‹ Histoire de mon tempsChapitre 6 sur 11 · J2 HISTOIRE · texte numérisé non relu

J2 HISTOIRE

tous les esprits l'espoir des succès qui suivirent. Il semble qu'ayant cette reforme les Français ne faisaient pas grand cas des troupes hollandaises, puisqu'ils rendirent vingt-cinq mille hommes pour cinquante mille couronnes de rançon.

En voilà assez sur les affaires de la Hollande pendant cette année mémorable. Je tiens la plupart des détails que j^ai rapportes de Dykewelt et de Halewyn. J'ai cru que la révolution qui porta le prince d'Orange au stathoudérat méritait que je misse sous les yeux de . mon lecteur tous les renseignemens que j'ai recueillis sur elle , et sut les événemens qui la suivirent.

Cette même année , Charles reconnut publiquement une nouvelle maîtresse qu'il créa duchesse de Portsmouth. Elle avait, en qualité de fille d'honneur de Madame^ sœur du Roi^ accom-»

pagné cette princesse à Douvres , où Charles avait paru très-frappé de ses agrémens.Le duc de Buckingham se rappela cette circonstance , et résolut d'en profiler pour évincer la duchesse de Cleveland qu'il haïssait. Il insinua donc à son maître de l'appeler à la cour , quand ce ne serait que pour témoigner le tendre souvenir qu'il avait •conservé de sa sœur , en prenant une des personnes de sa maison. D'un autre côté^ Buckingham persuada au roi de France que le- seul moyen de s'assurer de Charles était de lui donner une maîtresse qui fût dévouée à ses intérêts.

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L'intrigue ainsi préparée, il fit partir màdemoi** selle de Queroualle pour Dieppe avec une partie de ses équipages y en promettant de la rejoindre incessamment. Mais ce seigneur, le plus changeant et le plus distrait des hommes , ne songea plus à elle dès qu'elle fut partie , et prit la route de Calais. Cependant Montagne, notre ambassadeur à Paris, informé de ce qui en était, fit venir un yacht exprès pour elle, lui envoya des gens de sa maison pour Taccompagnèr, lui fournit de l'argent, et la fit conduire à Londres, oti elle fut reçue par lord Arlington. Le duc de Backingham non-seulement perdit le fruit de ses menées, mais se troutva n'avoir abouti qu'à don* ner à ses ennemis une protectrice puissante. Le Roi ne l'eut pas plutôt vue qu'il en fut amoureux. Elle s'étudiait uniquement à lui plaire et à le connaître ; et c'est ainsi qu'elle réussit à s'en faire aimer tendrement jusqu'à sa mort. Il était pour elle d'une générosité excessive. A la faveur de quelques indispositions tantôt réelles, tantôt feintes, il n'y avait rien qu'elle n'en obtint. Elle resta toujours dans les intérêts de sa patrie, et en fut le principal soutien à la cour deWhitehall. Le Roi se partagea désormais entre elle et la Gwyn , et ne leur donna plus de rivales. Mais l'ascendant de la comédienne était nul , tandis que celui de la duchesse de Portsmouth était absolu. Entraîné par elle dans une politique toute française, a. . i8

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le Roi multiplia les embarras autour de lui et ne s'exposa pas moins au mépris qu'à la défiance de ses sujets.

Je reviens maintenant aux afiaires d'Ecosse , où me rappellent une session du parlement dont j'ai à rendre compte, et d'autres événemens qui s'y passèrent dans le courant de cette année critique. Vers la fin de mai arriva en grande pompe le duc deLauderdaleayec sa femme. Il triomphait des succès de la France , et la joie que lui avait causée la fin si tragique du pensionnaire de Witt perçait tellement dans tous ses discours, qu'on ne pouvait l'entendre parler de cet événement sans frémir d'horreur. Il prit avec tout le monde des formes si dédaigneuses qu'il fallait de la bassesse pour ne pas en être révolté. Il différa de quinze jours Touverture du parlement pour pouvoir promener sa femme dans l'intérieur du royaume, où il fut reçu et traité partout avec autant de cérémonie et de dépense que s'il eût été le souveraia en personqe. La noblesse, blessée et irritée au dernier point , s'adressa au duc de HaïQilton , et le supplia de se mettre à la tête d'un parti contre Lauderdale pour refuser l'octroi de la taxe qu'il df^mandait cette année. Fatigué comme les autres des manières du commissaire, quoiqu'il n'y eût guère personne qui eût moins sujet de s'en plaindre que moi, j'étais sorti d'Edimbourg. Le duc de Hamilton , qui m'avait promis d'une manière

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générale de ne point s'opposer aox demandes d'argent de la cour^ ce que j'avais rapporté à Lauderdale y m'envoya chercher pour me dire avec quelles instances la majorité de la noblesse le sollicitait de combattre ouvertement la taxe projetée; et il ajouta que cette taxe était ex* orbitante^ qu'il était bien loin de la supposer telle quand il s'était engagé en termes généraux k y agréer , et qu'yen conséquence il déclarait retirer sa promesse. J'allai sur*le- champ avertir de ce qui se passait le duc de Lauderdale y qui «ne répondit brutalement qu'on se donijerait à tous les diables plutôt que de lui résister* Je finis pourtant par lui faire si bien comprendre le danger de sa position ^ qu'il chargea le marquis d'Âthol d'aller parler de sa part au due de Hamiiton y qui souhaita que je fiisse pi^ésent à l'entrevue y ce qui fut accordé sans difficulté. Lord Âthol pressa le duc de Hamiiton de vivre en bonne intelligence avec le duc de Lauderdale y et lui promit à ce prix qu'il aurait la première place après lui dans le gouvernement des affaires d'Ecosse. Le duc de Hamiiton demanda là-dessus ce que le parlement anglais pensait de la guerre. L'autre lui rq>ondit en l'assurant que la résolu-^ tioo était prise de se passer de parlement en Angleterre : le Roi voulait être maître et ne pouvait plus souffrir d'être contrôlé pat* une chambre des ^communes; et il serait très-avantageux à l'Ecosse^

et à la noblesse écossaise en particulier^ d'entrer dans les vues du Roi en l'aidant à se rendre absolu dans cet autre royaume. Le duc de Hamilton répliqua en honnête homme qu'il ne pouvait se prêter à favoriser de semblables projets; qu'il serait toujours un bon et fidèle sujet; mais qu'il voulait être également un bon citoyen fidèle à son pays. La taxe, il devait l'avouer, n'aurait point son assentiment ; car , suivant lui y l'Ecosse n'avait aucune raison d'entrer dans cette guerre, pouvant y soufirir beaucoup, et ne pouvant y rien gagner , soit pendant qu'elle durerait, soit à la paix. Cependant, à la fin, il se laissa fléchir, et la session se passa sans bruit.

La duchesse de Lauderdale , peu contente des appointemens de son mari , mit en oeuvre tontes sortes de moyens pour se procurer de l'argent. Pour soutenir les excessives dépenses de sa maison , elle prenait de toute main. Elle affectait de plus une hauteur qui eût été déplacée dans une reine, et une liberté de conversation qui lui attira une haine universelle. J'étais fatigué au-delà de toute expression de cette petite cour , mais j'y restai à la prière de mes amis. J'y rendais effectivement beaucoup de services , et bien des gens qui sans moi n'auraient même pas eu accès près du commissaire , furent distingués et avancés par lui. Mais ce qui me retenait surtout , c'était la nécessité de lutter contre Sharp et ses créatures, que

je voyais faire leur cour de la manière la plussou^ mise et la plus abjecte. Leighton ne paraissait que rarement , quoiqu'on le traitât toujours avec une grande distinction^ et il fallait bien que je demeurasse pour entretenir le duc danssesbonssentimens relativement à l'Eglise* Autrement c'en était fait de tous nos projets. Cette puissante considération m'obligeait à des pénibles complaisances. Je lie me départis pourtant jamais d'un reste de liberté; et deux ou trois fois que j^avais à me plaindre des procédés de Lauderdale et de sa femme 9 je le fis avec tant de franchise que m'apercevant que j^avais offensé^ je pris le parti de me retirer; mais on me fit toujours rappeler^ et ma £3iveur était si peu atteinte par ces démêlés momentanés 9 que j'eus encore une fois à refuser unévêcbé , avec promesse du premier siège archiépiscopal vacant. IM'ayant que vingt-neuf ans , je me trouvais toujours trop jeune pour de si hautes fonctions^ et en second lieu je ne me souciais pas de me mettre dans la dépendance de celui qui me l'offrait.

Le duc de Lauderdale s'était attendu que les presbytériens ne le verraient pas plutôt en Ecosse qu'ils viendraient le prier de les faire jouir de la même liberté que leurs frères avaient obtenue en Angleterre^ et qu'il avait lui-même soutenue avec éclat en plein conseil à Whitehall. Un certain Whatley^ juge de paix du comté de Lincoln^

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