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Chapitre Ier

sont proposés pour examiner la conduite que le roi et le sénat a tenue dans l'intervalle des diètes: le comité donne ensuite des instructions qui servent de règle à la conduite du sénat, et qui embrassent aussi bien l'intérieur de la Suède que les affaires étrangères.

5 Frédéric de Hesse, roi de Suède, en qui Ulrique, sœur de Charles XIT, a remis les rênes du gouvernement, respecte le droit de la nation, et considère sa royauté avec les yeux, dont un vieux lieutenant-colonel invalide regarde un petit gouvernement qui lui procure une retraite honorable.

Ce fut ce même roi qui perdit la bataille de Mont-Cassel en Lom-

10 bardie par complaisance pour son père qui se trouvait auprès de lui et

auquel il voulait donner en guise de divertissement le dangereux spectacle d'une bataille.

Le comte de Gyllenbourg, qui est chancelier de ce royaume, s’éleva à cet emploi en s’attirant l'affection de beaucoup de jeunes officiers qui 15 lui fournirent les moyens de supplanter le comte Oxenstierna qui oceupait ce poste ci-devant; par complaisance pour eux, il s'était en quelque façon obligé à leur procurer la guerre, ce qui dépendait d'autant plus de lui qu'il était tout-puissant en Suède. La France désirait d’ailleurs de se servir de cette puissance, pour rabaisser l’orgeuil de la Russie et se 20 venger des ‘affronts que son ambassadeur, le marquis de Monti, avait reçus, lorsqu'on le fit prisonnier à Danzig. La Suède tirait trois cent mille éeus de la France, maïs sans que ce subside ne l’engageât à aucune reconnaissance.

Les revenus de cet état ne passaient pas les trois millions écus, tant

25 ce royaume était tombé depuis Charles XIT. Les neuf dernières années du règne de ce prince avaient été si malheureuses, que la Livonie, la Poméranie, et les duchés de Brême et de Verden avoient été démembrées de cette monarchie, ce qui la privait des ressources principales qu'ont les états, à savoir de soldats de grains et d'argent; la Livonie était le ma- 30 gasin de la Suède, car ce royaume aride, peu habité et inculte ne fournit pas de quoi nourrir ses habitants. Malgré tous ces malheurs que Charles XII avait attirés sur l’état, sa mémoire y était encore adorée. Combien l'esprit humain n’est-il pas sujet à des bizarres contradictions! Les Suédois qui révéraient la mémoire de Charles XIT, lui avoient fait 35 le plus grand outrage qu’on puisse faire à un roi après sa mort, en faisant décapiter Gürtz, qu'ils punissaient des fautes et des malheurs de ce grand prince. Les Suédois n’entretenaient que sept mille hommes de troupes réglées et trente-trois mille hommes de milices, c’étaient proprement des paysans, à qui on avait donné des terres incultes à cultiver, et

40 qui s’assemblaient tous les mois à de certains jours pour être exercés. — Frédéric 1I., hist. de mon temps. 12

20. Leur marine était composée de vingt-quatre vaisseaux de ligne et de

trente-six autres de toute sorte de grandeur.

La race des grands hommes de guerre était presque éteinte dans ce royaume, les Buddenbrock et les Lewenhaupt n'avaient jamais eu de commandement. 5

La nation suédoise est spirituelle et fière. Le pays qui ne produit que du fer et des soldats rend peut-être ce peuple si belliqueux. C’est de toutes les nations européennes la plus pauvre, ils se servent de grandes plaques de fer timbrées à la place d’autres monnaies, ils ont peu d’industrie et encore moins de commerce, si vous en exceptez le fer et le bois, 10 qu'ils vendent, et comme leur situation Les a placés tout au bout septentrional de l'Europe, ils n’ont aucun débouché pour leurs manufactures aussi languissantes. Mais tous les beaux édifices de la Suède, toutes les choses rares et précieuses qui sy trouvent, sont des dépouilles de l’'Allemagne et les seuls fruits qu'ils aient retirés de tant de batailles qu'ils 15 gagnèrent dans la guerre de trente ans.

Le comte Thuro Byelke, le comte Ekeblad et le sénateur Rosen étaient regardés comme les chefs de cette nation, l'esprit du comte Tessin fit pendant un temps illusion à toute l’Europe, maïs le temps qui approfondit toute chose en perça la superficie. 20

La Suède conservait encore sous la forme de ce gouvernement républicain les vices et la fierté du gouvernement monarchique: un Suédois pensait que celui était un bonheur d’être né dans sa patrie, et que cette naissance lui donnait une supériorité sur les autres nations: tant Phabitude des idées est forte chez les hommes, le génie des Gustave et des 25 Charles XII avait laissé des marques si profondes dans l'esprit de ces peuples que la vicissitude des événements et la maïn du temps qui détruit tout ne les en avait pu effacer.

C’est un axiome certain en politique que tout état monarchique qui tombe sous un gouvernement républicain ne peut se soutenir à la longue, 30 parce que, les passions des états monarchiques étant contraires aux principes de la liberté, il s’en doit suivre nécessairement du désordre, des brigues et des factions: c'est un axiome, aussi certain que le premier, qu'une république doit être pacifique pour se soutenir, ce furent les acquisitions immenses de la république romaïne qui la perdirent enfin; c’est35 pourquoi la Suède était regardée dans toute l’Europe comme peu redoutable à ses voisins et presque hors d'état de se mêler des affaires de notre continent.

Du côte de l'Orient, en prenant de la mer glaciale jusqu'à l'empire ottoman, et de la Samogitie jusqu’ aux frontières de la Chine, on voit Le 40

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