S HISTOIRE
si je me rappelle bien le nom du comte , avait inquiëté une de ces asseiiiblëes pi^esbyiériennes qui s'était formée conformément à Tëdil de tolérance y et avait appliqué aux assistans les dispositions pénales de l'acte contre les conventicules. Il ftit cité devant le conseil pour y recevoir les réprimandes que méritait sa désobéissance à une déclaration formelle de Sa Majesté. Quelques conseillers témoignèrent leur zèle en traitant très-sévèrement le juge de paix. Aucun ne fut aussi loin que le duc de Lauderdale, qui avança que les édita du Roi devaient être considérés et obéis comme des lots , et même plus que les lois ordinaires. Ces paroles furent remarquées et notées aussitôt par les ennemis de Lauderdale ^ afin de s'en servir contre lui en temps et lieu.
Deux mois se passèrent sans que les presbytériens lui présentassent la requête qu'il attendait* C'est qu'ils commençaient à voir clair dans les projets delà cour, et à comprendre qu'on voulait se servir d'eux pour ouvrir la porte au papisme* Ils prirent donc le parti de se tenir silencieux et tranquilles. Cette conduite le mit dans une fureur inexprimable contre eux. L'Ecosse toute entière était pleine de conventtcules. On avait vu des délateurs forcer la demeure de ministres épiscopaux, les maltraiter , les blesser , tes piller indignement 9 et parfois les contraindre de jurer qu'ils n'officieraient plus dans leuvs églises.^
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Quelques uns de ces furieut forent pris et exécutes. Je les TÎsitai dans leur prison , et je m'assurai que c'était des fanatiques y des maniaques de bonne foi. L^un d'entre eux même me parut n'être pas un méchant homme. Un autre , il est Trai , était un effronté coquin , qui eut Tàudace de justifier les brigandages qu'ils avaient commis par l'exemple des Israélites qui pillèrent les Égyptiens et détruisirent les Chananéens.
Rien ne donna plus de prise au duc de Lauderdale , que l'arrestation d'un certain Carstairs^ qui^ depuis^ a été fort employé en de plus grandes affaires , et qu'on présumait être arrivé dans un vaisseau venant de Rotterdam. Il fii€ assez heureul pour s'échapper des mains dé ses gardes y mais les lettres dont il était porteur forent «aisies. Il y en avait plusieurs écrites en encre blanche > qui firent présumer que tel homme était envoyé en Ecosse pour y sonder les dispositions du peuple , et promettre des armes et autres munitions de guerre , s'il y avait lieu à tenter un soulèvement. Mais le tout était si obs^ cur, On s'en rapportait tellement dans ces lettres à celui qui les devait remettre, qu'il était impossible de bien comprendre ce que cachaient tant d'expressions mystérieuses. C'en fot assez , néanmoins > pour poursuivre à outrance les eanventicules. Les amendes produisirent desi grosses sommes qu'en une seule semaine lord Âthol en eut
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pour sa part mille neof cents livreà sterling. Je fis tout ce qui dépendit de moi pour modérer la fureur des recherches et la sévérité des châtimens ; mais ce fut en vain. Lauderdale semblait dans un accès de vage continuel* Un jour que je lui représentais que le moment était mal choisi pour exaspérer ainsi les presbytériens : h Flût à Dieu^ me répondit-il , qu'ils se révoltassent pour faire Tenir d'Irlande une armée de papistes qui leur coupât à tous la gorge ! » Un tel propos demandait moins une réfutation qu'un médecin» tant il semblait ne pouvoir appartenir qu'à un fou.
Après s'être livré à ses emportemens pendant un •mois entier , Lauderdale se calma tout à coup , peut-être d'après les ordres du Roi ; car les opprimés comptaient encore à la cour quelques protecteurs auxquels ils avaient adressé leur plainte. Tant y a qu'il me fit appeler au moment où j'y pensais le moins ^ pour m'entretenir du plan que je lui avais proposé jadis ^ de mettre deux à deux^ dans les paroisses vacantes , les ministres dépossédés ; en sorte qu'au lieu de parcourir le pays^ et de tenir des conventicules de côté et d'autre , il fussent fixés dans un lieu jouissant chacun de la moitié du bénéfice. J'étais toujours du même avis , ainsi que Leighton , qui comparait ce projet à ce que ferait un homme qùi^ voyant des charbons dispersés dans diverses parties de sa demeure^ les rassemblerait tous dans sa
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DE MON TEMPS. 2iSi
chemiDëe^ oii ils pourraient brûler sans auGua danger. Le duc de Lauderdale ^ entrant dans nos vues, étendit le bénéfice de l'indulgence à qua-. rante églises de plus. Cette mesure ^ si on y avait joint Tattention de doubler les ministres ^ comme je le proposais 5 et de les astreindre à ne point prêcher hors de leurs paroisses , aurait probablement étouffé les dissensions religieuses qui étaient à tout moment à la yeille de replonger le royaume dans les horreurs d'une guerre civile. Mais lord Lauderdale ^ dont le caprice était Ja seule règle , ne faisait jamais rien de complet. On ne mit donc qu'un seul ministre dans chaque église. Ceux qui n'étaient point pourvus contir nuèrent à courir les comtés et à former partout des conventicules^ sans qu'on les réprimât.
Sharp et ses partisans en prirent occasion d'accuser Leighton d'avoir ruiné l'Eglise nationale. J'étais le plus souvent de moitié dans les repro* ches qu^on lui adressait. Je ne saurais dissimuler que la négligence du gouvernement ne parût que trop motiver les murmures. Il se faisait de nombreuses réunions dans les champs. Ceux qui les fréquentaient s'y rendaient en armes. On naus faisait un crime de tous ces désordres. Ce n'était pas la peine , disait-on , de tant parler justice et modération pour amener de tels résultats. Il était évident que nous tendions au bouleversement de l'Église , disait-on encore. Tout ceci acheva de
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décourager Leigbtoo. Voyant qu'il ne pouvait rien gagner sur les presbytériens , et qu'il était en butte aux calomnies et à la haine des épiscopaux y il forma le projet de résigner son siège de Glasgow 9 et de se retirer dans quelque coin solitaire^ où^ loin du bruit et des affairés ^ il passerait le reste de ses jours datis la prière et la contemplation. Il avait soigneusetnent recueilli tous les exemples que l'histoire ecclésiastique fournit d'évêques qui avaient cessé leurs fonctions épiscopales ^ et s'étaient retirés du monde. Leur autorité ne contribua pas peu à l'affermir dans sa résolution. Il me la communiqua, et je la combattis à plusieurs reprises. Je pensais 9 en effet, qu'un homme tel que lui devait se soumettre à la volonté de la Providence , et conserver le poste où elle l'avait placé , lors même qu^il ne pouvait pas y faire tout le bien qu'il aurait voulu. N'était-il pas probable que par ses bons exemples , ses vertus privées , ses travaux apostoliques, il faisait plus de bien qu'il ne le savait lui-même ? Et de même qu'on doit recevoir sans murmtire la pauvreté, la maladie, et toutes sortes d'afflictions , de même faut-il se résigner au déplaisir de travailler sans succès. Plus ce déplaisir était pénible et mettait notre patience à de rudes épreuves , moins il était permis d'y méconnaître une des croix que Dieu envoie au chrétien pour le fortifier ; et peut-être
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y avait-il un secret oi^ueil et une sorte de révolte contre la Providence à abandonner le poste ou elle nous avait mis^ parce qu'on n'était pas assez content du bien qu'on y faisait. Leighton répon* dait à tout cela qu'il ëtait à bout de l'œuvre qu'il avait entreprise, qu'il avait perdu tout espoir d'être utile , et qu'il ne lui restait plus rien aujourd'hui à faire dans son siège que d'en nian* ger les gros revenus. Inébranlable dans le parti qu'il avait pris , il suivit le duc de Lauderdale h la cour ^ pour le prier de faire agréer sa démission. Ce seigneur s'y refusa absolument. Le prélat se contenta alors qu'on s'engageât à lui permettre de résigner dans un an. Lauderdale , qui crut que gagner du temps c'était tout gagner , lui promit, au nom du Roi, que sa démission serait acceptée au bout de l'année , s'il ne changeait pas d'avis avant ce temps-là. A son retour , je le vis charmé de cette promesse , et il me dit qu'il n'y avait plus entre lui et le repos qu'un seul relai dont il se tirerait de son mieux.
Me voici parvenu à l'époque où je me suis proposé de finir ce livre. Toute l'Europe est en feu, par l'ambition de la cour de France, que favorise la faiblesse ou la trahison de la cour d'Angleterre. Le prince d'Orange et Télecteur de Brandebourg ont seuls résisté. Mais le dernier , que le premier n'a pas su secourir à temps , est
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forcé de faire la paix sans regarder aux conditions. Pendant tout l'hiver , les agens de la France ne négligent rien pour endormir toutes les cours de l'Europe. Ils insinuent que l'on ne doit regarder la campagne précédente que comme un soin que leur maître devait à sa gloire y qu'il n'a voulu qu'humilier une république trop fière et trop puissante^ et qu'après lui avoir appris sa grandeur et ses armes y il compte donner la paix au monde. Dans le' livre suivant^ on verra ces négociations développées et le tour que prirent les affaires d'Europe.
FIN DV LIVBB SBGOIIP.
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