Chapitre XI. 5 HA
qui avait si souvent persécuté son père, il se retira à Augsbourg. Le comte de Ségur avec les Français et les Palatins qu'il avait sous son commandement n’eut pas une fortune plus riante, il fut battu en se retirant auprès de Pfaffenhofen ; les Autrichiens occupèrent presque en même
5temps le pont du Rhin, ce qui l'obligea de hâter sa marche pour ÉEie Donauwerth avant l'énnirnt,
Tandis que les Bavarois fuyaient comme un troupeau de brebis sans berger, et se sauvèrent à Friedberg, Seckendorff reparut à la cour de l'électeur dans cette situation accablante, non point comme un héros qui
10 dans des temps où le vulgaire croit tout perdu trouve des ressources dans la Supériorité de son génie, mais comme un émissaire de la cour de Vienne qui voulait séduire un jeune prince sans expérience, timide et accablé de malheurs. Les Français avaient accusé de corruption ce maréchal pendant sa campagne d'Alsace, il n'avait point agi contre les
15 Autrichiens comme on pouvait l’attendre de sa réputation, faible dans la résistance lorsqu'ils l’attaquaient, et mou dans la poursuite de ses avantages lorsqu'il pouvait les détruire. On le chargeaït d’avoir exprès mal disposé les quartiers des alliés pour donner plus beau jeu à la cour de Vienne; la malignité de ses ennemis publia même que la reine d'Hongrie
20 lui avait promis de lui payer trois cent mille florins d’arrérages qui lui étaient dus par l'empereur Charles VI, à condition qu'il fit faire à la Bavière une paix séparée. Je n'entre point dans l'examen de ces accusations, je pourrais être injuste en condamnant Seckendorff; beaucoup de préjugés qui lui sont contraires m'empêchent de l’absoudre. Les mouve-
25 ments qu'il se donna mal à propos et sans que cela le regardait, pour faire réussir le traité de Fiüssen font naître des soupçons contre sa probité, et plus que cela encore les fausses pièces qu'il produisit au jeune électeur remplies de mensonges que ce maréchal avait inventés pour abuser ce prince: c'étaient des lettres supposées dans lesquelles je lui donnais part sode la paix que j'étais sur le point de conclure avec la reine d'Hongrie, des avantages imaginaires que les armées de cette princesse avaient remportés en Flandre et en Italie. L’électeur fut trop crédule, et il se laissa entraîner par l’ascendant qu'avaient pris sur son esprit des gens de la cour livrés à la maison d'Autriche. L'empereur, son père, lui avait dit
| 35en mourant »N’oubliez jamais les services que le roi de France et le roi de Prusse m'ont rendus, et ne les payez pas d’ingratitude«. Ces paroles qu'il avait présentes à l'esprit rendirent au moment de la signature sa plume immobile entre ses doigts ; mais l’abîme dans lequel il se trouvait, les impostures de Seckendorff et l'espérance d'une meilleure fortune le 40 décidèrent, et il signa, le 22 d'avril de l’année 1745, le traité de Füssen par lequel il se rendit l’esclave de la maison d'Autriche. Par cette paix
la reine d'Hongrie renonçait à tout dédommagement, et promettait à l’électeur la restitution entière de ses états, l'électeur renonçait pour lui et sa postérité à toutes ses prétentions aux états de la maison d'Autriche et aux provinces appartenantes à cette maison qu'occupaient alors les Français, il reconnaissait l’activité de la voix de Bohême, et s'engageait à 5 donner sa voix au grand-duc de Toscane à l'élection future, il promettait de plus de faire sortir toutes les troupes auxiliaires de son pays, à condition que les troupes autrichiennes ne les inquiéteraient point dans leur retraite, et que la reine d'Hongrie s’obligeât à ne plus tirer de contributions de la Bavière. 10
Ces deux derniers articles furent si mal observés du côté de la reine que les troupes autrichiennes désarmèrent les Hessois dans leur retraite et les conduisirent prisonniers en Hongrie, et qu’ils tirèrent encore sous prétexte d’arrérages de grosses contributions de la Bavière.
Aïnsi finit la fameuse ligue de Francfort, et les Autrichiens donnèr- 15 ent l’exemple de la dureté du joug qu'ils imposent, et de quoi ils sont capables, lorsqu'ils sont soutenus par la prospérité.
Combien peu est-il permis de compter sur les événements dans la politique et dans la guerre? Quand je rassemble les faits arrivés dans le commencement de cette année, je vois que l'Europe a changé de face; 20 l'empereur était mort, son fils avait fait sa paix avec la reine d'Hongrie, le grand-duc de Toscane allait devenir empereur, et l'alliance de Varsovie liait contre moi la moitié des princes de l'Europe; mais la Russie, gagnée par mes largesses, restait dans l’inaction, l'Angleterre était ébranlée et commençait à pencher en ma faveur. Mes mesures pour la cam-95 pagne étaient bien prises, l’armée, reposée de ses fatigues, à peu de chose près complétée et ne manquant de rien. C'était donc du succès de cette campagne que devait dépendre ma réputation, ma fortune et le sort de tout l’état.