‹ Histoire de mon tempsChapitre 106 sur 149 · Chapitre XI. JDD · texte numérisé non relu

Chapitre XI. JDD

qui dans les saillies de leur vivacité outrent toute chose. Ce mécontentement général qui se manifesta contre ce ministre obligea le roi de congédier un homme qui avait fidélement suivi toutes ses vues, et qui couvrait

des intérêts de la nation anglaise tous les pas qu'il faisait pour avancer

5 ceux de l'électorat d'Hanovre. Le roi eut la mortification de ne pouvoir pas même disposer des sceaux vacants, et il fut obligé de les remettre au duc de Newcastle et au Lord Harrington. On appela ce nouvel conseil la faction des Pelham, parce que la plupart qui le composaient étaient de cette famille. Les nouveaux ministres écartérent soigneusement

10 toutes les créatures de Carteret qui étaient en charge, et les remplacèrent par les leurs, mais ils ne purent point rompre les traités qu’il avait conclus ni changer dans les premiers temps le mouvement impulsif qu'il avait donné aux affaires générales de l'Europe.

Carteret était faux et fourbe, sans ménager même les dehors par les-

15 quels les caractères les plus malhonnêtes veulent déguiser l’illégalité de leur conduite: Harrington avait la réputation d’un homme de probité, vrai dans ses discours, sûr dans ses promesses, plus timide que son adveïsaire, mais remplaçant ce défaut par toutes les qualités d'une âme bien née. Son caractère m'inspira de la confiance, et je lui fis faire quel- 20 ques ouvertures de paix: je proposai qu'on fit à Don Philippe un établissement en Italie, que la France gardât Ypres et Furnes de ses conquêtes, moyennant quoi l'Espagne prolongerait pour vingt ou plus d'années la contrebande des Anglais, que tous les alliés reconnaîtraient l'empereur le duc de Lorraine, et que la Prusse resterait en possession de la Silésie. 25 selon que l’exprimait le traité de Breslau. Les ministres anglais ne voulurent point entrer en négociation, le roi désirait la continuation de la guerre générale, et il contrecarra toutes les mesures que l'inelination pacifique des Pelham voulait prendre pour y parvenir. Andrié fit une nouvelle tentative où il ne sonda les ministres que sur la pacification 30 d'Allemagne, mais Harrington n’était pas encore assez maître de gouvernail des affaires pour suivre son penchant naturel, et se prêter à ce que la raison et l'intérêt de tant de nations lui demandait. Le mystère de ces refus obstinés fut enfin découvert à la Haye. Le plus beau génie de l'Angleterre et en même temps le plus éloquent était alors ambassadeur 35 en Hollande, c'était mylord Chesterfield qui s’expliqua elairement sur ce sujet avec le jeune Podewils, qui était alors à la Haye ministre de ma part. Il lui dit que le traité de Varsovie mettait des entraves à la bonne volonté des ministres anglais, et que je ne devais point me laisser amuser par de vaines négociations, mais m'opposer aux desseins de mes ennemis 40 qui tramaient ma perte. Cependant les fréquentes insinuations qu'Andrié faisait à Londres me concilièrent entièrement l'affection du nouveau

ministère, et ils m’assurèrent qu'ils n'attendaient que l’occasion pour me servir.

Tant de négociations différentes me consommèrent beaucoup de temps. L’incertitude de celle d'Angleterre m'occupait le plus; mais malgré mes soins pour la paix je ne négligeais aucun des arrangements 5 nécessaires pour pousser la guerre avec vigueur. On avait eu soin sur toutes choses de former des magasins considérables en Silésie; aucune dépense n’y était épargnée; des sommes importantes étaient destinées pour recruter l’armée; le soldat était abondamment entretenu dans ses quartiers d'hiver; toute la cavalerie était complète en chevaux et en 10 hommes, les réparations dans les fournitures, les habits et les armes étaient faites. Plus de six millions d'écus furent tirés de l’épargne pour fournir à tant de frais. Les états, la noblesse et Les ecclésiastiques donnérent outre cela un million cinq cent mille écus en guise d'emprunt pour

que les opérations militaires puissent être poussées avec la vigueur con- 15

venable, et que je me trouvasse en état de réparer dans la campagne de l’année 1745 Les fautes que j'avais faites en Bohême, l’année 1744.

Je partis de Berlin le 15 de mars après avoir achevé tous ces préparatifs, et j'appris peu de temps après être arrivé en Silésie que le jeune électeur de Bavière avait signé le traité de Füssen avec la reine d'Hon- 20 grie. Immédiatement après la mort de l’empereur, Seckendorff s'était démis du commandement, il avait si mal disposé les quartiers de l’armée des alliés, que les troupes étaient entièrement éparpillées: le terrain qu’elles occupaient était trop vaste, et les places fortes dont les Autrichiens se trouvaient en possession leur ôtaient le cours du Danube, et 25 donnaient à M. de Batthyani qui les commandait la facilité de déboucher par Passau, Braunau ou Ingolstadt, et séparer ces quartiers qui ne pouvaient ni se soutenir ni Se joindre. Les Autrichiens sentaient qu'il était important pour eux de finir d’un côté, avant que de commencer de l’autre, et ils jugèrent par la position des Bavaroïis et de leurs alliés qu'ils en 30 auraient bon marché. Il prévinrent donc leurs ennemis qui étaient au triple plus forts qu'eux, mais qui ne pensaient point à sortir de leurs quartiers qu'au mois de mai tout au plus tôt. Batthyani rassembla douze mille hommes entre Braunau et Schärding, avec lesquels il fondit sur les impériaux dispersés, et leur prit tout de suite Pfarrkirchen Vilshofen et 35 Landshut avec le magasin considérable que les Bavaroïs y avaient rassemblé, lorsque presque en même temps un autre corps d'Autrichiens passa le Danube à Deckendorf, ce qui obligea les Hessois d'abandonner l’Inn, et ces troupes, fugitives sans être battues, se rassemblèrent comme elles purent auprès de Munich. Le jeune électeur, à peine devenu 40 souverain, fut obligé de quitter sa capitale par un sort semblable et celui

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