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lement lorsque celui qui les commande ne leur
inspire pas une confiance entière.
Dykeweit, à son retour d'Angleterre^ fut si déconcerté de la fin tragique des de Witt ses amis^ et des rapidesr progrès de Louis XIY dans la province d'Utrecht, où il avait tous ses biens et tout son crédit , qu'il perdit trop tât toutes ses espérances et Tint se sounnettre an vainqueur. Il servit néanmoins trèsi-uti lement sa province. A la moindre infraction d^un des articles de la capi-* tulation , il allait en demander justice et pro« testait avec une hardiesse à laquelle les Français étaient si peu accoutumés qu'ils n'en revenaient pas de surprise. Après la retraite de l'ennemi , et la réorganisation de la province , il ne rentra pas dans le gouvernement» Cependant sa grande habileté $ ses manières insinuantes^ son caractère souple et délié lui procurèrent tant d'amis que le prince sévit comme forcé de lui donner «sa confiance. Il la conserva jusqu'à sa mort y et personne n'en était plus digne. Avec une connaissance parfaite de toutes les affaires de l'Europe et un grand usage du monde ^ qu'il avait acquis par diverses ambassades ^ il parlait trop longuemeat et avec trop de feu ; sa vie privée était celle d'un homme vertueux et d'un protestant zélé. Dans l'administration de sa province ^ qui lui était spé« eialement confiée , son impartialité et sa justice ne furent pas toujours à l'abri du reproche.
. Halewyn ^ homme puissant dans la ville de Sort, et Tun des juges de la cour de Hollande > a été de tous celui que j'ai le mieux connu et le plus estimé* Il tenait y après Fagel ^ la première place dans la confiance du prince. Son savoir très* •varié ne se bornait pas à sa profession dans la*quelle il était éminent. Il avait étudié la théologie avec lin grand soin 5 et avait lu beaucoup de livres d'histoire^ ceux surtout des auteurs greos et latins. D'une imagination vive, d'une compré*^ bension et d'un jugement solide, il parlait d'une manière concise , mais pleine de feu. L'énergie et la fermeté de ses conseils annonçaient un homme qui s'était formé sur le modèle des héro$ de l'antiquité. Il se faisait remarquer par une grande sévérité de mœurs. Plus il avait de crédit dans la cour dont il était membre , plus il était soigneux de se dégager de toutes considérations d^amitjé dans l'administration de la justice. Enfin il réunissait au même degré les vertus du pa»» triote et celles du philosophe chrétien. Appelé de très-bonne heure aux secrets de la politique> il appuya de toutes ses forces l'édit perpétuel ; tnais il ne fut pas long-temps à s'apercevoir de l'inconvénient grave de livrer immédiatementles affaires d'État aux discussions d'une assemblée noimbreusew II considérait le pouvoir souveraia «aidant dans lesEtats comme la base sur laquelle devait s'élever l'édifice de la liberté hollandaise^
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mais il croyait en même temps que FadministratîoD proprement dite aurait dû être exercée par un conseil. Ce fut^ selon lui , un grand malheur que le prince , lors de son exaltation , n'opérât pas cette réforme qui eût été alors d'une exécution très-facile; mais il était jeune et uniquement adonné au goût et aux trayaux militaires , genre de préoccupation que les circonstances ne rendaient que trop nécessaire. Halewyn sentait que la plus grande faute de de Witt avait été de trop concentrer en lui seul le secret des affaires; car c'est toujours un précédent dangereux pour une république qu'un homme qui a pu disposer à son gré de ses destinées ; et d'ailleurs, le génie hollandais ne pouvait s'accommoder de l'autorité souveraine dans un simple particulier, sans rang ni naissance. Dès lors, s'il était indispensable que cette autorité, que de Witt avait due à son mérite et à ses succès , fût placée quelque part, les factions etles.animosités qui régnaient dans presque toutes les • villes de la république semblaient exiger, pour leur tranquillité iptérieure , en même temps que l'honneur des armes le demandait pour le commandement des troupes, que ce fût entre les mains d'une personne éminente par sa naissance et son rang, afin qu'elle fût par là au-dessus de l'envie, qui ne peut manquer de se. glisser entre des hommes qui voient un de leurs. égaux s'élever à un degré
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de puissance prodigieux. Halewyn remarquait aussi quelques fautes dans radministration du prince. Mais après tout^ disait-il^ le stathouder a toujours été dans les Trais intérêts de son pays^ et une faction qui serait assez puissante pour le renverser ^ ne leur serait pas moins funeste qu'à . toute l'Europe.
Ce qu'il y eut de plus fâcheux pour le prince Guillaume y dans les premiers temps de son élévation y ce fut que les hommes les plus sages ^ les plus influens dans leurs provinces, sur la tête desquels avait roulé depuis longrtemps la conduite des affaires, se virent tout à coup exposés à la malveillance publique, et furent dépouillés des emplois qu'ils occupaient, ou jugèrent à propos d'en sortir d'eux*mémes. Us furent remplacés partout par une quantité de brouillons qui n'avaient d'autre mérite que d'être appelés les amis du prince , et d'avoir contribué à la révolution qui l'avait porté au stathoudérat. Mais leur prédit ne fut pas de longue durée. Leur indiscrétion , leur partialité , le caractère oppres*-. sif de leur administration les rendirent bientdt l'objet d'une haine générale. Le prince lui-même les jugea tels qu'ils étaient avant de pouvoir leur substituer de meilleurs choix. Mais peu à peu lés personnes du parti contraire vinrent se ranger autour de lui, et Taidèrent à chasser les Français. Les principales étaient Halewyn ^ de Dort ; Fats> a. 17
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de Rotterdam^ et YanBeaniDg, d'Amsterdam.
Ce dernier a ëtë si connu , tant en France qu'en Angleterre , et jouissait d'un tel crédit chez ses concitoyens que son caractère mérite quelques dëveloppemens. Il avait de grandes lumières^ une TÎvacité merveilleuse , mais l'espi^it trop léger. Il était naturellement inconstant , mais cette inconstance était chez lui plutôt l'effet d'une humeur capricieuse et volage que d'un fond de perfidie et de fausseté. Après s'être brouillé deux fois avec le prince^ il me pria^ jt la troisième^ de travailler à sa réconciliation ; mais j'obtins pour toute réponse qu'il n'était plus possible de se fier à lui. Van Beunâng, versé dans toutes les sciences , avait l'imagination si fertile y surtout en plaisanteries, et une conversation si variée que je l'ai souvent comparé au duc de Buckihgham : seulement il était vertueux , dévot et presque enthousiaste. Sur la fin de ses jours , il s'appliqua tout entier au comn^erce de la compagnie des Indes ^orientales. Mais cette occupation , qui ne convenait point à son génie , lui devint funeste. Les actions étant venues à baisser tout à coup dès l'ouverture de la guerre y il en conçut une telle mélancolie que sa tête se dérangea* La ville d'Amsterdam^ pendant plusieurs années , lui laissa prendre sur elle une autorité de dicta* leur. Ce fut assez pouîr qu'elle commit fautes sur fautes. Telles sont la destruction delà compagnie
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des lùdes orientales et la perte dé Munster ^ea i658. On eut beau démontrer que c^tte place couvrait les proy inces , et favorisait des levées de troupes en Westphalie^ Amsterdam s'obstina a ne vouloir pas contribuer aux dépenses qu'elle nécessitait^ et à prétendre qu'il n'y avait rien à craindre de ce côté-là. Us eurent lieu dans la suite de se repentir d'une éponomie qui leur coûta plusieurs millions lorsque l'évêque guer-rier de Munster les vint attaquer du côté de la Frise* Bien leur en prit que le siège de Groningue échouât^ et que leurs troupes s'emparèrent de Coevorden vers la fin de l'année^ Ce^ deux événemens commencèrent à relever le courage.
des Hollandais, et affaiblirent tellement le turbulent prélat qu'il ne songea plus à les chagriner.
L'économie d'Amsterdam fit encore manquer aux Etats-généraux une affaire très'^importante^ En 1665^ d^Estrades, ambassadeur de France, leur proposa de partager les Pays-Bas catholiques. On leur cédait Ostende,Maestricht, le territoire qui sépare ces deux villes , et par conséquent Bruges , Gand et Anvers. Les Français ne demandaient que Saint-Omer> Yalencienne^ Cambrai et Luxembourg, Tout le pays qui restait entre ces deux lignes devait être érigé en république indépendante. Cette proposition fut débattue dans toute la Hollande. Il était visible que cette nouvelle républi<}ue, arrachée à l'Espagne^ devien-
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draît une alliée naturelle des Provinces-Unies^ et que cette union les rendrait toutes deux plus puissantes. Mais il y avait quelques frais à faire , et pour les éviter l'offre fut rejelée, principalement par l'influence de la ville d'Amsterdam ^ où l'on ne connaissait d'autre maxime de gouvernement que de réduire les dépenses, de diminuer les impôts et de payer les dettes. Il en résulta que par un esprit de parcimonie si étroit, ils s'attirèrent une guerre dont les frais s'élevèrent si haut que les taxes qu'on fut forcé d'imposer sur le peuple dépassèrent la totalité des revenus de toutes les provinces réunies.
Quand le prince d'Orange vit les prétentions de la France si exorbitantes et l'impossibilité de détacher l'Angleterre, il convoqua une assemblée extraordinaire des Etats , la plus nombreuse qu'il y ait eue de nos jours. Le prince l'ouvrit par un discours qui dura trois heures et qui surprit tous ceux qui l'entendirent , à ce que m'a avoué un des députés d'Amsterdam. Il s'était procuré une grande quantité de matériaux , et il les mit bien en œuvre. Il commença par les propositions de la France, dont il montra les pernicieuses conséquences. Il prouva qu^on ne pouvait les accepter sans se perdre , qu'on ne pouvait même les discuter sans accroître le découragement du peuple ; il conclut que s'y soumettre, ce serait consentir à U destruction de la république y et
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que , si tel était le sentiment de la majorité de l'assemblée^ les amis de leur religion et de la liberté n'avaient plus qu'à se retirer aux Indes , ou dans tout autre pays où leurs corps et leurs consciences pussent être en sûreté. Fuis^ après cette première partie de son discours, qui dura près d'une heure, il fit Toir qu'il était encore possible de faire tête k Pennemi, malgré le triste état où les affaires semblaient réduites. Il leur restait de puissans alliés« L'Angleterre ne pouvait être long-temps sans avoir un parlement; et ce parlement ne manquerait pas de faire changer de système au Roi. Il exposa que les Français seraient bientôt obligés de vider le pays, à l'arrivée des Allemands qui descendaient le Rhin, et de se retirer aussi vite qu'ils étaient venus. Le prince , dans cette portion de sa harangue, fit preuve d'une connais-* sance approfondie des affaires de la France. Il établit ensuite qu'il n'était pas impossible de lever par des impôts les sommes dont on avait besoin, et il présenta divers projets. Il finit en disant que, s'ils se pénétraient bien de cette idée que la religion et la liberté ne pouvaient être achetées trop chèrement , et si en conséquence tout magistrat , tout citoyen^ tout orateur n'oubliait rien pour persuader au peuple de supporter sans murmures les plus fâcheuses extrémités et les taxes les plus pesantes^ ils verraient bientôt le peuple reprendre courage et déconcerter par son mtrépidité des
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ennemis qui fondaient leur plus grande espérance sur rabattement universel, que tout le monde n'avait que trop remarqué dans la république. Toute l'assemblée demeura dans l'étonnement d'entendre un si jeune homme parler de tant de choses avec tant de connaissance et de jugement. Ce discours ajouta beaucoup à la grande idée qu'on s'était faite de ses talens , et ne contribua pas peu à rendre une nouvelle vie au pays, presque mort de frayeur et découragé par tant de revers. Il n'y eut qu'un cri pour se défendre jusqu'à la dernière extrémité, et pour, si la fortune leur continuait ses rigueurs , se transporter aux Indes orientales avec leurs richesses disponibles. On examina, dans cette idée, combien on avait de vaisseaux propres à un trajet d'aussi long cours, et il s'en trouva, tout calcul fait, autant qu'il en fallait pour le transport de plus de deux cent mille personnes.
Toutefois ces belles résolutions ne leur auraient probablement pas servi de grand'chose si Louis XIV eût pu se résoudre à demeurer plus long-temps à Utrecht. Mais il reprit en diligence la route de Paris. Les uns disent que des querelles survenues entre ses maîtresses avaient précipité son départ; les autres , qu'il avait été pressé de recevoir l'encens qu'on lui préparait. A ne juger des choses que par les apparences , il est vrai , on ne saurait nier que cette campagne ne fût un
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beau texte pour les flatteurs de ce monarque, puisqu'enfin la rapidité de ses conquêtes avait surpassé Tattente de tout le monde et qu'on igao* rait qu'il n'y avait pas la moindre part, ou qu'il ne s'était mêlé dés affaires que pour les gâter. Contre l'avis de Tûrenne, qui voulait qu'on démantelât les places conquises, afin de pouvoir conserver son armée dans son entier , il laissa des garnisons dans toutes. Ce furent ses ministres qm> sachant que pour lui plaire il fallait éviter fioigneusement de paraître rien aventurer , du moment que sa personne était en jeu, lui conseillèrent cette fausse marche. Ce n'est pas tout : on détacha un corps d'arméie pour aller, sous le commandement de M. de Turenne, s'opposer à la marche de l'électeur de Brandebourg; en sorte qu'il resta si peu de troupes sous les ordres du Roi, qu'il ne put rien entreprendre de considérable, si ce n'est le siège de Nimègue, qui trouva le moyen de tenir quelques semaines* Quoique le prince d'Orange n'eût que huit mille hommes pour disputer le passage de Wœrden, les Français n'osèrent tenter de l'y forcer. On allégua > comme une autre conjecture probable sur le prompt retour de Louis, qu'on lui avait fait voir dans les Hollandais des désespérés, capables de tout risquer plutôt que de périr. On lui parla aussi de souterrains pratiqués sous les rues d'Utrecht, qu'il serait facile de remplir de poudre à canon
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pour le faire sauter, quand il passerait. Aussi estil à remarquer qu'il vint rarement dans la ville ^i et qu'il n'y logea jamais. Quel que fût le motif du départ de Louis , le prince de Condé ne Tàpprouya point et alla jusqu'à dire que le Roi n'a- Tait pas l'âme d'un conquérant, et que ses conseillers étaient les meilleurs commis , mais les plus pauvres ministres du monde, aussi incapables de concevoir que d'exécuter de grandes choses.
Si c'est en effet le besoin des éloges qui avait fait quitter la Hollande au roi de France, il en reçut assez à son retour pour en être rassasié. Harangues, vers^ inscriptions, arcs de triomphe, médailles , tout lui fut prodigué avec une profusion et un excès de flatterie qui dépassa tout ce que l'on fit jamais pour les plus méchans empereurs de Rome , si l'on en excepte l'adoration. Le blasphème néanmoins ne fut pas épargné pour satisfaire et nourrir son insatiable vanité. Il y eut à Paris des discussions solennelles sur le titre qu'on lui donnerait. Celui de Grand fut d'abord trouvé trop commun. Quelques uns préféraient l'invincible , d'autres le conquérant. D'autres encore voulaient, qu'à l'imitation de Charlemagne, on Y appelât Louis^le^magne* Il y en eut qui proposèrent Maximus. Mais ni très^grand, ni maxime ne sonnaient bien à l'oreille. On s'en tint au titre plus simple de Grand. Tous les corps de Paris semblèrent rivaliser de flatterie;
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et quand on Tit qu^il n'y en avait pas de si exa-. géree qui ne plût au monarque ^ il n'y en eut point de si grossière que n'inventât la bassesse*
Si du moins Louis avait laisse à Utrecht M. de Turenne, un tel homme eût pu ébranler la résolution des Hollandais. Mais Luxembourg qui prit le commandement de l'armée les y afierniit au contraire par son manque de foi ^ et en apprenant à tout le monde ce que serait dans l'avenir un joug qu^il rendait si intolérable dans le présent ^ lorsque les circonstances cependant lui faisaient un devoir de l'adoucir le plus possible et de hàter^ par la perspective d'une administration juste et paternelle 9 la soumission des provinces "encore libres.
Il arriva cet été , près de La Haye , un événcr ment très-extraordinaire que des témoins oculaires m'ont conté, etdont onne se doutait point dans le pays. La flotte anglaise , qui avait beaucoup souffert au combat de Solbay ^ vint se montrer , après s'être réparée, à la hauteur de Scheveling , :&isant mine dé vouloir opérer une descente. La marée était contraire ; .mais on ne doutait pas que dès que cet obstacle aurait cessé elle ne débarquât les troupes qu'elle avait abord, et contre lesquelles on n^avait point de résistance préparée ni possible. Il fallut donc envoyer demander quelques régimens au prince d'Orange qui , cerné comme.il l'était par l'ennemi, ne put
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détacher qu'un très-faible secours ; en sorte qu'on se voyait perdu sans ressource entre deux armées, à moins que Ruyter n'eût le temps de venir.
La marée cependant remontait et rien ne semblait plus devoir contrarier la descente , lorsqu'à l'extrême surprise de tout le monde le flux ne dura que deux heures et fut tout à coup remplacé par un reflux qui contraignit la flotte de reprendre le large. Elle n'avait pas encore pu se rapprocher une seconde fois des côtes lorsque Ruyter parut. Toute la contrée vît dans cet heureux hasard un miracle pour la conservation de la république. Peu de temps après elle échappa à un autre danger non moins redoutable.
Le comte d'Ossory, fils aîné du comte d'Ormond , et homme d'honneur et de courage , avait été souvent en Hollande, et il se rappelait avoir remarqué, en passant à Helvoetsluys, que cette place, quoique très-importante, était fort négligée. Les Hollandais croyaient quela seuledifficuUë d'y entrer la défendait suffisamment. Ossory forma le projet de s'en saisir , et de la fortifier ensuite. Le Roi y donna les mains. On fit doubler et avi- . tailler quelques vaisseaux comme pour un voyage de long cours , savoir cinq vaisseaux de guerre * et des navires de transport pour douze ou quinze cents hommes. Une seconde escadre devait, avec un renfort , se tenir prête et suivre la première en cas de succès. Deux ou trois pilotes hollan-
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dais^ g^giies par Ossory/ devaient Tintroduire dans la place. Son projet n'avait été communiqué qu'au duc et à lord Ârlington. Après avoir été s'assurer par lui-même que tous les préparatifs nécessaires étaient faits , il revint pour recevoir ses derniers ordres. Le Roi lui promit ses dépêches pour le lendemain; et, dès le soir même, il eut la faiblesse de mettre du secret le duc de Buckingham. Celui-ci haïssait le duc d'Ormond et son fils , et aurait mieux aimé voir toutes les affaires du Roi compromises que de les voir prospérer entre des mains qui lui étaient odieuses. Le voilà donc qui emploie toutes les ressources de son esprit à prouver que le projet était ridicule, téméraire , impraticable , et qu'il avait , supposé qu'il réussît , le grand inconvénient de rendre une réconciliation impossible entre l'Angleterre et la Hollande. Charles céda aux raisonnemens captieux de son favori , et lord Ossory le trouva le matin dans une disposition, toute contraire à celle de la veille. On sut de Buckingkam lui-même , qui ne savait rien taire, qu'il était l'auteur de ce changement. Après la conclusion de la paix, Ossory conta la chose aux ambassadeurs de Hollande , et leur dit que n'ayant pu leur faire du mal en les attaquant par un côté si faible, il serait fâché qu'ils restassent plus long -temps exposés au danger. Les ambassadeurs en écrivirent à leurs maîtres qui,
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ouvrant les yeux sur les graves iiiConvëniens qu'aurait eus pour eux la perte d'Helvoetsluys , donnèrent des ordres pour mettre cette place en meilleur état de défense. Cette anecdote^ entre mille autres 9 peut donner ime idée de la malice des courtisans du Roi , et du pouvoir qu'avaient sur lui la raillerie et l'esprit. Le duc tint long- temps la mer^ dans l'espérance de joindre la flotte des Indes orientales. Mais elle rasa de si près les côtes d'Allemagne^ qu'elle passa sans qu'on l'aperçût. Ainsi ce prince^ après avoir perdu à Solbay l'honneur de la campagne> en perdit les profits en manquant cette flotte.
Je compléterai le tableau des événemens de cette année mémorable par le récit de l'attaque de Luxembourg contre les Hollandais au com-, mencement de l'hiver. Ils étaient perdus si un heureux changement de temps ne les eût pas sauvés. Stoupe y qui était alors avec le général français , était de la confidence. Au milieu de quantité de feintes pour amuser l'armée ennemie, tout fut préparé en secret pour une attaque sérieuse, dès que la saison des glaces serait venue^ Elle vint enfin , et avec des intervalles de dégel , ce qui annonce , dit-on , les plus rudes gelées. En efiet , il fit pendant plusieurs jours un froid si aigu qu'à l'épaisseur de la glace on jugea que pour la fondre il ne fallait pas moins d'un dégel de quarante-huit heures. Vers minuit , Luxem-
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bourg sortît donc d'Utrecht à la tête de seize mille hommes^ et prit la route de Leyde. Des habilans dUtreclit m'ont assuré qu'au moment même où les Français se mirent en marche, le Tent du dégel avait commencé de souffler. Ils marchèrent pourtant jusqu'au lever de l'aurore , et gagnèrent Swammerdam et Bodegrave , dont ils s'emparèrent sans difficulté. Ils s'y arrêtèrent pour commettre mille infamies, et y exercer d'épouvantables cruautés. Puis quand ils virent continuer le dégel y qui leur coupait la retraite y on les entendit exhaler leur impiété en blasphèmes horribles.il est vrai que la glace, à l'aide delàquelle ils étaient venus , était assez fondue pour qu'il y eût déjà trois pieds d'eau. Pour s'en retourner y ils ne pouvaient plus passer que sur des chaussées , qui précisément se trouvaient gardées par un fort que commandait Painevine, avec deux régimens et quelques cannos. Si cet homme eût gardé son poste , toute la troupe eût été forcée de sp rendre prisonnière , et la guerre était finie. Mais quand il vit venir les ennemis y la terreur panique le saisit y et il se retira à Tergow^, où il jeta l'alarme, disant que tout était perdu , et qu'il venait avec son monde les aider à obtenir une meilleure capitulation. Les Français se retirèrent donc sans opposition ; mais la conduite qu'ils avaient tenue dans les deux villages de Swammerdam et de Bodegrave, soigneu-
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sèment répandue dans tout le pays , afiermit de plus en plus le peuple dans sa généreuse résolution de s'exposer à tout plutôt que de recevoir un joug si barbare.
Painevine^ en abandonnant son poste ^ avait fait un tort irréparable à la république* En conséquence le prince d'Orange fit assembler un conseil de guerre pour le juger. Il s'excusa sur ce que la place n'était pas tenable > que voyant les ennemis passés , il avait pu croire que le fort qu'il commandait était désormais sans utilité ; qu'il aurait été forcé de se rendre à discrétion^ dès que l'on serait venu l'attaquer , et qu'enfin il ne s'était retiré qu'à la prière d'une des villes de la république qui l'avait appelé à son secours. On lui fit grâce de la vie , mais non point de la flétrissure^ et il fut condamné comme un lâche au bannissement perpétuel^ après avoir eu son ^pée rompue sur sa tête. Le conseil de guerre y com*posé d'ofiicierS'-généraux^ auquel il avait droit d'en appeler suivant les règles de la discipline hollandaise , confirma cette première sentence. Mais les villes furent extrêmement offensées de la douceur de l'arrêt , et dirent qu'on voyait bieo que les militaires. avaient de l'indulgence les uns pour les autres , même pour les plus coupables. Elles se récrièrent tant que le prince , pour les contenter , provoqua contre Paînévine un troisième jugement. Cette fois il présidait lui-même
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le tribunal 9 compose d'officiers supérieurs /assistés eux*niêmes de six juges. Painevioe allégua d'abord qu'il avait passé par les deux conseils auxquels la loi martiale le soumettait^ et qu'ayant été absous par l'un comme par l'autre , il ne pouvait plus être poursuivi. On passa outre. On établit ensuite contre lui qu'il avait assisté au conseil de guerre , oh. les ordres de bâtir le fort avaient été donnés; qu'il savait bien ce qui s'y était dit > que ce fort , nullement tenable contre une armée > servirait à gagner du temps dans un cas déses-péré; que par conséquent plus le danger lui avait paru grand , plus il était coupable d'avoir abandonné son poste ; que le dégel était encore un motif de ne se point presser^ et qu'au moins eût^ il fallu attendre de voir ce qui en serait résulté; qu'enfin ayant été mis là par le prince y il ne de*vait recevoir d'ordres que du prince lui-même .1 Par cçs raisons il fut condamné à perdre la tête et exécuté à la grande satisfaction du peuple , mais au grand déplaisir des officiers^ que les tribunaux mixtes accommodaient moins que les conseils de guerre ordinaire.
Ils ne virent pas en général d'un oeil plus favorable la discipline que le prince établit^ et la manière non moins sévère .dont il la faisait exécoter. C'est par elle cependant qu'il introduisit dans l'armée une obéissance et un courage y une 3obriété et un bon ordre qui firent naître dans
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