‹ Histoire de mon tempsChapitre 8 sur 11 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Fin du règne de Charles II y depuis Tannée lôyS jusqu^à celle de sa mort j i685.

J usqu'a cette époque du règne de Charles y Tintérieur du royaume avait été assez calme; la nation , fatiguée des longues guerrçs civiles y répugnait à .des défiances et à des craintes^ sources des dernières discordes y et qui pouvaient la rejeter dans le désordre et les troubles : mais il y avait. dans la conduite de la cour des indices si certains de ses projets contre notre religion et les libertés du pays^ elle s'en expliquait si clai* rement qu'il n'était plus possible d'en douter. Les courtisans vantaient le gouvernement absolu et déclamaient. contre l'insolence de la chambre des communes en présence du Roi. Lui-même dit un jour au comte d'Essez y de qui je le tiens y que certes il nVnviait pas le Grand-Seigneur avec ses muets et leurs cordes d'arc toujours prêtes à étrangler selon son bon plaisir ; mais qu'il ne se croirait jamais roi tant que cesgens4à surveilleraient ses actions y interrogeraient ses ministres^ et lui demanderaient compte de ses dépenses. La division qu'il avait excitée entre les épiscopaux et les

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non-conformistes lui paraissait un obstacle invincible à leur reunion contre lui. Il espérait des premiers une complète soumission , et il savait les autres entièrement à sa merci.

Cependant 9 durant le cours de l'année précédente^ les faits ayaient parle; les yeux s'étaient ouverts^ la religion du Roi était suspecte , celle de son frèredéclarée^ettoutdécelaitun partibien pris de donner au gouvernement la forme de celui de France. C'était de ce pays qu'était venu le général qui commandait nos armées , le comte de Schomberg , d'origine allemande , mais fils d'une Anglaise. Protestant zélé^ il avait d'abord servi en Hollande ; passé , après la mort du prince d'Orange 9 au service de France, il s'y acquit une si grande réputation que , si ce n'eût été sa religion y il fôt arrivé aux premières dignités , et eût obtenu le bâton de maréchak C'était un homme froid y capable d'une application forte , d'une conduite soutenue , concevant mieux une idée qu'il ne l'exprimait^ judicieux 9 intègre, modeste, obligeant , tel enfin qu'à toute autre époque il eût fort réussi en Angleterre ; mais alors on le régardait comme un envoyé de Louis XIV , chargé de discipliner notre armée à la française : aussi la nation ne pouvait le supporter, et même à la cour il n'était pas vu d'un bon œil. Sans cesse il près* sait le Roi de se mettre à la tête du parti protestant;^ et l'engageait avec autant d'instance à

tout faire pour détacher le duc d'York du papisme; à cela le Roi lui répondit un jour : « Vous con-* naissez mon frère.; tous le savez , il est entêté comme un mulet, n Habitué au service de Cha-* reuton , M, de Schomberg allait une fois la semaiQe à l'église française de Londres ^ où l'on suivait le même rit : aussi le duc d'York et lord Clifford le regardaient-ils comme un presbyte- Tien qui ne pouvait servir à leurs projets. Il n'é-* tait pas plus aimé du duc de Buckingham y qui avait espéré le commandement des troupes* Enfin dans un pays où une armée porte toujours ombrage f rien ne pouvait être plus odieux qu'une armée sous les ordres d'un général donné par la France. J'ai ouï dire à M. de Schomberg qu'il lui paraissait impossible que le Roi menât jamais à fin une entreprise importante , qu'il aimait trop ses aises , qu'il ne consentait pas à s'occuper d'afifaires sérieuses , et que toutes les fois qu'on lui en parlait , la légèreté avec laquelle il vous écoutait ôtait.tout moyen de faire impression sur son esprit.

Le ministère était complètement divisé. Le duc de Buckingham ^ seul de son bord , haï de ses collègues y et les haïssant tous ^ était le docile instrument des pernicieux projets de la cour. Soit qu'il l'aimât , soit qu'il le craignît ^ le Roi avait pour lui une grande considération ^ et pour ses avis une entière déférence. Lord CiifFord^ dé-*

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voué au duc d'York ^ portait jusqu'à Fenthousiasme son zèle pour l'introduction du papismei On dit qu'il était convenu avec sa femme , en cas de succès , d'entrer dans les ordres afin de prétendre au cardinalat. Jamais la violence de son caractère ne lui permit de parler de sang-froid du clergé et de l'Eglise anglicane. Le comte d'Ârlington regardant cette entreprise comme désormais impossible^ était d'avis que le Roi s'accommodât du mieux qu'il pourrait avec son peuple. Le comte de Shaftesbury voulait surtout^ et par tous les moyens ^ se ménager un abri contre l'orage^ de quelque côté qu'il vint. Les finances étaient épuisées , une session du parlement était absolument nécessaire ; on le convoqua au commencement de l'année. Dans son discours d'ouverture le Roi s'excusa d'avoir expédié des writê d'élection : c'était , dit- il , pour gagner du temps , et pour que , dès l'ouverture , la chambre fût complète ; d'ailleurs elle pourrait examiner si ces writs étaient réguliers. Ensuite il parla 5 mais d'un tout autre ton^ de la déclara-^ tion sur la liberté de conscience ; il dit qu'il en avait vu de si bons effets que son importance lui était démontrée^ et qu'il y tiendrait; enfin il déclara qu'engagé dans une guerre pour l'honneur de la nation^ il lui fallait des subsides. Ce texte donnée lord Shaftesbury s'y étendit longuement; mais rien dans son discours ne surpHt

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autant que le delenda est Carthago appliqué à la guerre contre la Hollande; et tandis quHl parlait avec cette lâche complaisance dans Fintërêt de la cour et en faveur de la guerre ^ il agissait sous main de concert avec le parti oppose.

. A ces deux discours la chambre des communes prit feu; elle vit que le papismje et le pouvoir absolu en étaient le but^ et j comme elle n'était pas de force à tout entreprendre à la fois ^ elle résolut d,e combattre et de vaincre d'abord le papisme. On examina l'édit de tolérance^ et s'il était compatible ^vec les lois^ ou en opposition avec elles. On vit tout de suite que c'était une complète abrogation des lois pénales contre le papisme et les dissidens. Le Roi y disait<-on ^ a le droit incontestable de pardonner, mais non celui d'autoriser l'infraction des lois; un tel droit serait celui de changer entièrement la constitution de l'Etat : la force des lois c'est la peine portée contre ceux qui les violent, et si ceux qui les violent ont l'impunité assurée , à quoi bon faire des lois dont la seule force sera la volonté du Roi? Ceux au contraire qui soutenaient l'édit posaient en principe qu'il ÊiUait mettre une grande différence entre les lois pénales en matière temporelle et les lois pénales en matière spirituelle ; ils disaient que la suprématie du Roi lui donnait , quant au spirituel , un droit spécial; que c^était en vertu de ce droit que les synagogues des Juifs et les églises 2. 19

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Wallonnes «raient été st long^témps tolérées. A cela on répondait que le but dé la loi qui établissait cette sitprématîeayaitété de se soustraire à toute juridiction étrattgère^ et de l'étrmr )e pou-* voir exécutif tout entier dans les mafns dis Roi : mais qu'à ce pouyoir la loi arait Bfié des» limites ; qu'il fallait bien distinguer cette tolérance tacitô accordée aux Juifs d'une tolérance légale ) que le parlement avait fermé les yeux stir cette permission donnée aux congrégations tvallonijes pour engager les étrangers professai! t la même religion que nous , et persécutés dans leut* patrie , à venir s'établir dans le royaume; qù'enfio cette permission f accordée aux seuls étrangers , et ntille pour leurs énfans nés en Angleterre , était confirmée par une clause expresse de l'acte d'uniformité. La chambre en vint bientôt à voter presque unatiimenient que l'éditde tolérance était contraire auxleis;elle le notifia au Roi dansune adresse dùelle le priait de le faire révoquer. C'était donc inutilenient qu'on avait essayé de détourner le coup en dirigeant Kàttëntion de la chambre sur les ié^its d'élection^ La cour ^ fort embarrassée, paient très-disposée à faire tomber l'orage sur lord Shaftesbury. Pour arriver à un accommodement, elle l'eût de boii cœur sacrifié; il le vit, et se décida à chao|^r de parti à la première occasion.

La cbwnbre m'était pas d'humeur à s'en tenir là* On y présenta un bill qui déclarait tout pa-

piste inhabile à remplir un emploi d^ns le gouvernement ou à occuper une place à la cour ; il enjoignait aussi à tout fonctionnaire public fie communier à sa paroisse, d^en prendre un certificat y de le présenter à la chancellerie ou au tribunal du comté, et de faire là une abjuration claire et précise du dogme de la transsubstantiation. La cour mit tout en peuvre pour faire échouer cette motioa : ses partisans demandèrent une exception en faveur des non -conformistes protestans , et qu'on nUnterdit pas leurs assemblées. Ils espéraient par là diviser les noa-conforniistes et les anglicans alors unis contre le papisme. M. Love^ député deLondres, et lui-même presbytérien , prévoyant les suites fâcheuses que pouvait avoir une telle discussion 9 représenta qu'il fallait d'abord prendre toutes les sûretés possibles contre le papisme et qu'on ne devait s'occuper de rien autre chose avant que cela fût terminé; qu'ensuite les presbytériens tâcheraient de mériter quelque faveur; mais qu'en atten-^ dant ils aimaient mieux rester sous toute la sé-r vérité des lois plutôt que d'entraver, par la discussion de leurs intérêts, une œuvre bien autrement importante. Les niembres de la chambre, chefs des différentes sectes , appuyèrent cette opinion , et, pour prix de ce désintéressement^ il fut décidé qu'il y aurait dans le bill une clause en faveur des non-conformistes protestans. Il est

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vrai qu'il n^y eut pour la faire passer ni assez de temps ni assez d'accord dans cette session ; elle n'eut que deux lectures , et le comité Tabandonna* Mais cette conduite prudente et généreuse fit un tel effet sur le parti de l'Eglise anglicane qu'il n'y eut'plus de loi adoptée ni même de proposition faite contre les non-conformistes protestans dans ce même parlement qui s'était d'abord montré pour eux si sévère et si intolérant. La cour se trouva donc dans un grand embarras. Si elle abandonnait la partie à la chambre des communes^ il fallait renoncer à ses projets pour le papisme; si au contraire elle tenait bon, point de subsides à espérer ; il lui devenait impossible de continuer la guerre. La France ne pouvait en faire tous les frais, et Téchiquier, en suspendant les paiemens , avait perdu toute espèce de crédit. Il fallut donc essayer de la chambre haute.

Pour y soutenir l'édit de tolérance , lord Clifford résolut de mettre toute éloquence dehors , et le Roi , à qui il soumit , avant de prononcer son discours , les argumens qu'il voulait y employer^ les approuva, et lui en suggéra même quelques autres. Son exorde fut d'une extrême véhémence; il appela la décision de la chambre des communes monstrum horrendum, ingens; déclama contre elle de la manière la plus violente, du ton le plus hardi, et dans tous les ter-

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mes les plus inconvenans. Lorsqu'il eut.fîni^ lord Shaftesbury , au' grand étonnement de toute la chambre^ se leva pour lui répondre. Il dit que son opinion différait toto cbelo de celle du lord ; quêtant que la question avait été agitée hors de la chambre , il avait pu croire, avec tant d'autres, que la suprématie fondée sur une loi donnait un caractère légal à l'édit; mais que la chanibre des communes y si fidèle au Roi y si dévouée à ses intérêts^ ayant été d'un avis contraire, il déférait à son jugement ; que les parlemens étaient le grand conseil des rois, leur guide et leur appui; que celui-ci avait toujours rempli ce devoir et le remplirait encore , lorsque ses lois et sa religion lui seraient garanties. Le^Roi , furieux de se voir ainsi abandonné par son chancelier , témoigna à lord Clifford combien il était satisfait de son discours, et combien celui de l'autre l'avait offensé. La discussion ainsi engagée continua ; puis on alla aux voix ^ et la cour eut la majorité; mais trente des principaux membres de la chambre protestèrent, et les vainqueurs sentirent bie'n que c'était une défaite qu'une vie* toire suivie d'une telle protestation.

Les choses prirent bientôt une autre tournure. U y eut dans le conseil privé de grands débats sur ce que le Roi devait faire. Lord Clifford et le duc de Lauderdale voulaient qu'il tînt bon. Lcighton m'a assuré que le duc de ^uckingham ,

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et lord Berkeley s'engageaient <| si Ton consentait à faire approcher l'armée près de Londres, à forcer l'opposition de soitirdesdeuxchambres. Leighlon croyait que la chose était faisable, et y k son avis, si le Roi eAt dans cette circonstance agi avec cette vigueur qu'il eut quelquefois , ils auraient pu rétablir leurs affaires. Le duc de Lauderdale parlait de lever une armée d'Ecossaîs, et de s'emparer de Newcastle. A son ton vous eussiez cru qu'on n'avait qu'à dire et qu'il exécuterait. Clifford représentait à son maître que ses ptojets étaient devinés, et qu'il fallait ou l'emporter d'un seul coup ou devenir l'objet du mq^ris et des soupçons. Les comtes de Shaftesbory etd'Ar- •lington s'engageaient au contraire, si le Roi voulait donner satisfaction au parlement, à lui faire obtenir les subsides nécessaires pour continuer la guerre; eft, si elle était heureuse, ne pourt-aît-on pas alors i^couvrer le terrain que la nécessité du moment forçait d'abandonner? Ce dernier avis convenait tout*à*-fait à l'humeur du Roi , mais le duc l'empêcha de prendre un parti. Il fallut r^ourir à la médiation de Croissy, frère dé Colbert, alors- ambassadeur de France. Lord Arlington lui exposa si vivement les suites dangereuses des partis violens, le convainquit si bien que la moins fâcheuse serait encore de faire tomber sur le roi de France tout le poids d'une . guerre qu'il serait impossible au roi d'Angleterre

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DEMON TEMPS. agS

de soutenir^ Vil en menait aux extrémitësqu^oolui cooseiilait , que non-seuiement Croissy pressa 4e Roi et San frère de s'arrariiger avec ie parieraent , mais que même il envoya un exprès à sa cour pour y présenter les choses saus le même jour où Àrlington Tenait de les lui montrer. Ce ne fut pas là le seul moyen qu'on employa pour déterminer le Rai.

Il y avait <laiis la cbambi^ basse d^s membres recevant des pensions de la <^our^ et lui servant d'espions 3 et votant quelquefois <M>ntre elle pour conserver du crédit. Dans l'après-midi du jour où la diseuâsion avait ea lieu à la chambre haute, les comtes de Shaftesbury et d' Arlington «ngagèrent ceux de ces menubres qui. leur étaient dévoués , à ailler chacun en partî^tier trouver le Roi, et lui d^re que le «discours de lord €lifFor4 avait tellement irrité la ehambre ^basse qu'elle aurait pris quelque grand «parti , «i celui de lord Shaftesbury 'ue l'eàt apaiisée; qu'on cix)yai't que le premier avait parlé dans le sens du duc, et le second dans celui du Roi; que celte conviction seule av'ait pu calmer l'assemblée ; que le Roi, d'abord si ofTensédu discours dû. chancelier, de* vait le regarder comme le pl^sgrandservice qu'il eût pu lui rendre , et queSa Majestév^errak cesser pour elle itout embarras, 6t«sauvei?ait ^es minis* tre&d'une accusation , 9Î elle voulait retirerl'>édit de tolérance et sanotionner k (bi|I. To«it <seci fut

si adroitement conduit par lord Arlington, il persuada à un si grand nombre de membres d'aller tous, Tun après Tautre, trouver le Roi, ils tinrent si exactement le même langage, que le Roi, dont l'opinion fut tout- à-fait changée, dit à son frère que Cliffbrd s'était perdu , qu'il avait gâté toutes leurs affaires , que Shaftesbury , quoiqu'il eût agi en Trai fourbe , avait apaisé l'orage excité par l'autre , à tel point qu'il ne lui était plus possible de le garder, et qu'il le chargeait de le lui dire. Le duc, tout étonné, comprit que c'était d'Arlington que venait le coiip , et répéta le soir même à Clifford tout ce que son frère lui avait dit. Le trésorier, homme de premier mouvement, alla aussitôt chez le Roi qui ne sut trop quelle figure faire; il lui dit qu'il avait prévu toutes les inimitiés que lui attirerait son discours; que le croyant utile aux intérêts de Sa Majesté , et espérant qu'il lui avait plu, il ne s'en était pas mis en peine; mais qu'il était bien surpris de ce que le duc d'York venait de lui apprendre. Le Roi , fort embarrassé , dit que le discours en lui-même était bon; mais qu'ayant été membre de 1^ chanibre des communes, il aurait dû mieux juger ce qui convenait à la disposition des esprits et ce qu'exigeait la situation des choses. Si lord Clifford eût écouté sa première impression , il eût jeté sa baguette blanche et se fût donné le plaisir de s'expliquer sans façon avec le Roi; mais une pensée

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plus sage le retint. Il vit qu'il fallait toujours sortir du ministère , et que la manière importait aux intérêts de sa famille: aussi parvint-il à se contraindre^ et dit seulement qu'il e'tait de'sespérë de voir ses intentions et son dévouement si mal appréciés. Bientôt arrivèrent les lettrés de Louis XIV. Il pressait le Roi de faire tout ce qu'il faudrait pour obtenir des subsides du parlement, et écrivait au duc d'York pour s'excuser d'un conseil que la nécessité pressante des affaires l'obligeait de donner, l'assurant qu'aussitôt la guerre terminée , on entrerait dans ses vues, et que rien alors ne serait si facile que de regagner ce qu'aujourd'hui il fallait perdre. C'est du duc d'York et du duc de Lauderdale que j'ai appris une partie de ces faits; les autres , c'est-à-dire, ceux qui regardent lord Clifford, je les tiens de Titus à qui ce ministre les avait contés.

Comme je l'ai dit, lord Clifford avait jugé qu'il fallait renoncer au ministère. Il alla donc aussitôt trouver le duc de Buckingham qui avait beaucoup contribué à le lui faire avoir, et lui dit que prêt à perdre les places qu'il lui devait , il avait voulu être le premier à le lui apprendre, et lui offrir ses services pour les faire donner à quelqu'un de ses amis. Après avoir passé en revue tous ceux qui pouvaient plus ou moins leur convenir, et avoir trouvé à chacun de grands inconvéniens, ils fixèrent enfin leur choix sur sir

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^g^ HISTOIRE

Tbomas Osborn , gentilhomme du Yorkshke , dont la fortune était eu assez mauvais état. Par* lant bien, mais trop prolixe, Osborn ne se décidait jamais à conclure: autrefois des pluscbauds cavaliers , un zèle mal récompensé en fit un ennemi de la cour, et lord Clarendon n'en eut pas de plus acharné. Implacable dans ses haines, sans aucun scrupule dans ses discours , ne s'içquiétant jamais de la vérité , pas même de la vraisemblance, il avait un talent particulier pour acquérir la confiance de ses amis et les faire croire à sa sincérité. Hardi , entreprenant , ne d<Mitant de rien, il plut extrêmement au Roi qu'il rassop rait toujours : une séance du parlement avait-el4e été défavorable, il promettait que tout irait bien dans la prochaine; celle-ci tournait-elle aussi mal que la précédente , il trouvait toujours quelque raison à ce désappointement. Enfin, a-vecces manières , il fut de tous les ministres oeluî qui alla le plus avant , et qui se maintint le plus long-temps dans la confiance du Roi.

Entré dans cette nouvelle route , le Roi se fit apporter l'édit de tolérance , et ordonna qu'où brisât le sceau qui y avait été apposé. Ainsi le bîll qui ordonnait de communier et d'abjurer ia transsubstantiation prit force de loi sous le nom de test, et les deux chambres consentirent au bill d'amnistie, devenu indispensable pour mettre les ministres à Tabri des accusations. La

conr demandait 1 200,000 livras sterling , somme nécessaire^ disait-elle , pour soutenir la guerre; mais la majorité de Topposition était résolue à n'en aceorder que 600,000 ; <5e qui devait suffire pour arriver à faire la paix, mais non pas pour 'continuer là guerfe. Garroway et Lee qui, pendant cette session, avaient conduit ropposition, furent choisis pour offrir* les 600,000 livres : ptasde quatre-vingts des principaux membres de te parti, assemblés dans la nuit, avaient décielé de Be point aller au-delà ; mais le lende- Twaîn Gârroway dit 1200,000, et fut appuyé par Lee. La cour dut à la surprise que cela causa la somme entière^ et par là la possibilité de continuer la guerre. Lorsque les deux orateurs eurent à répondre aux reproches de leur parti, ils dirent Qu'avant de faire la ptaposition dont ils avaient été chargés , 'ils avaient voulu connaître Feffet qu'elle produirait sur le parti de la cour; qu'ils avaient acquis la certitude que, s'ils offraient une somme aussi modique, tout arrangement serait rompu., et que cette considération les avait déterminés à en offrir le double. La vérité est qu'ils avaient reçu de l'argent de la cour , quoique depuis ils aient continué de voter avec l'opposition. Ils ajoutaient que d'ailleurs le marché était encore très-bon., puisqu'à ce prix ils avaient acheté une loi très-forte contre le papisme, et dont plusieurs articles n'avaient point été demandés. Tel

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3oo HISTOIRE

était celui qui disait que tout fonctionnaire pu* blic , gardant son emploi après le délai fixe ^ sans avoir reçu le sacrement et renoncé à la transsubstantiation ^serait déclaré inhabile à conserver sa place ; que les actes de sa gestion deviendraient nuls et illégaux 9 et qu'il paierait une amende de 5oo livres sterling ^ au profit des délateurs. Quoi qu'ils en dissent^lord Cavendish^ depuis duc de Devonshire, n'était pas de cet avis ; selon lui^ puisque tant d'argent avait été donné pour acheter une loi contre le papisme , l'argent serait plus fort pour le ramener que la loi pour le repousser. Le fait est que je ne sais aucune affaire qui ait été emportée aussi vite et aussi adroitement que celle-ci le fut dans la chambre basse , au grand désappointement des Hollandais^ qui comptaient sur le parlement , et ne doutaient pas que par lui la paix ne se fît entre eux et l'Angleterre. Ainsi se termina cette session , la plus remarquable de ce long-parlement. Les épiscopaux y déployèrent un grand zèle pour leur religion; et les dissidens s'y acquirent l'estime publique par leur généreux silence.

Aussitôt que le parlement fut prorogé, le duc d'York vint se démettre de toutes ses charges entre les mains du Roi. Il avait les larmes aux yeux^ mais le Roi ne fut point ému. Cependant il eut le soin de composer la commission de l'amirauté des créatures du duc, qui par là conserva soa

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autorité sur la marine. Lord Cl ifford quitta la trésorerie, et fut remplacé par Osborn, bientôt après créé comte de Danby. Le comte de Shafiesbury avait complètement perdu la faveur du Roi ; mais on crut ne pas devoir s'en défaire avant de s'être assuré s'il ne pouvait pas rendre quelques services dans la prochaine session. Lord Arlington en avait agi avec le duc encore plus mal qu'avec tout le monde : aussi ce prince le regardait-il comme un franc poltron , prêt à trahir tous les secrets, à abandonner tous les partis, plutôt que de s'exposer au moindre danger. Le prince Robert alla prendre le commandement ; mais les capitaines , tous créatures du duc , en« travaient toutes ses entreprises , blâmaient tous ses plans, et disaient tout haut qu'il n'avait plus ni habileté , ni bon sens. Que pouvait-on attendre «d'une flotte ainsi commandée et si étrangement divisée? Elle eut deux ou trois engagemens avec les Hollandais; on s'y battit de part et d'autre avec courage, mais sans résultat, et sans que rien décidât à qui appartenait la victoire. Un seul vaisseau français prit part à l'action; le capitaine accusa son amiral; pour prix de son zèle^ à son retour en France, on le mit à la Bastille. Ce fait ouvrit les yeux; on cria à la mauvaise foi. La France, disait-on, nous engage dans une guerre avec les Hollandais pour pous voir nous entre-détruire, tandis que, soigneuse d'éviter tous

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les risques , elle reconnaît nos mersj nos ports ^ et étudie notre marine. Le comte deSchomberg m'a dit qu'il avait pressé l'ambassadeur de France de se procurer des explications sur la punition de ce capitaine 5 et lui avait représenté que^ si l'on ne satisfaisait aUx déGances des Anglais , le prochain parlement rompraitcertaînement l'alliance-; mais qu'au peu d'empressement de Crôi^y, il avait bien vu que l'amiral français avait suivi ses ins* tractions. Tout ceci détermina Schomberg à ne point attendre Tordre de sortir du royaume; il se hâta de le quitter , aussi las de la cour que la cour était lasse de lui.

Le duc d'York méditait alors un nouveau mariage , et avait fait choix de lady Bellasis , veuve du fils du lord de ce nom, Quoiqu'alliée à une famille papiste^ c'était une protestante zélée. Très* vive 9 très-animée, elle n'était rien moins que belle; mais le duc, connu pour n'être pas difficile sur les charmes des objets de ses voeux, se laissa tellement subjuguer qu'il signa une promes3e d'épouser , et envoya Coleman travailler à la conversion de sa future > qui fut inébranlable. Le mariage ne se fût jpas moins conclu, si, piquée des remontrances de ses amis sur les visites trop fréquentes du duc, lady Bellasis ne se fût laissée aller à dire qu'elle avait de quoi leur prouver que le but de ces assiduités ne pouvait que lui être très-honorable. Ceci ne fut pas plu-

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tôt venu aux oreilles de son beau-père , aussi zélé papiste que convaincu de Tardeur prosélytique de sa belle-fille, que, voyant combien ce mariage serait funeste aux intérêts du catholicisme, il résolut de Fem pêcher. Il alla donc tout conter au Roi, conduit 9 dit»il, par son dévouement à Sa Majesté , et l'intérêt qu'il portait à Thonneur du duc. Le Boi fit venir son frère , et lui représenta que c'était déjà trop d'une sottise, et qu'il n'était plus d'âge à recommencer. La dame, effrayée des menaces qu'on lui fit, rendit la promesse, mais en garda , à ce qu'elle m'a dit elle-ntôme f une copie légalisée^

Ce mariage manqué , on fit demander une archiduchesse d'Inspruck. L'Empereur, qui vetiait de perdre sa femme , la prit pour lui. On proposa une alliance avec la fille du dtic de Modène; mais la cour de Rome , qui voulait une chapelle publique, qu'on ne pouvait lui donner, pour se venger, y mettait obstacle. Il fut aussi question d'une fille du duc de Créqui. J'ai vu une longue lettre du duc d'York à sir William Lockhart. Il y parlait de son mariage avec une extrême inquiétude; il avait, disait-il, tout lieu de craindre que s'il ne se faisait pas avant la session, le parlement ne voulût s'en mêler, et ne le limitât tellement qu'il ne lui fût plus possible de se marier à son gré ; qu'il était contrarié de l'obstination de la cour de Rome dont on ne pouvait satisfaire

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5o4 HISTOIRE

les prétentions ,• qu'il avait envoyé au comte de Peterborough , qui négociait à Modène^ Tordre positif de se retirer à un jour fixé , si d'ici là tout n'était conclu; mais qu'il espérait bien que le roi de France ferait tout pour ne le point laisser exposé à la tyrannie du parlement (ce sont ses propres expressions) , et qu^il mettrait tous ses soins à faire marcher cette affaire aussi» vite que possible. Pendant qu'il était dans toutes ces inquiétudes y la cour de Rome devint plus traitable ; le mariage se fît par procureur; et le comte de Peterborough amena la princesse par la France. Le roi lie Suède offrit à cette époque sa médiation y et Ton proposa Cologne pour le lieu des conférences. Le Roi choisit pour y être ses plénipotentiaires le comte de Sunderland , sir Leolîn Jenkinset sir JosephWilliamson. Lord Sunderland avait dans les affaires uucoupd'œil suret rapide^ une détermination prompte; mais des passions et une imagination viveTentrainaient; il s'exprimait souvent avec trop de franchise sur lés choses et sur les personnes ; son esprit ne le trompait pas sur ce qui était utile et juste; mais aimant le luxe et la dépense , pour y fournir , il entra dans les projets de la cour : aussi changea-t-ii souvent de parti sans s'inquiéter des intérêts de sa religion et de son pays. Il se fit beaucoup d'ennemis par le mépris qu'il montrait à tous ceux qui ne pensaient pas comme lui; très*supérieur à tous

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lesf hommes d'affatrês que j'ai connus, il servit successivement trois princes qui méditaient les desseins les plus contraires, et gagna si complètement leur confiance que cette habileté même fut ce qui finit par le perdre dans l'opinion publique ; car les gens qui rendaient le plus de justice à ses grandes qualités savaient bien qu^on ne pouvait faire aucun fond sur lut.

Les conférences de Cologne furent bientôt interrompues. L'empereur regardant Furstemberg , doyen de Cologne, évêque de Strasbourg, ensuite eardihal et alors plénipotentiaire dé l'électeur comme sujet de l'Empire et traître à son pays , ordonna qu'il fût arrêté. La France prétendit que c'était une violation du sauf-eonduit , et demanda comme préliminaire, et avant qu'aucune négocia* tioQ fût entamée , la mise en liberté de révêque. Cet été Maestricht fut pris. Le duc* de Mon*^ mouth se conduisit si bien à ce siège qu'il fut depuis fort considéré. Le roi de France qui y" était, alla de là à Nanci en Lorraine, et laissa le prince de Cotidé à la tête de l'armée de Flandre, Turenne ayant le commandement de celle qui , sur le Haut-Rhin, combattait les Allemands.

L^empereur et tout l'Empire étaient alors engagés dans la querelle : mais je reviens aux intrigues de notre cour.

, J'arrivai cet été à Londres pour y publier les

Mémoires du duc de Hamilton. Â mon départ, le

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3o6 HISTOIRE *^ ■

mécontentement était ge'nëràl en Ecosse; Fadministratiôn y était arbitraire et y^hale, les formes françaises s'y introduisaient tous les jours. Le parlement, voulant que la balance du commerce s'établit entre les deux royaumes , avait, en i663 , concédé au Roi le pouvoir de fixer Timpôt sur lesmarchandises étrangères. On mit un droit trèsfort sur les sels français pour favoriser la veûte de celui du pays, et le prix s'éleva prodigieusement. On murfnura et avec d'autant plus de raison que le sel indigène qu'on payait si cher n'était pas propre à tous les usages. Le peuple regarda cet impôt comme lé prélude de la gabelle. Le tabac fut. aussi taxé, et rrrtrportatioft dé l'eau-de-» vie prohibée , en même temps qu'on permit la vente de celle qu'on saisissait entrant en fraude. Le privilège de saisir fut bientôt affermé, et le monopole. dut amener une hausse considérable dans le prix de ces denrées de première nécessité pou^^ la classe inférieure.^ Chacun fut indigné de ce cruel abus de la confiance accordée à la cotfrohné'; le peupTes'irrita, et l'insalence avec laquelle le^ue de Lamderdale prenait pour lui et pour ses créa^^ tures les fermes et les emplois le» plus lucratifs , souffrant que sa femme et son frère fissent da resté Un scandaleux trafic, porta au dernier degré le mécontentement de la nation. Les aflSaires ecclésiastiques étaient complètement négligées ; en&n le désordi^e était au coioiblè. Je vins donc

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en Angleterre décidé k faire tout ce qui dépendrait de moi pour le bien de ma patrie et à dire fran*^ chement mon avis au duc de Lauderdale /résolu^ si je ne réussissais pas , à sortir des affaires pour ne jamais y rentrer.

La. mort m'enleva à cette époque le meilleur ami ^e j'eusse certainement à la cour y sir Robert Murray. C'était le plus sage et lé plus honnête homme de son temps; il avait été pour moi un second père^ét sa perte méfut d'autant plus sensible que, dans une conjoncture aussi délicate , un ami aussi vrai , aussi attaché, m'eût été bien utile, et que je sentis tout de suite combien^ privé à^nw tel guide , j'étais en danger de faire des fautes.

Aussitôt que je fus arrivé à la cour, le duc de Lauderdale me fit venir dans son cabinet > et me detnanda dans quel état j'avais laissé l'Ecosse. Je lui en fis le tableau détaillé et très-exact; il parut croire que j'exagérais le danger. «Dans le cas ' oîi le Rot serait contraint d'employer la force pour faire rentrer dans le devoir les mécontens d'Angleterre, croyez-vous, me dit-il, qu'il doivecompiet sur une armée écossaise? -^ Non certes, lui répondis-je, le peuple des contrées méridionales est presbytérien , la noblesse croit avoir été maltraitée, et attend avec impatience une occasion de témoigner son mécontentements » Il me dit qu'il croyait le contraire, et qu'il n'était pas douteux que l'espérance du pillage n'a menât tous les Ecos-

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sai5 en Angleterre» mIjc Roi est perdu ^ répliquaije, si ce sont les moyens sur lesquels il compte; » et j'ajoutai que même les personnes plus désireuses de pousser leur fortune sans s'inquiéter des moyens ne se fieraient pas au Roi depuis qu'il avaitabandonné l'édit de tolérance au moment même où il Tenait de dire si hautement qu'il le soi^endrait. fiHinc illœ lacrymœ ysécv\9i le duc; maïs dans cette affaire le Roi a été trahi par tout le monde, excepté par Clifford et moi. » tH son éloge il passa ii des invectives contre lord Sbaftesbury. Cette conversation me frappa, et j'y vis clairement les iunestes desseins de la cour, dont la perversité égalait rimprudenc&«> J'étais certain qu'au premier m<mTeraent qu'il y aurail en Angleten^e , l'Ecosse se soulèTcrart, bien loin d^aider le Roi dans l'établissement du pouvoir absolu. Indécis sur ce que je devais faire , j'eus d'abord la pensée d'aller droii au Roi pour tacher de lui donner une idée juste de l'état de l'Ecosse f mais je résolus d'attendre pour cette démarche une occasion* favorable. Je voulus essayer.de la duehessede Lauderdale, et je lui peignis Tinjustik^e et l'oppression qui pesaient sur les marlheureui Ecossais; mais je vis qu'elle avait trop d'ititérêt au m&\ pour en prendre au remède. Le mari et la femme me dnnreot qu'ils iraient bieii'tôt «e^ nir un parlement etv Ecosse; je le^ avertis du danger; ils nxéprisèrent me& avis, et me firent.

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pour me inyeltre des leurs, les offres les plus a^aatageuses 9 dont je ne tins aucun compte.

Lauderdale me présenta au Roi , et Itii paria du privilège dont j'aTais besoin pour la publication de mes Mémoires. Le Roi m'ordonna de les lu^i apporter, et ditqu'il voulait les examiner luimême : en ^et il en lut quelques passages, et particuiièrenaent celui où je dis que ce fut la mauvaise conduite des évêques qui alluma nos dernières guerres civiles. Il en fut, à ce qu'il me dit, fort conien t, ce qui devait être, étant alors irrité de l'opposition des évêques anglais à l'édit de tolérance. U me rendit mon manuscrit en me disant de l'aller porter au secrétaire d'État Coventry avec Tordre d'expédier le privilège. Covaatry voulut le lire tout entier, aussi fus-je obligé de Mster à Londres bien plus long-temps que je n'en avais le projet. Sir Etlis Leighton me mena cbes le duc de Buekin^iafli, avec qui je restai à causer presque toute la nuit. J'eus. le bonheur d'être si fort de son goût , et il était toujours si enchanté d'une iiouvdle connaissance, qu'il parla de moi a-u-Rot de toile façon que ce prince, qui depuis a toujours fait <;as de moi , voulut m'eatendro prêcher, U parut content de mon sermon , et le témoigna dt manière à me faire beaucoup d'mivieuz.

Admis par Tordre du Roi au nombre de ses chapelains, j'eus avec lui un tête»à4ète qui dura plus de deux heures ; je lui parlai avec toute la

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liberté dont je crus qae ma profession me donnait. le droit. Il entra dans une longue disserta^ tion sur rautorîté de TEglise anglicane. A son avis 9 les ëpiscopaux faisaient beaucoup valoir cette autorité dans leurs disputes avec les dissidens, et ne voulaient pas permettre aux. papistes d'y prétendre. Voyant où il en voulait venir, je tâchai de lui faire comprendre toute la différence qu'il y avait entre cette autorité employée dans des questions du gouvernement temporel de TEglise et une. prétention d'infaillibilité dans les dogmes. essentiels au salut. Il se plaignit ensuite amèrement des é?éques qui négligeaient leur véritable devoir, étaient toujours à la cour, et prenaient parti dans les affaires politiques. La ^suite de la conversation m'amena à lui parler de sa manière de vivre , et j^entrai dans les deV tails avec une grande franchise; il prit cela fort ibien , et m'en remercia. Il passa condamnation sur certains reproches, par exemple sur celui de vivre avec la femme d'autrui j sur d'autres il s'excusa , et dit qu'il croyait que Dieu ne damnerait pas uii homme pour s'être donné quelques petits plaisirs un peu irréguliers. Enfin il reçut toutes mes remontrances avec beaucoiip de bontés et , pendant tout le temps que je restai à la cour, il eut pour moi tant de bienveillance que je fus regardé comme un boqime qui marchait i^ une haute faveur»

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Lord Âncram , comte écossais , ayant peu de fortune et encore moins de religion et de probité , marié à une papiste/ et membre de la chambre ^es communes, dit au duc d'York que j'aviais un ^rand crédit en Ecosse , et que je pourrais lui -être utile daûs ce pays. Ancram avait d'abord compté pour faire sa fortune sur le duc de.Lau^ derdale; mais, n'en ayant rien obtenu, il ne pouv:ait le souffrir. Nous nous étions connus en Eco$se,et dans de longues conversations que nous ^yidns eues ensemble, et dont la théologie faisait le fond. Aucun homme de son rang n'étant, aussi /prt; qu^ lui sur ces matières , il avait jugé que je n'étais pas des partisans du :duc de Lâuder-r dale, et imagina donc de me faire servir i ses projets de vengeance. Dans ce but, il témoigna .son étonnemeot 4]ue je n^eusse pas encore été présenté au duc d'York , et vint, me dire un jour de la part de ce prince qu'il serait: charmé de me voir : làrdessus il m'y conduisit, et le duc me fit un accueil trèsTgracieux. L'intention d'Ancram (était .de m'amener à parler des affaires d'Écossè , mais je l'évitai, et j'engageai brusquement la conversation avec le duc. sur les matières reli* gieuses. Il débita quelques uns de ces lieux communs sur l'unité de l'Église et sur ses avantages ; il dit que nous ne pouvions nous dissimuler que notre révolte contre la cour de Rome avait donné {laissance à cettje foulê<d.e sectes; que c'était à ces

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sectes nombreuses qu'il fallait s'eu prendre des guerres ciyiies et de tout le sang qu'elles avaient fait couler; il parla de la mort de son père et de son aïeule y Marie ^ reine d'Ecosse ; à Tappui de son opinion , il cita quelques passages de l'Histoire de la réformation par Heylin; il les cher-chait dans l'ouvrage qui était devant lui, et je vis qu'il avait marqué tous les endroits où l'auteur veut démontrer dans quel but et dans quels principes agirent les réformateurs. Pour moi, je réfutai chacune de ces assertions ; je lui peignis les progrès de l'ignoranee et de la superstition dans les siècles de ténèbres; je lui montrai les flots de sang que l'ambition des papes avait fait couler,. et toutesles calamités dont leur infaillibilité prétendue serait encore la source inépuisable. Cependant je ménageai de inon mieux ses opinions et la portée de son esprit. Ancram venait à %tfti secours autant que possible , et quand depuis je lui en fis reproche , quoique j'eusse bien vu que c'était pour faire sa cour, il me dit que c'était ne pas savoir vivre que de presser si vivement un prince dans la discussion. Le duc , sur cette conversation , ne m'en prit pas moins tellement en goût qu'il me dit de le venir voir souvent, et que plus, tard il me permît de le voir en particulier et toutes les fois que cela me plairait. Il désirait savoirceque je pensais de l'état de l'Ecosse: je lui dis combien , k mon avis, on devait peu

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compter sur ce royauitie^ et je me rejetai tout de «uile sur les isiatières religieuses^ il éloigna ce sujet-«ans hrusqucrie , ^ar il ëtait d'une extrême douceur dans la conversation , désirant , me dît-il , t|ue je ne touckasse plus ces questions, que j'y étais trop fort pour lui, que probablement je le réduirais au silence, mais que je ne le connaissais pas. Je lui représentai que cependant c'^était iune chose dont il ne pourrait jamais se justifiée ni devant Dieu ni aux yeux du monde, de ce qu'étant né et ayant été baptisé dans notre Eglise , à laquelle les derniers ordres de son père lui imposaient de rester fidèle, il s'était laissé séduire et comme enlever du sein de cette Eglise, sans y regarder, sans soumettre ses scrupules A nos théologiens, sans écouter ce qu'ils avaient à dire en faveur de leur opinion , ef que maintenant il était si attaclté à la communion romaine que mémre il ne souffrait pas l'examen. À cela il me répondit qu'il s'était picoté , ce fut son expression , avec Sheldon et d'autres évêques , et que de tout ce qu'ils avaient dit, il avait dû conclure <|u'ils étaient beaucoup moins éloignés du catholicisme que quelques uns de nos jeunes théolo- :gieiis. Voici d'oà lui venait cette idée. Stîllingflecl avait peu de temps avant publié un livre intitulé tfe i^ idolâtrie et du i\maiisme de V Eglise ro^ moine. Après l'avoir lu , le duc avait demandé à Sheidon si c'était une opinion de l'Eglise anglicane

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que ridolâtrie de celle de Rome : Sheldon avait répondu que non , mais que les jeunes ecclésiastiques voulaient plaire au peuple^ et qu^une teU« accusation était un moyen.

Ce fut dans un de ces frequens entretiens que le duc me montra le mémoire de sa première femme , qui depuis a été imprimé , et qui était écrit en entier de la main de cette princesse. Je le lus deux fois de suite ; mais je ne pus obtenir la permission d'en prendre une copie. Sur ce que la duchesse dit qu'ayant parlé dé $es doutes à nos évéques^ leurs réponses les avaient augmentés^ j'allai trouver Morley, et ce fut à cette occasion qu'il me fit la réponse que j'ai cit(ée plus haut. Je priai le duc de me permettre de lui amener le docteur Stillingfleet ; il y répugnait, disant que cela ferait du bruit sans rien produire de bon. Je lui représentai que ce bruit même serait un bien, puisque cela montrerait qu'il n'était pas si attaché à la religion romaine qu'il ne consentit à entendre nos théologiens. Je le pressai vivement, car il m'importait fort de dissiper le soupçon de papisme qu'avait fait concevoir sur moi ma faveur extraordinaire auprès du duc. Enfin je l'emportai , et le duc fixa une heure pour cette conférence. Stillingfleet ne se fit pas prier , quoiqu'il n'eût aucun espoir dé suc-r ces. Nous restâmes ensemble près de deux beiires, et bien des points d^ coptroverses furent discur

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cutés/StilHiïgfleet^ pensapt que ce qui ferait le plus d'impression sur le duc et que ce qu^il comprendrait le mieux ëj^it le pouvoir que, s'arrogeaient les papes de déposer les princes /et de disposer à leur grë des Etats y s'appliqua à lui montrer, que le but de la cour de Rome ayait toujours ëtë la suprématie sur tous les royaumes chrétiens; niais sans cesse le duc passait à une autre question et paraissait douter des autorités et des faits historiques que noi\s lui citions. Nous le priâmes de faire appeler quelques uns de ses prêtres , et de nous entendre conférer avec eux sur ces matières^ Il ne le voulut jamais , disant toujours que cela ferait trop d'éclat. Il nous assura que d'ailleurs il ne voulait suivre d'autres lumières que celles de sa conscience; qu'il ne contrariait jamais celle de personne ^ et que ja-r mais il n'essaierait de porter atteinte à la religion établie. Il s'appliqua fort à répéter cette profession de foi; mais quand je fus seul avec lui. Je l'avertis qu'il prenait là un engagement que les principes de sa religion rendraient bien difficile à remplir. Ce n'était pas là une considération bien forte pour l'amener à se convertir; mais elle pouvait l'amener au doute et à l'examen. Je voulus aussi lui faire comprendre de quel danger était ■une différence de religion entre un prince et ses sujets. Il m'objecta le principe d'obéissance passive dont rÉglise anglicane a toujoqrs fait pro^-

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fession; je lui représentai qu'il ne fallait jamais se fier à ce quin'ëtait point un dogme ^ mais une opinion ; que ceux même qui posaient celle-là en principe reconnaissaient des distinctions et des reseryes : et que certainement des hommes qui auraient devant les yeux le danger d'être ruinés et ensuite brûlés ne s'amuseraient pas à la discussion , mais diercheraîent le. chemin le plus court et le plus sûr pour se mettre à l'abri, car de tous les intérêts le plus puissant est celui de la conservation. Il me répéta qu'il était ennemi de tout moyen violent et de toute persécution. C'était certaînemeiit sur ce point qu'on avait eu soin de lui faire sa leçon. J'allai jusqu'à lui dire que toutes ses protestations ne seraient «rues que de bien peu de gens; que les paroles.des princes étaient toujours regardées comme un leurre pour attraper les peuples; et que les princes ont l'air d'en faire si peu de cas qu'ils ne doivent pas s'étonner de voir leurs sujets s'en défier ; que lui en particulier était maintenant d'une religion qui justifiait de tels soupçons en soumettant sa conscience à des influences étrangères ; que ses di-» recteurs pouvaient lui cacher les principes persécuteurs de l'Eglise romaine tant qu'il serait inutile qu'il en iùt animé; mais qu'aussitôt qu'ils le verraient revêtu du pouvoir nécessaire , il ne fallait pas douter qu'ils ne le portassent à l'extirpation de l'hérésie. Je lui j)ortai un ouvrage

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de Crb(dt^ dans lequel ce magistrat rapporte que le roi Jacques se plaignant dans son conseil des bruits injurieux qu'on faisait courir sur son penchant à ckanger de religion , protesta hautement contre cette calomnie^ et dit que « si un prince sorti de son sang favorisait jamais une autre religion que celle qu'il avait toujours professée et protégée 5 il demandait à Dieu de l'ôter de ce monde. » Le duc lut ce passage^ mais sans qu'il lui fît aucune impression ; et quand je le pressai de quelques citations de l'ouvrage de son père ^ il m'en dit ce qtie j'ai déjà rapporté. Ce prince , qui me parlait avec une entière confiance de toutes ses affaires ^i me montra u» journal écrit de sa main de tout ce qui s'était passé à sa connaissance : c'était /à ce qu'il me dit> le comte de Clarehdon qui lui avait conseillé ce travail. Sa pren^ière fèmm6 , fiUe de ce Iqrd , avait aussi entrepris la vie de son mari : c'était un volume in«fi)lio très-mince; j'en lus quelques passages qui me parurent spirituelleiwent écrits. Le duc me dit qu'il voulait me confier ce»de«ix mémoires pour me servir de matéria/ux.à une histoire de cette époque.

C'était en quelques semaines que j'étais arrivé 'si avant dans son întiiïvilé. U me permit de lui parler de l'irrégularité de sa conduite dont il com^nart; et torsqidè je lui demandai conHnfetirt il faisait peur concilier un semMable genre d^

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vie avec son zèle pour sa religion : «Quoi, mè repondit-il^. un homme ne peut-tl donc avoir de religion s'il n'est un saint?» Enfin il prit si bien ma franchise qu'il parut ne m'en aimer que davantage. • .

Toute la cour remarquait la faveur dont j'étais honoré. Lord Âncram me dit un jour que ma fortune était faite si je pouvais seulement me modérer un peu sur Tarticte de la religion. Sir Ellis Leighton vint m^assurer > de la part de F. Sheldon et de quelques autres prêtres de la mai^ son duducy que, sur le bien qu'ils avaient entendu dire de moi, ils mettaient leurs services à ma dis* position ;.il mè. pressa de ne point laisser échap^ per tinesi belle occasion* u L'évècbé dé Durham est vacant , me dit-il , et il'ne tient qu'à vous de VOUS: le faire donner. » Maiis ce n'étaient point là mes vues, et je ne tins compte ni des offres, ni des conseils.

Le duc de Buckingham n^e démanda' ce que je me proposais de mes liaisons avec le duc d!York; il me dit que si je me flattais de ie convertir, je connaisisais bien peu et ce prince et le monde ; que si je songeais à' ma fortune, il fallait lui parler de la réformation comme d'une oeuvre faite à la hâte, et qu'il serait bon le revoir dans un temps plus calme* Cette concession devait, à son avis, mè.suffirepour parvenir à tout. Je l'assurai que j'étais incapable d'une telle lâ-

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cbeté. (< Eh. bien ! me dit-il^ je côniiais la cour mieux que vous : les princes sont c6ûyâincus que leur faveur est sans prix, et ils veulent en échange une soumission complète^ autrement ils se croient dédaignes. Craignez les suites fâcheuses de toute la faveur dont vous jouissez^- si vous ne vous contraignez à quelques complaisances. Si vous êtes décidé à n'en avoir aucune^ croyez-moi, quittez la cour; le plus tôt sera le mieux, n Je pensai que la haine qu'il poFtaitau duc le faisait parler, mais depuis j'ai reconnu toute la justesse de ses avis.* Je ne tardai pas à voir dans le caractère du .duc des choses qui devaient mettre» un terme assez court à toutes ses afiections. Persuadé' que tous les sujets devaient être en tout sounus à la volonté des rpis , il regardait comncre rebelles au fond du cœur tous ceux qui , dans le parlement, s>'ôpposaient à son frère et à se^^ ministres , et détestait toutes les institutions populaires; comme un attentat à la dignité de la couronne. Il faut convenir que la conduite de la chambre des communes à. son égard n'était pas faite pour le ramener à des idées plus seines.

Quoiqu'on eût su pendant la dernière session* qu'il traitait d'un mariage avec l'archiduchesse y la chambre ne s'était point avisée d'une adresse au Roi pour le prier d'empêcher son frère d'é-* pousér une papiste. Cependant on eût mieux fait d'y penser alors que l'honneur du duc n'était

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poiot eligâgë , que lorsqu'il ëlait déjà marié par procureur 5: et que lord Peterboroogli'aTait aiuODe la princesse deModèfie jusqu'à Paris. La chambre dth commîmes né se mit pias moins en tête de suivre r^eoi pie que le roi de France venait de lui donner. Dans le contrat de n^ariage du frère de ce monarque avec la fille de l'électeur palatin^ il avait été stipulé que cette princesse aurait la libert^'de conscience ef une chapelle poor l'exercice de &a religion. Arrivée à Metz^ Louis XIV lui avait envoyé l'ordre de s'y arrêter jusqu'à ce qu'elle fût instruite; sur cet ordre ^ elle s'était convertie ou plutol avait i^it semblant de se convertir. Il est vrai que la côdr ée Versailles J)mblia que c'était d'accord avec l'électeur palatin ^ qui pour sauver s6a boniieur y avarit consenti ; ce que l'a conduite de ce prince rendait fort croyable , quelque soin qu'il prit de le nier.

Ce fut donc cet exemple que I» chambre des cdmihiln^s résoltitde suivre , et une adresse fut pfésientée au Roi pour le supplier d'interdire rentrée de l'Angleterre à la princesse de Modène , jusqu'à ce IJu'elle eût abjuré le papisme. Le duc d'York pressa, son. frère de proroger le parlement pour une semaine^ et l'ot-dre en fut âonàé. Le jour même, le duc aklai à lacfiambre des pairs p(>ur hâtet la prorogation^ et afin que lescomimnues n'eussent pa$, le temps de repreiidre la délibération. On devait ce JOTir-là procéder à la réception

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de quelques nouyeauz pairs; le duc pria lor(i ShaAesbury de remettre la cérémonie et de pro-» roger les chambres au plus vite : le chancelier lui répondit froidement qu'il n'y avait rien qui pressât ; mais les communes ne perdirent pas de temps 5 et l'adresse contre le mariage fut votée. Faire au duc d'York une telle insulte^ c'était se mettre dans la nécessité de ne s'en pas tenir là. Ce prince 9 fort irrité ^ me dit le jour même comment les choses s'étaient passées , la manière dont le chancelier en avait agi avec lui^ et qu'il espérait bien que le Roi lui ôterait les sceaux > si y comme il y avait tout lieu de le croire ^ il ne parvenait pas à obtenir de la chambre un sub-^ side. Je ne lui cachai pas que je regardais cette affaire comme très -fâcheuse , et la chambre comme engagée par ce premier pas à en faire d'au^ très j et à prendre ses sûretés contre la vengeance qu'elle devait craindre. Il me répondit qu'il n*é^ tait pas homme à reculer^ qu'en toutes choses cependant il resterait soumis à la volonté du Roi; mais qu'il désirait que tout le monde sût bien qu'il serait toujours prêt à pardonner à quiconque cesserait d'être son ennemi et reviendrait sincèrement à lui.

Les huit jours de prorogation écoulés , le parlement reprit séance ^ et le Roi en fit l'ouverture par un discours dont te ton était si peu uniforme^ qu'évidemment c'était l'ouvrage de plusieurs per-

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sonnes. J'appris du duc d'York qu'autrefois lon\ Claremlon faisait tous les discours du Roi, mais que depuis sa disgrâce y ils se composaient dans le conseil où chaque ministre fournissait sa période, d'oii résultait cet assemblage assez hétérogène: Je sus encore de lui que lord Arlington mourait de peiir, et que. lord Shaftesbury , né se faisant plusd'illusion sur sa position à la cour, n'en allait que plus vite en besogne. Dans son discours il s'appliqua à réparer son delendà est Carthctgo, en disant qu'on l'avait mal compris; que c'était au parti de Lowestein qu'il s'appliquait ; mais il ne fît par là qu'ajouter le ridicule à l'odieux. lia chambre basse reprit aussitôt l'affaire du mariage , et quoi qu'on pût dire sur l'honneur du Roi déjà engagé, l'adresse fut rédigée et envoyée; mais elle n'eut point de réponse. Ce fut à cette époque que le secrétaire' d'Etat Coventry m'expédia enfin le privilège pour la publication de mon livre, et le Roi dît qu'il voulait en faire les frais.

Alors s'éleva contre moi un orage dont les suites furent longues et fâcheuses. Le duc de Lauderdale^ qui tenait les Ecossais sous le joug le plus dur, ne pouvait supporter qu'aucun d'eux formât des liaisons en Angleterre, et surtout à la; cour : il ne leur permettait jamais d'arriver au Roi ou au duc d'York autrement que par lui. Ce fut donc de fort mauvais œil qu'il vit le degré de faveur

ouyétais.parvenuj.la duchesse elle-même m^en parla , et ceux qui savent ce que sont les jalousies de cour sentiront bien qu'il me fallait^ ou leur dire quelque chose qui les satisfît^ ou rompre entièrement avec eux. Je leur dis donc que je n'a-r vais parlé au duc d'York que de religion ^ ce qui était vrai ^ et au Roi seulement du scandale de sa conduite. Cela ne rassurait pas leurs esprits méfîans; je le vis bien. Ils voulaient que j'allasse avec eux en Ecosse ; je leur dis que je les suivrais aussitôt que TafTaire qui m'avait amené à Londres serait terminée. Et en effet, sitôt qu'elle lefut, je pris la poste, quoiqu'une grande quantité de neige encombrât les routes : aussi n'arrivai-je à Edimbourg que la, nuit du jour où devait se faire l'ouverture du parlement. J'allai voir aussitôt Je duc de Hamilton et quelques autres personnes qui me direntitoutes qu'à la manière dont le duc de Lauderdalé avait parlé de ma faveur à la cour, il semblait que je Aisse prêt à me convertir au papisme. Le duc de Hamilton m'apprit aussi que lui et ses amis. étaient résolus à attaquer le lendemain dans le parlement le duc de Lauderdalé .et son administration. Fort troublé de ce parti pris, je dis tout ce qu'il était possible sur l'inopportunité d'une telle démarche ; mais il me répondit qu'il était engagé, que les comtes de Rôthes , Argyle , Tweedaje et tout le parti cavalier lui avaient donné parole de le bien seconder.

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