^ Les jurisconsultes jugèreat la requête légale , et rien n'était plus légitime quç l'assemblée qui la faisait. Oq ne den^ands^it pas )a cpnyocatioi} d'un parlement , mais seulement que des instructions fussent donnpes aji président de celui qu'on assiemblerait,. }j^ pétition n'^en fut pas naoins déclarée séditieuse ^ et i'oq piit en prison ceu]f: qui l'avaient proposée ou appuyée. De tels succès dans rabi;^s du pouvoir ptèrent toutes bornées à la préson^ption di* di^c de Lauderdale ; il résout d'écraser désormais sans ménagement
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tout C6 qui se IrouTerait sur son chemin. Créé comte de Guildford en Angleterre avetf une pension de S^ooo livres sterL^ sa suffisance fougueuse devint une véritable fureur ; aussi , lorsque le duc de Hamilton et quelques autres lords vinrent à Londres , le Roi ne put les décider à mettre leurs plaintes par écrit; ils répondirent qu'ils ne voulaient pas en courir les risques^ que les lois d'Ecosse étaient rédigées d^une manière si ambiguë^ et qu'on les interprétait si singulièrement que l'écrit le plus simple et le plus innocent pouvait être un jour condamné comme une fabrication de mensonges dangereux à l'Etat^ et un libelle Contre la puissance royale* Le Roi eut beau promettre qu'on ne se servirait jamais de cet écrit quel qu'il fùt> ils ne voulurent point se fiera sa parole^ sachant combien il était sous l'influence des passions du duc de Lauderdale. Après cela s'étonnera-t'-on que , moi , je n'aie pu me défendre contre ce ministre tout-puissant?
A mon arrivée à Londres^ le duc d'York me reçut avec une grande bonté* Il me dit qu'enfin il était hors d'une affaire qui l'avait beaucoup tourmenté; que la fermeté du Roi n'avait pas peu contribué à la terminer > et il s'étendit en éloges sur sa femme. « Je suis^ ajouta-t-^il^ fort affligé des troubles d'Ecosse; j'aime le duc de Lauderdale, et j'aurais bien désiré arranger les choses si j'y avais trouvé quelque jour. » Il m'avertit que
le Roi était très-^irrité contre moi^ qu'on lui avait persuade que j'étais l'auteur de tous ces désordres ; que pour lui il m'y crcrjrait étranger > et qu'il mettrait tous ses soins à faiï^ ma paix. Dans Ce dessein, il me mena chez le Roi, qui me reçut froi* dément ; et quelques jours après, pendant que le duc était à la chasse, le lord-chambellan m'avertit qu'il avait ordre de me rayer du nombre des chapelains, que le Roi me défeddait de paraître à la cour, et s'attendait à ce que je retournasse incessamment en Ecosse* Le duc d'York parut surpris de cette nouvelle, et voulut bien en parler à son frère, mais le Roi fut inexorable; seiile-^ ment il consentit à me recevoir encore une fois, et k entendre ce que j'avais à dire pour ma jus* tification. Je n'oubliai rien de ce que je croyais nécessaire pour le ramener, et j'en appelai au témoignage du duc de Hamilton, qui me rendit justice; mais le Roi conclut en me disant qu'il avait bien peur que je ne me fusse trop mêlé des affaires publiques, qu'il désirait que je m'en retournasse chez moi, et que je me tinsse désormais plus tranquille* Le duc d'York m'avertit que si je reprenais la route d'Ecosse sans m'étre réconcilié avec le duc de Lauderdale , j'y trouverais certainement une étroite prison oîi je pourrais bien rester long-temps; avis dont je lui eus une extrême obligation, et dont je profitai. Je me démis de mes fonctions, et restai à Londres.
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Je préchai dans plusieurs églises de. cette capitale^ où mes sermons eurent un tel succès que, selon toute apparence ^ il m'était possible de me faire nommer à une de celles où le peuple a le droit de choisir ses ministres* En effet, une d'elles étant venue à vaquer^ les électeurs jetèrent les yeux sur moi ; mais ils craignaient que ce choix ne déplût à la cour. Le duc en parla au duc de Laudeivlale , en lui disant qu'il désirait fort que je trouvasse un établissement à Londres, et qu'il le priait de ne se point opposer à mon élection. Lauderdale prétendit que cet établissement était un tour de l'opposition d'Ecosse^ et que je pouvais être un correspondant entre les factieux des deux royaumes. Cependant , sur l'assurance que lui donna le duc d'York que je ne me mêlerais plus de politique, il consentit à ce que le Roi fit savoir aux électeurs qu'il ne s'opposait pas au choix qu'ils voulaient faire. Le duc de Lauderdale , voyant tout l'intérêt que me portait le duc d'York, me fit dire que, si je voulais promettre de n'avoir plus aucune correspondance avec le duc de Hamilton, il ipe rendrait toute son amitié. A cela je répondis que je m'étais engagé à ne me plus mêler des affaires d'Ecosse ; mais que je ne pouvais abandonner mes amis , ni prendre parti contre eux. Là-dessus, méjugeant intraitable, il alla faire au Roi, le soir même du jour qui précéda l'élection, une histoire qui se trouva
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fausse quand on vint à l'examiner^ mais sur laquelle je ne pus donner des éclaircissemens que trop tard. Le Roi fil faire aux électeurs la dé^ fense bien positive de me nommer, et je perdis le be'néfice.
Quelque temps après on débita sur moi un nouveau mensonge. Celui-ci, j'en suis sûr, était de la façon de Sharp; mais le Roi n'en fut pas moins convaincu que j'animais les pairs et les communes d'Angleterre contre le duc de Lauderdale, et Coventry me signifia l'ordre de sortir de Londres, et de n'en pas approcher de plus de vingt milles. Le duc d'York me dit les détails de cette nouvelle calomnie, qui tous étaient évidemment faux. Lord Falconbridge et lord Carlisle étaient ceux des pairs dont on m'accusait surtout d^avoir influencé l'opinion. Je ne les connaissais pas, et j'avais même évité de me lier avec eux , quoiqu'ils eussent paru le désirer. Je le dis à Coventry , qui le redit au Roi en présence du duc d'York, et les deux lords témoignèrent en ma faveur. J'espérais que le Roi , ainsi désabusé, révoquerait son ordre, mais il ne le voulut pas ; j'insistai pour qu'il me fût donné par écrit; le secrétaire d'État, qui le savait illégal, n'en voulut rien faire, et l'on s'en tint à m'interdire la cour. Cependant le duc d'York, qui tenait à me réconcilier avec Lauderdale , ménagea une autre entrevue; mais il ne voulut entendre à rien,.
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à Dioios que je ne renonçasse à mes amis, et que je ne dévoilasse leurs secrets. Je dis que certainement je n'étais pas lié avec des ennemis du bien public 9 et qu'il m'était impossible de rompre avec des personnes auxquelles j'étais attaché par les relations d'une si longue amitié. Le duc d'York voulut encore en parler au lord-trésorier; il m'engagea à Palier voir. Celui^i se fit fort de rame-»ner le duc de Lauderdale ; mais ensuite il me dé* clara qu'il n^y avait pas moyen, qu'il l'avait trouvé inflexible.
Cette violente et injuste persécution dura quelques mois; et, dans l'humeur qu'elle me donna, il m'échappa de dire que le duc de Lauderdale était animé par le regret de certaines confidences dangereuses , et que je voyais bien qu'il n'aurait de repos que lorsqu'il m'aurait perdu. Pour prouver ce que je disais , je répétai quelques mots de ces conversations que j'avais eues avec lui y et <{ue j'ai rapportées plus haut. Je confesse que j'eus tort, puisque c'était de la confiance et de l'amitié que je trahissais les secrets; mais qu'on se mette à ma place; je n'avais que trente ans, et tant d'injustices m'avaient poussé à bout; bien d'autres, et plus prudens et plus Agés, eussent perdu patience. Quoi qu'il en soit de mes torts , les personnes auxquelles je m'étais ouvert de ces particularités, résolurent d'en faire usagé contre le duc de Lauderdale à la prochaine session^ pour
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laquelle lui et le comte de Danby prenaient déjà leurs mesures.
Ces deux lords s'étaient mis à la tête du parti anglican et des vieux cayaliers. Partout on rëpé* tait que le Roi avait trop long*-temps négligé ses meilleurs et ses plus fidèles amis. L'on ae mit en devoir de rendre de nouveaux honneurs à la mémoire de Charles !".> et de récompenser les dé* fenseurs de sa cause. Une statue équestre de ce prince fut tirée des ateliers du fondeur où elle était restée oubliée^ et fut placée à Charing-Cross. On prépara un service funèbre d'une grande ma* gnificence; l'église de Saint-Paul à Londres fut rebâtie; Morley et quelques autres évêques furent consultés^ et le nouveau ministère se concerta avec eux sur un projet qu'on disait devoir fermer la route au papisme. Les ministres suivirent avec ardeur ce nouveau plan de conduite^ en accusant hautement leurs prédécesseurs. Mais tout cela ne pouvait que déplaire au duc d'York; il fallait justifier à ses yeux cette nouvelle marche. Aussi lui dit-on que l'intelligence desépiscopaux et des nonconformistes était dangereuses qu'il était néces* saire de donner satisfaction sur quelques points ait parti de l'Église anglicane , et qu'ensuite on pro*poserait une loi > déjà toute prête ^ qui exclurait des emplois ces dissidens intraitables; que cette lois semblable au test^ exigerait ^ pour être ad-* mis à étire ou à être élu^ une condamnation
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du droit de résistance au souverain /dans quelque cas que ce soit, et un engagement de ne consentir jamais à aucune innovation ni dans i^Eglise, ni dans l'État ; que si on était assez heureux pour que cette loi passât. aux chambres, le parti du Roi lui serait plus que jamais dévoué, et pour toujours séparé des non-conformistes ; mais qu'enfin , pour arriver à cet heureux résultat, il fallait remettre en vigueur les édits sévères contre tous les papistes convaincus ou soupçonnés. Le duq d'York me dit que ce plan lui déplaisait fort; il devait, à son avisr, donner trop de supériorité au parti de l'Église , déjà si intraitable quand il s'agissait du catholicisme ;' il pensait qii'on ferait mieux de le tenir en respect par une juste protec— tion accordééaux papistes; enfin il me déclara que ce projet lui paraissait aussi injuste qu'insensé ; et ce fut dans les mêmes termes qu'il en parla au duc de Lauderdale , qu'il connaissait bien poui^ n'avoir d'autre but que de conserver son pouvoir. Depuis long- temps fort mal avec Sheldon et Morley, le duc de Lauderdale fit sa paix avee eux ; il appela aussi d'Ecosse Sharp qu'il chargea de dire partout qu'il n'avait d'autres ennemis que ceux de l'Église; et ce mensonge, tout évident qu'il était, n'en fut pas moins cru de tous ceux qui n'étaient pas au fait. A force de bassesses , Burnet se fît rétablir dans son siège ', et la- blessure que l'épiscopat avait reçue en le perdant fut fermée;
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il obtînt même rëvêché de Glasgow que Leîghton résigna vers la fin de Tannée , pour se retirer dans la province de Susses oîi il vécut encore dix ans de la manière la plus édifiante et la plus évangélique. Ainsi le dttc de Lafudefdalese trouvaà la tête du parti an^licanv
La cour fut un peu ti*oublée dafns' ses plaisirà par des inquiétudeis que lui donnèrent quelques découvertes qu'on fit à cette époque. Sir Joseph Williamson^ passant par la Hollande à son retour de Pologne, avait vu secrètement Wicquefort, Fauteur du Manuel des Ambassadeursy et qui, alors secrétaiiiB des États, traduisait les pièces qui venaient d'Angleterre; quelques uns des originaut étaient riestés entre ses maibs, et Willramson parvint à se les fafre donner. La plupart étaient des lettres du frère de lord Hov^ard, qui porta le même titre après Ta mort de son aîné. Spirituel, savant, hardi et pauvre, il aVait souvetit changé de t^eli'gion ; anabaptiste soûs Cromwell , on l'avait entendu prêcher à Londres; zélé républicain/ il fut du parti opposé au Protecteur , et rendit quelques services à la restauration; mais il était resté pauvre , et, pour ne plus l'être, ri ne se refusait pas aux affaires hasardeuses. Au coinmencenient de la guerre, il était allé offrir ses services à de Wîtt, qui m'a dit ne Favoir pas trouvé' trèscapable'. Quand le prince d'Orange fut devenit stathouder , il se présenta à lui et à Fagel, et se
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fit fort ^ non-seulement de leur fournir de bons avis sur les démarches du gouverneiment anglais, mais même de leur ménager en Angleterre un parti puissant ; il avait aussi presse le prince d'Orange de faire une descente en Angleterre^ seu-. lement pour obliger le Roi à convoquer un par* lement dont il lui faudrait suivre les avis. Déjà même il avait rédige un manifeste, qui^ selon luif devait être agréable à la nation. Il s'entendait avec un des Dumoulin employé dans les bureaux de lord Artington ^ et ils fournissaient k eux deux de très-bons renseignemens aux États ; mais Dumoulin prit un beau jour l'alarme , et craignant d'être découvert il passa la mer. Presque tous le» papiers queWicquefort livra àWilliamson étaient de la main d'Howard , et lorsqu'il fut examiné à la Tour^ ses lettres témoignèrent évidemment contre lui. Dès que cette arrestation fut connue en Hollande, on somma Wicquefort de rendre les pièces originales qui lui avaient été confiées; comme il ne le put , on le mit en prison ^ et les États notifièrent au Roi que sa tête répondait de celle de quiconque pourrait être compromis par les lettres qu'il avait livrées. Halewyn m'a dit que les juges consultés pour savoir à quelle nature de crime appartenait le fait d'avoir livré les secrets de TEtat après la paix conclue ( car si c'eût été en temps de guerre il n'y eût point eu de doute )^ répondirent que comme la loi ro^
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maine appelait capital tout ce qui était contra salutem popuU Romani y c'était un crime capital que d'euToyer à une puissance étrangère des mémoires d'une telle importance. Ce fut donc à ces menaces des États que Howard dut la vie; mais Wicquefort resta encore long-temps en j)rison , et fut complètement ruiné. Il eut beau faire valoir un caractère diplomatique qu'il tenait d'un prince d'Allemagne ; les Etats décidèrent qu'en entrant à leur service il l'avait dépouillé.
A l'occasion de C€tte affaire-ci ^ Carstairs ^ dont j'ai déjà parlé en 1672, fut envoyé de Hollande en Angleterre, et y fut arrêté. Les instructions que l'on saisit étaient conçues en des termes si ambigus qu'elles devaient faire soupçonner quelque dangereux projet. Le prince d'Orange à qui l'on s'adressa directement pour avoir des explications , répondit qu'il ne s'agissait que de la levée de quelques régimens écossais permise comme compensation des troupes anglaises laissées au service de France. Mais si ces instructions parlaient d'hommes à recruter et d'argent à donner, elles parlaient aussi de complimens à faire au duc de Hamilton , et c'est là ce qui était suspect. Lauderdale profita des inquiétudes que cette découverte et les aveux d'Howard avaient excitées à la cour, pour animer encore le Roi contre le parti qu'il redoutait, et comme le lieutenantgénéral Drummond était, de tous les officiers de a. a5
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l'arniée^ celui qui avait le plus de capacité et de réputation ^ il conseilla de le faire arrêter. Lk manière dont cela se fît prouva qu'on méprisait autant les lois qu'on était con;iraincu de l'innocence du général. L^ancien usage était de sommer les prévenus de se constituer prisonniers à un jour qu'on leur fixait : c'était un piège où se prenaient beaucoup de gens , qui malgré les témoignages de leur conscience ^ se hâtaient de mettre leur liberté à l'abri , et contre lesquels on procédait ensuite comme contumaces. Un bill du parlement avait aboli cette coutume. Mais Lauderdale la fit revivre pour Drummond qui^fort de son innocence, se rendit à la sommation , et fut retenu une année entière dans une prison très-incommode et très* froide, au château de Dunbarton, situé sur le sommet d'un rocher très-élevé. C'était là La recompense réservée à une vie de fidélité et de dévouement.
Il faut que je dise ici un fait qui mérite d^être connu 5 et qui achève de peindre le duc de Lauderdale. Lord Kincardin l'avait servi très-fîdè-* lement , et plus fidèlement peut-être qu'il ne l'eût fallu pour la paix de sa conscience. Lorsque Lau-^ derdale était parti pour TEcosse , il l'avait laissé auprès du Roi qui devait se souvenir du zèle qu'il avait mis à défendre son patron, et à excuser ses fautes. Dans les derniers assauts que ce ministre avait eu à soutenir, la peur lui avaitfait promettre
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à ses amis que, sarti d'embarras, il changerait de conduite. Kincardin le crut , et le défendit avec une nouvelle ardeur; mais le danger passé, les promesses de s'amender furent oubliées, et Kincardin essaya vainement de les lui rappeler.
Voyant tous ses efforts inutiles , il m'avoua que j'avais mieux que lui jugé Làuderdale, et convînt que loin de se corriger il devenait pire chaque jour. Désespérant donc de l'arrêter par les con-' seils de l'amitié, il résolut de le combattre dans le conseil, et se déclara contre lui; dès lors il n'eut plus que des ennemis, et leurs accusations l'obligèrent d'aller se justifier à la cour. Le Roi s'occupait peu des querelle» de ses ministres, et d'ailleurs il était décidé à se fier en toutes choses à Làuderdale , qui sans cesse lui répétait qu^un esprit de rébellion s'était emparé de tous les or-' dres de l'État, et qu'il lé fallait dompter par des coups d'autorité, sans trop s'inquiéter s'ils étaient justes ou légaux; qu'ensuite, lorsqu'on en serait venu à bout , on reviendrait à des moyens et plus doux et plus réguliers. Kincardin voyant quMl n'y avait rien à obtenir d'un esprit aussi prévenu que l'était celui du Roi, lui demanda la permission de rester quelque temps à la cour, pour ne se point trouver dans la nécessité de s'op* poser à des mesures qu'on faisait envisager à Sa Majesté comme étant dans ses intérêts : le Roi y consentit , et continua de le traiter avec bonté.
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Cette fayeur fut iqsupportable à Lauderdale ; il pressa plusieurs fois le Roi de reoToyer Kincardin en Ecosse 5 mais il ne put l'obtenir; il revint un jour à la charge avec une telle chaleur que le Roi lui dit positivement qu'il n'y voyait pas de raison 9 et qu'il ne le ferait pas. Là-dessus^ Lau-* derdale sortit furieux ^ et rassemblait déjà toutes ses commissions pour les renvoyer au Roi^Jorsque le marquis d'Âthol^ alors bien avec lui^ courut chez le Roi^ et lui dit que Sa Majesté venait de renvoyer Lauderdale demi-mort et demi -fou > qu'il la suppliait d'en avoir pitié* L'ordre de partir pour l'Ecosse fut aussitôt envoyé à lord Kincardin. Cest lamarquis d'Âthol qui plus tard m'a conté ce fait*
Vers la fin de cet été se donna la bataille de Senef. Au commencement de l'action , les Français eurent l'avantage; mais le prince de Condé voulut le pousser trop loin. Le prince d'Orange fit avancer toutes ses troupes^ et sut leur inspirer une telle ardeur qu'on ne reconnaissait pas les soldats hollandais. Il chargea lui-même plusieurs fois sans considérer assez de quelle importance était sa vie. S'étant trouvé engagé au milieu d'un corps français , et le croyant de ses troupes^ il leur ordonna de tirer , mais on lui répondit que la poudre manquait; s'apercevant de son erreur^ il se tira du danger avec une grande présence d'esprit^ rejoignit les siens ^ et fit charger ce
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même corps qui fut facilement mis en déroute.^ Enfin le soir les pertes du matin étaient réparées. Tout le monde admira l'habileté et le courage du prince d'Orange , et le prince de Condé luimême en parla avec? de grands éloges.
Je ne dirai que peu de chose des affaires du continent , leç récits en étant nombreux et détaillés^ et ne pouvant y ajouter qu'un petit nombre de particularités nouvelles j mais , puisque j'en suis à la bataille de Senef^ je dirai ce que m'en a conté le prince d'Orange. La veille du combat , il vit venir de l'armée française un capucin qui eut une longue conférence avec Zouch , général de l'Empereur, et cet officier fît si mal son devoir pendant l'action , que le soir il dit au fils : « Votre père s'est aujourd'hui conduit de telle façon que si je n'eusse été retenu par mon respect pour l'Empereur , je lui aurais cassé la tête. )) Zouch fut disgracié; mais le fruit de cette campagne n'en fut pas moins perdu. L'armée des alliés était très-belle , et l'on devait s'attendre à 4iles résultats plus importans. Grave fut repris sur la fin de la campagne 9 ce qui mit les Provinces- Unies à l'abri de ce côté. Le prince d'Orange , par de si grands services , acquit un tel crédit auprès des États qu'il devint plus que jamais maître des délibérations.
Les alarmes que les affaires d'Howard et deCarstairs donnèrent à la cour furent une nouvelle oc-
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casion pour Arlington d'essayer de reatrer en ^ràce; il s'offrit poar aller en Hollaode avec le iU)mte d'Ossory. Ayant ëpoasé les deux filles de ^yeryardt , ils comptaient sur la considératioa que cette alliance leur donnerait à La Haye 9 et ^ur l'affection particulière que le prince d'Orange avait toujours témoignée au comte d'Os* sory. Lord Arlington se fit fort de pénétrer tous les secrets de ce prince^ de l'amener à seconder les projets de son oncle ^ et particulièrement de le décider à la paix générale que le Roi désirait 9 parce que la France en avait grand besoin* On crut même qu'il était autorisé à parler d'un mariage qui s'est fait depuis : mais le duc d'York m'a dit qu'il n'en avait rien su^ qu'il avait bien ' entendu dire qu'Arlington voulait faire croire que ce mariage était le but principal de sa mission 9 mais q|ie là-dessus il en avait parlé à son frère 9 qui lui avait assuré qu'Arlington avait au contraire l'ordre positif de n'en pas dire un mot. Enfin 9 que ce fût une instruction secrète ou qu'il l'ait fait sans y être autorisé , il est trè&*certuin qu'Arlington en parla au prince d'Orange comme d'une affaire dont le succès était infaillible 9 s'il voulait se laisser conduire en toutes choses par son oncle.
Dès l'été précédent 9 sir William Temple avait été envoyé comme ambassadeur en Hollande ; il devait disposer les esprits > et surtout le prince
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d'Orange 5 à la paix; mais c% prince avait évité de le voir jusqu'à la fin de la campagne. Temple était un homme vain, ayant de lui-même la plus haute idée , ce qu'il montrait à tous momens de la manière la plus choquante : d'un jugement très*sùr dans les affaires, ses idées en politique étaient très-saines, mais* seulement en politique; car il croyait que l'univers a été éternellement ce qu'il est , et que la religion n'est faite que pour le peuple ; il était grand admirateur de la secte chinoise de Confucius, qui professe l'athéisme et souffre qu'on parle d'un Dieu au vulgaire ; épicurien en théorie et en pratique , cor-^ rupteur zélé de tout ce qui l'approchait , il s'adonnait tout entier à l'étude , à une douce vie et «ux plaisirs ; mis de côté par Arlington lorsque ce ministre se jeta dans la cabale française, il n'était pas homme à souffrir le mépris et à oublier l'injure; il se lia donc d'intérêt et d'amitié avec lord Danby , le domina complètement , et lui fit adopter toutes ses idées sur la politique étrangère, ce qui devait être, car certes il n'arriva jamais au ministère un homme qui connût moins que Danby les affaires de l'Europe. Temple a laissé des Mémoires, et j'y renvoie celui qui sera curieux de connaître nos relations avec le continent. On y verra le prince d'Orange, jeune et sans expérience , jugeant tout d'un regard si sûr et si pénétrant qu'il échappa à tous les piégés; si
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ferme et si hardi^ qu'au plus fort du danger il ne veut poiuft entendre parler de paix offerte à des conditions honteuses; si fidèle aux intérêts de sa patrie que les siens ne sont jamais écoutes et qu'il ne daigne pas même y penser. Enfin ces lettres donnent de ce prince une plus haute idée que ne Faurait pu faire le plus éloquent panégyrique. Je passerai donc rapidement $ur tous les événe-mens qui y sont rapportés.
On s'attendait en Hollande à quelque chose d'important y quand on yit deux hommes du rang d'Ossory et d'Arlington , auxquels on avait ad-joint le fits aîné de lord Danby pour donner le plus grand air possible à l'ambassade. Arlington, à peine arrivé ^ sollicita l'exil de Dumoulin^ qui avait trahi les secrets de ses bureaux. Le prince d'Orange y consentit , et le commis réfugié fut en* voyé aux colonies. Fier de ce succès, Arlington prit avec le prince^ dans toutes les affaires que l'on a traitées 9 le ton d'un gouverneur^ et parut vouloir régenter sa jeunesse et son inexpérience; mais loin de réussir par ses manières, il se perdit pour toujours dans son esprit. Cette mission avait été la dernière ressource de ce ministre^ elle lui tourna mal; il se le tint pour dit^ se retira des affaires de lui-même, de bonne grâce et pour toujours^ et n'importunant plus le Roi^ le Roi lui conserva beaucoup de bienveillance.
Cet été y des lettres particulières, apportèrent
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de France une nouyelle qui charma le duc d'York, parce qu'elle faisait honneur aux jésuites. Le nou- Tcau confesseur de Louis XIV avait su , pendant le carême 9 si bien Texhorter à éloigner sa maîtresse, qu'enfin il l'avait emporté. Madame de Montespan ayant eu son congé , était entrée au couvent, et le Roi , après sa pénitence , avait communié. Cette lettre était écrite au duc ; et Fauteur entrait dans tous ces détails qu^un Français n'oublie jamais quand il s'agit de son Roi* Enfin le duc était très-heureux de cette nouvelle; il me dit qu'il l'avait contée à son frère en présence de la duchesse de Fortsmouth, et que tous deux, fort embarrassés, n'avaient trop su quelle contenance tenir. Ce prince était alors dans la meilleure disposition oii je l'aie jamais vu ; il lisait l'ouvrage de Nuremberg, de la Différence du temps et de V Eternité , ce qui nous fournissait matière à de fort bonnes conversations; il me dit un jour : a Ârlington devrait lire ce livre, cela le corrigerait de son empressement à se me- 1er des affaires du monde. » A son ton , je vis que son antipathie pour ce ministre durait toujours, et qu'il ne pouvait supporter de le voir bien avec le Roi. Jusqu'ici j'avais conservé la faveur du duc. On va bientôt me la voir perdre.
Au mois d'août 1676 , on convoqua un parlement; mais cette session n'était que préparatoire. Il y en avait une annoncée pour l'hiver, où l'on de-
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yait demander des subsides ; le but de la première était de calmer les esprits et de rétablir la bonoe întelligeoce entre le Roi et son penpie. La ckam* bre des communes n'en reprit pas moins Taccusation contre le duc de Lauderdale« Ceux des députés qui savaient ce qui s'était passé entre lui et moi demandèrent que je fusse interrogé par un comité. Je fus appelé ^ et je parlai de l'ordre que j'aTats reçu de quitter Londres ; mais quelque illégal que fût cet ordre, comme il n'avait point eu d'exécution , on ne crut pas devoir s'y ar^ réter. Interrogé sur le projet du duc d'ameuter les papistes d'Irlande, je répondis que , comme bien d'autres , je lui avais entendu dire qu'il souhaitait que les presbytériens d'Ecosse se révoltassent afin de pouvoir appeler les papistes d'Irlande pour leur couper la gorge. On^me demanda ce que je savais du projet de faire entrer une armée écossaise en Angleterre. Je priai qu'on ne me pressât pas de révéler ce qui avait pu se dire dans des conversations particulières , et dis que je ne me croirais obligé de le faire que s'il s'agissait de haute trahison. En vain le comité insista , je ne voulus rien dire. II conclut de mon silence que je savais quelque chose de très^important^ et ce fut surtout de ce silence qu'on fît rapport à la chambre. Je fus sommé de comparaître à la barre oii> comme devant le comité^ jesoutinsledroitqne j'avais de ne pas répondre ; j'assurai que je ne sa-
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vais rien qui fût cas de haute trakison^ et que^uant •mx reste 5 rien ne m'imposait le devoir de le reyé- 1er. J'ajoutai que je connaissais le duc de Lau* derdaie homme k dire, dans ses emportemens, des choses qu'il ne pensait point , et que d'ailleurs jce ministre en avait depuis si mal agi avec moi y que je oe m'en croyais que plus oblige à ne point parler, puisque cela aurait l'air d'une vengeance. Je fus appelé quatre fois à la barre , et la dernière on me signifia que la chambre se croyait le droit de connaître de tout ce qui importait à la «àretë de l'État, aussi bien que des cas de haute trahison ; que je devais lui donner les renseignemens qu'elle demandait, et que si je m'y refu^ sais ^ elle, me ferait sentir tout le poids de son déplaisir comme à un homme qui s obstine à cacher ce dont le bien du royaume exige la révélation. Cette manière m'effraya , et je répétai le discours que j'ai déjà rapporté. La chambre donna une très-grande importance à cette découverte , et renouvela sa requête au Roi contre le duc de Lauderdaie.
Le moiide me blâma d'avoir consenti à témoigner dans cette affaire ; et , pour rendre le pro* cédé odieux, quelques personnes dirent que j'avais été chapelain du duc de Lauderdale , ce qui était faux ; que je lui avais de grandes obligations, tandis que je n'avais reçu de lui aucun service important^ et qu'au contraire je lui en avais
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rendu de très-grands dont j'avais été fort mal récompensé. Cependant c'est toujours wie chose fâcheuse que d'avoir à révéler les secrets de la confiance; mais ce n'en est pas moins une question pour moi que de savoir si l'on doit garder les secrets d'un ami dont les projets sont dangereux, et qui y conservant toujours le pouvoir, conserve toujours la faculté de les exécuter. C'est avec la plus scrupuleuse vérité que j'ai conté les choses comme elles se sont passées, et je laisse au lec^ teur à décider de mes torts. Ce qu'il y a de certain ^ c'est que mon zèle pour le bien de ma pa* trie et les liaisons que j'avais formées me firent entrer trop avant dans les intrigues politiques, surtout après avoir blâmé, comme je l'avais fait, les gens d'Église qui s'en mêlaient.
Le résultat de cette affaire fut de me perdre entièrement à la cour, et y sous ce rapport, elle fut fort heureuse ; elle me sauva de beaucoup de tentations dont la plus dangereuse était, sans contredit, l'amitié du duc d'York qui pouvait me jeter dans de grands embarras comme elle m'avait exposé à tous les traits de la calomnie. Je me donnai donc tout entier à l'étude et à mes fonctions ; j'avais été nommé prédicateur de la cour des rôles, et quelque temps après lecteur de Saint-Clément. Satisfait de ces emplois , je vécus sous la protection de sir Harbottle Grimstone , maître des rôles , qui me cou-
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serva toujours sa bienveillance^ et résista même à la demande de m'ôter ma place^ que le Roi fit faire par le secrétaire Williamson. Il répondit qu'il était vieux ^ qu^il se préparait à passer dans un autre monde j que mes services lui étaient utiles 5 et qu'on lui ferait plaisir de ne pas Feu priver. Dix ans de ma vie s'écoulèrent près de cet excellent protecteur , et je prends Dieu à témoin que tous mes désirs étaient satisfaits. Enfin j je fus si heureux dans ces jours d'obscurité et de calme que ma reconnaissance a besoin de s'acquitter en faisant connaître le vénérable vieil-» lard à qui je les devais.
Sir Harbottle Grimstone était d'une famille où l'on vivait long-temps ; son bisaïeul était mort à quatre-vingt-dix-huit ans^ son aïeul à quatre-vingt-* six^et lui-même poussa sa carrière jusqu'à quatre-* vingt-dix, conservant une bonne santé et toutes les facultés de son esprit. Son père, dont il était fils cadet , lui fit étudier la jurisprudence qu'il aban*' ' donna en devenant l'héritier de son frère aîné ^ et qu'il reprit plus tard pour obtenir la main de la fille du juge Crook , dont il devint amoureux , et qui ne voulait la lui donner qu'à cette condition. Crook était un des membres de la cour de l'échiquier qui avaient voté contre la taxe des vaisseaux, et il avait appuyé son opinion d'un long et savant discours. Le père de sir Harbottle Grimstone , député du comté d'Essex au
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