‹ Histoire de mon tempsChapitre 4 sur 11 · II · texte numérisé non relu

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gagea tout à la fois daos de grandes ëludes et dans be^coap d'affaires. Le clergé du dioïcèse^ me croyant quelque crédit auprès des hommes qui tenaient les rênes du gouvernement^ vint en masse m'exposer ses griefs et ses plaintesi II se disait trè^maltraité y et si complètement abandonné du peuple que dans beaucoup d'endroits il ne lui restait plus d'autre parti à prendre qu'à fermer les églises ;. il se voyait de plus , en toute rencontre, exposé aux menaces et aux outrages des non-conformistes. D'un autre côté , les gentilshommes de la province me faisaient de si étranges récits* des vices de certains ecclésiastiques 5 dés folies de quelques autres , des imprudences de tous, que, tout en faisant très-grande la part de l'exagération dans leurs discours , il m'était impossible de n'en pas croire une bonne partie. Je ne fus pas long-temps à m'apercevoir de l'excessive difficulté de mon rôle. On attendait de moi à Edimbourg, et peut-^étre à Londres, une relation détaillée des contrées que j'habitais, et je savais qu^on y ajouterait une foi entière. Mais avec le système de calomnie réciproque, universellement priitiqué dans les deux partis^ au milieu des imputations contradictoires qu^ils se renvoyaient de l'un a l'autre , à quel renseignement se fier de préférence, et quel moyen de discerner la vérité , de présenter les choses telles qu'elles étaient réellement ? Une seule était vi-^

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sible ^ c^est que les conventicules abondaient ^ et qu'on y delïitait d'étranges doctrines. La suprématie du Roi était le texte ordinaire de toutes les déclamations qui s'y faisaient. Les éyéques, y répétait-dn^ étaient sans doute les ennemis des libertés de l'Église , mais lé petit doigt du Roi serait plus pesant que n^apàient été leurs reins. Après un séjour de quelques mois à Gls^sgow^après y avoir recueilli tant de bruits destructifs les uns des autres , que je finis par douter de presque tous, j'écrivis au comte de Tweedale que le désordre augmentait certainement Autour de moi, mais que je ne tenterais même pas de le spécifier par des détails ; car je ne savais que croire , et encore moins savais^e quels palliatifs lui indiquer. Je lui proposais en conséquence que le conseil envoyât dans les comtés de l'ouest quelques-uns de ses membres, réunis «en commission , pour parcourir le pays , y examiner les choses de près, prendre sur-le^H^hamp telles mesures qui seraient jugées nécessaires pour le maintien actuel de la tranquillité publique , et préparer leur rapport pour la prochaine session du parlement , qui, éclairé par leurs lumières, pourrait prendre iln parti décisif, dont les amis de la paix, de la liberté et de la religion auraient également à s'applaudir.

Ma proposition fitt acceptée^ et lé duc de Hamihon,lord Kincardin, Primerose et Drummond

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isoBiposèrent ta coininksion dViiqnéte. Ils se rendirent d'abord à Hainilton , de Hamilton à Glasgow 9 puis dans divers autres lieux ^ et puis encore à Glasgow 9 où ils terminèrent leur tournée. Ils putiireot les auteurs des désordres les plus crians, et menacèrent de châtimens plus sévères tous les ministres rétablis en vertu it Vindulgence 9 s'ils continuaient à abuser de' la condescendance qu'avait eue pour eux le gouvernement 9 et à se montrer plus mutins et plus insolens que jamais. Le parti non--conforluiale m^imputa tout ce que firent les commissaires j et ie parti épiscopal m'en youlut de tou\ ce qu'ils ne firent pas; car si le second trouvait qa ils en faisaient trop peu^ le premier trouvait qu'ils en faisaient ti^op. La vérité est qu'ils ne prenaient aucune détermination importante sans me consulter; mais ce fut surtout pour obtenir la liharlé des div^sr^es personnes qu'ails avaient mises en prison > que j'usai de mon crédit auprès d'eux. Ma douceur fit croire au clergé que je Voulais me rendre populaire à ises dépens ; et c'est là le secrêt4la tattt ce que j^ai eu à essuyer de fureurs et decalonuiiesda la part des épiscopaux, qui n'ont cessé de ikie regarder depuis lors comme un ennemi d'autant plus redoutable qu'il se cachait dans leurs rangs. Je n'étais pourtant et je ne suis enaore que l'ennemi dft l'application du droit du plus fort aux afl&iires de la conscience; mais quoi

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de phiis odieux aux ecclésiastiques méehans et. cdrrofnpiis^ ccHome il n'y en a que tropique cet esprit de toléraiiice et de tnodératiou !

hds tiaiatesde Laud^rdaleet deTweedale prèssercfnt vivement Leightou d^acoepter le siège de Glasgow* Il le refuasi d'abord avee une obsti*- QaU«ii qui 9ouâ inquiéta tous. Cependant l'espoir de conclure Vacoommodemewt qu'il avairt eu: ¥ue^ et la promesse qu'il r^ut de Tadniioisfrj^ tion d'être sQCOiura par elle dans cette entreprise ,. finirent par l'dbranler. Le Roi désira qu'il lit uû^ voyage à LoïKlrea. Eu a^y rendant > il me donna rendto-^^oua sur la route » il passa «0 jour entier avec moi , pour me consulter sur les probft* bilités de succès (ktt projet qu'il iiiéditait« Je nV vaia pas moi-mewe a3se« de cctnfiance pour lui en donner beaucoup; i»aîs toute celle qui me restait , je la lui communiquai j, ainsi que ses mo« ti&« Le &it est qu'alors il ne m'était rieo j^oips que déxoentré qu'unaecomnuiifem^/t^ fâl imprati^ cables A. son arrivée k Londres ^ iieighton trouve Urd Landerdale d'une bumeur plu$ inflammable e«coi^> plus emportée^ plua intraitable^^u'à( l'oiditoM^Ire. Lord Twlsedale au coi^traive ne né^igeait rien poiur aplanir devoiit lui toii^eif le^ difficultés^. Apràa avoir écarté Burnêt^ il biii imh portait beaucoup de uionAmer à sa |ilace im iH^ia<e éoûnent, et 4ont la «ftodération calmât l^es4ivi£(f iii& intestinet» du paytssQiMnift à sein ««uApriité i}»$tpr.

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raie ^ et mit fin à ce concert perpétuel de plaintes et de marmures qui ne cessait y sous son prédécesseur , d'importuner le gouvernement.

Mais Fesprit changeant de la cour la jetait alors dans de nouveaux plans ^ que lord Lauderdale embrassait avec un zèleservileou plutôt officieux. Sans m'en expliquer davantage pour le présent , je me contenterai de rappeler l'arrivée de la duchesse d'Orléans à Douvres , qui eut lieu à cette époque , et dont je donnerai mie relation détaillée , après avoir exposé l'ensemble des affaires d'Ecosse pendant l'année 1670^ ainsi que toute l'affaire de l^accommodement. Leighton proposa son plan au Roi en insistant sur lest grands avantages que trouverait Sa Majesté à ramener en Ecosse la paix et la modération. Mais Charles avait déjà abandonné, pour l'Angleterre, tout projet de compréhension: c'est la tolérance qu'il désirait maintenant. Le comte de Lauderdale néanmoins lui ayant représenté la nécessité de tranquilliser d'abord les Écossais par quelques concessions , pour tirer ensuite de cette nation le profit qu'on en voulait avoir , le Roi^ qui se donnait rarement la peine de réfléchir deux fois à une même chose , se rendit à ces raisons. Le plan de Leighton , corrigé en plusieurs endroits par sir Robert Rfurray, Ait définitivement rédigé en forme d'instructions , par lesquelles lord Lauderdale était autorisé à faire sanctionner pa r le par-

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lemenlles conditions proposées aux presbytériens. Ce seigneur ne voulut jamais m'avouer qu'il fiât nanti d'instructions pareilles , quoique Leighton m'en eût montré une copie. L'événement et sa con-^ duite postérieure rendent très-probable le soupçon qu'en effet il ne les avait pas reçues, ou plutôt qu'il en avait de plus secrètes encore pour s'opposer à tout cet arrangement, et que son intention fût toujours de nous tromper tous. Il y avait plus de réalité et dé franchise dans les efforts du comte de Tweedale ; mais il commençait à être moins bien avec lady Dysert, et dès lars son crédit n'était plus de force à nous épauler, comme il l'eut &l]u , pour nous faire réussir.

On a vu que Leighton s'était chargé de l'administration du siège de Glasgow, mais ce ne fi|t qu'au bout d'un an qu'il consentit k s'y transpor-r ter. A son arrivée , il réunit son clergé en assemblée synodale , et n'y entendit qu'un concert de plaintes sur les paroissesdésertes et l'insolence du peuple. Leighton, dans un sermon qu'il prêcha aux ecclésiastiques de son diocèse ^ et aussi dans divers discours qu'il leur tint, tant en pn-r blic qu'en particulier , les exhortait à se pénétrer davantage de l'esprit de Dieu , à se rappeler qu'ils étaient les ministres du Christ crucifié, à supporter le mépris et les mauvais traitemens qu'ils avaient à essuyer comme une croix- destinée k éprouver leur foi et leur patience; k étouffer tout

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idë&ir de veoge^oce, à s'humilier devant Dim parle jeiioeet la prière^ à donner fréqw^mmwt et en seeret /[^^iiis jours à ces minU Gum^ ciees; enfin k se réunir ai^ssi pnur les pratiques» et par \k k exciter mutuellement lenir wlet U leur promettait 5 à ce prix» la bevéilctico du ciel sur leurs tra^aui* Ce langage aussi noureaii. pour les gens auxquels il s'adressait qu'il . étaijt sans réplique » n'était pourtant nullement propre à l^ satisftire* Ce n'était point par les ¥ertaa.dfi ^hreUep .qu'pu îles avait ba^itués i ae àé&màn de leuifseuuerals^jcm à peupler leurs églises, mais bien par l^ fFinleqoe et les voies de rigueur, par des soldats et. des amendes. C'étaient ^à les. moyens de résistance nu d'autorité qu'il l^^r fallait, et quapd ils virent que leur nouvel évéque ne se disf ppsfit pfls à les employer > ils regagnèrent leara bénéfice); , aiussi peu édifiés de son zèle quHl l'était peu Luirpaéme de leurs doctrines. Lorsqjfte le syaode fut complètement terminé, Leightonyi-r sita , dans une première tournée pastorale , les plus considérables des ministres de /^iim/i^^hc^, et lUiesmmena avec lui. Le but de ce voyage était de leur pwsuader de préte.r l'oreille aux pippositioos de pfijx qui leur seraient faites. U leui» dit qpe plusieurs d'entre euK seraient îhaessamment âppplésà Edimbourg, pour y enten4re etdiscu^ lesactieles d'un traité qui devait mettre fin k nos divisions religieuses; qu'ils pouvaient compter

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sur la sincérité des négociateurs, qu'ils n'auraient à craindre ai artifices , ni tracas$eries ; que s'ils adhéraiesl aux ofircs jqui leur seraient faites , elles seraient aussitôt revêtues du caractère légal; et qu'ajars enfin toutes les vacances que présentait actuellement l'Eglise seraient remplies par leurs conirères.llsaccueillirenices ouvertures avec tant dMndifférence, ou même avec tant de ipépris, qu'il £dlait un zèle aussi ardent et aussi actif que celui du digne prélat ponr n'en être pas glacé. A peine se uaoBtraient«-ils polis , et pas un d'entre eux ne le remercia seulement de sa modération et de sa douceur* Les plus rysés , tel que Hutcheson , Ini répondirent qu^il s'agissait de l'intérêt giénéral du culte presbytérien, et qu'ils n'étaient que de simples individus. D'autre , naturellement plus ergoteurs , nous jetèrent à la tête de misérables argumens et de fptile^ subtilités. Leighton commença. dè& cemomaità désespérer de sa négociation. Il ne laissa pas néanmoins de l'entamer, •et de la.poi|sser aussi loin qu'il le put.

.Lorsquelord Lauderdale vînt en Ecosse pour pré* sidav le parlement , six prédicateurs presbytériens faranl invités à se rendre à Edimbourg. Il y eut une longueconférence entre Leighton et eux devant les comtes de Lauderda|e , de Rothes , de Tiveedale et de Kinoardin. Sharp qui ne voulut pa^ s'y trouver envoya à sa place Paterson, qqe l'on vit depuis archevêque dé Glasgow , avec ordre

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de lui rendre compte de tout ce qui s'y passerait. Leightoo parla le premier : il exposa les fiinesles effets de nos divisions et du schisme qu'elles avaient amené. Bien des âmes étaient perdues^ et im plus grand nombre en danger de se perdre ; Ae sorte que chacun était obligé de tout faire pour fermer une brèche par où tant de maux ^'étaient déjà introduits dans notre pays , et qui ne pouvait qu'ouvrir un facile accès à. bien d'autres encore. Quant à lui , il était convaincu que l'épiscopat , en tant qu'ordre distinct de celui de la simple prêtrise , avait subsisté dans l'Eglise depuis le temps des apôtres ; que le monde , chez tous les peuples^ avait reçu des évêques la religion chrétienne , et que l'égalité absolue entre tous les membres du clergé était une idée iivconnue dans l'Eglise jusqu'au milieu du seizième siècle, époque où elle prit place dans la ré*forme plutôt par accident qu'à dessein; mais cependant, puisqu'ils étaient d'un sentiment contraire, il avait à leur offrir un tempérament, à l'aide duquel les deux partis conserveraient chacun son opinion^ et néanmoins travailleraient de concert aux fins communes de l'Evangile et de leur ministère. Ils admettaient dans leurs assemblées des modérateurs, qui évidemment n'étaient pas d'institution divine, et n'avaient d'autre misrsionquedemaintenirrordre:leI\oinommeraitces modérateurs. Quant à la permanence de leur ca-

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ractère, ce n'était pas une telle usurpation qu'il fallût pour cela rompre Tunite de rEglise. On ne pouvait soutenir non* plus que la bénédiction donnée par l'imposition des mains aux ministres nommés à Cette fonction^ les fitdéclieoir de la qualité qu'ils aTaient reçue par Tordination^ de sorte qu'ils restaient au moins ministres 9 pour ne rien dire de plus. D'autres pensaient ^ il est Traî , qulls étaient revêtus d'une autorité nouvelle et spéciale 9 supérieure à une simple présidence; mais cette opinion , toute spéculative , ne devait point inquiéter les partisans de la doc-* trine presbytérienne , pourvu qu'on n'exigeât d'eux qiie la soumission à la présidence pure et simple 9 et lors surtout qu'il leur serait permis de déclarer publiquement leur sentiment sur l'épiscopat^ et ea prenant toutes les réserves qu'ils jugeraient convenables. Leighton finit en les ad^ jurant d'examiner tout ce qu'il venait de leur dire en conscience et comme en présence de Dieu^ sans égard pour des considérations de parti ou de popularité. Il parla en tout près d'une heure et demie ^ avec tant de gravité et de force que l'impression de ses paroles fut grande sur tous ceux qui l'entendirent. Hutcheson répondit que leur opinion sur l'égalité de tous les ecclésiastiques entre eux était bien connue; que la présidence dont on parlait avait introduit dans l'Eglise une domination despotique ; et que si peu

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GOQfiklér^le qu» pwà% m €>lle-»même cette prérogative , les suites e«i avaient étééoiènnes, et pouyaiênt Têtre oncoYe. Il demandait en caoséqueoce qu'on leur donnât du temps paur bien considérer les propositions mises en ayant , et pour consulter leur3 frères sur ce qu'ils en pensaient; et puis* que les li^is leur défendaient de s'assemlAer , il suppliait 9 en leur nom, le commissaire du Roi de vouloir bien le leur permettre. Cette double réclamation fut sur-le-champ agréée.

Nous eûmes une seconde conférence y dans laquelle les questions furent traitées avec plus d'é-* tendue^ et serrées de plus près que drfba \sl pre^ mière, mais sur le même fond d'argumans.

Lord Lauderdale nous fit tous diner ensemble 9 et vint nous trouver après dîner : mais peu s'en fiillut qu'il ne se laissAt emporter à quelqu'une de ses violences accoutumées, tant il fut cboqué dus mianières- à la fois grossière! et cauteleuses des presbytériens. Leighton heureusementl'avait pré* paré et supplié de ne pas leur fournir , en les trai-^ tant avec tro p de hauteur ou de dureté ,. un prétexte plausible de se rétirer et de rompre. Cependant les basésdeParrangement projeté furentbientotgéfiér ralen^entconnues. Sharp cria partoutquedép(Hiil^ 1er répiscopat du privilège de la voix négative^ c'était le saper par ses fondemens. Le clergé infé* rieur sentant que^si les ministres presbytériens ve^ naient à prendre possession d'une grande partie de$

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églises^ il tomberait infailliblement dans l'abau-' don et le mépris , abhorrait cordialement tonte idée de réunion. Les presbytériens bigots voyaient un piège dans les propositions qui leur étaient faites^ et s'imaiginaient qtt^elles n'aTaient d'antre but , sous quelque belle apparence qu'on les leur pi^sentât maintenant , que d'obtenir la paii de lagénërati<^iiprésente> afin que Tépiscopat, maintetiant aux abois sur tous les points de l'Ecosse , reprît peii k peu racine, durant ce temps de tiédeur générale , et se consolidât k jamais; mais la plus grande partie de la nation approuTâit notre projet ^ et se dilsait ou que nos efforts seraient couronnés du succès , et qu'alors tout serait tranquille , ou que les presbytériens , supposé qu'ils repoussassent l'olivier qu*on leur tendait , montreraient h découvert leur esprit d'obstination , aliéneraient ainsi de leur cause tous les indifférées^ et laisseraient la nation convaincue qu'ils ne méritaient pas les ménageniens qu'avait pour eux l'administration actuelle.

Tous les travaux de celte session du parlement d'Ecosse se bornèrent à prescrire la levée d'une taxe , à nommer des commissaires pour s'occuper de Tunion des deux royaumes , et à passer deux actes rigoureux contre tes convehticûles. Il y avait eu une assemblée de ce genre dans le comté de Pife , près de Dunferling , cantoh où il ne s'en était jamais tenu jusqu'ici. Quelquesl gentîl*-

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hommes considérables en faisaient partie ^ et la nouTeauté de la tentative avait attire une grande foule, d'autant plus que l'avis en avait couru le pays plusieurs jours à l'avance. Certaines personnes y vinrent avec les armes qu'elles portaient liabituellement. C'en fut assez pour appeler ce conventicule un rendez^ vous de rébellion. Oa arrêta et conduisit à Edimbourg quelques uns des assistans. Pressés de nommer les gens de leur connaissance qui s'y trouvaient avec eux, ils le refusèrent, et soutinrent leur refus avec courage. L'existence du conventicule de Dunferlîng fat dénoncée sur-le-champ à la cour , et représentée comme l'avant- coureur d'une rébellion. Lord Làuderdale, en apprenant l'usage que ses ennemis en avaient fait , dans l'espoir de le perdre , se livra à des accès de rage insensés. Sur sa proposition , deux actes furent rendus, qui d'une part grossissaient les amendes établies contre les teneurs de conventicules , et de l'autre y joignaient d'autres rigueurs, dont l'appel icatioii était laissée à l'arbitraire du magistrat. Le comte de Lauderdale inséra de sa propre main , dans l'un des deux actes, un mot qui mettait les papistes à couvert, en disant que ces amendes n'étaient ina^ posées que sur les personnes de la religion réformée qui n'allaient point à l'Église. Son intention était de se rendre agréable au parti catholique , et en particulier au duc d'York, dont la religion, qui

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était encore un secret pour nous au^tres Écossais^ n*en e'tait plus un pour ia cour. Il ne craignit paa de me dire à moi-niênie qu'il a^sAt été bien aise d'apprendre aux presbytériens qu'ik devaient , être et seraient traités plus sévèrement que les papistes eux-mêmes. Tous lés conventicules ténus en rase campagne furent déclarés délits de baute trahison , et les prédicateurs qui y exerceraient leur ministère 9 sujets à la peine capitale. lies propriétaires, sur les terres desquels auraient lieu ces rassemblemens, devaient payer en outre de grosses amendes ,. et tous les assistans être punis à discrétion , s'ils ne découvraient pas leurs complices. Enfin les conventicules tenus dans les maisons devaient encourir les mêmes peines que les conventicules en plein champ , lorsqu'il y aurait rassemblement de peuple aux portes ou aux fenêtres. Sir Robert Murray m'a assuré que le Roi n'avait pas approuvé cet acte, qu'il trouvait d'une sévérité extravagante , en ce qui concernait surtout la peine capitale pour les .prédicateurs* Ce prince ne croyait pas efficaces les lois sanglantes > et celle-ci n'aurait pas été rendue s'il en avait connu les dispositions d'avance. La moitié du parlement en avait horreur; mais il portait à Lauderdale une soumission si servile que le jeune comte de Cassilis fut le seul opposant. L'afiaire fiit d'ailleurs emportée avec tant de rapidité que Leighton n'en entendit parler que

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trop tard* Ce prélat s'en expliqae anèreiti^t ayec lord Tweédale : il lui dit que les mesures que Tenaient de ^nctionner le parlement lui semblaient si contraires au premières lois de Thu** manitë , pour ne pas dire du christianisme^ quHl avait honte de se voir en communauté de projets et de but avec des hommes qui avaient pu les concevoir et les proposer : il ajoutait qu'il était au moins bien étrange que ni lui , ni moi > n'eussions été consultés. Le comte de Tweedale ré^ pondit que les conventicules en plein champ étant une chose nouvelle ^ on s'était cru obligé de les prévenir par des rigueurs qui seraient inescu-» sables dans toute autre circonstance; et il finit par nous assurer que personne n'avait pensé sé-^ rieu^ement à les mettre à exécution*

Leighton fît parcourir les comtés de l'ouest par six théologiens épiscopauï. J'étais le seul qui appartînt au diocèsede Glasgovr. Nairn et Charterie étaient du nombre. Les trois autres» Aird^ Gook et Paterson furent encot^ ce que nous pûrties décider de mieux à aller prêcher dans les églises vacantes pour expliquer, à tous ceux qui viendraieiit leâ entendre, les avantages de Vaccommo^ dément. Ce qui restait de clergé épiscopal dans les campagnes n'était guères en état de rien expliquer, et moins que toute autre chose, un projet qu'il détestait. Le peuple vint à nos sermons avec asse^ d'empressement , mais cependant sans

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ferveur. Nous fômes surpris, je dois en convenir , de trouver toute une population en état de raisonner sur les questions du gouvernement ecclésiastique, et sur les bornes du pouvoir temporel eu matière de religion. Ils avaient jsur tous ces points des:te3rtes dé TÉcriture toujours prêts ; et, quelque objection qu^on leur fît, on né les pre-=^ naît jajnais au: dépourvu. Cette portion de science était familière aux plus petites gens, à de grossiers paysans-, des valets, des servantes qui, vains de leur savoir comme on peut le croire, infatuésjd^ux-mémes, poussant la subtilité des scrupules . jusqu'à la manie,. trouvaient ou fai* saienf des difficultés à tout ce qu'on leur disait: Notre tournée dura environ trois niois, pendant lesquels les conventiculés furent moins fréquens; Mais,immédiatemeiitaprès notre départ, des prédicateurs presbytériens, bouillans de fanatisme, nous succédèrent dans tous les lieux oîi nous avions prêché, et parvinrent à y détruire Je bien que nnus avions pu y faire. Us disaient que le démon n'est jamais plus redoutable que lorsqu'il apparaît sous la forme d'un ange de lumière.

. Les ministres dépossédés eurent entre eux plusieurs conférences dans certains endroits du royaume. Leur situation était délicate. Le peuple avait pris toutes leurs déclamations à la lettre , et conclu , d'après elles j que le projet de Leîghton et' de ses amis ne tendait qu'à détruire le 2. 1 2

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lyS HÏSTOIRR

presbytérianisme eii désmtéressaiit de te. défense la génération présente par d^s coiicessicMis'a'p^-' reiltes , et que dès lors- , si les Hirinistres presbyte-^ riens y adhéraient, ce serait abondomier leur cause et la sacrifier au désir d'être éniployés pendant leur yie ^ et de mourir plte trvnqnilles» C'est aitsi que, bien qu'ils n'eussent réellement rien à opposer an plan de réiink)n quit leur était proposé, ils résolurent de le rejeteify tant ils étaient dominés pdr le besoin d'une vaine popu-^ larité. Uù bruit qui se répandit alors parmi eux, et auquel ils ajoutèrent une loi entière , ne contribua pas peu à les confirmer dans cette déter-^ minàtion* On disait que le Roi, dégoûté de l'É-^ glise d'Angleterre, et las de soutenir l'épiscopat en Ecosse , était décidé à ne plus lier ^ comme il t'avait fait jusqu'ici , son système dé gouvernement politique à son Système de gouvernement religieux > et que les eoncessioii'S quron xmfm^ trait disposé à leur faire nous étaient inspi^ rees, mm par aucun bon sentiment pour euz> i^ais fûv l'envié de Sauver l'épiscopat : de sorte qu'ils à'imUginèrent qu'ils le consolideraient en acceptant nos offres de réconciliation , au moment oii iû Roi allait l'abandonner à lui-même ; et , comme ce passage de l'Écriture, ne timehezy ne goutetfnémanhz pùinly semblait, par son sens général , les encoïkirager à ne se prêter i aucun arrangement, ils te répétaient sans cesse entrft

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DE MON TBMPS. 1791

eue! à d'aulres. Une. fois résolus à rejeter toutes noS'oârrep^^il $'a^498ait de savoir celles raisons ils doondraiefit de cette détcrmiaatîoD'^ et ^9.8ui-« . Tant la propositioQ formelle <]U0> leur em avait faitç I^^tou eH'Cas qja'il oefûi pas asse^ liea-* reux poor les voir accueillir ses idoes.> ilsf pren«^ (Iraient à leur tour rioitiatii^ei et nous expose*- ^ raient leurs prétentiims* Dans leursiassembllées ^^ la disseussion était aoutedu^ par deux pensonneg^ chargfîQS de pai\ler pourelcoatreu Us débattirent) • d'abord la pi!o(jestiatÎQOiqu'iUett«isemit:pm*mi8 de faire contre l'épiscopat ; pamnt«eux la maxime ,. proiesta^ù eontrat^iafilctOyélsÀten grande vogue^' et dès lors cçtte pFOteâla4ion< leur parut insuffî-* santCv Freuaftt ensuite pour base de leups^ ar^-* mens l'obligation: imposée par le cavenaot dû maintenir leur église telle qu'elle était en doctrine 9 culte ^ discipline et gou-veroenieatVîls'se dirent qu'ils ne pouvaient sans violer le coVenant se soumettre à la moindre des conditious^qui leur: étaient offertes; aucun d'entre eux- n'euit rien à objecter à cette assertion. Cependant^ pou^r faire** une proposition quelconqne. dont ils n'oiissent pas à redouter l'acceptation , ils décidèrent- (Qu'ils t nous proposeraient d'ajouter à nos contorsions; la* liberté d'ordonner . sans évêque. Leu|*r résolu-, tion ne nous fut pas.plutot connue que nou^Jeivr envoyâmes dçs mémoires dans lesqqdà- étaient démontrée l'injustice de leur demande;, ms^is. quçr

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sert-*il de raisonner pour combattre un parti pris et des argumens sans bonne foi,- inventes seulement pour justifier ce qui est résolu indépendamment d'eux? Nous leur fîmes observer que nonobstant leur covenant ils avaient admis , depuis qii'ils l'avaient juré^ plusieurs modifications à leur culte plus importantes que délie d'un mo-aérateur permanent nommé par le Roi. Croniwell , par exemple y ne leur avait-il pas défendu de se réunir en assemblée générale , et n'avaientils pas^ eux , continué à remplir les autres devoirs de leur ministère^ bien que cette défebse violât un de leurs droits les plus précieux ? La loi qui avait -ordonné de séquestrer la moitié des bénéfices de tout ministre qui prierait pour le Roi /ne les avait-il pas trouvés résignés à négliger le devoir qu'ils avaient toujours reconnu pour tel , et auquel ils étaient liés par leur covenant ? En obéissant aux lois et aux proclamations rendues contre eux^ n'avaient-ils pas depuis neuf ans interrompu l'exercice de leurs fonctions? Enfin ceux d'entre eux qui avaient accepté l'indulgence accordée par le Roi, n'exerçaient-rls pas dans leurs paroisses une autorité émanée du Roi , et non des presbytères? De tout cela nous concluions que lorsqu'il leur convenait de passer sur -certains devoirs , ou de se soumettre sans murmure à quelque violation de leurs privît^és , ils savaient trouver pour s'y autoriser d'Iiabttes

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DR MON TEMPS. '8l

distinguo /et il' était difficile de concevoir pouiv qtiojy dans le bfts pressent, ils se montraient moins traitables que parle passé. Mats c'était peine perdue que de raisonner avec ces gens^là : il n'y avait parmi eux de décision que chez les têtes ardentes-; tout le reste ne savait que disputer.

La duchesse d^ Haiûilton engagea plusiéiin ministres >ppesbytériefis 5 entre autres Hutchènn^ k vebir che% elle. Elle leur dit qu'elle n'avait point la prétention de rien entendre aiix distinctions tfaéoiogiques, ni aux termes de la dispute ; maïs dans ce cas^-ei le ^ns commun' suffisait pour a'voir un avis et! dominer un conseil : il ne teniait qit'à eux de rendre' la tranquillité à leur pays , et de reprendre tous l'exercice de leurs fonctiioBs pas^ lorales en acceptant certaines conditions qui parrainaient à tous les gens raisoBnabIes^très-&ciles à remplir; leur refus laisserait d'eux in£Eiilliblement une fâcheuse impression* ^ et amènerait de funeste$ résultats dont ils auraient à se repentir, mais trop tard pour les réparer^ La duchesse me conta dans lé* temps que , par tout ce qu'elle put tirer d'Hutcheson , elié comprit quoi vojant la généralité de son parti décidée à repîousser tout arrangement quelconque 9 il.se disait que l'adhésion d'un petit nombre de presbytériens qui p9ur cela se sépareraient de leurs eon&ères ^ loin d'éteiudrie lés anciennes rdivisioos., eh créerait de nouvelles. En conclusion , il était évldei|t que

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-tante oêHejgmodenëgociation liViboutirait à i^tra; £trjiûtts.y kpû arions pris à coqur de là condaire À bietk 9 iQQjnSfOoas étions fierdas^M Hd^rè parCi, oiifl'Qiifmiis i>ep0Qd»it wlaè^Mlefit «M â¥àtil!e^ ^ dfis scctait^ -obstinés 5 'Çui n'avaient pas dàigDë faire un seul pas pour se rapprocher de nom.

:Lei^tOD désiva ae véuivîr dejneu^veau û'^fit eux à J^aialey. Je J'y acoailvpagnai ap^sœ ^ft oà deut aiUi^es ihëoiogîeiis. Ub étaient ^ evn , au nombre ide trante.énYioon. 3^ous eûmes deux iéngues^coh-- ;lMfince$. djéigktoa leorme^rasenta qtM iétait de lettr.deiTSQir.de reeherober k paix en t^t temps; imaîs plus paii^iculîÀremeti<; enoave lorsque it& •fiuîÉes d/épiocftbles de •oa^'dîssefisiiynis frappaient ^eocpre^us les regards. Or^'h^n'y^avait de'pciiï^ d'cicoard posa&le , qu'antaGrtiquîqn senioiiln^eraH -dlèpàsé des deux côtés ^ se reMoher «n peu de là vigufinr de ^ses idées, eit à&ire réeiprocfifement ^^uélgues piisks unsiyerslesiautAs/N'OuseD stvimis £iit certes y quant à nous , d'assez grands , dé ^m gvands peut-être «que la froide raison ne le per^ nipttak. Eux eeoUs w céderaient-ils <sur qrien? Leur >opniion étavt-reUetst 'inathéma'liqueihent eevlaine qu'ils fie pussent en raibatfre ia «loindca partie po^ria paix de 'l^lito et le 8altt(4es âmes ? Ils répondireiit àdesi pressantos itisMnces pa<r de teiles pautretés que itout bon^ime' d^uoe douceur moins aagéiique qnsie «eelle de Pardlie^ véque de Glasgow e^ infailli^b4etneivt perdu

DE MON TEMPS. ^ i83

paiîeiice. Il supporta tout^ et^ pottà^ dernière

jqtnefitioa 9 Leur demaada s'ils auraienl; partage

k couHuiuiioi» de T-E^ise de Dieu au temps da

oo«icîle de ]>f icée ; ^ue .s'ils néipQQdaieat que non ^

^JQUtiûl-îl 9 il iSe cûiisaleraii "Volontieirs de n'être

pas 4ç leur conoimiinîfMi puisqu^il voulait pouvoir

dire 4e l'BgUse.durétieoue de ce siàcle : que mon

4me wtapee eUeî Que s'ils répondaient que oui^

il fêtait Asaucé «qu'ils oe devaient pas njeter les

(90}pes «qu'on .leur faisait maintenant ^ iCar elles

m^ltfkHUl l'ëpificopat beaucoup plus bas qu'il n'é^

tait alors. Un des ministres presbytériens, le plus

sarapit, avait pirépâi^é inn diftcoui» plein de cita-

.tjuons^ povir prouver la différence qui existait

iqutire l'epi^^^t de la primitive SgUse ^ celui

4'wjo»rd'bui« J'étais alors plein de ces matières,

de sorte q«ie je pus facilement impnoviser une

^^u(Latioi^4e.çe discoai^9 irepueodfe chaque cir

tatîopi et l|i rétwqner contre mon adversaire avec

}m a|7ants|^ trop évide^^t poiH* n'être pa3 sieoti d(s

4^ JMnis euic-mêm<l$ et de lui aussi, ce semble,

<fir il ne trouva pas un mot à me répli<{U6r, JEa«-

fio l^pre^bytérieps jw^fû&atèrent.l^ désir que ces

proposilipps lei^r fussent Coupées p^r écrit > cw

toM(t , di^ieat-j]s , ne s'était piassé jusqu'ici que

v^|[lba}^i|ieQt.,. et la parole risquait toujours d'être

mal eosï^ipdue , wal ripétee^udesavonée. JUeigh-

tou se saucidit peu d'abord d'y consentir* Con>-

sidéraut néanmoins qa^jls pouvaient souteoii*

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l84 . ' HISTOIRE

raisonnablement que n'ayant que des paroles à rapporter à leurs confrères, ceux-Hîi ne verraient pas là un motif suffisant de délibérât j[ofi sérieuse, il écrivit ses propositions, m'en donna l'<yriginal que j'ai encore , et leur permit d'en prendre autant de copies qu'ils voulurent. £n se séparant, il les engagea à prendre promptement leur dernière résolution, car il croyait qu^on la leur demanderait au mois de janvier prochain. Ils reçurent l'ordre de se rendre à Edimbourg vers la fin dé ce mois. Je m'y trouvai aussi , Suivant le désir de Leighton.

Nous nous réunîmes chez le comte de Rothes , qii certes la négociation ne traîna pas en longueur. Hutcheson, au nom de tous ses collègues , nous déclara qu'après avoir considéré les propositions que nous leur avions faites, ils np croyaient pas en conscience pouvoir les accepter. Leighton lui demanda les motifs de ce scrupule. Hutcheson , pour toute réponse, observa qu'il était peu sûr d'argumenter contre les lois. Leighton répliqua que, puisque le gouvernement s'était décidé de lui-même à entrer en traité avec eux touchant les modifications à apporter aux lois ecclésiastiques , toute liberté leur appartenait évidemment ' d'argumenter contre elles ; d'ailleurs des offres n'étaient pas des lois: ce n'était donc pas attaquer -les unes que de motiver son refus des autres. Il leur proposa ensuite une conférence publique.

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DIE MON TEMPS. l85

eu présence de tous ceux qui souhaiteraient de juger par eux-mêmes de ce dont il s'agissait : il se fondait sur ce que le peuple possédait si à fond ces sortes de matières qu'on devait craindre qu'il ne formât ua schisme, s'il restait étranger à leur discussion , et il croyait en Conséquence aussi utile que raisonnable de l'admetti^ à entendre et à juger ce. qui se.diraitdes deux côi»spouret contre nos ofireé à^ accommodement. Hutcheson refusa -cette proposition sous prétexte, que membre d'un grand corps y ce qu'il avait dit , il l'avait dit an nom de ses confrères y et qu'il n^avait pas caractèi^ pour en dire davantage. Leighton lui demanda s'ils n'avaient point au moins quelques propositions à faire de leur coté^ pour mettre tm terme aux divisions qui déchiraient l'Ecosse ; le presbytérien répondit que leurs principes étaient assez connus, mais qu'ils n'avaient rien de particulier à proposer. Alors Leighton , dans un long discours , exposa dans .quelles intentions et dans quel but il avait agi durant toute cette négociation : c'était pour avoir la paix et faire fleurir la religion. Plusieurs des offres qu'il avait faites, il eii était convaincu, dérogeaient aux justes droits de l'épiscopat. Cependant, puisque c'est bien moins à détruire qu'à édifier que doit tendre le pouvoir de l'Église, il avait cru que dans lès circonstances présentes l'épiscopat, en consentant à se dépouiller d'une grande partie de son auto-

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ifi<> HISTOIRE*

rite, jie eoatpdromettaiit poiiiJllesiaèéréUiie la reli^ gÎQQ y lesâervtit même ombam ililesAFaàt servis , IwsqjaUl jétâU^seroé icbus taitte sa plënitoile p«r la «aîo fenne «des ipremiei» ëv^âqaes .: ses cd^res -ne pcoirenaMMt id^iàttoane'.msfiaiice de sa eause; il jétaÂtpersuade'.qiiel^ûpiscopat remontait, i4x«T€nrs îles fiièdles ., lideciuos jours jusqu'à ceux des apôtres; etf^eui-retee.a^akr-il à se ireproclier d'a^roir trop |ieu tnàaagélesjdroits de cet ordre dans Useoiiees'fiioosqu'iil aurait proposées ; mais il a^Miit la juste codfianoeqne Dieu kii pardouuerait , «til espërait 4]ifte ses cqllègues vaudraient biea T-escuser. Mi^in- 4eiiaiit', ajoutait^!, qu^iis avaient j'Ugé à propo&dé jie pas accepter oes ooncessions , sans denuer le& .moti de leurs rrfus. ni (aire du moios qaelqncB- MiweiitureiB.deleur c4ie comme nous en avions .&it jdu vpôtee , ils létaient responsables , devant 'JBiieiu.et lesliommes, de la cootmiatioa de^nos^i^ 'visÎMis. Quant k \wi , ^ leur entêtement avait ;des suites funestes , il s'en kvaît d'avance les mains , puisqu'il n'avait rien négligé pour les prévenir. Ainsi fut rompue la négociation ^ au gcand^étonnement detoasles genssensëset impar- Atiaux^ et À lagcande joie de -Sharp et du recèdes lévéques^ qui firent mine quelqme temps de «ous «avoir gré de la force et de la settété avec lesquelles JMUS avions tani&t étahiv^ tantôt défendu les droits 4le l'j^iscopavt , d|irant le ^^ours des discussions. J'iespère q«ie C€|tte partie de mon histoire «'en

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p»r4îti?it ^s Ja «noins iiAile« FersottM <ie sut mipux ^«e moi tout^oe qui se^aspa* Les ëpi$oo^ fiaïAiL 9iri0lieo8 «coonaltront cpieUe fat ieur iû^ ^usiteis !4';aaoiiaer Lei^btan » ice frélat apostolique; 9 td'iiiroir iTOiiliL5 àêEOB'CÂtB ocoosum ^ \fnihkr êon ortdrire «t véteUir 1^ ipcesàyslëriasiisme. lies ftrQ&hyAërtens fxmrrant '. voir iaussi oombien tous ias igeos jSageft fit^ noodems fas UAImèiwnt avec HBÎsoo d^avioir rejnlë ifces offîres «[«i se rapppo* chaieutt. Ulhmeot .des anaxtmes ^^Uls pvofies^ «aiwt qu'il m'y ait iqne la cimnAe tâe cho€[aer ii^k pré}ug06 dfi leur parti ^fou plutÂt ide perdvie Idiibr fiopularité^ qui fèft les ieitipéeher*d'y adhérer .awec «mpressenuBut. Nous ititenes francs et «îflie^std'uu bout & l'eutve de ia négôcSàtveii. Ujoe seule pensée jious faisMt ^Mffur, ecdle^deilem'- {)firer !• effiBrvxiscanoe SainatiiqiK dw esprits , 'de mmenw pupoii nous l'iordire *eA ia jpak , etid'op^ posetr uae digue i jce torrent de misères qui nous ^ooodait. Amniôt^après, locaque ile parti i^xagoréfeui regague la faveur du gouveiH»emecit, opost^Viaat , cornue le feu ^sacné 9 son penclioiit pour la persécuAloq^ il poussa 'Ses rioleoces si loki qu'afirès Mifo^r ^couvert ^oicte r£cosse d^an* gbisse-et de idésolatioa ^ il fallut fléchir sous les. Jmjbes.^ que dîs^e? les fnreuns. du peuple > qui ue> secoua l'oppression «sous laqueUe il gémissait depuis des années.^ :que pûurcœfondire dans le même arrêt de proscrÂptîoa L'qpîscopot et ses

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î88 HISTOIRE

oppresseurs 9 comme nous le verrons eu son liett^ L'àpreté d'un parti et la malice de l'autre m'ëloignèrent tellement de tous l'es deux que' je résolus de ne plus me mêler d'aucune affaire^ et de m'adonner entièrement à l'étude. On me fit alors l'offre d'un évéché^ offre' qu'on réitéra trois ans après 9 et je refusai la seconde comme la première fois. Témoin de la versatilité des conseils du gouvernement y je pris le parti d'attendre et de voir le tour que prendraient les affaires* Mes frâ]ueutes habitudes à Hamilton , et la bienveillance , je puis dire l'amitié avec laquelle m'accueillaient tant le duc que la duchesse 9 m'engagèrent à leur offrir mes services pour fouiller dans un grand nombre de papiers auxquels ils attachaient un grand prix. L'oncle de la duchesse l'avait chargée de les conserver avec autant de soin que les titres de sa fortune, parce qu'on y verrait, disait-il, une ample justification de la conduite politique de son frère, père de la duchesse, et de la sienne propre si jamais une main exercée les mettait en ordre. EUe me les remit tous , ce qui était, j'aime à te reconnaître , une grande marquée de oon- ..fiaoce. J'y rë|>ondis par la plus scrupu^leuse fidélité. Je trouvai là des matériaux pour une histoire àsse^ considérable , que j'écrivis avec une grande franchise^ sans cacher aucune des errairs des deux frères. Je crûs devoir taire seulement

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differetis détails relatifs au feu roi. J'élaguai entre autres un assez grand nombre de passages de ses lettres^ dont les uns témoignaient trop de faiblesse , et les autres trop de ruse et de colère. Je n'employai que quelques mois à la rédac-* tion des mémoires du duc de Hamilton. Dès que le comte de Lauderdale sut que je les avais terminés, il nie fit prier de Taller trouver, sûr, disait-il , qu'il pourrait rectifier plusieurs feîts et me fournir des développemens pour le plus grand nombre. Son véritable dessein était de m'engager à insérer dans cet ouvrage quantité de choses qui le regardaient personnellement. J'en fus accueilli , à mon arrivée , avec un degré de bonté et de confiance qu'il ne m'avait jamais montré jusqu'alors. Sauf l'offre des deux évêchés, dont j'avais à faire agréer les excuses, je n'avais rien à demander pour moi-même ; mais tout ce que je lui demandais pour d'autres, j'étais sûr de l'obtenir. II. me confia tous ses secrets^ et paraissait n'avoir aucune réserve pour moi. Il me pressa, à la vérité, de rompre avec sir Robert Murray , et il était facile de voir qu'à cette condition j^aurais tout crédit sur lui. Sir Robert, sachant quel sacrifice m'était imposé, me conseilla lui-même , et avec instance , de m'y soumettre. Mais je haïssais la servitude autant que j'aimais sir Robert : je fus inébranlable. Je dis à lord Lauderdale que celui dont il voulait

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190 HISTOIRB

qi]« je répudiasse Vsimiliê m'aiFail: aerVi comme, de père 5 tout au BHoioâ' de gea?ei^neup>. et q^ie4^ serais le plus ingrat des hommesi si jie* eei6eia> de lori être dévouée Je praiXHS< néailmoine' de ner lui parler de siea de ce qui me sctrait^ ooafie. Ce fut là tout €9^ ^e Lauderdale pat arracher de moi , quoiqu'il i^TÎBt seu^^eat. à hn cliaj?ge^ U ne mfen traitait pas ilioiiis àTee une çoofiance entière. Toutes, les» soltieitatitos; qui lui; étaient adres^sées paasuient pair moii^ et je ne proposai» riea qui- ne se fk. Je I«i eiqpeeei le tort que faisait au3^ affaires d'Ê^osse sa laé^ sintelligsnce a^ec plusicucs de ses ancieiia>aiiiî&. Le djoc deHamiltoa et lui* vivaient depuis quel*que temps dans de trèsnoauvais termes» fe- ih'arran^ai pouor amener entre eux un raccommo^ dément. Je fis ta^ot, qu'ils s'écrivirent quelques lettres obUgieantes j et la réconciliation; fut nMse en si bon train qu'à mon départ pour i^tourtter en Ecosse elle était complète^ du moin& pouof le moment. Lord Lauderdaie m'autorisa égale* ment à sonder les comtes d'Âsgjle et de Tweek d^le,. et à Toir s'ils étaient disposés à renouer awc lui. Argyle ne demandait pas mieux; mais le comte d'Âtbol arait proposé un mariage entre son fils et la fille de lady Dysért^ et ce seigneur portait à lord Ârgyle et à toute sa famille we haine héréditaire; de là de grands obsta-^ des à mon plan» Il offrait encore plus de diffi*-

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DE ^OH TEMPS. l9iK

cultes en ce qui c^ceraait Wd Tweedale. Le comte de Laudei^ale' ataît eu: loog-d'emps po«r son frèi^, lo^d HaltiH) > ^ut le mc|Nris que mé^ ritait ttfi hoâftiÉ^e à \â Soh&ihlé et TÎ^leoty iiise^ lent et corroda^pu j et en dw^na»! ^ir fille en m»^! riagjs au jeane comte de Tweédàle> it dvéit pr<H mis de lui kisaer $a foi^tuneA Mais lôtà Hahtoth mit lady Dyssert dads ses iotërets^ en Im priH^ mettant mp:nU et merveàUes'^ et elle pecsuaida à son amant de le colistiituepsenrkërUieir ; bien plus^ de le faire eoti'er dans les a^Ta^ires^ éii 'û prit tant deci'édit sur sdA frère qiue désormais» tout roulait sur lui* Gee» acheta d'aiiénw le eémie de Tweedale^ qvA résolut de se retirer du minis^ tère , et tout ce qu6 je jms feire peiur fen emjpé^ cher fut inutile^

Lord Lauderdàle me demanda mon opinion sur les alfa ires de l'Église. Je la lui dosfiiaitfrancheaent . Il y avait, lui dis-je^ trop d'^liëes vacantes dans les* comtes mécontens , pour espérer de pouvoir' les remplir toutes de confi;>rmistes de quek|ue mérite. J'étais d^avis^ en eensé^uenee^ de faire participer à l'indulgence tous les ministres pre^ylériehs san» ei^ption; de les placer deux à deux dans chaque paroisse^ en partageimt isntre eux les profits* dit bénéfice^ et dans les lieux on il y en avait déjà un d'établi en vertu des nouvelles oMsures^fde lui ad-^ joindre un confrère qui aurait é^lement la moitié des retenus. Je me flattais que par ce moyen tous

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192 HlSTOIhE

les pasteurs dépossèdes seraient cle nouveau empIoyés> et n'auraient plus le loisir de parcourir les provinces, non encore infectées , pour y propager leurs erreurs; mais pour cela il était nécessaire qu'ils ne s'éloignassent pas de leur paroisse sans un congé de leur évêque , ou d'iin conseiller privé , et que s'iMéur arrivait de s'écarter dés règles qui leur seraient imposée , on les punît par la confiscation d'une partie des revenus de leurs bénéfices , qu'on consacrerait à de pieux Usages. Lord Lauderdale m'écouta jusqu^à la fin , et puis , sans une seule observation quelconque sur aucune partie de ce plan , il m'engagea à le lui donner par écrit, ce que je fis. L'année d'après , lorsqu'il revint en Ecosse en qualité de commissaire, il le fit transcrire par un secrétaire , et le rédigea en forme d'instruction; il se laissait facilement gouverner par les gens en qui il avait quelque confiance, même dans les affaires les plus importantes.

Quatre évêques moururent cette année. Celui d'Edimbourg était du nombre. On rne laissa libre de choisir celui des sièges vaCans que je préférerais ; mais je les refusai tous. Je demandai seulement, et j'obtins qu'un ordre du* Roi enjoignit à lord Rothes, chancelier, d'assemblet* les deux archevêques et quatre officiers de la couronne, pour chercher de concert les ecclésiastiques les plus dignes, selon eux, d'être promus à Tépis-

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DE MON tEMPS. 193

copat> et recomipandés .à la convcammB |^ls. Sa Majesté écrivit ensuite à ckacun des Ipcds^commis à cet examen ^ de s'entendre principalement avec Leigbtoa^ et de s^en rapporter à son avis. Ce prélat vit avec beaucoup de peine que ni Cliar«terie, ni Nairn y non plus que moi , ne voulaient accepter d'évêché* lis méprisaient trop la cour d'une part^ et de l'autre aimaient trop la re«^ traite pour se décider à sacrifier celle«^ci au désir de servir celle*<-là. Leighton nous dit que si ses amis rabandonnaient^ il serait forcé de tout remettre à la Providence- Il n'en chercha pas moins ^ avec tout le zèle dont il était capahlci^ à fixer le choix sur les sujets les plus distingués qu'il pût trouver j et pour éviter à Sharp t^n af*front public ^ il acquiesça à Tune de ses présen«tations. Mais il est temps de présenter sous les yeux du lecteur une tout c^ vitre ^çèoe*

Le lecteur a déjà vu comment la cou^^saqs changer de bout, ^ un système de gpuTerQement en faisait succéder un autre. Le Koi «aynit obtenu du parjiement tout l'argçntqu'U voulait pour reV parer sa flotte et remtplir seii iiiagasins. On lui avait mêmf accordé un supplémicnt de revomi iixe pour plusieurs années* Il Qst vrai qn'i jfi £n de la session.^ au commeace«iii$i)t de 1670^ les coixununes avaient montré qudqu^ Jbppte de largesses aussi exo^rbitantes^ et la r/és<)iu-

tion d'y mettre un terme. Il avait fallu Je. puis- 3. i5

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ig4 iiistoiRE

sant prétexte de soutenir la triple alliance pour les amener à cotnpositiôn. Cette nouvelle direction des esprits , qiii ne pouvait que s'accroître , annonçait à la cour que là Ininé d'or de Westmiâste):' était épuisëë. Le duc de Buckingham dit alors au Roi que le temps était venu de se venger de la disgrâce de Ghatam , et de secouer l'importune contrainte d'une chambre des communes; à l'instigation de ce ministre favori , sir Ëllis Leighton fut envoyé à la cour de France pour y proposer ùn6 nouvelle! alliance et Uiie nouvelle guerre; Je tiens le fait de sir ElIis lui-même , tout fier d'aVùir été le premier Anglais qu'on eût employé dans ces noirs et funestes projets. Dès la première ouverture , il présenta la r^ductioo de l'Angleterre et la tolérance dû papisme dans ce pays Conime lés préludes nécessaires de ce qu'il proposait; La France^ nous voyant ainsi dis^ posés 9 i^ésolùt de bous mener plus loin encore.

Là duchesse d'Orléans , sœut* du Roi ^ était regardée <:oMme la fetnme la plus spirituelle de France. Louis XIV avait été légèrement amoùréùt d'elle ; tnais bientdt cet àmoui* ne fut que 1^ pféfeite d'tine flamme plus vive qu'il conçut pbut* ïùademoiselle de Là Yallière^ une des filles d^honnetit de la Reine ^ dont il fit dans la siiifé' sa maîtresse en titre. La princesse avait ressenti un violent dépit de se voir jouée de la sorte. Cependant elle s'était si sincèrement réconciliée avec

DK MON tEilips. igS

Louis que celui-ci ^ qui avait toute confiance eti elle, la pria d'avoir une entrevue avec soù frère à Douvres. Le Roi s'y rendit , et il fut si charmé de sa sœur que tout ce qti'elle lui proposa ou demanda , il l'accepta ou l'accorda aussitôt. Il ne savait rien lui refuser. Elle lui offrit ralliancé de la France pour la conquête de la Hollande. Le Roi aurait préfère commencer par établir le pouvoir absolu en Angleterre ; mais elle l'en détourna. On ne pouvait prévoir^ disait-elle^ quels obstacles il rencontrerait dès qu'il aurait ouvertement tais la main à l'œuvre pour saper des institutions qu'i le gênaient; une pareille tentative jèterait indubitablement dé grandes alarmes parmi ses sujets, dont un grand nombre transporteraient leurs richesses, leur commerce, et peut-être leurs per-^ sonnes, en Hollande, dont la puissance s'augmenterait ainsi de toutes les pertes que ferait TAngleterre. Elle était d'avis , d'après ces con-»sidérations , d'en finir d'abord avec les Pays-Bas; en les attaquant vigoureusement par mer et par terre; sauf ensuite, après lès avoir vaincus, à consommer chez lui la révolution qu'il méditait. Le récit de cette négociation fut imprimé douze ans après, à Paris, par un abbé Primi. J'ai eu une partie de l'ouvrage entre les mains, et j'en ai extrait ce qu'on vient de lire. Je m'en vante comme d'une bonne fortune, parce qu'il fut supprimé, à la sollicitation de lord Preston, alors;

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notre envoyé à Paris ^ qui^ n'ignorant pas le tort que ferait à son maître une pareille publiéatiôn, en porta plainte. L'auteur fut en outre ntts à la Bastille. Comme il avait tiré ses matériaux des papiers de M. Le Tellier^ il n'y a aucune rai* son de douter de la vérité de ce qu'il raconte. Madame 5 après avoir fait goûter au Roi le plan qu'elle avait apporté de Versailles > repaya la mèr. Ce voyage lui devint funeste; car, dit-on, le duc d'Orléans apprit pendant son Absence de tels détails sur la princesse qu'il lui fît donner^ dit-on encore , une forte dose de sublimé dans un verre d'eau de chicorée, dont elle mourut en peu d'heures , au milieu des tourme»s les plus affreux. Quand on l'ouvrit , on trouvEiSon estomac tout ulcéré.

Puisque j'ai fait mention de la knort de madame Henriette, je placerai ici une anecdote qui la concerne ; elle m'a été contée par un person«nage de distinction, qui la tenait de gens bien informés. Le roi de France avait adressé seshom-* mages à madame de Soissons, et puis, comme on l'a déjà dit, ataât fait quelque temps le semblant de les transporter à Madame. Finalement toutes Sjss ;a0ections s'étant fixées sur mademoiselle de La Vallière, le désir de se venger lia d'une étroite amitié et celle qu'il avafit abandonnée , eit celle qu'il avait trompée. EM^ avaient chacune unamant. Madame, le comte de Gutclie,

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et l'autre le marquis de Vardes > seigneur accompli y .alors en grande faveur auprès du ïloi. Dans les premiers temps oiis^entama la négociation du mariage du roi de France ^ l'opinion générale avait donné à l'infante d^Espagne un esprit transcendant y. et lui avait assigné d'avance une part considérable dans les affaires. Il en résulta que beaucoup de jeunes gens de qualité se mirent à apprendre l'espagnol , afin de se préparer im moyen de crédit auprès de la jeune Reine. Mais lorsque sa nullité fut connue^ tombèrent tous les projets d'ambition fondés sur l'espoir de lui plaire. Le comte de Guiche qui , avec le marquis de Vardes 9 avait, comme tant d'autres , appris l'espagnol , guettait une occasion de servir le ressentiment de la princesse qui accueillait ses hommages. Un jour que l'ambassadeur d'Es-^ pagne aTait remis à la Reine une lettre de son père, et qu'elle avait précipitamment rompu et laissé tomber renveloppe, le jeune comte en ramassa furtivement les morceaux, ainsi que le cadliet, et reconstruisit l'adresse toute entière. Udefois possesseur de ce modèle, nos conspirateurs de boudoir surent bientôt contrefaire l'é-^ crlturc du roi d'Espagne. 11$ envoyèrent ensuite en Hollande leur empreinte, pour y faire graver un caehet parfaitement semblable. Ces prépa-^ »tifs terminés , ils écrivirent à la* Reine tine lettre signée de son père, dans laquelle ils lui

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reprochaient la patience avec laquelle elle souffrait les infidélités insultantes de son époux ^ sur qui en outre ils glissaient quelques réflexions pleines d'aigreur et de mépris. Il était resté près de la Reine une dame espagnole. C'est à elle qu'ils adressaient leur lettre , sous le. couvert d^une seconde que l'ambassadeur d'Espagne était censé lui écrire , pour la prier de remettre secrètement ce paquet à sa maltresse. La dame, ne soupçonnant aucune supercherie , mais s'imagi*" nant qu'il pouvait s'agir de quelque affaire d'État, trouva plus sûr de porter la lettre au Roi qui , après l'avoir lue, ordonna qu'on en recherchât l'auteur, l'ambassadeur espagnol n'ayant pas eu de peine k prouver qu'il y était étranger, et qu'on avait abusé de son nom et de celui de son maître. Le Roi , bien loin de soupçonner le marquis de Vardes d'être un des coupables, s'en rapporta à lui du soin de savoir qui pouvait avoir eu l'audace de lui jouer ce mauvais tour. Les deux prin-r cesses se réjouirent fort de voir un des meneurs de leur intrigue chargé du soin de l'éventer. Ce-» pendant il amusait le Roi de ses prétendues dé-^ couvertes, qu'il combinait adroitement de la manière la plus propre à éloigner de plus en plus celle qui lui eût été funeste. Mais voilà que Madame fut si charmée de sa conduite dans toute cette affaire qu'elle devint éprise de sa personne , et qu'elle eut assez peu d'empire sur elle-?

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DE MON TEIWPS. 199

même 9 ou assesç peu de pudeur pour avouer à madame de Soissops qu'elle était sa rivale, Çelle-r çicQpseutit sur-le-rcbamp à lui céder son ^m^ut; et , par uu raffînemeot d'ej^trayagance et de corr ruption, Fayant envoyé chercher immédiatepient, elle lui déclara que puisqu'il était assez h^ureun^ pour être dans les bonnes grâces de Madame^elle le tenait quitte de tous ses sermens , et TabauT- 4onnait à sa nouvelle conquêtp. Le marquis s'i-;maginant que c'était là un artifice de galanterie pour éprouver ses amours^ se récrig sur cett() propositiou dans les termes à la fois les plus res«f yectn^mf. pour Madame^ et les plus pasçiouné^ pour sa maîtresse^ La preiuière conçut un tel dépit de ce peu d'empressement qu'elle résolut de sacrifier de Yardes^ mais sans perdre le comte de Guiche* Elle fit donc avertir ce dernier qu'il etE^t incessamuiient à sortir de France ^t parce qu^ le Roi avait tout déçQuyert; et dès qu'elle le sut en Flandre ^ elle informa Louis de tout ce qui s'était passé. DeVardeçfut non-seulement ^isgra*' cié, ni^is mis en prison à Aigues-Mortes^ où H rest^ lQng*-temp$. On lui peripit ensuite d'habiter Montpellier; mais il se pass^ plus de v^ngt ans avant qu'il pût reparaître à la cour. Je m'y trour vais lorsqu'il y revint. Sa santé semblait fort ^-r faiblie; mais il s'était adonué.à la phîlosophip pendant sa disgrâce ^ et était en grande réputation parmi les Cartésiens. Madame eut une loutre in-

^oo HISTOIRE

trigae, àobt j'ai bien conna le héros , le comte de TrëTÎÏIe. Adieu TrMlle, furent les derniers mots de son agonie. La mort précipitée de cette princesse fit sur lui une telle impression qu'il se retira chez les pères de l'Oratoire, où il vécut plnsi€fiirs années^ rivalisant avec se^ hôtes d'étude et de piété. It rentra ensuite dans le monde. Je Tai vti' souvent. C'était un homme d'une humeur douce, trop cérémonieux peut-être pour tih Français, mais plein de sincérité. Partisan des jansénistes , il haïssait les jésuites , et faisait en gédéral assek peu de cas de Louià XIV^ comme il ne m'àriquâit pas de le témoigner^ toutes les fms qu'il le pouvait sans danger.

A là mort de Madame, le maréchal de Belle-* fondit élàiit venu de France chargé de complimenter la tioiit* d'Ataglelerre , le duc de BuckînghàtH fût envoyé d'ici, sôus le prétexte d'aller iièndk*e le Cômplindetit, mais en réalité pour finir lé traité. Le t*oi dci France le reçut avec une favelir si marquée, connaissant sa vanité, et le i^aféssa de telliè sotte qu'il entra sans restriction dans les intét^êts dfe la France. Cependant il m'a ' |)i*ôtcsté qu'il iâ'àvàit jamais consenti à l'admissît>id de là flotte française dans nos mers et dans Dos pôrtfe. Il disait qu'on lui avait offert quarante mille livres sHÏ réussissait à persuader au Roi de céder' stir' ce point; et il en appelait au comte de Dorfeet qui était dans le secret. Il concluait en con-

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sëqnence que, pnîsqù'aprês toute la répugnance que le Roi avait d'abord montrée, il y avait consenti plus tard, lôM Arlington avait eu la somme. Lord Shaftesbury mettait le blâme de la chose principalement sur le duc de Buckingham ; car il m'a dit quUl avait lui-même écrit a ce seigneur une instruction formelle , de la part du Roi, portant qu'il eût à renoncer au traité, si la France insistait sur Tenvoî d'une flotte à notre secours^ et par conséquent il le blâmait comme ayant cédé, lorsqu'il aurait dû rompre toute espèce de traité, dès qu'on insistait là-dessus. Mais le duc d'York m'a dît qu'il n'y avait point eu d'argent donné pour corrompre les ministres du Roi, que le Roi et lui avaient long- temps insisté pour avoir en argent tous les secours de là France et point de flotte; et que les Français leur avaient montré qu^il leur était impossible dé faire des fonds pour une si grande dépense, si nous ne prenions en compte une escadre de leurs vaisseaux, attendu qu'ils ne pouvaient à la fois entretenir leur propre marine et nous fournir tout l'argent nécessaire. Il fut convenu que le Roi aurait trois cent cinquante mille livres pat an durant la guerre, ainsi qu'une escadre française. L'Angleterre dut attaquer la Hollande par mer, tandis que le roi de France ferait une invasion par terre avec une pi^issante arniée. Il ne fut pas mis en doute que les États-généraux ne trouvassent im-

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possible de résister à une si grande force , et ne se soumissent aux deux rois. En conséquence on convint des partages suivans : que l'Angleterre aurait la Zélande , et que le roi de France aurait le reste , à l'exception de la Hollande qui devait être donnée au prince d'Orange s'il voulait entrer dans l'alliance. Elle devait ainsi rester un pays commerçant , mais sans vaisseaux de ligne. Lord Lauderdale me dit à ce sujet que^ quelles que fussent leurs intentions , ils étaient résolus à tout faire définitivement en une fois; mais il ne voulut pas entrer dans plus de détails.

Comme l'année 1672 devait être fatale au:| autres républiques , aussi bien qu'aux Provinces- Unies^ le duc de Savoie fut encouragé à faire la conquête de Gênes ( il est vrai qu'il échoua dans son entreprise ) ; et le roi de Danemarck fut engagé à entrer dans l'alliance, par l'offre de la ville de Hambourg^ sur laquelle il avait dès long-temps jeté ses vues. Le duc de Richmond fut envoyé pour donner du lustre à cette négociation , laquelle fut conduite principalement par Mf Henshaw , qui m'a dit que nous avions offert à ce prince quelques vaisseaux pour l'aider à prendre cette opulente cité.. IVfais il avait alors de tels engagemens avec les États que cette offre même ne put prévaloir auprès de lui.

Lockhart fut, à celte époque, conduit à la cour par lord Lauderdale^ dans l'espoir qu'il y res-

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ferait dans une entière dépendance de son protecteur^ et qu'il serait sa créature. Il était sous le poids d^une si grande défiance de la part du gouvernement^ en raison de ses actes antérieurs, qu'il se trouvait trop heureux d'entrer dans quelque emploi qui pût le mettre en faveur, non pas tant par aucune ambition de s'élever que par le désir de se maintenir., et de n'être plus regardé comme un ennemi de la cour. Aussi, une fois qu'un ministre étranger demanda au Roi la permission de traiter avec Lockhart au nom de son maître, le Roi y consentit, mais en ajoutant cette réflexion sévère qu'il croyait que Lockhart serait infidèle à qui que ce fût , hors à lui-même. Il fut envoyé dans les cours de Brandebourg et de Lunebourg , afin de les attii^r dans l'alliance , ou du moins, si cela ne se pouvait faire, pour les rassurer contre toute appréhension; mais il n'eut point de succès dans cette mission. Et, au fait, quand il vit dans quelles négociations il était engagé, il en fut fort chagrin; car , bien que la plus noire partie du secret ne lui fût pas confiée , comme il m'a paru par ses instructions que j'ai lues après sa mort, il vit bien cependant quelles affaires étaient en train, et cels( l'affecta si profondément que l'on crut que ce ne fut pas ce qui contribua le moins à l'état de langueur dans lequel il tomba bientôt > et qui se termina par sa mort deux ans après.

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La gtierre ainsi résolue, il fallut aussitôt chercher des pre'text^s pour la justifier. Car, en cas que le roi de France allât plus rondemeut en besogne et se contentât de publier qu'il était si mal satisfait de la conduite desr États-génëraux que sa gloire ne pouvait souffrît qu'il la supportât plus long-temps , nous rfegardions comme décent pour nous de citer quelques motifs particuliers. Il fut dit que nous avions, sur la colonie de Surinam, des prétentions non encore complètement satisfaites, et que les États avaient accueilli des traîtres qui fuyaient Faction de la justice et vivaient en Hollande. On se plaignit aussi de quelques médailles qui semblaient outrageantes pour le Roi , aussi-bieii que de quelques estampes ; et quoique les unes et les autres n'eussent point été faîtes au nom dii public , oh fit cependant , de ce grief, un grand sujet de querelle. Mais il était arrivé tin accî^ dent dont la cour se saisit et tira grand parti. Là flotte hollandaise était en vue des côtes d'Angleterre l'aiinée précédente. Un des yachts du Roi vint à passer, il s'attendait que les Hollandkiâ amèneraient leurs voiler. Ils répondirent qu'ils ne le refusaient jamais à un vaisseau dé guerre , mais qu'ils pensaient qu'un tel honneur n'appartenait point à un bâtiment si peu considérable. J'étais alors à la cour, et je vis la joîé briller dans les regards de ceux qui étaient dans

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Je secret. Selden, dans son livre intitalë : Mare vlausunij l'avait pris si haut qu'il faisait, un des principaux droits et honneurs de la couronne d'Angleterre^ de la reconnaissance de l'empire du Roi sur les quatre mers. Les Hollandais offrirent sur ce point toute satisfaction pour Vb,^ venir ; mais ils ne voulurent point r^ivôyer leur amiral comme un criminel*

Tandis que la France traitait avec l'Angle^ terre y toutes deux continuaient à amuserla Hollande ; et l'on s'était si bien empare de Groot (Grotius)^ alors ambassadeur hollandais à Paris^ on l'avait si bien su gagner k la croyance que les deux puissances nî'ataiettt aucun dessein contre les États- gënéraUcX^ que ceux-ci restèrent dans une excessive sécurité. et s'en rapportèrent beaucoup trop à. ses avertissemens. Néanmoins^ ils entamèrent udie négociation d'une part arvec l'Espagne et l'empereur» et de l'autre avec le roi de Danemarck» l'électeur de Brandebourg çt le duc de Luneboui^. Le rôi de Suède était encore mineur^ et stm ministère désirait la^eu-» tralité- lift France et l' Angleterre lui envoyé^ rent chacune un ambassadeur^ l'un 'et l'autre hommes de grande probité^ Pomponne et Coven^ try^ lesquels furent rappelés en même temps tous deux pour être secrétaires dŒtat. Coventry était un bon^me d'esprit et de cceur ^ plein de vivacité et de franchise. Il ne donnait jamais de mauvais

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conseils; mais quand le Roi suivait les mauvais avis que d'autres donnaient , il se croyait obligé de les excuser, sinon de les justifier. Cest pourquoi le d^c d'York me le loua beaucoup. Il dit qu'il était en cela le modèle des bons et loyaux sujets, puisqu'il défendait tous les desseins du Roi en public , lors même qu'il les avait le plus blâmés en particulier devant le Roi luimême.

Notre cour ayant résolu la guerre ne songea plus qu'à trouver l'argent pour la faire. Le Roi avait été entraîné à des dettes considérables , même depuis la restauration. Une portion de ces dettes provenait des frais de la flotte qui l'avait ramené : la majeure partie avait été contractée du-* rant la dernière guerre contre les Hollandais. Le Roi, à l'effet de maintenir son crédit, avait traité avec quelques banquiers auxquels il avait dé-* légué son revenu. 11$ faisaient de grandes spéculations et y avaient trouvé de grands avantagies^r Le Roi les payait sur le pied de huit pour cent, et ils ne payaient à leurs prêteurs que six seuIe-J lement; ils avaient un grand crédit, car les paiemens étaient faits ponctuellement. Le Roi ^ dans inaintes déclarations, s'était obligé sur sa foi à continuer de faire honneur à tous ses engagemens jusqu'à entier paiement de la dette, qui s'élevait alors à près d'un million et demi sterL Or, l'un des expédiens pour procurer de l'argent au

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Rot fut de suspendre ces paiemens pour une année, car on regardait comme certain que vers la fin de l'année le Roi serait hors de tous ces embarras^ grâce aux espérances que l'on avait du succès de la guerre. Le comte de Shaftesbury était le grand promoteur de cet avis* Il m'a donné pour excuse les grands avantages qu'avaient faits les banquiers et combien il était juste que le Roi leur fit rendre bon compte de letits extorsions usuraires. Il ajotitait qu'il n'avait jamais pensé que la suspension de paiement dût courir au-delà de l'année. Ger* tainemënt du nfxoins en fut-il instruit d'atvance, car il retira tous les fonds qu'il pouvait avoir dans les mains de ces banquiers, et avertit quelques uns de ses amis d'en faire autant. Lord Lauderdale, qui épousa vers ce temps lady Dyserl , sa première femme étant morte, m'écrivit un long exposé de la justice et de la nécessité de cette banqueroute de l'échiquier. Les banquiers furent perdus , et une foule de gens, dont tout l'aiî-gefnt était placé dans leurs mains ^ furent ruinés par cette perfide et déshonorante opération ; mais elle ne fit que rendre au Roi son revenu, et rien de plus. Il fallut donc trouver d'autres moyens de remplir le trésor. %

ParlètraitédeBrédailavaîtétéstipuléque,pour la sécurité du commerce, aucun bàtimetft mar^ ôhand ne serait à l'avenir inquiété quç six mois après la déclaration de la guerre. Les Hollandais

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attendaient un riche convoi venant de Smyrne et d'autres, parages de la Méditerranée , sous une faible escorte de vaisseaux de guerre. Notre cour en eut avis, et Holmes eut ordre de les attendre fivec huit bâtimens , et de les prendre dans le voisinage de Tîle de Wight. Tandis qu'il était en mer aux environs 5 il rencontra Spragge, qui revenait du détroit avec une escadre de notre marine , et qui lui dit qu'il avait navigué avec \ les Hollandais la plus grande partie de la route, et qu'ils passeraient dans un jour ou deux. Holmes pensa qu'il était déjà plus fort qu'il ne fallait 9 et en conséquence il n'informa point Spragge de son dessein; car s'il l'eût retenu pour l'assister dans l'exécution ^ probablement tout le convoi eût été pris : il fut estimé valoir uu million et demi. Dès qu'ils parurent , Holmes tomba sur eux ; mais leur escorte fit si bien son devoir , que non^seulement le convoi entier passa outre pendant qu'elle occupait la scène , mais encore qu'elle finit aussi par gagner au large à la faveur d'un brouillard. Il n'y eut de pris qu'un petit nombre de bâtimens d'une si mince valeur qu'ils ne payèrent pas la poudre que coûta l'action. Ce fut une violation de la foi des traités dont auraient rougi des Mahométans et des pirates. Le mauvais succès la fît paraître aussi ridicule qu'elle était honteuse. Holmes la motiva sur le prétendu refus des Hollandais de baisser pavil-

Ion; mais la chose était tellement fausse^ et il y avait tant de témoins de l'eTenement^ qu'il n'eut pas l'impudence de la soutenir.

Four couronner le tout y ordre fut donné de publier aine déclaration portant suspension de toutes les lois pénales contre les papistes et les. non-conformistes. Les premiers ne durent plus être poursuivis à raison des cérémonies de leur culte célébrées dans l'intérieur de leurs maisons^ et les seconds eurent la liberté de tenir des réunions ouvertes, pourvu qu'ils se fussent pourvus d'une autorisation y et personne ne fut plus en droit de disperser ceux qui se réuniraient pour célébrer leur culte en vertu de ces autorisations. Le lord garde des sceaux Bridgman avait. perdu tout crédit à la cour , et même on était à cher-^ cher une occasion de se délivrer de lui; il aViàit d'ailleurs perdu, par son élévation dans un posté supérieur à sa capacité ^ toute la réputation qu'il avait précédemment acquise. Il refusa de sceller une telle déclaration , la jugeant contraire à la loi; en conséquense il fut renvoyé, et le comte de Shaftesbury nommé lord-chancelier. Lord Clifford fut fait lord- trésorier ; lord Ârlington et lord I Lauderdale reçurent tous deux l'ordre de la Jarretière, et comme Ârlington fut fait comte , Lauderdale fut créé duc. Cette Junte y à laquelle s'unit le duc de Buckingham , ayant été appelée la cabale , on observa que le mot cabale (en an-^ 2. 14

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glais cabal) était le teitne technique y ehacune des letti'es de ce mot ^tatit la prehiière lettre de ces cinq noms , Clifford^ Âshley ^ Buckingham > Arlington et Lauderdàle. Tous reçarent de la France de grands présens , sans compter ce qui leur fut publiquement donné ; car l'ambassadeur de France leur d«inna à chacun un portrait du Roi son maître y monté en diamaâs dé la valeur de Sooo livres sterling. Cest ainsi que la nation et notre religion y aussi bien que l'honneur et la foi du Roi ^ étaient mis en tdnte et payés.

Lord Shaftesbury imagina de se recommander i la èotiBaÂce de la coût* par un nouveau tour dont on ne s'était pas encore avisé. Il dit que les ^riisy pour Télection des theihbres de la chambre des commutres , pouvaient être expédiés d^aus ^intervalle dès sessions y et que , des élections làitejB en conséquence il devait être fiiit rapport Si la ehaiicelterîe ^ èh elleà seraient vérifiées. Les iprits furent ainsi tendus; mais si lès élections furent Alites en terlu de ces ipriis et s'il en fut ffeit i^afpptot, je hé lé puis dire; ce que jfe sàiis , c'est que la chambré dés coihihanei était dans l'intention de le métti*é en acctisàtiôn j>eu^ ce grief entre ptusietiî^s îaùti^es : tnàis il eut ^là prévoyance et Fàdressè dé prévenir le cëup.

Lûi^sé{ué là déclaration dé totéi*atice eut été publiée^ia éourtentia de grands effoHs pdur persuader âtix non-c(ttifbTihi£ltès de faire de$ adiNésâês

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tl âes remereîmens à ce sujet; mais bien peu furent assez aTeugles pour ne pas voir le bat de cette mesure. Le duc d^ork était désormais connu poilr papiste et la duchesse était fort soupçonnée de Têtre. Néanmoins les presbytériens Tinrent en corps ^ et le docteur Manton en leur iMHn, remercier le Roi de la mesure^ ce qui offensa beaucoup de leurs meilleurs amis. Il y avait aussi un ordre de <payer une pension annuelle de cinquante 1 ivres à la plupart d'entre eux ^ et de cent livres aux chefs du parti. Baxter renvoya* la pension^ et ne Toulut point la toucher; mais le plus grand noml»*e la prirent. Je dis tout cela sur la parole du docteur Stillingfleet qui m'a assuré quHl savait la vérité du fait; il m'a dit entre autres que Pool, celui qui a écrit là Revue des critiques^ {Synopsis ^f the eriticks), lui avait confessé qu'il avait reçu les cinquante livres pendant deux ans. C'est ainsi que la cour les paya pour se taire, et la plus grande partie d'entre eux au silence joignit la complaisance.

Mais en même temps les chaFres épiscopales éclatèrent de nouveau: des prédications furent en tous lieux dirigées contre lepapisme et Ton releva pompeusement l'autoriié des lois fondamentales. Les évêques, celui deLondres en particulier, enjoignirent auclergédéprêcher contre lepapîsme -etd'instrùiire le peuplé des controverses qu^ nous soutenion&contrerÊ^liàedeRomë. Aussitôt et la cour, et

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la citë^ et toute la nation prirent l'alarme. Cllf* ford alors commença à faire voir la chaleur de «on humeur^ et se montra comnie une sorte d'enthousiaste en faveur du j3apisme. Le Roi se plaignit à Sheldon de ces prëdicatipns sur la controverse comme faites à dessein d'enflammer le peuple et de l'indisposer contre lui et son gouvernement. Là-dessus , Sheldon convoqua quelques membres de son clergé^ pour considérer ensemble quelle réponse il devait faire au Roi , s'il le pressait davantage, sur ce chapitre» Tillotson était de la conférence , et il conseilla cette réponse^ que ^ puisque le Roi lui-même professait la religion protestante^ ce serait un acte sans exemple^ sans précédent^ qu'il interdît au clergé de prêcher pour la défense de sa foi^ quand Charles lui-même disait qu'il la partageait» Mais le Roi ne renouvela plus sa motion»

Fendant que les choses étaient dans cette fermentation , la duchesse d'York mourut. On observa que depuis quinze mois elle n'avait point reçu le sacrement^ et qu'en toute occasion elle excusait les erreurs dont l'Église de Rome était chargée, et les présentait sous les couleurs les plus favorables. Le célibat du clergé était aussi un des lieux communs de sa conversation. Morley avait été son premier confesseur, car il m'a dit ipjCïL lui avait donné la confession depuis le temps où elle avait douze ans; et lorsqu'il fat éloigné de

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la cour^ il la mit dans les mains de Blandford^ qui est mort ëvêque de Worcester, Morley m'a dit aussi que, sur les rapports qui lui furent faits de la négligence de cette princesse à recevoir le sacrement de communion, tandis qu'elle avait pendant long-temps été exacte à le recevoir une fois le mois, il s'en expliqua avec elle, et lui fit connaître les conséquences que l'on en tirait. Elle allégua sa santé et des affaires, mais elle lui protesta qu'elle n'avait aucun scrupule relativement à sa religion , qu'elle était toujours de l'Église anglicane; et elle l'assura que jamais prêtre papiste n'avait encore eu l'audace de l'entreprendre sur ces matières. Il obtint d'elle un solennel engagement que si des doutes s'élevaient dans son esprit 9 elle les lui ferait connaître, et entendrait tout ce qu'il aurait à lui présenter sur ce sujet. De plus il m'a affirmé qu'à sa mort elle ne lui avait jamais avoué qu'elle eût des scrupules, quoiqu'elle se fût entretenue avec lui plusieurs jours à Farnham, postérieurement à la date du papier qui fujt depuis publié sous son nom. Tout cela se passa entre l'évéque et moi , lorsque le duc me montra le papier tout écrit de la propire main de sa femme , comme le père Maimbourg l'a publié plus tard. Il ne voulut point m'en laisser prendre copie, mais il me permit de le lire deux fois. J'allai immédiatement trouver Morley , et lui en rendis compte^ et je

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tirai de lui tous les détails que je viens de rapporter. Il concluait de tout cela que cette malheureuse princesse avait été gagnée k écrire des faussetés^ et à prétendre que les motifs de sa conversion avaient été tels qu'on les rapporte. Le long déclin de sa santé en vint enfin à une crise plus prompte qu'on ne l'avait appréhendé. Tout d'un coup elle tomba daqs l'agonie de la mort. Blandford fut appelé pour l'exhortet* et lui donner le sacrement. Avant qu'il pût arriver^ la Reine était venue et s'était établie près de la mourante. Il était modeste et humble^ même à l'excès; probablement il n'eut pas assçz de présence d^esprit pour commencer les prières , qui eussent chassé la Reine de la chambre* Cela n'ayant eu lieu , elle mit en avant sa tendresse pour ne point quitter sa belle-soeur. L'évêque parla , mais peu et timidement. Il lui arriva de dire qu'il espérait qu'elle persisjtait dans la vérité. A quoi elle répondit : c< Qu'est-ce que la vérité? » Et alors son agonie augmentant > elle répéta soutent : « Vérité , vérité I )• et quelques minutes après elle mourut peu aimée et peu regrettée. Sa hauteur lui avait fait beaucoqp d'ennemis. Elle était cependant bonne et fidèle amie; mais son changement de religion fit regarder ^ par ses amis mêmes , sa mort comme un bonheur plutôt que comme une perte pour eux tous dans les circonstances. Son père^ lorsqu'il apprit

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qu^elle chdi^celiiit jd^ns 8» foi^ en fut troablé plu^ que de tou|9 $fB$ autres iufQrtunes* Il lui écrivit a ce sujel uiie lettre trèfr-loogue et très-sérieuse incluse fd^us une autre adressée au duc- Mais elle était morte avant que la lettre n'arrivât m Aqgleterr0.

J'ai présenté $out ce que je sais concer^nant U fatale alliance ayec la France et nos pi:épar4tifs ppar la seconde guerre de QoUande ; maïs pour jeter plus de jour sur toute la scène 9 je vais donner un compte détaillé de tout ce que j'ai pu réunir sur les affaires des Etats-généraw de Hoir lande à cette époque; et , comme ce fut la cin* qaième grande crise qu'eut k suMi* toute la relir gion protestante ^ je mettrai mon lecteur au courant de l'ensemble de la situation , d'autant que je pourrai^ selon toute apparence 9 mettre sous ses yeux des i^oses sur lesquelles il pourrait bien passer seos faire toutes les réflexions qu'elles Biéiiiteiit»

La preipièrf cris^ fut v^rs l'époque od Cbftrles- Quii^t> pa^r U défaite du dm de SfOit, devenu maître de la personne de ce dernier^ aipsi que du li^iidgrave de Hesse $ eut réduit la ligue die Saialkaldedaps laqi^elle s'étaient alors réfugiées les dernijàres forces de la réfi>rmatipn , d^à a9aibUes piM^la mqrt àp Hienri YUI et de {François I«^ Ce revers somuit tout ^ l'Ëmperepr; la yille de Magdebourg se maintint seule. I/Ei9pere,i^ ajir

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rait dû 9 ou ne se point fier à Maurice, ou en user mieux avec lui; il semble qu'il regardât ce prince comme n'ayant ni religion ni honneur y parce que son ambition lui avait fait trahtr sa religion et abandonner son parti. Lorsque Maurice fut en possession de Tëlectorat y il s'assura de son armée y forma une alliance avec la France et d'autres princes de l'Empire y et se tourna si rapidement contre Charles^ que peu s'eû fallut qu'il ne le surprît à Inspruck y et ne renversât soudainement tout le plan auquel l'Empereur avait travaillé nombre d'années. Cette crise se termina par l'édit de Passaw y qui rétablit la paix de l'Allemagne pour un temps.

La seconde crise éclata vers la fin du règne de la reine Marie, lorsque la religion protestante paraissait éteinte en Angleterre y et que les deux cardinaux de Lorraine et de Gran velle y alors premiers ministres des deux couronnes , projetaient un traité de paix dans le but d'assurer à lears maîtres les moyens d'extirper à loisir l'hérésie qui se répandait alors dans leurs Etats ; mais à peine leur plan avait-il été formé que la reine Marie mourut , et que la reine Elisabeth lui succéda. Presque aussitôt le roi de France fut tué par accident. Le royaume tomba ainsi dans les embarras d'une longue minorité et d'une guerre civile ; et les Pays-Bas trouvèrent dans ces circonstances, et dans l'Angleterre un tel encourage^

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nient qu^ils . soutinrent la plus longue et la plus héroïque résistance dont parle l'histoire : ce qui peut être en grande partie attribue à l'opiniâtre et implacable cruauté de Philippe II et à son éloignement du théâtre de la guerre; et ce qui finit par détruire toute possibilité d'une complète réussite 9 ce fut la perfidie avec laquelle il violait tous ses engagemens ^ et la basse ingratitude dont il. usait envers ses serviteurs ^ comme entre autres envers le duc d'Âlbe et le prince de Parme.

La troisième crise dura de i585 à iSSg. Alors commença la ligue en France. Le prince de Parme fut victorieux dans les t^ays-Bas. Le prince d'Orange fut assassiné ; les États-généraux tombèrent dans un grand désordre , et l'Espagne entra dans, un plau dont le but était de détrôner la reine d'Angleterre et de mettre celle d'Ecosse, à «a place. Â cet effets elle prépara pendant quelques années la plus grande flotte que le monde eût jamais vue et qui fut appelée y invincible Ar^ mada. Toute l'Europe fut étonnée de ces grands apprêts^ et l'on forma nombre de conjectures sur la destination d'un si vaste armement. Quelques uns pensèrent à Constantinople y d'autres parlèrent de l'Egypte contre laquelle on se liguerait avec l'empereur d'Abyssinie. Mais ce qu'il y avait de plus probable , c'est que le roi Philippe voulait faire un. grand effort et terminer la guerre

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des Pays-Bas en une campagne. Eafio , la vëri«^ table inteotion fut dëcouYorte. Les principanx espions deWalsingham étaient des prêtres : aussi «yai(*-il coutume de dire qu'un prêtre actifs mais corrompu , était le meilleur espion du monde* Il eut avis , par un des siens , que le roi d'Espagne avait fixé sa ^solution relativement à sa flotte , mais qu'elle n'avait encore été commu* niqaée à aucun de ses ministres dans les pays étrangers* Le Roi avait écrit lui«-même à ce sujet une lettre au Pape , mais elle n'avait pass^ par aucun bureau ; de sorte que c'était là l'unique renseignement que l'on pût tirer de Madrid^ Sur cet avis 9 quelqu'un fut envoyé à Venise d*oil l'on entretenait une correspondauce avec Rome > et à Rome on découvrit qu'un des principaux confidens du Pape avait une maîtresse à laquelle on donna vingt mille couronnes pour obtenir d'elle. la vue et une copie de la lettre. Cette copie fut adressée ici aussitôt après Noël, dans l'hiver de i586. Par sa lettre, le roi d'Espagne avait informé le Pape que la destination de sa flotte était de débarquer en Angleterre , de renverser la reine Élisabetb et l'hérésie , et de mettre la reine d'Ecosse sur le trône. Dans cette affaire, il avait le concours de la maison de Guise, et il s'appuyait aussi sur le roi d'Ecosse« Cette découverte devint fatale à la reine écossaise. Il est vrai que Jacques VI envoya un certain StCMrard, Tance-

tre du lord jBlantyre^ et qui ëlait alors de la chambre du Roi, avec un message pressant et menaçant que le fils adressait à la reine Elisa«r belh pour sauver la vie de sa mère. Mais d'après une des lettres de la correspondani^ tatercep^ tee des ambassadeurs français, trouvée parmi les papiers de Walsingham y il paraît que le Roi> maigre sa ^ande jeunesse , était déjà bien don-^ ble, ou du moins bien inconstant dans ses rëso*lutions. ^ambassadeur français Tassurait que Steward avait conseillé à la Reine de terminer promptement cette affaire de la manière qui lui plairait y ajoutant que 9 quant au mécontentement de son piaît^re, il serait bientôt apaisé si elle voulait lui envoyer des chiens et des daims. Le Roi fut si offensé de cela quMldit qu'il ferait pendre Ste^rard tout botté aussitôt après son re^ tour. Cependant, lorsque celui-ci revint, bien loin de tenir sa menace, il le fît coucher dès la première nuit dans sa chambre. Quant à la pom^ peuse ambassade qui fut envoyée de France pour protester conti^ le jugement , Du Maurier a ra-> conté Taneçdote très-probable d^une lettre écrite en même temps par Henri III à la Reine , pour lui conseiller de procéder en toute hâte à ce que l'ambassade était chargée de prévenir. Il voyait la maison de Guise fonder en grande partie beaucoup de leurs espérances sur la pei^pective de l'avènement de leur cousine au trône d'An^

gleterre y ce qui aurait enlevé toute espérance à la maison de Bourbon de tirer de là aucune assistance. J'ai vu une lettre originale du comte de Leicester au comte de Bedfotd^ qui avait épousé sa sœur^ et était , à cette époque^ gouverneur de Berwick^ dans laquelle lettre il lui disait qu'avec quelque hauteur que les ambassadeurs français se fussent exprimés dans leurs discours publics à cette occasion y appelant toute procédure contre la reine d'Ecosse une franche indignité non moins qu'un acte d'hostilité contre la France ^ puisqu'elle en était reine douairière^ cependant tout cela n'était que de pure forme et de pure convenance^ que sa situation arrachait ces démonstrations au roi de France 9 et qu'avec toute la violence de ces paroles on était bien assuré qu'il ne ferait rien. Ainsi donc cette infortunée Reine périt alors à cause des préparatifs de l'Espagne pour conquérir l'Angleterre sous le prétexte de la replacer sur le trône.' Elle mourut plus convenablement qu'elle n'avait vécu, en février 1587.

Mais la cour d'Angleterre vit bientôt que, si la flotte du roi Philippe était en position de conquérir FAngleterre , il n'abandonnerait pas son projet pour avoir été dérangé dans la voie choisie pour l'accomplir , et qu'il avait certainement l'intention de la conquérir pour lui et non pour un autre. En conséquence, des ordres furent

donnés pour qu'on pressât les préparatifs de défense maritime. Cependant on était si peu préparé pour une telle invasion que> bien qu'on eût alors vingt bons vaisseaux sur le chantier , il ne fîit pas possible de les mettre en état de servir cet été; et le dessein de l'Espagne était de mettre à la voile en 1587. Ainsi ^ à moins que par la corruption 9 ou par toute autre manœuvre , l'entreprise ne pût être retardée d'une année , il n'y a^ait aucune force prête pour résister à une si puissante flotte*. Mais lorsqu'il semblait impossible de détourner l'exécution imminente d'un si grand dessein , un marchand de Londres l'entreprit à la grande surprise de tous. Il était bien instruit de l'état des finances de TEspagne^ ainsi que de leurs charges et de tout ce qu'on y pouvait lever d'impôts. Il savait que tous leurs fonds étaient absorbés ; de sorte qu'il leur était impossible d'avitailler et de mettre en mer leur flotte autrement que par leur crédit à la banque de Gênes. Il s'avisa donc d'écrire sur toutes les places de commerce , et d'acquérir tant d'effets sur cette banque qu'il pût par ce moyen s'en rendre entièrement maître , de façon qu'il n'y eût, sur cette place, pas assez d'argent pour le grand déboursé de la fourniture des vivres de la flotte d'Espagne. Il calcula que le fait de garder dans ses mains une «si grande masse de capitaux jusqu'à ce que la saison d'avitailler la

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Ma HISTOIRE

flotte fAt {>&88ée, entraînerait une perte de 40^000 livres sterling. A ce prix , il offrait de saltivêr l'Angleterre. Il conduisit Topération avec tant de secret et de succès que la flotte ne put être inise en campagne cette année. Moyennant une si faible d<ifpense et une si adroite manœuvre^ la natbn fut sauvée pour cette fois. Il parait que cela fut regardé comme un trop grand secret d'État pour être communiqué à Cambdeh où pu* blié par lui lorsque tous les documens furent mis dans ses mains pour écriite l'histoire de ce glorieux règne. Mais le fameux Boyle y comte de €ork^ qui avait alors une grande part dans les affaires d'Irlande , vint à le savoir et le dit à deux de ses enfans de qui je le tiens. Le fait est si bien lié et s'accommode si bien avec l'état des affaires â cette époque, qu'il paraît extrêmement croyable , et s'il est vrai , c'est assurément un des plus curieux passages de toute notre histoire d'Angleterre. Je quitte ma digression qui, j*espère , ne sera pas mal accueillie du lecteur. Oo sait bien au reste comment écboua tout le plan fondé sur ^invincible Armada , et aussiti^t après le due de Guise fut assassiné; un pefu plus tard Henri IIl le fut également, et Henri IV lui saccéda , qui détruisit la ligue avec laquelle tombèrent en ruine les grands dessetors de l^Espagne. Ainsi Se termina heureusement là trôîsiènote crise de la religion.

DE MON TEMPS. ^î^S

La quairième eôttirmeiiçà à la bataille dé Prague en Fàtiâée i63ô ^ jôumée qni^ ainsi qu'on l'a dit dans U V^*, lirte, fit tomber sous le joug antrichlien n^ti^-seuletneôt l'électeut* palatin^ mais présqmetout l'Ë«ipii*e germauique. Tous les efforts pour le secouer furei^t sans succès et fiiùestes knême à ceux qui les tèntère&t , jusqu'au Jour oii le jeune et grand t&i de Sbède^ Gasta^e^Àdo^lplie , y mit la main. Les guerres pour La Rochelle, ainsi que la perte cfe cette importante place» semblaient annoncer la destruction des protestans de France; l'Angleterre tomba dans ces malheureuses divisions qui commeucèrent la rupture entre le Roi et son peuple; et les Etats de Hollande furent vitement pressés par les Espagnols sous la conduite de Spinola. Breda fut pris ; mais le pis de tout fut une querelle !qui s'éleva entre le prince Maurice et Bameveldt , et qui exigera de plus amples dételoppemens que je n^en ai donnés dans le l*'. livré. Tout ie monde convient que Guillaume, prince d'Orange, fut tin des plus grands hommes de Tbi^toire, lui qui après mille tentatives poiîi* le recouvrement de la liberté des Pro»vinces-tJnies, parvint enfin à réussir et fonda la république. En la formant , il commit une grande faute , si du moins il n^y fut p^s fordé par la nédesdité de ses affaires : ce fut de don^ ner le veto à chacune des villes de Hollande, dans lés questions de religion , de taxation >

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aa4 HISTOIRE

de paix et de guerre. Il y aaraiteu beaucoup plus de sûreté à établir que les deux . tiers des Toix seraient nécessaires pour une décision y et le gou- Ternement en aurait été beaucoup plus fort. Quelques uns ont pensé qu'il admit ainsi au vote tant de petites Tilles pour balancer l'influence des grandes dont il pouvait n'être pas sûr^ tandis qu'il pourrait plus aisément pratiquer les petites ; d'autres ont dit qu'il fut forcé à cette mesure pour les pousser plus chaudement à la guerre^ animées comme elles le seraient par l'espoir de prendre une telle part au gouvernement à l'avenir. Mais enfin delà manière dont il établit les choses y la corruption d'une seule petite ville peut jeter toutes les affaires de la Hollande dans un grand désordre. Il a été aussi blâmé pour avoir travaillé à élever l'autorité du Stathouder si haut qu'à plusieurs égards elle fat plus grande que ne l'avait été celle des comtes de Hollande. Mais il compensa cette autorité en la rendant élective et en se réservant un faible revenu. Il parait qu'il avait dessein de rendre cet honneur héréditaire dans sa famille , car après sa mort on trouva parmi ses papiers ^es lettres que lui avait répondues le duc d'Anjou à l'époque 011 les provinces l'appelaient à devenir leur prince et dans lesquelles le duc s'engageait à remettre la Hollande et la Zélande dans les mains de Guillaume. Sur la fin de sa vie^ il avait en grande partie perdu l'affection du clergé y parce

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qu'il était un des pluà zélés partisans de la tolérance des papistes, la jugeant nécessaire pour engager les hommes de toutes les croyances dans lés communs intérêts de la. liberté et pour encourager les autres province^ à accéder à l'un ton. Cet avis trouvait une grande opposition parmi teâ prédicans de Hollande , qui étaient pour des moyens plus violens; Ceux qui peu d'années seulement auparavant s'étaient plaints des rigueurs de FÉglise de, Rome n'en furent pas plutôt délivrés qu'ils commencèrent à réclamer les n^é^mès mesures de persécution contre leûr^ adversaires.^ De là résulta que ce grand prince perdit du terrain parmi les zélés de son propre parti peu de temps avant de mourir. Avec lui \eè affaires^ tom-^ bèrent si rapidement qu'on vit bientôt la né'ces^ stté de chercher dû secours au dehors. Les ministres hollandais^ d'eux-niémes et sans le concours des États , envoyèrent vers la reine Elisabeth , pour lui témoigner lé désir qu'elle voulût bien les prendre sous sa protecttotl aux conditions qu'elle vôudi'àit prescrire; Quoique les Etats fussent extrêmement offensés de cette démarche, ils n'osèrent pourtant s'en plaindre alors 9 encore moins en tirer punition; mais ils furent forcés par la clameur populaire, à suivre un exemple qui leur était Et irrégulièrement donné. J'ai eu ces détails dé Halewyn de Sort 9 duquel j'aurai occasion de parler parla 3f. i5

suite. La Reine envoya par delà ledëtpoit le comit de Leieester avec un titre nouTeeu et une autorité plus grande que n'était celle des comtes de Hollande^ ou du Stathouder^ sous le nom de gouverneur suprême. Dès qu'il eut débarqué à Flessingue^ il alla tout d^abord à l'église , oà il ordonna des prières pour obtenir que le ciel bé-^ nit ses conseils et demander à recevoir le sacrement le jour suivant. Il fit en même temps de grandes protestations de sèle et d'intégrité. Cela charma tellement le peuple que.Barneveldt et tes Etats rassemblés à La Haye jugèrent nécessaire de se garantir des effets d'une si menaçante po^ pularité; ils appelèrent le comte ^ depuis prince Maurice 9 qui était alors à Leyde^ et qu'ils choisirent , quoiquMl n'eût pas encore dix*huit ans 5 pour stathouder de Hollande et de Zëlande. Le oas n'avait nullement été prévu dans le traité conclu avec le comte de Leieester; toutefois il en fiit vivement offensé. Je ne m'étendrai pas davantage sur les fautes de son gouvernenient et sur la n^anière dont la Reine y mit fin aussitôt qu'il fut évident qu'il était in* capable de sa mission , et qu'il commençai! i trahir et à ven4re les meilleures places des Hollandais.

Le prince Maurice et BamevQldt demeurèreat tong^tenips dans une parfaite union ^le desseins , lorsqu'enfin . la négociation pour la p^ix , ou du

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moins paur une trêve ^ fut entre eux un tel sujet de division que leur amitié se changea eil la plus yiolénte haine ^ et en une rivalité que rien ne put jalbiais apaiser» Le prince Maurice était pour la continuation d'une guerre qui le mettait à la tête d'une grande armée; et il avait une si grande part aux conquêtes qu'on avait faites que Baraeveldt^ pour cette même raison ^répandait dans les Etats que le pays était maintenant en sûreté^ et n'avait plus lieu d'appréhender les Espagnols ; que par conséquent il n'y avait nulle raison de continuer la guerre. Le prince Maurice de son cêté disait que leurs frères persécutés 5 dans les provinces papistes^ avaient besoin de leur secours pour leur délivrance y que l'œuvre était facile , et la probabilité du succès grande. Pourquoi, répliquait-on , puisque les sept provinces étaient maintenant en sûreté, éten-draîent-elles leur territoire? Ceux qui aimaient leur religion et leur liberté dans les autres provinces n'avaient qu'à venir et s'établir dans le nord. Cette émigration augmenterait à la fois la population et Ifi richesse nationales. D'ailleurs la France et l'Angleterre ne manqueraient pas d'intervenir ; elles ne souffriraient pas que tes Etats étendissent leurs conquêtes et devinssent plus formidables. Tous les prédicans zélés étaient pour la continuation de la guerre , et ceux qui tenaient 2>0ttr la pnix étaient flétris, dénoncés comme des

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aaS HISTOIRE

hommes sans religion^exclusivemeDt. préoccupés

de vues ckaraclles et politiques.

Pendant que ces dâ)ats éclataient en tous lieux, les disputes commencèrent entre. Ârminius et Gomar, tous deux professeurs à Leyde> touchant les décrets de Dieu et l'efficacité de la grâce; disputes dans lesquelles ces deux grands hommes ^ Maurice dt Barneyeldt , prirent intérêt pour sou^ tenir chacun un des deux partis , et chacun celui dont ils ne partageaient pas l'opinion^. Le prince Maurice^ dans le particulier y se prononçait tonjours pour les arminiens 9 et Baraeveldt croyait fermement à la prédestination ; • mais comme il retranchait de son symbole le dogme de la réprobation 9 il était ^ en cela , opposé à larigueur déraisonnable à laquelle les m^inistrés poussaient ce points II trouvait que les arminiens étaient les ineilleurs patriotes; et il considérait que Fautre parti était, par suite de son zèle, prononcé pour la continuation de la guerre , de sorte qu'il accusait tous ceux qui n'étaient pas de son avis^ d'indifférence à toutes les religions, et de penchant à favoriser l'Espagne et le papisme.

Je ne m'étendrai pas sur les différends qui suivirent, concernant l'autorité des États-généraux sur les diverses provinces^ Il est certain que cha- .que province est un État séptiré, et possède une entière souveraineté dans l'étendue de son terri- ^toire, et que les États^généraux «ont une às^m-

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blëe de députés des diSërentes provinces 9 mais ' sans autorité sur elles. Mais il fut allégué que des maux extraordinaires exigeaient d'extraor?dinaires. remèdes; et le prince Maurice ^ par l'assistance du parti que Les ministres lui avaient £iit parmi le peuple , engagea les États k prendre Tautorité sur la province de Hollande 9 et à mettre }e gouvernement en de nouvelles mains^ Une cour fut érigée par l^a même autorité pour juger ceux qui avaient été précédemment en place. Barper veldt fut accusé y conjointement''avec Grotius et quelques autres , comnie ffinteor de séditions , et ayant excité des divisions dans le pays. IL fut condamné et décapité^. D^^utres furent condamnés k un empi^isonnenient perpétuel ; et chacun de$ juges reçut en présent une grande. médaille d'or» au revers de. laquelle était représenté le. synode de Dort 9 qui avait: été convoqué en. vertu du même pouvoir. J'ai vu une de ces médailles eu la possession des descendais d'un de ces juges. Le roi Jacques soutint Maurice en tout ceci : tant les intérêts des princes les portent puissamment à concourir au% choses qui sppt le plus, contraires à leurs propres ioclim^tions* .La passion domi^ nante de ce prince était sa hfiine contre les pur rit^ins ; cette haine s'était étendue à .toutes Ids opinions dans lesquelles ils avaiept donné avec chaleur; et quoiqu'il t encourageât tout: ce qui était du parti arminien dans,sç{s propres États»

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a5d HlStOÎHE

il aida fort & Tëcra^r en Hollande. Il haïssait Bameveldt à uh uultt titre; c'était parce qn'il atait retire de ses mains les villes mise^ en gage ; et > par Suite de sa nature aveugle et passionnée^ èette raison le détermina à travailler à la raine dé ce grand homme. Après cette victoire^ que le prince Maurice avait remportée sur le parti qui lui était opposé^ il ne s'attaôha pas à k pousser plus avant. Il dentit bientôt combien il avait perdu les eœurs dés peuple^ qui^ avant ce temps ^ aVaieiit fait de lui leur idole , et qui maintenant le regardaient kttt horreur. Il s'efforça Ae rétablir tôs affaires du mieut quMl put, afià d^engager lés Étals-généraux dans la guerre de ' Bohême, t'otit, en eSél, fut bien vite terminé. Il fut évident qu'il n'avait aucun dessein contre leur liberté, <j[Uoiqu4l ne sût pas supporter l'opposi-' tion qu'il commençait à rencontrer dans un Ëtat libre^

Stt mort mit fin à toutes les dissensions ; et 6od frài*e, le prince Henri Frédéric, apaisa promplement les di^puteâ de Tarminianisme par la tolérance qu'il aCiiordâ à cette seéte. Il était conaa pour étresecm pcirtisan de leurs dogmes. Il ododttisit les armées èe la république avec beauoôup de' succès , et laissa au)c États tant de liberté relativement aux affaires publiques > que toutes les httines sMcitéM par la conduite de sbn fl^re Tit^eiit e^ pjeu de temps étouffées. Les ÉtàttH^éné^

DE MON TEMPS. :>3i

raux lui firent de grands presens ; il devint extrêmetnent riche ; son fils eut la survivande du stathoudërat. Mais ce fils avait plus en lui du feu de son oncle que de la modération de son père. Il s'opposa à la paix de Munster tant qu'il put. Les États finirait par voir qu'ils avaient persisté trop long^temps dans leur alliance avec la Trance contre l'Espagiie; en sorte que la première avait pris sur la seconde trop d'aseen* dant et de supériorité. En conséquence leur intérêt les condiiisit désormais à soutenir l'Espagne contre la France. Le prince Guilldume commença à se brouiller avec ésl inère; et comme elle avait beaueottp de crédit sur les Étatà-généraux i elle montra une telle opposition aux projets de son fils que la paix de MunsAef fût en grande partie l'effet de cette querelle domestique. Lé prince Guillaume ayant épousé une princeése de la famille royale d'Angleterre ^ fil'^ tout son pos* sibie pour brouiller les États avec là nouvelle répuUique. Mais il reneontra une telle résis* tàiloeque^ v6ydnt les Êtafi-généraux dispésés à licencier une grande partie de leur^ airraée , il se laissa edtràlner à dé violentée résolutions. Je n'ai ^as besoin de m'étendre sur des choses qui sont aussi connues que la détention > par ses or* dres^ de plusieurs prisonniers d'État alu château de Lœweristeln , et son projet de surprendre la cité d'Amsterdam et d'en changer le ^uvtrne*

25a HISTOIRE

ment : complot qui fut découvert par un pôstillou , qui donna l'albrme quelques heures avant Tarrivée du prince.

Ces faits , encore une fois ^ et leurs résultats sont bien connus. J'en dirai autant die la mort du prince , qui suivit peu de semaines après. La princesse royale^bien qu'elle ne fùtqu'au septième mois de sa. grossesse, accoucha au bout d'une semaine d'un fils , dont la naissance coïncida avec les circonstances les plus désavantageuses pour sa mai^ son» Elle était en butte aux méfiances des États 9 qui la regardaient comme l'ennemie infatigable et permanente de leur liberté intérieure. Ses affaires domestiques étaient de plus dans un trèsgrand désordre. La mère et l'aïeule du nouveauné emportaient deux douaires considérables , et la dette que son père avait contractée pour secourir le roi Charles dans son exil faisait encore une large brèche à sa fortune. Qui aurait cru qu'un enfant, venu au monde à peine constitué, et au milieu de circonstances désastreuses , de-r vait être un jour le libérateur de l'Europe et le soutien de la religion protestante ? Tant le cours des événemens humains est inexplicable et mystérieux. A propos de la naissance du jeune Giiillaume , je veux consigner ici un fait en Thonneur de l'astrologie , quelque peu de confiance d'ailleurs que m'inspire cette science futile. C'est la reine Mafie qui me l'a raconté, en me renvoyant,

pohr m^eri assurer, à diverses personnes attachées à la maison d'Orangé à Tépoque dont je parle , et qui, en effet, me le confirmèrent. Un inconnu reiniît à la princesse douairière un papier qu'elle prit, croyant prendre une pétition. En l'ouvrant elle trouva qu'il contenait l'horoscope très-détaijlé de son fils, et depuis parfaitement justifié par l'événement. Aucune des nombreuses vicissitudes de sa vie n'y était oubliée. Ce qu*il y a de plus extraordinaire, c'est qu'il était prédit qu'il aurait un filisd'ùrie veuve , et qu'il mourrait de la petite vérole à vingt-cinq ans. Ceux qui avaient ajouté foi à ces sortes de prédictions s'atteri-: dàient toujours à voir mourir la princesse royale, et le prince se remarier avec. une veuve. Toutes les fois donc qu'on apprenait à la coiir la mort de quelque prince , le sujet de plaisanterie habituel était de demander quelle personne était la femme qu'il laissait. Mais lorsque le prince fut saisi de la petite vérole, la prédiction de l'astrologue se présenta à tous les esprits avec un caractère plus sérieux V et le malade en eut l'imagination si frappéie que ce trouble aggrava probablement la maladie. Peu de temps après la naissance du jeune Guillaume, l'édit perpétuel lui enleva toute espérance de parvenir jamais au stathoudérat.

La principale erreur de l'administration de de Witt fut de ne point relever l'autorité du conseil

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^H HISTOlIlB

d'Etat pour parer au grand abu& du mélange des pouToirs législatif et eiécutif. Il semblait nécessaire de remettre la conduite de radministratiou du pays à un certain nombre d'hommies qui en rendraient compte au^ Etats , il est vrai^ mais qiti auraient l'habitude et le goût des affaires. Ainsi la promptitude et le secret n'auraient pas été bannis des résolutions; tandis qu'avec la méthode de tout faire décider par les Etats assemblés ^ non «seulement tout est su et divulgué d'avance^ mais il faut souvent ajourner la délibération d'objets très-importans , et la lenteur devient un des élémens du gouvernement. Pendant le ministère de de Witt ^ le conseil d'Etat n'était plus considéré que comme une forme vaine. Toute l'exécution était passée aux Etats; et certainement entant une grande asseinblée est propre à sttf veilkr ceux qui exécutent^ autant elle est peu faite poar exécuter elle-même. De Witt trouva , il est vrai> les choses dans cet état. Le droit de présence de l'ambassadeur anglais aux séances du conseil avait été la caose première de sa décadence^ Les Hollandais prétendaient bien que les États n'avaient accordé cette prérogative à ^Angleterre qu'en retour des villes doofnées à titre de caution; et cependant 5 même après que celles--ci eurent été rendues^ ils ne jugèrent pas à propos de la contester à l'envoyé britannique. Us trouvèrent plus simple et plus facile d'ôter toute importance

au conseil^ eo investissant les États du gouvernement tout entier. Mais à la mort du prince Guil^ laume^ lorsque le crédit de de Witt n'eut plus de bornes^ c'eût été un bonheur pour lui et pour son pays que de remettre les choses dans leur ancien état. Il faut profiter des reVolutions pour corriger les vices d'une constitution ou d'un gou« vernement. De Witt tenait peut-être trop de compte de l'opinion populaire. C'est ainsi que non-seulement il négligea bien des améliorations possibles 9 mais favorisa sous plus d'un rapport la séparation de la juridiction des villes^ et diminua l'autorité des cours souveraines de La Haye; ce qui le rendit très-agréable à la nation, mais affaiblit l'union des provinces. Le secret des affaires , principalement de celles qui avaient trait aux négociations étrangères^ se concentrait dans un cercle assee étroit de membres des Etats. Ceux qui en étaient exclus, par cela même mécontens du Pensionnaire , rejetaient sur lui tout ce qui survenait de malheureux. Ces attaques lui étaient très-nuisibles. Il fallut la réputation qu'il s'était acquise durant la guerre arvec l'Angleterre^ et l'heureuse issuis de cette lutte, pour rompre le parti puissant qui s'était formé contre lui. Mais aussi il goUvenm ensuite les États sans ri-valité ni contradiction. La facilité et la promptitude Qvec laquelle il conclut la triple alliance , sons s'astreindre aux formes qu'indiquait la cons-

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titution hollandaise, prouvèrent à quel point ses combinaisons politiques avaient de l'autorité'. Il fut à la fois moins heureux et nàoins habile dans les négociations qui eurent lieu entre les Etats, la France et l'Angleterre. Préoccupé de cette idée que le roi d'Angleterre n'avait pas d'intérêt plus pressant que devoir son neveu stathouder, et que l'alliance de la France ne pouvait, dans aucun cas, lui offrir d'avantagé égal à celui-là, il s'imagina avoir toujours un moyen infaillible de 6 assurer ce monarque ; parce qu'au pis aller il n'y avait pour cela , selon lui, qu'à rendre au prince d'Orange la dignité de ses ancêtres. C'est qu'il ne soupçonnait même pas sans doute que Charles était papiste, et ^ulait se rendre absolu dans ses États. Aussi quelle ne fut point sa surprise en voyant la cour d'Angleterre , qui avait parlé pour le jeune Guillaume pendant que les États n'aient pas disposés à l'écouter, et qui même aVait fait, de ce refus de céder à ses représentations, un motif de guerre, ne plus parler, pour, lui, ou même lui paraître contraire, lorsque les dispositions de la république furent devenues favorables aux prétentions de ce priace? Le jeune Guillaume cependant , que sa réserve naturelle mettait à l'abri de fautes grossières , se recommandait, par sa gravité et ses auties vertus, à Ifestiiue du clergé et du resté du peuple. Si la famille dé de Witt et la ville d'Amsterdam

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étaient si prononcées contre son élévation austathoudérat , c'est seulement que le souvenir de pe qui s'était passé sous son père était encore .vivant dans leur pensée^r Ils tenaient p)our avéré qu'on ne pouvait nommer un stalthouder sans renoncer à la liberté , et qu'on ne pouvait surtout élever le prince d'Orange à cette dignité sans frayer, à lui oiï à sa famille , un accès assuré à la souveraineté de la Hollande^ Mais d'un autre côté , la prolongation^ du pouvoir dans un mê^ne ministre^ et d'un pouvoir aussi illimité que ce-^ lui du Pensionnaire, devait soulever l'envie contre lui et lui susciter une fbùle d'ennemis ^ surtout dans im gouvernement populaire. Or^ ses ennemis étaient nécessairement. les partisans du prince. Les prédicateurs non plus ne s'épargnaient pas pour prévenir les esprits en faveur d'une famille à laquelle l'Église de Hollande avait tant d'obli^ gâtions.

Dès' que le prince fut entré dads l'âge viril , la proposition de lui confier le commandement des armées de terre et de mer s'éleva de tant d'endroits différens', que de Witt comprit qu'il fallait céder au torrent. Après donc s'être débattu quelque temps , il proposa des restrictions tendantes à rendre moins redoutable l'ascendant du nouveau général. La plus dure portait que le prince s'engagerait par serment à ne jamais prétendre à la dignité de stathouder^ et à ne pas

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I accepter si elle venait à lui être offerte. Quelque humiliante que fiât, une telle condition , les amis de Guillaume lui conseillèrent de l'accepter.

II lui importait avant tout d^être à la tête des troupes : c'était le moyen d'augmenter le nombre de ses partisans. Si Dieu bénissait ses armes , il lui serait facile de secouer la gêne de ces restrictions. Quant à la promesse de refuser le stathoudérat , elle ne pouvait s'entendre que du cas où il lui serait ofi*ert par des gens non autorisés à le faire ^ par la populace ou par l'armée ; et il ne s'en suivait pas qu'il ne pût l'accepter des Etats, si les Etats le lui offraient^ puisque c'était & eux qu'il se liait par son serment ^ et qu'ils seraient toujours les maîtres de l'en décharger. La cour d'Angleterre le blâma pour s'être ainsi laissé faire la loi par le Pensionnaire ; mais quel înté* rêt avait-^il à consulter des gens qui avaient si peu songé à rien faire pour lui ^ lorsque la. triple alliance leur fournissait un moyen si naturel de le servir, en leur donnant l'occasion de s'immiscer à volonté dans les affaires de la république? Je lui ai ouï dire qu'aussitôt qu'il eut été mis à la tête des troupes , son premier soin fut de demander à de Witt de vivre ensemble sur le pied d'une confiance réciproque^et que celui-ci n'ayant répondu qu^avec froideur à ses avances , il en conclut qu'il ne devait pas compter sur lui. Le prince nJQUtait que de Witt n'en était pas moins un des

DE MON TEMPS. aSg

plus grands politiques du siècle^ et un homme €{ui avait servi sa patrie avw une grande fidélité. Le Pensionnaire compta trop que les Français ne pouvaient pénétrer en Hollande que par la Meuse. Dans cette pensée y il donna tous ses soins à Maëstricht et négligea les places que les États avaient sur le Rhin et sur TYssel en assez grande quan*tité^ mais dont aucune n'était en bon état. Mal fortifiées y mal pourvues d'hommes et de munitions^ elles étaient plus mal commandées encore* Leurs gouverneurs n'avaient en général ni cou-^ rage^ ni habitude du métier de la guerre, et ne voyaient y dans les commandemens qui leur étaient confiés^ qu'un moyen de fortune.

Me voici parvenu à la cinquième crise de la réformation. Celle- ci ^ plus prolongée que les précédentes y nous ti^it encore dans ses agitations. Elle commença parle projet de détruire les Etats. La manière dont on s'y prit pour y parvenir fut aussi surprenante qu'inattendue. L'électeur de Cologne avait été toute sa vie un très «-pauvre homme; mais on ne pouvait prévoir cependant que les Français lui persuaderaient de les mettre en possession de ses Etats et de se livrer avec tous ses sujets. Cet étrange événement frappa d'une telle consternation toutes les petites puissances des bords du Rhin y qu'elles en perdirent tout à la fois la prudence et le courage. J'avoue qu'il n'y avait pas grf^nde résistance à espérer d'elles.

Néanmoins elles auraient pu gagner un peu de temps, et donner ainsi aux Etats le loisir de regarder autour d'eux ^ pour voir le parti qu'il y avait à prendre.

L'armée française s'avança jusqu'à Utreclit, comfmeun torrent qui inoudetout sur son passage. L'épouvante fut si grande che£ les Hollandais qu'ils se seraient infailliblement rendus au vainqueur ^ si celui-ci n'avait fait des fautes qui les sauvèrent. Jamais prince ne reçut plus de louanges que Louis XIY, pour le succès de cette campagne^ et jamais louanges ne furent moins méritées. Il fut plus redevable de ce succès aux erreurs de deWitt qu'à sa propre habileté. Au milieu de tant de prospérités 9 ce monarque montra si peu de cœur et de jugement^ que cette années qui passa géné^ ralement pour une des plus belles de sa vie^ en pa^ raitra une des moins glorieuses, toutes les fois qu'oa la considérera sous son jour véritable, comme on peut le faire sans beaucoup de peine. La conquête des Pays-Bas était alors si facile qu'elle ne pou* vait échapper. qu'à un Roi qui manq^uait égaler ment de courage et de conduite. Au passage du Rhin^ où l'éloquence et la poésie l'ont peint à l'envi animanttoutpar sa présence et dirigeantlui-méme les opérations, il se tint constamment éloigné an lieu de la scène , pour voir sans danger ce qui se passait. Arrivé à Utrecht y le prince Ae €ondë ni M. de Turenne n'étaient plus là pour l'aider de

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leurs conseils , et il n'avait près de sa personne que des ministres à portefeuille. Le prince de Condé était retenu par une légère blessure qu'il avait reçue au passage du Rhin^ et Turenne était allé avec un détachement à la rencontre de Félecteur de Brandebourgs qui venait avec son armée défendre son pays de Clèves , et surtout soutenir les Hollandais ses alliés. Louis ne put donc consulter que MM. de Pomponne etLouvois^ lorsque les Etats lui envoyèrent demander ce qu'il souhaitait de leur part. L'avis de Pomponne fut plein de sagesse et de modération. Il proposait que le Roi restituât les places qui appartenaient aux sept provinces et se contentât de garder les autres^ surtout Maestricht ^ Bois-le-Duc , Bréda et Bergop-Zoom. Par là le Roi se donnerait l'apparence d'avoir encore à cœur les intérêts des sept provinces qu'il avait toujours protégées ; les Hollandais consentiraient sans difficulté à cet arrangement 9 qui aurait cependant l'avantage de mettre les Pays*Bas .catholiques dans la dépendance de la France , en les séparant de la république et de l'Empire; enfin cette conduite aurait une apparence de modération toujours d'un effet utile , et elle arrêterait les préparatifs de rAllemagne, dont les princes ne peuvent solder et entretenir leurs troupes qu'autant que les Hollandais fournissent les fonds. Louvois voulait au contraire qu'on profitât de la consternation où était la ré- 2. 16 .

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publique , pour la mettre hors d'état de remuer k Tayeair ; qu'outre ce que M. de Pomponne proposait^ on fit payer aux Etats une grosse somme pour les frais de la guerre; qu'on les obligeât de céder aux catholiques les principales églises' de chaque ville ^ qu'ils se missent sous la protection de la France 9 qu'ils envoyassent tous les ans an ambassadeur avec une médaille qui recoiînaitrait cette dépendance , et qu'ils ne pussent conclure ni traités^ ni alliances sans le consentement de la France. Le plan de Louvois fut préféré. Qu'on juge de l'étonnement des ambassadeurs de la ré* publique, quand on leur communiqua des prétentions aussi extravagantes. En les écoutant lire> un d'entre eux s'évanouit ^ ne concevant pas comment s'y soumettre , ni comment les rejeter. Les Français demandaient encore aux Etats ^ mais pour la forme y de donner pleine satisfaction an roi d'Angleterre. Du reste ^ ils établirent toutes leurs conditions sans les avoir concertées avec le cabinet de St.- James, ou son représentant, quoique Lockhart fût alors à la suite de la cour de Louis.

Je dirai. peu de choses du combat naval de Solbay. Ruyter surprit la flotte anglaise au moment oti ne songeant à rien moins qu'à se battre , elle se préparaît aux extravagances et aux débauches accoutumées du ^ mai , anniversaire de la restauration. Il attaqua la veille. Le combat fut un

des plus opiniâtres qu'il y ait eu de nos jours. Les Français s'y montrèrent plus soigneux d'euxmêmes qu'il ne convenait à de braves gens^ à moins qu'ils n'eussent ordre de rester simples spectateurs de l'engagement pour laisser les Anglais et les Hollandais s'entre-dëtruire à leuraise^ et de conserver leur flotte saine et sauve. Ruyter maltraita particulièrement le vaisseau du due d'York, qui 9 suivant l'opinion de quelques gens du métier , en sortit trop tôt. Ce fut la première brèche faite à sa réputation de bravoure. Levaisseau amiral de l'escadre bleue fut mis en feu par un brûlot, après un engagement très-long avec un navire Hollandais de moindre force. Le comte de Sandwich y périt avec tousses gens, dont aucun ne voulut l'abandonner , comme il n'avait pas voulu lui-même abandonner son vaisseau, par une sorte d'exagération de courage ^ & laquelle l'avait provoqué une reflexion offensante dû duc sur l'avis qu'il avait donné de se rapprocher de la côte et d'éviter un engagement, k C'est se montrer, avait dit ce prince , plus soigneux de sa personne que de l'honneur du Roi. » Le duc de Buckingham parut à bord de la flotte ; mais on observa qu'il regagna à la hâte la terre ferme , dès que les Hollandais furent en vue. Le duc m'a raconté que Buckingham lui avait dit que , puisqu'on allait bientôt en venir aux mains , il voulait s^assurer de l'autre vie^ et qu'il le priait en conséquence

m HISTOIUfi

Ae lui désigner un des prêtres de sa suite ^ à l'aide duquel il pût se reconcilier avec l'église catholique. Le prince le renvoya à Talbot, qui lui donna un prêtre , avec lequel Buckingham de* meura quelque temps renfermé. Ce prêtre dit ensuite qu'il l'avait admis dans le sein de leur communion. Buckingham , qui n'avait aucun sentiment de religion^ voulut évidemment se recommander , par cette comédie ^ à la bienveillance de l'héritier présomptif.

On s'imagine aisément que le désordre était extrême à La Haye. Les Français étaient maîtres de Naerden , et un de leurs détachemens était entré dans Muyden, qui leur avait remis ses clefs. Mais voyant que la place était en apparence fort peu importante^ et ne sachant pas qu'elle mettait ses possesseurs en état de tout inonder jusqu'à Amsterdam , ils jetèrent lés clefs dans les fossés 9 et revinrent à Naerden. Quand on sut la méprise que l'on venait de commettre^ on envoya un second parti pour s'assurer de Muyden , mais le prince d'Orange y avait fait déjà passer deux bataillons» qui en défendirent l'entrée^ et parla sauvèrent Amsterdam, dont les habi tans, alarmés et tremblans, ne songeaient déjà qu'à capituler. Les États étaient prêts à se livrer aux extrémités du désespoir. Non-seulement ils perdaient place sur place, mais avec elles toutes les garnisons. Les provinces de Gucldre, d'Over-Yssel et tl'U-

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trecht étaient çompl^témçot au pouvoir de Tenneini , et Groningue était menacé par l'évèqu^ de Munster, qui finit en effet par en faire lesiége. Tous ces désastres se suivaient de si près que les plus sages en étaient accablés. Pour combU d'infortune 5 toute la Hollande se remplit du soupçon sinistre que la république était trahie par ceux-là même qui la gouvernaient, et. que le Pensionnaire préférait voir la patrie disparaître du rang des nations, plutôt que «de. consentir à rélévation de la maison d'Orange. Mombas, un des généraux^ et beau-frère de Grotius, avait lâchement abandonné son poste, destiné à protéger les bords du Rhin à repdroit même oii les Français avaient passé cette rivière; et lorsqu'après avoir été arrêté il put s'échapper de sa prison , ce fut pour se retirer en France. C'en était assez pour justifier les murmures du peuple, et l'embarras des États qui ne savaient plus que répondre ni que penser. Lorsqu'ils étaient assemblés, ils se regardaient en silence les uns les autres, dans un état inexprimable de stupeur , et quelquefois les yeux pleins de larmes. Un jour l'ambassadeur d'Espagne leur demanda audience. Admis devant eux, il leur dit que l'affection qu'il leur portait, et l'étroite union de son maître 9vec les leurs, lui faisaient un devoir de venir leur adresser quelques reproches ; . ils laissaient trop leurs alarmes se manifester au dehors ;. on ne les

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Toyait plus se promener dans leurs carrosses comme de coutume; feu toutes Irencontres ils donnaient le triste spectacle d'hommes qui d&espèreat de leur pays. Une telle conduite , en ôtant tout courage au peuple , détruisait la dernière chance de salut; il leur conseillait donc de prendre mne lAëthode opposée , de publier qu'on recevait de meilleures nouvelles^ que leurs alliés étaient en marche ; de repaître enfin le public de coûtes inventés avec art^ et de prévenii^ ainsi Tentiei: découragement du peuple. L'avis leur parut opportun j et ils le suivirent.

Us firent partir Dykewelt ettialewyii, pour, de cooeerl avec Borel, qui était déjà en Angleterre^ détacher, s'il se pouvait, cette puissance des intérêts du cabinet de Versailles. Le matin même que s'embarquèrent ces deux ambassadeurs , on leur donntà des pouvoirs secrets pour traiter de rélévatton du prince d'Orange au stathoudérat. Lord Arlington, effectivement, avait si souvent reproché à Borel leur obstination à se refuser à cet acte nécessaire , que celui-ci ne cessait d'écrire que c'était le seul moyen de s'assurer la protection de la Orânde-<*Bretagne. A leur arrivée » les nouveaux ministres furent mis sous garde peur la forme. Borel eut cependatit la permission de les Venir voir. Il fut transporté de joie en apprenant d'eux lé pouvoir qui leur avait été donné, et courut immédiatement en informel

lord ArlÎDgtoD. Quel fut son ëtonnement de Toir qu'à peine faisait-on attention à une ouverture qu'il croyait faite pour charmer et gagner la cour ! Borel était un homme simple dont la vue n'était ni profonde ni pénétrante. Ses deux col-lègues eurent leur audience à Haipptoncourt ^ oit on leur répondit que le Roi ne voulait point traiter séparément de la France^ et que des plénipotentiaires allaient être envoyés à Utrecfat* Cependant Dykevvelt et Halewyn s'abouchèrent se-^ crètement avec plusieurs Anglais de l'opposition, et en apprirent l'état de la nation. Ils firent plus s €n répandant de l'argent à propos , ils se créèrent des intelligences dans les postes les plus élevés du gouvernement. La cour , informée quHls ne perdaient pas leur temps , et que la nation montrait une grande irritation de ce qu'on avait repoussé leurs offres^ leur fit donner l'ordre de se retirer. Le duc de Buckingham et lord Arlington partirent en même temps pour se rendre à Utrecht. On leur associa bientôt après lord Hallifax, pour donner au pays quelque ombre de satisfaction ; mais ce seigneur n'eut aucune part aux secrets. Dès qu'on sut en Hollande que les deux ambassadeurs revenaient sans avoir rien conclu avec l'Angleterre y le peuple courut en foule à Maes-Land- Sluys , résolu de les mettre en pièces à leur débarquement. Heureusement, comme ils traversaient la rivière, un petit, bateau vint les avertir

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^4^ ^ UlâTOIRE

du danger qui les menaçait , et leur conseiller de prendre terre à up autre endroit qu'on leur indiqua et où des voilures les attendaient pour les transporter à La Haye. Cest ainsi qu'ils évitèrent Forage qui éclata le lendemain daus cette capitale oii la fermentation était extrême.

Un soir que le Pensionnaire se retirait chez lui de l'assemblée des États, quatre personnes l'attaquèrent pour l'assassiner. Ce grand hontime fit preuve y en cette occasion, d'une intrépidité et d'une présence d'esprit extraordinaires. Blessé en plusieurs endroits , il finit par se dégager des mains de ses assassins. Un d'entre eux ayant été pris et condamné k perdre la vie, tous les amis , de de Wîtt le pressèrent de lui faire grâce; mais il ne crut pas devoir laisser impuni un attentat pareil sur une personne de son caractère , quelque disposé qu'il fût au pardon comme simple individu. Le criminel était un jeune homme qui confessa son crime , en témoigna du repentir , protesta, n'a voir agi que par des motifs de zèle pour son pays et sa religion qu'il avait crus trahis, et mourut dans des extases de dévotion qui attendrirent tous les spectateurs. Vers cette même époque , un barbier accusa le frère aîné de de Witt de l'avoir engagé à assassiner le prince d'O- Tange. Cette accusation était à. la fois dénuée de .preuves et de vraisemblance. Cependant on mit Corneille de Witt à la question^ mais sans pouvoir

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etL arracher d'autre déclaration que celle de son innocence. L*arrêt porté contre lui fut plutôt dicte par les circonstances et l'état présent des affaires , que conforme aux règles de la justice. Il fut banpi^ en même temps que son frère se dépouilla de sa charge de Pensionnaire, et fut créé un des juges de la haute cour. Ce bannissement était moins une peine qu'un moyen de le soustraire à la fureur de la populace. Je n'aime pas à m'appesantir snr des scènes aussi noires et aussi infâmes que le fut le massacre des deux frères. Je ne pourrais d'ailleurs ajouter que bien peu de nouveaux détails à ce que tant d'autres historiens en ont écrit. L^ancien Pensionnaire eut tort de vouloir conduire lui-même dans sa voiture Corneille hors de la ville. C'était en quelque sorte narguer la sentence qui venait d'être rendue ; et c'est ce que ne doit jamais se permettre un juge. Quelques furieux j qui se disaient les émissaires du prince, ameutèrent la populace, et par l'effroyable forfait qu'ils commirent , pour ainsi dire en son nom , ils lui firent un tort qu'ils ne purent jamais réparère Ses ennemis n'ont pas manqué de rejeter sur lui, et: sur son parti, tout l'odieux de cette déplorable journée, dont le prince pourtant ne parlait jamais qu'avec une juste horreur. Je voudrais pouvoir rendre le même témoignage au clergé hollandais. Plusieurs prédicateurs dans leurs sernions , et divers auteurs, ecclésiastiques

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aSo HISTOIRE

dans des traites particuliers et imprimes ^ accasèrent les juges de corruption, pour n'avoir pas prononcé contre Corneille de Witt une peine plus sévère que le bannissement. Les uns et les autres comparaient couramment le sort des deux frères & celui d'Aman.

Il est inutile de rappeler les grands change*mens qui se firent dans les magistratures de toutes les provinces , l'abrogation de Tédit perpétuel, et l'élévation du prince d'Orange à la dignité de stathouder, après qu'on l'eut dégagé de l'obligation qu'il avait contractée de ne jamais l'ac-<cepter. Cependant il prit du temps pour y penser; mais ce fut l'avis unanime des jurisconsultes et des théologiens que cette obligation cessait^ dn moment que ceux envers qui elle le liait l'en déchargeaient eux-mêmes. Les États lui donnèreot provisoirement plein pouvoir de paix et de guerre. Les habitans d'Amsterdam allèrent plus loin en*- €ore ; car ils lui firent offrir , par une députatioo > la souveraineté de leur ville. Un jour, en me rat^ontant cette particularité, il me dit que ceui d'Amsterdam ne lui avaient fait cette proposition que parce qu'ils croyaient alors tout perdu, et qu'ils aimaient mieux que la honte de leur perte commune tombât sur lui que sur eux. Il ajouta qu'il savait très-bien , dès cette époque , que les Hollandais ne s'accommoderaient jamais d'un maître > et qu'ils contribueraient plus volontiers

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aux chaînes de la guerre pour défendre leur liberté > que pour la gloire d'un souverain quelconque. Le prince d'Orange répondit donc, sans hériter ni se consul ter, qu'il refusait positivement rinmneur qu'on lui faisait, qu'il était satisfait de la portion d'autorité^ qui lui avait été remise , et qu'il ne chercherait jamais à l'augmenter.

lia promotion du prince Guillaume donna une Muyelle vie à l'Etat. Quoique bien jeune, et feien neuf aux affaires , tant civiles que militaires, il ^'appliqua si heureusement aux unes et aux autres, que, malgré l'état désespéré où il les trouva, il ne perdit point courage, et ne cominit aucune faute. Lé due de Buckingham et lord Arlington s'interposèrent vainement pouf cojgager le roi de France à foire aux Provinces- Unies des conditions moins dures. Ce monarque , enfle de sa gloire , paraissait compter pour peu de chose ^n allie lé roi de la Grande-Bretagne. Les deux plénipotentiaires anglais, entre l'orgueil de Louis d'une pari, et la roideur de Guillaume de l'autre, ne furent pas long-temps à s'apercevoir que leur intervention serait sans résultat. Un jour, je tiens les détails suivans du prince lui-même, un jour, dis-je, il leur représentait ce qu'il y avait d'incompréhensible dans la politique de leur maître, qui semblait ne viser qu'à élever la France aux dépens de TAnglclen-e ; et , sur celte idée , tout à coup le duc

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aSa RISTOIRB

de Buçkîngkam rhiterrompit par un juremeot i suivant sa coutume , et lui dit que , frappe de la justesse de ses raisonnemens , il était prêt h signer immédiatement un traité de paix entre l'Angleterre et la Hollande. Lord Arlington parut surpris de tant de précipitation; mais l'autre persista dans sa proposition, et s'engagea positi- Tement à la tenir. Le prince > supposant qu'il pouvait avoir des instructions secrètes , fit dresser rapidement les articles; et il croyait que s'ils avaient pu être prêts pendant l'entrevue , Buckinghain les aurait signés sans désemparer. Ils ne le furent que le lendemain; mais le duc avait changé d'avis dans l'intervalle. A son départ , il conjura le prince de s'en remettre entièrement au Roi,. qui prendrait autant de soin de ses intérêts que de c^ux de l'Angleterre. Le prince coupa court à cette conversation , en lui disant que son pays lui avait confié ses destinées , et qu'il ne le tromperait, ni ne le trahirait dans des vues personnelles ; mais Buckingham lui répliqua qu'il ne devait plus penser à son pays , c[ui était perdu irrévocablement, car en supposant que les inondations le protégeassent pendaat l'été, les glaces de l'hiver le mettraient à la merci des vainqueurs; et il répéta plusieurs fois ces paroles: w Ne voyez-vous pas qu'il est perdu? » La réponse du prince mérite d'être rappelée. « Je vois bien, dit-il, qu'il est en grand danger; mais un mpyeo

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assuré de ne pas le voir perdu , cW de mourir dans le dernier fossé. »

La personne en qui le prince avait le plus de confiance pour les affaires intérieures était Fa<gel i savant jurisconsulte^ esprit vif et pénétrant^ tête forte et judicieuse. Doué d'une éloquence abondante 9 plus populaire que correcte^ il était propre à gouverner une assemblée nombreuse.

Employé par le Pensionnaire de Witt , auquel il rendit de grands services dans l'affaire de Tédit perpétuel qu'il fit passer dans les États 5 où l'on s'y opposait avec le plus de vigueur, il obtint la place de greffier , ou secrétaire des £tats*-généraux^ l'emploi le plus lucratif qu'il y eût en Hollande. Il avait de la vertu et de la piété, mais il manquait de patience et de douceur. Il était aussi enclin à s'exagérer son mérite. Ferme et décidé dans le courant ordinaire des affaires, il avait cette âme inébranlable qui convient à un grand ministre au milieu de crises diificile$.

Le prince de Waldeck, le premier officier général de la Hollande y avait de l'étendue dans l'esprit et de la solidité dans le jugement. 11 était également bon dans le conseil et sur le champ de bataille; mais ses plans échouèrent toujours , parce qu'on ne lui accordait jamaisce qu'il croyait nécessaire à leur réussite. L'opinion admise quQ c'était un général malheureux le rendit réellement tel ; caries soldats ne se battent que mol-

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