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merce de galanterie entre le duc et sa femme; eut recours à un meilleur expédient. Il fut trouyer le prince et s*en expliqua avec lui. Celui-ci se mit à lut faire de grands ëioges de sa femme. L'autre lui dit qu'il ne venait point lui demander le panégyrique de sa femme , et que le meilleur qu'il pourrait en faire ^ serait de cesser tout commerce avec elle. Il ajouta que si les princes ne ise font pas une loi d'éviter certains affronts à leurs sujets, ceux-ci , ne pouvant pas leur de^ mander raison de leur honneur outragé, comme ils le pourraient faire avec leurs égaux, sont autorisés à user de moyens secrets de vengeance ; car il est telles injures que des gens d'honneur ne peuvent endurer, de qui qu'elles viennent. S'étant aperçu de nouveau que le duc persistait dans ses projets sur sa femme, il se défit d'un emploi considérable y et se retira avec elle à la campagne , où il la tint jusqu'à sa mort. Quoi qu'il en soit, le duc était souvent malade. Ses enfans naissaient avec des ulcères, ou en étaient couverts peu après leur naissance. Tous ses fils moururent jeunes et mal sains. Cette considération a paru aussi décisive que pouvait Têtre une chose qui n'était point susceptible de preuves 9 pour :feire croire qu'un enfant aussi sain que le prétendu prince de Galles, ne pouvait être de lui, ni d'aucune femme avec qui il eût eu de longiies habitudes. Les maux d yeux violens
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de sa fille aioçe , et la goutte qui a saisi de si bonne heure notre reineactuelle^ ont été regardés comme les déplorables suites d'une origine impure. Willis , le grand médecin , appelé en consultation pour un des fils du prince , donna son avis en ces termes : Mala stamina viiœ; et Fou fut si choqué de cette franchise qu'il ne fut plus appelé dans la suite.
Je ne sais rien , ni des secrètes décisions du conseil pendant Tannée 1666, ni des personnes dont les avis y prévalurent. Il fut résolu que le duc ne paraîtrait plus en mer; que Monk commanderait à sa place la flotte principale de cinquante à soixante vaisseaux de ligne 9 et que le prince Robert serait envoyé avec une escadre d'environ vingt-cinq , pour surveiller les Français et empêcher leur jpnction avec les Hollandais. La France avait promis , en effet , une flotte aui* États-Généraux > mais elle ne leur en envoya aucun. Monk partit si sûr de la victoire qu'il semblait craindre seulement que les ennemis n'osassent pas se montrer. La cour , de son côté , se flattait de l'espoir de la plus heureuse campa* gne 9 mais elle fut cruellement déçue. De Witt et quelques autres membres des Etats étaient à bord de la flotte hollandaise. Il s'engagea entre les deux armées navales un combat qui dura deux jours. Les Hollandais eurent visiblement l'avantage y mais non sans l'acheter chèrement ; car la
brarouM des ndlpes fut accomplie. Les ennemis étaient supérieurs en nombre ^ et d- ailleurs si bien fournis de boulets enchaînes , invention nouvelle dont l'honneur appartenait à de Witt, qu'ils parvinrent à défuner entièrement nos vaisseaux , et à les mettre hors d'état d'opérer aucune manœuvre; de sorte qu'ils eussent tous été pris et coules à fond, ou brûlés, si le prinCe Robert, qui n'avait pas encore quitté le canal, averti de l'engagement par le bruit continu des canonnades, n'eût fait toute la diligence possible pour venir au secours de M onk. Il arriva à propos. Les Hollandais, qui avaient eux-mêmes beaucoup souffert , se retirèrent à l'arrivée d'un tel renfort. Le prince n'étant pas de force à les poursuivre , se contenta de dégager notre flotte ,, et Ja sauva d'une ruine qui semblait inévitable. La cour publia que c'était là une victoire, et ordonna désactions de grâces publiques, ce qui était se moquer effrontément de Dieu, et mentir k l'univers. Dans un sens, il est vrai, on pouvait remercier le Seigneur de nous avoir épargné la perte de notre flotte toute entière. Mais ce ne fut point encore là le terme des malheurs de cette année. La peste tirait à sa fin dans la cité de Londres, et les habitans commençaient à rentrer en foule. Ils y apportaient quantité de marchandises, telles que des draps et autres objets de consommation ordinaire, qui encombraient les magasins des ma-<
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nufacturiérfi , obligés <ie Tendre à vil prix par suite de deux ans de guerre et de la stagnattoo du commerce. L'atteute de la paix , pour l'hiver prochain , avait engagé les marchands à remplir leurs magasins de bonne heure. L'été avait été le. plus sain qu'on eut vu depuis plusieurs années; et la plupart des maisons de Londres n'étant que de bois et de plâtre y tout se trouvait dans un état de sécheresse extrême. Le a sèplambre éclata un incendie i qui fit rage pendant trois jours avec une telle violence , qu'on l'eût dit envoyé par la colère céleste pour ne rien épargner sur son chemin. Le quatrième il s'arrêta au milieu de matières toutes combustibles* Je ne m'étepdrai pas sur l'étendue ni sur les ravages de l'incendie* Plusieurs ouvrages sont pleins de ces détails. Ce qui est toujours un grand secret, c'est de savoins'il fut accidentel , ou allumé à dessein. La flotte anglaise avait fait une descente dans l'île d'Uly , près du Texél , et l'avait livrée aux flammes. Après cet événement , quelques personnes vinrent trouver de Witt , et lui proposèrent ^ s'il voulait les assister , de ven^ ger la. république , en mettant le feu à la cité de Londres, Il rejeta cette proposition , car, dit* il y il ne voulait point envenimer la rujpture, et la rendre interminable. Suivant ce qui lui eu échappa alors, cette ouverture lui avait été faite par un labadiate , qui se prétendait envoyé par
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d'aulres personnes. Il n'y pensa plus jusqu'au moment où il apprit la nouvelle du désastre. 11 commença' à soupçonner alors que la chose pouvait avoir été concertée, et qu'on avait voulu l'enga* ger dans cet horrible dessein, pour en faire retomber ensuite tout Fodieux sur les Hollandais. Mais il ne put découvrir la trace d'aucun de ceux qui lui avaient fait l'offre dont on vient de parler. Au mois d'avril précédent , quelques gens de la faction républicaine avaient été convaincus de complot , et pendus. Ils avouèrent , au moment de l'exécution, qu'on leur avait proposé d'entrer dans une conspiration , dont un des premiei*s résultats devait être de mettre le feu à la cité de Londres , le 2 septembre. Cet aveu fut imprimé dans la gazette de la semaine , et je l'y ai moi-même lu. L'incendie ayant éclaté précisément le 2 septembre, tout le monde en conclut que c'était par suite d'un dessein dès long-temps prémédité.
Les papistes furent généralement accusés d'en être les auteurs. Un certain Hubert , catholique français , fut pris dans le comté d'Essex comme il cherchait, dans un grand désordre, à sortir de l'île. Il avoua, et soutint jusqu'à la mort que c'était lui qui avait mis le feu à la ville , et s'il fut exécuté pour ce crime, on n'eut cependant contre lui d'autres témoins que lui-même. Il est vrai que la relation qu'il en donnait manquait
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tellement de suite qu'on le crut fou. Il faut dire pourtant qu'on le mena les yeux bandés en divers endroits de ta ville , en ayant soin de lui rendre l'usage de la vue de temps à antre , et de lui demander si c'était là où il avait mis le feu; et lui , après avoir examiné attentivement et avec reflexion les objets qui l'environnaient , il répondit toujours négativement jusqu'à ce qu'on l'eût conduit à la place où l'incendie avait réellement commencé^ et qu'il reconnut sans hésiter. TillotsoQ m'a dit que Howell , alors greffier de Londres, qui vit souvent Hubert , et eut avec lui de longs entretiens^ en concluait qu'il était impossible que tout ce que racontait cet homme ne fût qu'un rêve de mélancolique. Howell j)ensait plutôt que l'horreur du crime ^ les frayeurs de la mort , quelques engagemens peut-être pris en confession, mettaient le coupable dans un tel désordre d'esprit , qu'on ne pouvait tirer de sa narration aucun renseignement clair et précis sur rien de ce qui ne le concernait pas personnellement. Tillotson y qui était persuadé que l'embrasement de Londres n'avait pas été le pur effet du hasard , m'a révélé une circonstance qui i^nd plus croyable la supposition que les papistes aient employé dans l'exécution de ce dessein un homme à demi-fou. Avant la restauration , Langhorn, avocat catholique, mais qui pendant plusieurs années avait passé pour protestant^ en*
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Yoya un Teritable idiot intriguer dans les éfectionsdu comté de Kent. Tillotson ^ qui était présent et avait remarqué quel homme était l'émis^ saire , demanda à Langborn pourquoi il le chargeait d'une mission aussi délicate. Lânghorn répondit que c'était sa maiime de n'employer à des commissions dangereuses que des gens de ce caractère 5 pourvu qu'ils pussent garder un secret, et suivre leurs ordres , de telle sorte que s'ils venaient k changer de sentimehs , et k quitter le rôle d'agens pour celui de dénonciateurs, il fût aisé de récuser leur témoignage et d'ôter tout crédit aux révélations qu'ils pourraient faire , en montrant que cMtait des insensés, desquels il n'était pas probable qu'on se fût servi dans des affaires délicates.
La circonstance la plus remarquable, quoiqu'elle ne fournisse aussi qu'une simple présomption, m'a été contée par le docteur Lloyd et par ià comtesse de Clarendon. Cette dernière avait une grande partie de sa fortune placée sur le nouveau canal, ménagé pour conduire à Londres les eaux de la rivière de Ware et aboutissant à Islingtoii dans un grand réservoir, d'où partent une infinité de tuyaux , qui se distribuent dans tontes les rues de Londres. La règle constante était de laisser couler tous ces tuyaux la nuit du samedi , afin que toutes leis citernes se trouvassent pleines le dimanche matiq , jour où il se fait une consommaf^
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tioa d'eau plus grande que de coutume. Or, quelque temps auperavant un certain Grant, papiste^ sous le nono ducpel sir William Petty publiait ses obseryations sur les tables de mortalité , s'étctit adressé au docteur Lloyd, qui avait tout crédit sur Tesprit de la comtesse de Clarcndon, et l'ayait assure qu'il se faisait fort d'augmenter considérablement les revenus que cette dame tirait du candi , si elle consentait à lui donner sa confiance. Ses plans offraient des chances de succès , et il fut fait en conséquence un des directeurs de cette administration ; ce qui lui donnait le droit de venir à Islîngton visiter les machines aussi sou-^ vent qu^Ului plaisait. Il y alla le samedi, veille du jour où éclata l'incendie y demanda la clef des lieux où venaient aboutir tous les tuyaux , ferma les robinets ouverts , et , après avoir ainei arrêté l'écoulement des eaux , il sortit emportant les clefs avec lut. Le lendemain , quand Tembra-^ sèment eut commencé 9 on ouvrit les tuyaux dans les rues pour avoir de l'edu^ mais il n'en sortit pas uj»e goutte. Cependant quelques heures se passèrent avant qu'on eut envoyé à IsHngtoii ^ que les portes y eussent été enfoncées ^ et les robinets ouverts. A la vérité Grantniaqu'irl les eAtfermés% Mhis la personne chargée de la &urveill»ttce des machines affirma qu'elle avait ouvert les conduits , comme à l'ordinaire, et qws qui que ce soit n^'était eutré dans le lieu ca question sauf Grati t.
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Celui-ci^ en avouant qu'il avait emporte les clefs ^
soutenait ne l'avoir fait que par inadvertance.
Il courut plusieurs autres bruits, d'après lesquels des papistes de difiërens endroits auraient demandé s'il n'y avait point des nouvelles d'un incendie de Londres. On dit aussi que dans les pays étrangers cet événement avait été connu avant qu'on eût pu le savoir d'ici. Pour moi , je m'en tiens à ce que m'a dit sir Thomas Littleton le père. C'était une tête forte et un esprit judicieux. Il avait en commerce, en histoire, en droit public de l'Europe , et sur notre constitution , tout autant de connaissances qu'il lui en fallait pour alimenter son esprit, mais rien au-delà. Il passait tout l'été à Londres, où j'étais logé dans son voisinage , et où j'ai eu avec lui pendant sept ans des relations intimes et journalières. 11 était trésorier de la marine conjointement avec Osborn, qui eut l'adresse de le supplanter et d'attirer à iur toute cette comptabilité, jusqu'à ce qu'il fiit fait lord trésorier. Il avaitune très-mauvaise opinion du Roi , qu'il croyait au fond plus méchant que son frère. Seulement , avec plus d'adresse pour cacher ses premiers desseins, ce prince avait moins d'activité, pour en poursuivre l'exécution. Littleton, qui passa dans son temps pour un des plus habiles orateurs du parlement , et dont la majeure partie des biens consistaient en maisons dans la cité, non loin des lieux où avait commencé
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l'embrasement y qui heureusement ne prit point cette direction , Littleton fut nomme par la chambre des communes membre du comité que Ton cbai^ea d'examiner toutes les prëspmptioQs qui tendaient à faire croire qu'il y avait du dés* sein dans l'incendie. Or^ je lui ai souvent ouï assurer que toutes leurs recherches n'uTaient abouti à rien de positif, et que quantité de contes^ que l'on publiait cependant avec confionce, se rëdui* saient à rien, dès qu'on les examinait de près» Comme il était alors dans les affaires, je ne sais néanmoins s'il ne parlait pas ainsi pour se mé* nager avec la cour. Dans une si grande diversité de sentimens, je dois laisser la chose dans l'in-*^ certitude où je l'ai trouvée. Si les Français ou le» Hollandais avaient eu dans ce moment quelque intérêt à nous tenir occupés chez nous ^ pour la réussite de quelque entreprise , on aurait pu sup^ poser raisonnablement qu'ils avaiait voulu par là atteindre ce but; mais rien de pareil n'existait alors* Il n'était -pas probable non plus que les papistes se fussent portés à cet horrible attentat dans la seule idée d'appauvrir, de ruiner la nation;^ et cependant 5 dans Tétat où ils étaient, ils ne pouvaient en recueillir d'autre fruit.
Bouase mille maisons environ furent consumées avec la plus grande partie du mobilier et des marchandises qu'elles renfermaient. Aucun des moyens connus de couper le feu ne 'réussit a. 3
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eomplëtemeni* Le seul' dont on obtint quelque résultat^ fut de faire sauter des bâtimens entiers par la poudre à canon. Le vent était si violent, que des brandons enflammes traversaient les airs et allaient communiquer le feu à d'assez grandes distances. Le Roî et le duc passèrent presque toute la journée à cheval , parcourant les rues accompagnés de leurs gardes, et donnant, les ordres nécessaires^ soit pour éteindre le feu y soit pour faire transpo;*ter hors la ville tout ce qu'il était utile , d'enleyer , personnes ou choses. La circonstance la plus surprenante peut -être de cet incendie y c'est qu'au milieu de tant de ruines et de confusion y je n'ai pas su qu'on ait eu à regretter la mort de personne. Jamais le Roi n'avait paru plus ému qu'il ne le fut du triste spectacle que la ville offrait à ses regards. Les habitansde Londres furent moins côntens de la contenance du duc , et lui reprochèrent de s'être montré trop peu sensible au malheur public. Bien des gens partaient de là pour insinuer qu'il n'était pas étranger au terrible fléau qui venait de dévorer une partie de la cité ; mais ce bruit y il faut layouer , était dénué de toute vraisemblance. Il n'a pas laissé que de passer pour presque avéré y surtout après que l'apostasie du duc fut généralement connue.
En Ecosse la fermentation était eitréme. Turner fut de nouveau envoyé cette année dans les pro-
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vinces de Touest , où il déploya sâ sévérité accoutumée* Les habitans , atarmésr et redoutant une extermination complète, s'assemblèrent et st consultèrent avec quelques ministres des plus emportés, tels que Scmple , Maxwell, Welsh et Guthriej Deux gentilshommes qui avaient servi dans les guerres précédentes, l'un en qualité de lieutenant-colonel, Wallace, etl autre de major, Learmoth, étaient les setils officiers capables de se inettre à leur tête. On se rappelle que les priri^ cipaux gentilshommes du pays étaient en prison à Edimbourg; et bien leur en prit, car sans cette circonstance ils n'auraient pu se dispenser de prendre part au soulèvement, à moins de perdre leur influence. On persuada au peuple^ que Tincendie de Londres avait mis le désordre dans les conseilsde la cour , et qu'il suffisait d'un coup de main hardi pour achever de ruiner les affaires du Roi* En effet ^ sans les nouvelles levées , les deux nouvelles compagnies des gardes k cheval et le régiment des gardes à pîèd eussent été probablement hors d'état de résister aux mécontens. Plusieurs habitans de ces contrées , qui avaient fait partie de l'insurrection, m'ont dît depuis qu'on leur avait fait croire que le reste du royaume était prêt à suivre leur exemple.
Le rassemblement s'opéra le x5 novembre. Ils dépêchèrent deux cents d'entre eux pour aller à. Dumfries , où était Turner avec très- peu de sol-
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dâts autour de lui , la plupart étant disperses ^daos le. pays par petites bandes pour 1^ levée des amendes. Le détachement des deux cents insurgés le surprit avant qu'il eût pu se mettre ea de^ fense; car autrement > à ce qu'il me dit luimême un yonT, il se serait plutôt fait massacrer que rendu , tant il se croyait certain deoe pas trou^ ver de quartier. Ils s'emparèrent en même temps de ses instructions^ où ils acquirent la pi«nve qu'il s'était montré moins barbare encore que les ordres qu'il avait reçus. C'esi oe qui les engagea à épargner sa vie pour pouvoir l'échanger en cas de besoin. Mais ils ne lui dirent pas ce qu'ils comptaient faire de lui, en sorte qu'il ne doutait pas qu'on ne le gardât seulement pour le pendre avec plus de solennité'. Turner avait avec lai une somme considérable provenant , partie des foads destinés à la solde des troupes, partie des amendes qu'il imposait. Us la confisquèrent. Mais celui de leurs gens qui en eut lé dépôt profita de la pre^ mière occasion pour s'évader.
Les méconteos ropandireut et accréditèrent ensuite par l'impression le bruit que ce .soulèvement s'était fait &aos préméditation, et daos le premier transport d'indignation qu'avait causé la vue d'un homme attaché sur un cheval , pieds et poings liés, et emmené de la sorte pour n'arvoir pas payé l'amende qu'on lui demandait ; <{u'à ce spectacle horrible les voisins de ce malheuveiix ^
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effrayés à^nn danger qui les menaçait tons^ étaient accourus à son secours; qu'après Tavoir délivré, la cnainte du ckâtiment les avait empêchés de se disperser; et qu'alors leur troupe s'étant grossie, ils s'étaient excités les uns les autres et avaient été surprendre Turner. Ce n'était là néanmoins qu'un conte inventé pour rendre le soulèvement plus excusable; car, lorsqu'à près qu'il eut. été étouffé, le conseil privé envoya des commissaires pour ezamiiier sur les lieux, et particulièrement dans la paroisse oii le fait en question était censé s'être passé, les violences commises , leur rapport n'en faisait point mention.- J^ai lu moimême ce rapport , et tontes les dépositions qui sont rapportées à l'appui.
En portant à Edimbourg la nouvelle de ce soulèvement, la renommée, grossit le nombre des rebelle^, qu'elle fit monter à plusieurs milliers. Le gouverneur de Carlisle , qui le premier en instruisit la cour, exagéra aussi beaucoup la gravité de ce qui se passait non loin de la place qu'il commandait. Le comte de Rotbes était alors à la conr. Il venait d'assurer le Roi que , grâce h la sagesse de l'administration, tout était en Ecosse dans une tranquillité parfaite, et qu'il n'y restait plus que quelques fanatiques entêtés , que leur petit nombre et leur faiblesse mettaient hors d'état de rien tenter. Il ne voulut d'abord ajouter aucune créance au message du gouverneur de
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Carlisley et il ne se rendît qu'à celui qui , deux
jours après > arriva d'Edimbourg.
Sharp ^ qui était Tâme du gouyernement en Ecosse 9 prit sur lui le soin et la direction de cette petite guerre. Il donna ordre à Dalziel de rassembler ses troupes dispersées dans leurs quartiers ^ et de marcher contre les rebelles. Ceux-ci, auxquels on donna le nom de Whigs , voyaient journellement s'augmenter leur nombre. et leur* force. A Lanerk, dans le CUddisdale, ils avaient célébré un jour de jeûne solennel où , après beau- ' coup de prières , ils avaient renouvelé le covenant et publié leur manifeste. Ils y disaient que ce n'était point contre le Roi qu'ils s'étaient ar-f mes ; ils s'y plaignaient de l'oppression sous la*?' quelle on les faisait gémir; ils demandaient qu'on abolit l'épiscopat, qu'oy rétablît les presbyté-r riens et le covenant,et qu'on leur rendit leurs anciens patrons; enfin , moyennant ces conditions, ils promettaient de se montrer sujets du Roi fidèles et soumis. Le comte d'Ârgyle leva quinze cents hommes , et fit savoir au conseil qu'il n'attendait que ses- ordres pour aller à la rencontre des rebelles. Persuadé que si Argyle entrait une fois en campagne , lui ou ses gens iraient cerjtainement se joindre aux mutins , Sharp ne lui fit point de réponse , et ce seigneur en fut pour ses frais. La consternation de l'archevêque de Saint-André n'en était pas moins au comble. Il écrivait à la cour
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les lettres les plus inquiétantes ^ et demandait qu'on fît passer en Ecosse les forces qui étaient dans le nord de l'Angleterre ; ciar ils étaient , écrivait-il , environnés de rebelles j et ne savaient ce qu'étaient devenues les troupes dû Roi.
Il proposa en même temps au conseil d'aller s'enfermer dans le château d'Edimbourg; mais il ne fut point écouté , parce qu'on trouva que c'était abandonner la ville et témoigner une crainte peu honorable , et qui encouragerait infailliblement les rebellés, ainsi que tous ceux qui étaient tentés d'aller les rejoindre. Il y eut des ordres pour armer la population ; mais la rai-r lice n'était pas encore organisée.
Cependant Dalziel serrait les rebelles d'aussi près qu'il pouvait. Il publia , suivant ses ordreSji une amnistie pour tous ceui qui seraient retournés chez eui dans l'espace de vingt-<|uatre heures^ et déclara criminels de haute trahison ceux qui , après ce délai , seraient trouvés les armes à la main. Il trouva le peuple généralement si bien disposé pour eux qu'il ne pouvait rien savoir que par ses propres soldats*
Les Whigs marchèrent sur Edimbourg , et %^tn approchèrent de deux milles* Mais voyant que ni la ville, ni les campagnes, ne se déclaraient pour eux , et qu'aucune des espérances dont les avaient bercés les chefs ne se réalisaient, ils per-r dirent courage. De deux çnlle environ qu'ils
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Vivaient été, ils se trouya^ent induits maÎDienaDt à huit ou neuf cents au plus. Ils rësolorent donc de regagoer les provinces de Touest > où ils sa-* valent que le peuple était pour eux> et d'où le passage eu Angleterre ou en Irlande était pl«s facile; Les ministres cependant ne négligeaient rien dans toutes les provinces pour persuader aax personnes de quelque considération de ne pas abandonner leurs frères dans cette extrëmité ; et ils étaient en effet parvenus à rassembler une xompagnie d'environ soixante ou quatre-vingts gentilshommes^ qui marchaient déjà à leurse^ cours ^ lorsque la nouvelle de leur défaite les cod« traignit de se séparer.
; Le dessein des iulsurgés était de faire leur re-* traite par la colline de Pentland, Le peu de cavalerie qu'ils avaient ne leur donnait point de souci, parce qu'ils savaient que celle de Dalziel 9 harassée par une marche forcée de quinze jours> ne pourrait les suivre. Effectivement, s'ils eussent seulement gagné une nuit de plus > ils étaient sauvés. Mais le 28 novembre, une heure avant le coucher du soleil , DaUiel les atteignit. Postés sur le sotnmet d'une colline , ils ne pouvaient être attaqués qu^atec un grand désavan*-* tage. Us eussent préféré néanmoins éviter le combat s'ils eussent pu s'échapper. Ils s'arrêtèrent donc, Leii«s ministres mirent tout en usage, prières^et sermons, pour les faire bien battre. Ils
leur firent chanter en chcrar le soîxamte-quatôrzième et le soixante-» dix- hnitièiiie psaumes. Ainsi prépares , ils attaquèrent les troupes du Roi. Hs soutinrent braTement le choc du régiment des gardes et le mirent en désordre. Mais là finit Faction. Ils rompirent leurs rangs immédiatement arprès^ et ne songèrent qu'à chercher leur salut dans la fuite , à la fareur des ténèbres qui étaient très-épaisses. Quarante environ furent tués sur la place 9 et cent trente furent pris. Le reste profita de l'obscurité et de la fatigue des troupes du Roi, peut-être aussi du peu de cœur qu'elles avaient à poursuivre de pauvres diables auxquels l'oppression avait tourné la tète, mais qui n'avaient fuit de mal à personne , durant le cours de leur petite campagne , et n'avaient vécu que de ce dont on avait bien voulu leur donner. Cette journée, qui mit fin à la rébellion, ne coûtai que cinq hommes au parti du Roi. Dalziel se rendit le lendemain à Edimbourg avec les prisonniers.
Les deux archevêques revinrent alors de leurs frayeurs et ils vérifièrent cette vieille observation, que cruauté et poltronnerie marchent d'ordinaire ensemble. Rothes vint en Ecosse transporté de fiireur , et, excité encore par les deux prélats, il résolut de procéder contre les prisonniers avec la dernière sévérité. Burnet conseilla de pendre tous ceux qui ne renonceraient pas au covenant, et ne promettraient pas de se conformer à l'avenir
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aux lois ecclésiastiques. L'ayis fut* trouvé trop violent. Son auteur, néanmoins, fut envoyé à Londres pour en rapporter un ordre du Roi de faire signer^ à toutes les personnes réputées suspectes^ une renonciation au covenant, ou de les traiter comme coupables de rébellion. L'élite du clergé épiscopal exhorta les évéques à saisir cette occasion de regagner l'affection dû pays en intercédant pour les prisonniers, et pour le pays lui-même , qui allait être couvert de lôgemens militaires à cause de l'intérêt qu'il avait montré aux insurgés. Plusieurs évêques furent touchés de ces représentations, et entre autres Wishart, évêque d'Edimbourg, homme cependant d'un caractère dur, et qu^on eût pu croire aigri par les traitemens qu'il avait soufferts pour la cause qui triomphait aujourd'hui. Ce prélat montra, dans cette occasion, des sentimens vraiment chrétiens» et il faut convenir que le souvenir de ses peines passées ne servit qu'à exciter sa charité au lieu de la refroidir. Chaque jour il envoyait aux prisonniers des alimens en quantité et des secours de tout genre. Son exemple du reste fut suivi par toute la ville avec tant de zèle et de libéralité que plusieurs de ces pauvres gens, enfermés et manquant d'air et d'exercice, furent exposés par tes suites de cette abondance à des dangers plus grands que tous ceux qu'ils avaient courus pendant leur campagne sitôt terminée. Sharp
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seul ne se laissa pas attendrir. Il encourageait au. contraire les ministres des comtés qui avaient: pris part à la rébellion ^ à communiquer au gouverneme^nt tout ce qu'ils pourraient recueillir tant contre les prisonniers que contré les personnes quelconques qui avaient paru dans les attroupemi&ns, afin qu^on pÂt leur faire leur procès. La plupart étaient déjà passés en- Irlande. D'ailleurs^ les ministres répondirent si bien aux yues derarchevêque de Saint^Ândré, et jouèrent un rôle si odieux^ si peu séant à leur caractère , que Favèrsion qu'ils inspiraient au peuple s'accrut en* core beaucoup , et ils finirent par lui paraître, des loups bien plutôt que des bergers. On eut à Edimbourg l'affreux et touchant spectacle de dix des prisonniers pendus au même gibet. Trentecinq autres furent renvoyés dans leur pays pour subir le même châtiment devant leurs portes^ et être exposés , pendant toute la durée de leur supplice^ aux imprécations de leurs ministres, qui les déclaraient voués aux flammes éternelles. Il n'y en a pas un seul auquel il n'eût suffis pour avoir la vie sauve y de renoncer au covenant. On peut donc dire qu'ils en furent de véritables martyrs. En mourant, ils lui rendirent tous témoignage, comme ils disaient, et aussi à tout ce qui avait été fait en son nom. On les voyait se réjouir de leurs souffrances comme d'un triomphe. La plupart étaient des gens de basse extrac-r
lion y et sans supériorité d'aucin autre genre. Aucun cependant ne faiblit dans sa croyance.
Maigre les grandes recherches qui furent faites^ un assez grand nombre des complices de Finsurrection échappèrent* Guthrie , leur principal prédicateur y demeura caché dans la maison de ma mère y élevée dans les principes de son frère Waristoun. Le malheureux fut eiécuté le printemps suivant. Un certain Maccail y qui n'était encore que ministre- protestant ^ autrefois chapelain dans la maison de sir James Stewart, était sorti d'Ediml^ourg pour aller joindre les insurgés. On le soupçonna de leur avoir été envoyé par les amis qu'ils avaient dans l'intérieur de la ville y et par conséquent de connaître ces amis. On le mit donc à la torture^ qu'on appelle en Ecosse les hottes. Elle consiste en effet à mettre des bottes de fer aux jambes du patient y et à faire entrer de force des coins entre la chair et la botte. Ordinairement on les enfonce du côté du gras de la jambe ^ mais on m'a assuré qu'ils furent cette fois enfoncés du côté de l'os. Mac-^* cail supporta cette atroce torture avec une grande fermeté et sans accuser personne , soit que réellement il n'eût rien à dire , soit qu'il eût le courage de ne pas découvrir ceux qui s'étaient confiés à lui. C'est ainsi qu'il eût dépendu de. chacun dés malheureux qu'on exécutait de sauver ses jours par la débtîon j mais ils préférèrent
tou^ rester fidèles à leurs amis. Les tèurmens Au supplice n'empêchèrent pas Maccàil dé mourir dans des transports de joie. U s'ëcria à sonder*» nier soupir : « Adieu soleil , lune et tous les astres ; adieu mes parens et amis , adieu monde y adieu temps , adieu corps faible et fragile ! Salut Éternité 9 salut anges et saints i salut Sauveur da monde , salut Dieu juge de tous { » Le ton et la physionomie avec lesquels il prononça ces pa«roles frappèrent tous les spectateurs*
Sa mort excita d'autant plus d'indignation y qu'on vint à savoir que Bumet, arrivé de Loti*dres avant son exécution , avait apporté avec Itti une lettre du Roi, où il approuvait tout ce qui avait 4té fait , mais dans laquelle il disait aussi qu'il y avait eu bien assez de sang répandu , et qu'en conséquence on eût à mettre en liberté tonjs les prisonniers qui promettraient de se soumettre aux lois à l'avenir ^ et à se contenter d'envoyer les incorrigibles aux colonies. Buroet laissa con<^ sommer l'exécution avant de produire sa lettre , sous prétexte qu'il n'y avait pas eu assemblée de conseil depuis son arrivée. Mais lui ^ qui connaissait la volonté du Roi ^ o'aurait-^il pas dd à^ mander à lord Rothes d'assembler un conseil ex^ traord inaire pour |nrévenir la morl: de Maccail?Ce Mng retomba donc sur lui. En général il se monn ira à cette époque très-violent, contre son naturel y anioié aans doute par sa fifimiUe et parjses
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alentours. C'est ainsi que cette rébellion , qui en conclusion eût pu servir à réhabiliter le clergé en lui fournissant les moyens de se montrer généreux et clément, acheva d'exaspérer le pays contre lui.
Les trbupes du Roi eurent ordre de se loger dans les provinces de Touest , où Dalziel se livra par trop à ses habitudes moscovites. Il menaçait les gens de les faire embrocher ou rôtir pour le moindre délit. Il lut^ arriva d'en tuer de sangfroid , où plutôt de sang^chaud, car il était ivre lorsqu'il donna ordre qu'on pendit sur-le*champ un certain homme, parce qu'il ne voulut pas dire où était son père, qu'on était occupé à découvrir. Lorsqu'il apprenait que quelqu'un n'allait point à l'église, il ne se donnait poînt l'eupui de prononcer contre lui une amende, mais it envoyait chez lui autant de soldais quMl en fallait pour le dévorer en une nuît. On conçoit qu'aVec: de telles méthodes de conversion , les églises furent bientôt, régulièrement fréquentées par tous les habitans de ces contrées. Le clergé en fut si' réjoui qu'il parlait de ce beau temps comme le& poètes parlent de l'âge d'or. D'ailleurs pas un iiïi«nistre ne songeait à intercéder pour ses paroissiens , non plus qu'à sortir de son irrégularité, ni de sa paresse. ils regardaient les soldats comme leurs patrons , et étaient saiis cesse au milteii .d'eux , se prêtant à leurs excès , si même ils ne
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]es y encourageaient. Daiziel et ses officiers finirent par les prendre en un tel dégoût qu'ils joignirent leurs plaintes à celles des gens du pays. On contait de. leur corruption des particularités si scandaleuses , qu'elles paraissaient h peine croyables.La personne dont le témoignage m'a inspiré le plus de confiance sur toutes ces matières ^ est uu certain sir John Cunningham ^ le premier jurisconsulte du royaume, et qui avait une partie de ses terres dans ces parages. Cunningham était partisan de l'épiscopat plus absolument qu'on ne Tétait en Ecosse, où la plupart étaient portés à croire que les formes de gouvernement ecclésiastique étaient, indifférentes en elles-mêmes, et devenaient bonnes ou mauyaises suivant les mains à qui en était remis Tusage; tandis qu'il pensait que l'épiscopat était de droit divin > comme institué par le Christ. Il était non-seulement versé dans les lois canoniques et civiles et dans les sciences philosophiques, mais il possédait encore une instruction encyclopédique des plus vastes ; il était surtout grand théologien , entendait bien les Pères, et savait à fond l'histoire ecclésiastique. Il était, outre cela, homme d'une grande probité, de mœurs douces et affables, et n'était égalé par personne en piété. La situation de l'Église, dans lès provinces occidentales , navrait le cœur dç Cunningham. Entre la perversité du peuple d'une part et la corruption
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du jclergé de 1 -autre y on ne savait en effet où était le plus grand mal. Le cierge y suivant sa coutume^ n'hésitait pas à déclarer ennemi de l'Eglise quiconque s'apercevait de ses désordres. Il est difficile après tout de croire à toutes les accusations dont il était l'objet.
Cependant le tour qu'avaient pris les affaires du Roi en Angleterre le força d'adoucir partout l'action de son gouvernement. Les comtes de Tweedale et de Kincardin choisirent ce moment pour se rendre à la cour^ et mettre sous les yeu^ de Charles la triste situation du royaume d'Ecosse. Sir Robert l'en entretint souvent. Lord Lauderdalé se mit moins en avant ^ de crainte de .tix)p faire ressouvenir qu'il était presbytérien. Charles se décida enfin à remettre l'Ecosse en d'autres mains. L'année précédente une convention des Etats avait été convoquée pour lever les fonds destinés à- l'entretien des troupes. Suivant une très -ancienne coutume de la constitution écossaise , une convention devait se former dans les vingt jours à partir de celui de sa convocation : elle n'était compétente que pour lever de l'argent y et demander le redressement des griefs; elle ne pouvait point faire de lois ni prendre des décisions d'aucun genre y hors du cercle étroit de ses attributions spéciales. Sharp y nommé par le comte de Rotfaes commissaire du Roi prèd le parle^ ment^ avait présidé cette convention. Dans l'hiver
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de 1666, otL plutôt dans le printemps de 1667, on en convoqua une seconde; maïs lord Kothes eut ordre d'enjoindre à l'arqjpievêquede St.-André de rester dans son diocèse et de ne plus venir k ' Edimbourg : le duc deHamilton fut chargé de la présider en vertu d'une commission spéciale du Roi, Cette légère disgrâce jeta Skarp dans une telle consternation qu'on put voir, qu il était aussi vil dans la mauvaise fortune qu'insolent, dans la bonne.. La convention maintint les subsides pour une autre année ^ à raison de s\j, mille livres sterling par mois*
Sharp , , voyant qu'un nuage obscurcissait son étoile à la cour, résolut de se rendre pojfùlaire en veillant à l'éducation du marquis de Huntley, maintenant duc de Gordon. Il y avait long^temps que le Roi lui avait confié ce soin , afin que oe jeune seigneur ,.dont la famUlç était la force du reste de papisme qu'il y avait, en Ecosse, fût élevé dans la^ religion protestante. Mais , quoique l'ordre qui le chargeait de cette mission importante remontât au ministère du comte de Mid4leton, il ne s'en était point occupé jusqu'ici. La maîtresse du comte de Rothes était catholique, et proche parente du marquis de Huntley. Etait^^e à la demande de Rothes, ou. pour mieux lui faire sa cour que Sharp avait négligé depuis, quatre ans dé surveiller , comme il l'aurait dû, Vëducation du marquis? Je l'ignore. Quoi qu'il en 2. ' 4
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^eit^ il le fit venir inaiotenaot près de lui. ht jeune homme ^ âgé de plus de quinze ans , ayait eu le temps de s'^durcir dans ses préjugés.
Peut-être, du reste, ne se donna*t^n pas grand'^ peine cour ^Fen détacher. Le lait est qu'après «me tentatiye de quelques mois, ^arp déclara «qu'il n'avait rien pu gagner sur son élève, et le renvoya à sa mère. Ainsi c'est , suivant ce qu'on crut alors , à la complaisance de Sharp pour les amours de Rothes que le papisme fut redevable de SOU/ principal appui en Ecosse. La négligence d'un devoir aussi important fut trouvée très-bUmabte; mais qu'était la faute elle-même à côté dé l'ilifamie du motif?
A près la cloturede la couvent ion , lord Ro thés en^ . voya Drummond pour représenter au Roi le mau- >vais esprit qui régnait dans les provinces occidentales; et, pour toucher ce prince par l'endroit .sensible, il lui mandaitque le covenant leur tenait toujours au cœur , et (m'il n'y avait rien de bon à s'en promettre , tant qu'on ne les aurait pas guéris de cette manie. Il revenait donc sur la proposition de Burnet, d'autoriser le conseil à requérir, de toutes les personnes réputées suspectes, une renonciation au covenant*, ou à les traiter, si elles s'y refusaient, comme.coupables de haute .trahison. Ce Drummond, quoiqueavec moins d^ férocité que Dalziel , se sentait trop aussi de l'air qu'il avait respiré en Russie. Il avait d'ailleurs
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DE MON TEMPS. Ôf
des comiaissaBces varië^s et étendues , et ua sentiment religieux assez sincère. Mais, pour parler yrai^ son pretnier désir.d^ns cette occasion était d'avoir sa partd^es nombreuses confiscations qui ne manqueraient pas d'avoir lieu , s'il rapportait les ordres qu'il était Tenu solliciter. Il survint un léger accident qui, pfêtant à rire aux dépens de sa mission , en préviot le succès, he Roi , après avpir décacheté la lettre qu'il avait reçue d'Ecosse, jeta an Ceu l'enveloppe qui , s'en volant toute en fla.mmes, embrasa la cbeminée. Là-<léssus le bruit courut qiie la lettre venue dflcosse avait mis lé feu à Whitehall. Puisque l'enveloppe a suffi presque pour amener l'incendie du palais , disaiton j a^sui;éfpent le contenu va mettre toute l'Ecosse en feu. On fit observeir que la loi qui ordonnaitrtdxjuraiioiidM coyenant, neprononçantcontre les réfractaiiTes que la perte de leurs emplois, il serait biçn rigoureux d'aggravter cette peine au point où le demandait Iç con/seil. Cependant , par jégar4 pour un message public , les ordres furent donnés tels qu'ils étaient souhaités , mais avec une lettre particulière po^r lord Rpthes, oii il lui était enjoint de n'en point faire usage sans l'exprès commandement du Roi, attendu quel^eur ^istençe s^ule était un frein sufÇsant pour les ^écont^ns. Mais le secret de toute l'affaire se ré-* p^ijdU f et ne servit qu'à rendre plus odieux lord Rotbl^ et «on palti.
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La disgrâce dé Sharp amena naturellement rc'le'vation de Bumel. Ce fut lui que le conseil chargea de porter à la cour la proposition très-extraordinaire de cantonner les comtés occidentaux de l'Ecosse sous un gouyernement particulier^ et de leur faire supporter des taxes et des logemens militaires, auxquels le reste du royaume fut étranger. Un conseil spécial devait siéger à Glasgow pour la direction de cette administration séparée. Entre autres raisons à Tappui de sa proposition y Burnet dit au Roi , et ensuite à lord Lauderdale^ que parmi les membres du conseil privée il y en avait de mal intentionnés pour l'Église , qui favorisaient ses ennemis^ et n'avaient pas craint de se porter les défenseurs dés rebelles. Lord Lauderdale se hâta d'écrire à Edimbourg, pour savoir ce qui avait pu donner lieu à cette accusation , dans l'espoir, si elle se trouvait fausse, d'avoir de quoi intenter à Burnet un procès en fabrication de mensonges, d'autant plus grave que le corps entier du conseil se trouvait attaqué. On lui répondit qu'un des rebelles non compris dans l'amnistie, ayant été arrêté, avait été reconnu pour foU; qu'on avait débattu dans. le conseil s'il serait jugé ou non , et que quelques membres avaient insisté pour qu'il ne le fût pas, disant que l'exécution d'un homme qui n'avait plus sa raison sçrait une honte pour le gouvernement. Il n'y
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avait là certaiDement rien qui justifiât les paroles de rarchev^que de Glasgow; aussi iorULauderdale . s*arrai}gea*-t-il poujr si'tn prévaloir en temps et lieu. Quant à la proposition elle^ méme^ elle fut rejetée, sur ce premier motif que le Roi ne se reconnaissait pas le droit de l'admettre.
Burnet, pendant son séjour à Londres, avait cherché à se faire un appui de lord Clarendon , et lui.avait expose l'état peu florissant de l'Eglise en Ecosse. Le chancelier en' parla au, Roi , et lui en jQt parler par les évéques anglais, qui faisaient plus de cas de Bumet que de Sharp. Le crédit de Clarendon était sur. son déclin; le Roi répéta ce que ce nciinistre lui avait dit sur les affaires d'E* cosse à lord Lauderdale , qui en fut très-irrité. Burnetfut renvoyé avec de bonnes paroles. Charles ji'en resta pas moins décidé à changer son ministère d'Ecosse. Lord Kincardin, qui revint de Londres au mois d'avril , me dit que Jord Rothes, dépouillé de tous ses autres emplois, n'aurait plus que l'es sceaux, et que le comte de Tweedale et sir Robert Murray allaient avoir le secret des affaires. Il ajoutait que la paix était sur le point de se faire; que, quand elle serait faite, on licencierait l'armée , et qu'alors on verrait le gQuver-* nement, dans les affaires tant civiles qu'ecclésiastiques, se montrer aussi doux qu'il avait été dur et sévère. Tout cela était encore si secret que lord
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Rothes et les deui archevêques ne s'en doutaient, ni Les uns ni les antres. Quelque temps après , Aé^ thesfitnn Yoyagedans le nord du royaûme^pendant lequel un eTeneroent imprévu hâta sa disgrâce.
Pendant la guerre , les Ecossais avaient mis en mer un assez grand nombre de corsaires ^ qtii avaient ramené de riches prises. Ainsi provoqués^ les Hollandais envoyèrent Van Qhetodt dans le Frilh avec une bonne flotte^ pour ravager les côtes et s'emparer de tous les vaisseaux qui seraient dans ces parages. Yàn Ghendt entra dans le Frith le I*'. mai. S'il eût arboré les couleurs anglaises, et attaqué inamédiatement le port de Leith, qui était alors plein de vaisseaux , il nous aurait fait tout le tnal qu'il aurait voulu. Il n'y avait aucune précaution prise contre l'ennemi sur là cétè, et on y attendait en pleine sécurité sir Jéréfnie Smith y envoyé pour la protéger avec quelques frégates, qui devaient être toute notre défense cette année, où le Roi n'avait pas équipé de flotte. On avait tellement dilapidé le trésor public que, malgré les subsides considérables qui avaient été ^consentis , l'argent avait manqué pour un armement maritime. La cour disait pour son excuse que la paix était à la veille d'être conclue à Breda y où lord Hollis et sir William Coventry la négo-^ ciaient en notre nom, et que bien qu'il n'y eût pas -encore de cessation d'hostilités, on pouvait regarder la chose comme faite. A propos de cette
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dissipation sans b&raes «les dealers de l^tat^ on rapéta beattc^^np Dn mot dn coAite deNorthqmber-' land. Un jour qu'on disait deVant lut que la ma^ tresse du Roi rainei'ait la nation : « au contraire^ dit-il^ c'est elle qui la sauvera, » Et en eiSèt^ à aToiir une chambre deseomnftu'nes, oomn^e était la nôtres toujours prête à faitei litière à la cour de l'ai-genl du peuple^ il Ynlait encore mieux que eel argent $e consumât en friyol ifes de luxe et en prodigalités de toute espèce , que si on l'avait mëhagé pour de médians desseins. L'entrée de Van Gfaendt dans' le Frith n'aboutit à rien* Il se contenta de canonner pendant quelques heures Bruntkland ^ sans luixauser aucun dQmmage. Toute la population de la campagne accourut sui^ la Cote > et du moins effraya parson nombre. Mais cette entréprise n'était qu'une feinte de l'ennemi pour détourner Tattention du gouvernement anglais d'une teata*tiye plus importante. Van Ghéndt remit à la voile et fut rejoindre Ruyter y qui parut à l'embouf^ chure du Midway i rompit la chaîne qui la fermait, et remonta la rivière jusqu'à Chatam. C'est tout ce que je dirai pour l'instunt touchant cet événement si honteul : . je continue à m'occuper de l'Ecosse.
L'absence de lord Rothes ^ dans un moment pii le pays fut menacé d'un si grand danger, fut présentée à Londres sous les plus mauvaises couleurs par lord Lauderdale et précipita les chaugemena
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projetés. Au mois de juin, sir Robert Murray vînt en Ecosse aytc une lettre du Roi , qui ôtait à lord Rotbes sa charge de commissaire, lui donnait celle de chancelier, et mettait la trésorerie en conimission. Lord Rothes refusa les sceaux tant qu'il put, demandant à rester lord trésorier; mais ses efforts furent superflus, et il fut contraint de ce-der. On s'aperçut bientôt que des esprits plus modérés dirigeaient l'administration. Sharp luimême prit de la douceur et de l'humilité. Il me dit un jour que c'était un grand bonheur pour lui d'avoir à traiter avec des hommes sérieux, sobres, et qui n'étaient pas perpétuellement ivres, comme loitl Rothes et ses amis. Lorsque la paix eut été conclue à Rreda, le Roi écrivit au conseil d'Ecosse pour là lui communiquer et lui signifier en même temps que sa volonté étajt que l'armée fût licenciée. Le comte de Rothes, Burnet et tous les officiers s'opposèrent à ce licenciement. Suivant eux, l'esprit de mutinerie des provinces occidentales n'était rien moins que diminué , et si on voulait le réprimer, l'entremi^^edu pouvoir militaire était indispensable. On proposa de l'autre côté divers *«xpédiens plus modérés. Voici celui qui parut le meilleur. Au lieu d'une abjuration ducovenant, 'qui répugnlait à la conscience de beaucoup d'honnêtes gens, on arrêta qu'on exigerait la promesse , 'aveé caution pécuniaire, de se tenir en paix et de ne poipt prendre les armes. Cette sorte de contrat
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entre le gouvét^Beméat et chacjue individu paient le meilleur tési possible^ en ceqja'ilgarantissaîtla tranquillité publique et la paix du royaume^ ce qui était pour le présent le point essentiel ^ sans toucher à la religion, dont oh laissait au temps et à la prudence des intéressés y le soin de régler les débats. Le conseil fit donc publier une amnistie plus large et plus étendue, et il suffisait, pour s'y faire comprendre , de cette obligation dont j'ai parlé. On se soumit généralement à cette formalité. Il y eut cependant encore certaines personnes dont elle éveilla les scrupules , sous ce prétexte que le mot /;a/ar était un terme vague, comprékensif, et qui, peut-être, dans l'idée de ceux qui l'avaient employé, emportait la soumission à toutes les lois. Le plus grand nombre cependant, et de beaucoup, s'engagea sans difficulté. Les scrupules n'atteignirent que quelques maniaques de la lie du peuple.
Pour pouvoir licencier l'armée avec plus de sûreté , on proposa de lever une milice de comté, et de la mettre en état de maintenir la paix pu- ' 'blique. Lès deux archevêques ne goûtèrent- pas cette mesure. Ils représentaient que les communes ^tant^ en général, fort mal intentionnées pour TEglise épiscôpale , une milice sortie de leur sein serait plus redoutable que rassurante. On arrêta, pour les contenter, que dans les provinces les plus parquantes par leur mauvais esprit , on n'or-
58 mSTOIBE
gaoiseraît point de troopes k pied^ mak seule-
meiit quehfaes compagnies de cavalerie. Burnet
dit o«LYertemeot qu'il ▼oy'ait bien qu'on avait juré
Taboliliôn de l'ëpiscopàt> et que , datis une telle
extrémité^ il se croirait coupable de garder le si'p
lençè. Il écrivit ^ en effet , tine longue lettre pleine
de récriminations à Sheldon. Celui-cf , de son côté,
en écrivit une à siî* Robert Murray , très-longue ^
que je lus , et où je trouvai plus de modération
9t de douceur qu)e le nom de son auteur ne me-
l'eû'tfait supposer. Murray ^ du reste, lui avait
inspiré une telle estime, et lui avait donné une sf
haute idée de son mérite et de sa probité , que
c'était peine perdud que de chercher à le perdre
dans l'esprit dé ce prélat.
La hauteur de Burnet fit valoir la souplesse dé Sharp qu'on rappela au conseil. Il n'y fit entendre que.djes parblesde modération, puisque telle était la disposition du moment. Dans la discussion sur Je licenciement de l'armée, ce fut lui qui dit qu'il valait mieux exposer les évéques aux chances les plus rudes, que de tenir ^ à cause d'eux, le royaume sous le régime d'un gouvernement militaire. Il ne laissait pas cependant de déclamer en secret contre la nouvelle administration, qu'il traitait d'ennemie prononcée de l'Eglise. Vers cette époque, à la. sollicitation de lord Lauderdale , le Boi écrivit au conseil privé qu'on l'avait informé que l^s rebelles avaient trouvé parmi eux des dé-
DE MON TEMPS. 5g
fensenrs , et qu'il lui importait de saToir la vë-« rite. C'était^ comiiie on Yoit, on coup monté contre fiuraet. Le conseil répondit^ en niant le fàit> et en demandant à connaître l'aiiteur det^ette. impùtaitott calomnieuse. Bumet ^ lorsqu^on lui donna cette réponse à signer, dit qu'il ne pou-Tail * déblarçr que les rebelles n'avaient pas trouve de défenseur. dans le conseil, puisqu'il avait luimême pris la défense de l'un d'*entre eux , et il fit ressouvenir ses collègues de la circonstance et des détails. Il vit le danger qu'il avait couru ^ profita de la leçon , et devint plus traitable. , Avec le licenciement expira l'autorité de lord Rotfaes^ comme général. J'ai déjà dît qu'il n'était plus commissaire. Il l'avait été trois ans. En recevant cette importante et haute fonction , il s'était engagé à préparer les matière pour un Synode national, et néanmoins pendant tout cet intervalle il ne s'était rien fait qui tendit à ce but« Les évêques ne semblaient occupés que d'augmenter leur autorité et leurs revenus, et nepre^ j:iaient aucun souci de régler ou le culte on la dis* cipline.
Le comte de Rothes partit pour se rendre à la cour , et y fut suivi par le comte de Tweedale. Le premier essaya de faire agir en sa faveur le duc de Moumouth > qui avait épousé sa nièce ; mais le prince, encore fort jeune ^ et tout entier AUX plaisirs, ne.soqgeaitpointaux affaires. Rotbes
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sentant alors la nécessité de s'adresser à lord Lau' derdale^ dissimula ses ressentimens avec tant d'àdresse^ qu'il persuada à ce lord qae c'était avec joie qu'il» s'était vu déchargé des soins d^une administration compliquée , devenue pour lui une chaîne accablante. Il demandait qu'on voulût bien régler ses comptes comme trésorier ^ et lui ' délivrer en même temps une approbation scellée du grand sceau de tout ce qu'il avait fait en qualité de commissaire du Roi. Lord Tweedale était d'avis de lui refuser l'un et l'autre point ^ et de le tenir quelque temps sous la verge. Usavaibque^ quelque humilié que parût Rothes maintenant^ il ne serait pas plus tôt délivré de la crainte d'avoir à rendre un compte exact de son administration ^ qu'il connaissait le premier pour n'être rien moins qu'irréprochable , qu'on le verrait cabaler contre ses successeurs ^ tandis qu'on aurait bon marché de son opposition y en le tenant quelque temps dans de salutaires inquiétudes. Mais le Roi aimait lord Rothes y et lord Lauderdale y en bon courtisan^ seconda ses prétentions. Il ne fut pas long- temps ^ non plus que son maître^ à avoir lieu de se repentir de sa complaisance.
11 s'opéra vers ce temps^la y dans les habitudes de lord Lauderdale , une grande métamorphose y qui rendit la dernière moitié de sa vie bien différente de ce qu'avait été la première. M. Murray, gentilhomme de la chambre y avant d'avoir un
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DE MON TEMPS. , 6i
grand crédit auprès de Charles I*"^. , tant pour diriger sur qui bon lui semblait le canal de ses faveurs que dans ses conseils pour les décisions les plus importantes y avait été son page et le camarade souffre douleur de son enfance. Il était fait pour la cour , très*insinuant ^ très-faux^ et d'une humeur si vindicative , que plutôt que de voir réussir un avis donné par son ennemi , il Taurart révélé , et pour le faire échouer aurait trahi son souverain. C'est ainsi qu'on a cru généralement qu'il découvrît dans plusieurs occasions aux ennemis de la cour des secrets très-importans de l'infortuné Charles. Il avait une qualité particulière , savoir une discrétion à toute épreuve , quand il était ivre, ce qui lui arrivait souvent , quoique naturellement assez ouvert et causeur» li obtint des lettres-patentes de comte , qui furent signées à New-Castle., tnais qu'il fît aussi dater d'Oxford , afin d'avoir le pas sur je ne sais quel pair qu'il haïssait. Ces lettres ne furent point scellées du grand sceau durant la vie du Roi , et elles auraient en conséquence expiré avec lui , s'il n'était parvenu à les faire sceller après la mort de ce monarque contre tous les usages établis. Sa fille ainée , héritière die son titre tel qnel, épousa Lionel Tallmarsh de SufTolk, d'une famille noble. Après la mort de son père , elle se fit appeler lady Dysert-.EUe avait beaucoup de beauté, mais encore plus d'esprit. Elle était douée d'une pénétra-^
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tion meryeilleuse 9 et il n'yeut jamais de corn veiv satlon pi as brillante que la sienne. Elle avait étudié Don-seulement la théologie et l'histoire^ mais les mathématiques et la philosophie. Elle était violente dans toutes sesafiections y amie vio-> lente 9 mais plus violente ennemie. Son amibition était sans bornes^ sa dépense extravagante > son avidité iosatÂable. Rien ne lui Coûtait, rien ne rarrêtait pour parvenir à ses fins* Elle co.dt^aeta de bonne heure avec lord Lauderdale de$ liaisons qui excitèrent la médisance. Lorsqu'il fut f/iii prisonmer après la bataille de Worcestjsr, elle lui persuada que sa vie courait de grande dan^ gers^ et qu'elle le sauvait par ses int^ig^es avè<: Cromwell; La .malice ordinaire du pubUp ^e i^ér gligea pas cette anecdote. Il est certain que le Protecteur avait été très- amoureux d'elle ^ ef: qu'elle se montra très-disposée à répondre à sa tendresse» dont il se défit lui-même par politiquey^ A la restauration^ elle ne trouva pas Lauderdale aussi recoonaisaant qu'elle s'y attendait » et ils vécurent quelques années éloigna l'un de l'auti^e» Mais, à la mort de son mari, ils se raccommodé^ rent si bien que lady Lauderdale, blessée 4e leur intimité, partit po^r Paris, où elle mourut au bout de trois ans. Lady Dysert s'empara tellement de l'esprit de son amant > qu'elle le perdit de considération dans le monde , qui nc^tire so|i^ estime à un homme esclave des passions e^t desca^^
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pHôes de sa ooiaitresse* On ne poarait pius 1 ap-^ . procher que par elle. Elle était Pâme de toutes 3es déterminations , vendait son crédit^ et ne né« gligeait aucun moyen de se procurer de rargetit^ qu'elle dissipait ensuite en fSsistueuses prodigalités^ Elle brouilla Lauderdale avec tous ses amis Fun après l'autre, avec les comtes d'Ai^jle , de Twee-^^ dale et de Kincardin, avec le duc de Hamilton, le marquis d'Athol et sir Robert Murray, qui n'eurent pas plus tôt le malheur de lui déplaire > qu'ils se troiiyèreat dans la nécessité de rompre avec celui dont la confiance et l'intimité leur étaient acquises depuis plus ou moins de temps^ S'il n'y avait pas une sorte de présomption à me nommer après de tels personnages , je dirais que j'eu3 le même sort à mon tour. Du moment: où jLauderdalë eut complètement renoué avec cette femnie 9 jusqu'à la fin de ses jours , ce ne fut plus I? rnême homme. Le père de ladyDysert lui avait jadis destiné fiir Robert Miirray pour époux , et ^Ue l'eut iongt- temps pour ami; Elle savait que son affection , comme sa probité j étaient à toute épreuve « Il n'était pas moins l'ami de lord Lau« derdale, et fut dans plusieurs circonstances son princ,ip£|l appui auprès du Roi , et A la cour ^ qui avaient une grande estime pooir son caractère. Il savait , quand il le fallait > lui parier avec une entière franchisé ^ et lui.dpnneride ces conseils ; ou faire de ces reproches d'autant plus utiles
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qu'ils ne péuTenf sortir qae de la boached^an amî. Làdy Dysert profita de l'absence de Robert Murray^ pendant le séjour qu'il fit en Ecosse ^ pour détruire leur union. Elle fit croire à son amant que Murray se donnait les gants de tout ce qui se faisait^ et ne trouvait pas mauvais de passer pour son gouverneur. Ces perfides insinuations avaient un trop puissant auxiliaire dans la vanité ombrageuse de Lauderdale^ pour ne pas produire leur effet.
Le gouvernement d'Ecosse avait changé de face. Les paiemens se faisaient avec régularité , et ri se trouva à la fin de l'année un boni de mille livres sterling , sur les revenus courans , qui fut consacré à l'achat d'un magasin d'armes. Il y eut en même temps divers projets entamés pour l'encouragement du commerce et des manufactures.
L'accord de sir Robert Murray et de lord Tweedale était tel qu'il doublait leur ascendant^ et que tout pliait devant eux. Le dernier fut nommé conseiller privé d'Angleterre. Le mariage de son fils avec la fille unique du lord Lauderdale sembla lier à jamais leurs intérêts^ A son retour de Londres , il porta au conseil une lettre du Roi , qui leur recommandait de veiller à la conservation deTËglise^ et leur enjoignait en particulier de supprimer les conventicules ^ qui coin— luençaient à se multiplier dans les provinces oc<<-^ cidentales. Le peuple de cea cantons n'avait pas^
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ëtd plutôt dëliv'rëde là terreur que lui inspiraient les âoldats^ qu'il avait abandonué les Eglises > irdppèlé ses âncîeo$ ministres et fornoé des con«- Téntîcul^^ dans presque toutes les' paroisses. Le Roi e'crivit en même temps de sa prbpre main une lettre à Sharp ^ où il Tassurait de soa ^èle pour TEglise, et de Testime particulière qu'il faisait de lui , archevêque de Saint-Andre\ Lord TwcédLale avait espéré par là le ramener toutà-fait à euXi mais il se ti^ompa. Sharp s'en prévalut aii contraire pour repl*endre sa première ÎDSolence.
Le retour de lord Tweêdale fut lé signal d'uii nouveau zèle apporté aux affaires publiqtiejs. La corruption cessa d'être un titre à la faveiir du geuvernemebt* La justice fût rendue avec im^ partialité. Une commission fut envoyée dans les comtéf de l'ouest 9 pour y examiner les plaintes d'injxtstice 5 d'arbitraire , d'oppression portées contre Turner ^ Dalzîel y et d'autres encore. Les ordres de Tiimer avaient été Saisis sur lui » lorsqu'il fut pris parles insurgés^ ét> quoiqu'il eût été abandonné par eux y le jour de leur déroute > et qu'à la grande surprise de tout Iç moftde il fàt sorti sain et sauf de leurs mains..> il n'avait plus rien pour justifier sa conduite. L^ iàit est qite ceitte enquête^ principalement dirigée contré lor^l Rothes et Buraet, avait pour but de rejeter sur. leur conduite à la foi$. inhabile et 3. -5
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