Chapitre XI
pour l'intelligence de sa manœuvre qu'il y a dans cette république une loi sévère contre les ministres qui corrompent des députés de la diète. Il persuada, à force d'argent, un staroste nommé Wilezewski, d’accuser en pleine diète le ministre de Prusse de l'avoir corrompu moyennant | 5scinq mille ducats. Ce malheureux s’acquitta de sa commission avec un air de repentir et de vérité ; mais il fut sévèrement examiné et confondu. Cette intrigue inspira de la méfiance aux Polonais contre les Saxons, et | couvrit de honte celui qui en était l’auteur. La diète de Varsovie fut | rompue presque en même temps, après avoir refusé l'alliance d'Autriche 10 et rejeté l'augmentation des troupes.
| Ce fut au mois de janvier 1745, que se conclut à Varsovie ce fameux traité, forgé par l'ambition de Carteret, cimenté par la vengeance de la reine d'Hongrie, resserré par la perfidie de Brühl et signé par la faiblesse des Hollandais. Il contenait entre autre la garantie de la pragmatique 1145 sanction, selon que l'avait réglée l’empereur Charles VE, avec une garantie mutuelle des états appartenants aux partis contractants. On y Stipulait dans des articles séparés la valeur des subsides que l'Angleterre et la Hollande paieraient à la Saxe, et les puissances maritimes s’engageaient de plus de prendre soin des intérêts du roi de Pologne à la paix générale. 20 Ce traité valut au roi de Pologne une augmentation de cinq mille hommes tant dragons que Tartares et Bosniaques, qu'il fit lever dans ce royaume. Beaucoup de grands du royaume et des gentilhommes polonais étaient mécontents, comme c’est d'ordinaire dans les états républicains où la liberté ne se soutient que par l'opposition continuelle de deux factions 25 qui arrêtent alternativement les progrès de leur ambition mutuelle. Ces mécontents s'adressèrent à moi, et s’offrirent à faire une confédération contre les Czartoryski, les Poniatowski ou proprement contre la cour. L'occasion était belle, et j'aurais pu, sans y paraître, susciter bien des em- | barras au roi de Pologne; mais c'était attiser un feu que je voulais étein- L3odre. Je ne bornaïs point là ma modération; j'offris à ce roi qui m'avait || tant offensé toutes ses sûretés pour son retour de Pologne en Saxe. Ses refus ne se ressentirent point de la politesse ordinaire qui règne à sa cour: il choisit un autre chemin, et s’aboucha avec le grand-duc de || Toscane à Olmütz en Moravie, dans cette même province dont il méditait | 35 la conquête l’année 42, et de là il poursuivit son chemin par Prague à
moisson d’honneurs et de présents.
La cour de Vienne n'avait pas mal usé de ses largesses et de ses caresses : à peine Brühl fut-il de retour à Dresde qu'il expédia l’émissaire Lao de ses iniquités pour la cour d'Autriche. Saul devait régler avec Bar- | tenstein le partage de la Silésie. Ce traité devenait en quelque façon un
Dresde. Brühl et son épouse se rendirent à Vienne pour y recueillir une
article secret de celui de Varsovie: il spécifiait les avantages des alliés,
il contenait en même temps un engagement formel de la cour de Saxe par lequel les troupes saxonnes étaient obligées d'agir SARANENERS en Silésie.
Le roi de Pologne promettait de plus de renoncer à ses prétentions à la couronne impériale, et de donner sa voix au grand-duc de Toscane. I15 s’offrit d'augmenter, s’il le fallait, son corps d’auxiliaires jusqu'au nombre de trente mille hommes. Les avantages que la reine d'Hongrie fit au roi de Pologne par ce traité ne sont pas bien tirés au clair: il y a deux opinions là-dessus, les uns assurent que ce prince y gagnait les principautés de Glogau, Jauer et Sagan avec toute la chaîne des villes commerçantes 10 des montagnes de la Silésie, d’autres m'ont dit positivement que la reine d'Hongrie promettait d’avoir soin à la pacification générale des intérêts du roi de Pologne, et que Brühl serait élevé à la dignité de prince de l’'empire, et mis en possession de la principauté de Teschen pour lui et pour sa postérité. Quoi qu'il en soit, il n'est pas naturel que la Saxe eût été 15 séduite par ces dernières conditions. La vraisemblance suppose, ce me semble, ce premier partage qui est d'autant plus apparent que le comte Gaint-Séverin crut l'avoir découvert, et que le bruit en était généralement répandu.
Tant de négociations et de traités entre ces deux cours augmentérent 20,
mes ombrages, il était temps de savoir à quoi s’en tenir à la veille d’une campagne. ‘Cagnoni eut ordre de demander à Brühl qu'il s'expliquât sur la destination deg troupes saxonnes qui étaient en Bohême, et en un mot, qu'il lui donnât une déclaration catégorique s'ils attaqueraient ou non la
Silésie et mes autres provinces. Le ministre saxon se contenta de répon- 25
dre en termes vagues, et de dissimuler ses intentions qui étaient cependant connues de toute l'Europe.
J'en étais dans ces termes avec la cour de Dresde, lorsque la France me proposa de mettre la couronne impériale sur la tête d’un prince qui m'avait si grièvement offensé. Si je n'avais consulté que mon ressenti- 30. ment, je n'aurais jamais consenti à l'agrandissement du roi de Pologne ; mais je sacrifiais mes passions particulières et toute autre considération aux règles de la politique qui me prescrivaient de désunir deux puissances qui s'étaient liguées contre moi, de rendre ces deux puissances irréconciliables, sans compter que les Saxons étaient en quelque manière à ma 35 | discrétion, dès qu'ils briguaient le trône impérial, puisqu'en m'accommodant avec la reine d'Hongrie j'étais toujours le maître de les frustrer dans leur attente. D'ailleurs il était presque impossible de concilier ensemble la couronne impériale avec celle de Pologne: on ne pouvait les placer sur une tête ni le roi de Pologne ne pouvait abdiquer celle qu l avait 40 déjà. Toutes ces raisons me firent travailler conjointement avec le roi