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Chapitre XII

disputer aux Autrichiens quinze ou seize chemins qui conduisent de la Bohême et de la Moravie en Silésie dans une étendue de pays longue de trente milles. Après avoir examiné mûrement tous les partis que je pouvais prendre, je résolus de laisser déboucher le due de Lorraine des der- 5 nières montagnes, de l’attaquer alors, de le poursuivre en Bohême, de fourrager ce pays à douze milles de profondeur le long des frontières de la Silésie, et de retourner dans ce duché vers l’arrière-saison pour y faire hiverner les troupes tranquillement. Mes maréchaux approuvérent tous ce plan, parce qu'il était simple, qu’il convenait aux conjonctures où je 10 me trouvais, et que, son succès étant fort probable, il y avait tout lieu d'espérer qu'il serait heureusement exécuté. Lorsque je vins joindre l’armée, ses quartiers étaient distribués, de façon que dix bataillons formaient une chaîne depuis la Lusace jusqu'au comté de Glatz, soutenus de dix escadrons de dragons et de cinq cents hussards qui faisaient des 15 patrouilles vers Schatzlar, Braunau et Bühmisch-Friedland; ce corps qui couvrit le pays du côté de la Bohême était sous les ordres du lieutenantgénéral de Truchsess. Le général de Lehwaldt avait le commandement dans le comté de Glatz où dix bataillons et cinq cents hussards étaient distribués dans le plat pays, outre cela trois bataillons étaient en gar- 20 nison dans la forteresse dont le général Fouquet est gouverneur. Le prince Charles soutenait la frontière de la Haute-Silésie avec seize bataillons, dix escadrons de cavalerie et dix de hussards. Le généralmajor Hautcharmoy défendait avec cinq bataillons, six escadrons de dragons et dix de hussards cette partie de la Silésie, située entre l’'Oder et 25 la Pologne. Le reste de l'armée avait les quartiers entre Breslau, Brieg, Schweïdnitz et Glatz, ayant les montagnes à la droite, l’'Oder à la gauche, la Neïsse devant elle et la forteresse de Neïsse, où j'établis Le quartier général, au centre devant son front.

J'étais à peine arrivé à l’armée que la petite guerre recommença 3oavec vivacité. L'intention des ennemis était de harceler continuellement mes troupes, et de les consumer à petit feu. Dix à douze mille Hongrois, commandés par le vieux maréchal Esterhazi et par les généraux Karoly, Festetiez, Ghilany et Spleny faisaient sans cesse des incursions en Haute- Silésie, et y pénétraient le plus avant qu’il leur était possible. Ils firent 35 un affront à un major qui était détaché avec deux cents hommes dans le petit bourg de Rosenberg. Six mille Hongrois vinrent l'attaquer, et mirent le feu dans cette bicoque pour prendre cette poignée de monde qui défendait un poste, ouvert de tous les côtés. Malgré la multitude d’ennemis qui attaqua le major Schafstedt, et malgré l'incendie qui allait le 40 consumer , il obtint une capitulation par la bonne contenance qu'il fit, et il se retira sur le gros de son régiment à Kreuzbourg. Je songeais à l’in-

stant aux moyens de laver cette petite honte, et à réprimer l’ardeur naïssante de ces Hongroïs nouvellement levés. Il n’est point indigne de l'histoire de rapporter les détails des actions que ce fait occasionna ni de marquer en leurs lieux quelques affaires considérables de détachements qui se sont passées dans le cours de cette campagne, d'autant plus que 5 c’étaient pour la plupart du temps des corps de six à huit mille hommes qui se livraient de petites batailles, et que c’est une espèce de monument que j'élève à la gloire des généraux et des officiers qui ont servi la patrie avec tant de valeur, tant de sagacité et tant de vigilance, que d'informer la postérité de leurs belles actions, et de l'engager par ces exemples 10 magnanimes à imiter leur vertu.

J'employais un officier pour exécuter l'expédition de la Haute-Silésie, dont le rare mérite m'obligera de parler souvent dans ces mémoires : c'était le colonel de Winterfeldt. Il se mit à la tête de six bataillons et de douze cents hussards avec lesquels il passa l'Oder à Cosel. tandis 15 qu'un bataillon de grenadiers et cinq cents hussards passaient la même rivière à Oppeln, pour venir tomber de concert sur le poste où était le gros des Hongrois. Winterfeldt vint fondre sur le village de Schlawenziz, Où il fit cent vingt prisonniers. Il entendit en même temps un feu assez vif sur la gauche: ce qui le fit résoudre d'y marcher: c'étaient plus 20 de cinq mille Hongrois qui entouraient le détachement du major Goltz; Winterfeldt attaqua Spleny et les Hongrois, les rompit, les poursuivit et remporta un avantage complet sur eux. Ils laissèrent plus de cent morts sur la place, deux cents hussards furent pris avec la plus grande partie de leur bagage. Winterfeldt ne crut point en avoir fait assez, s’il n'ache- 25 vait de dissiper les ennemis, et les poursuivit le lendemain, et trouva vis-à-vis de lui deux mille hussards, postés le dos contre un marais qu'une chaussée étroite, unique retraite qui leur restait, traversait. Il profita de la mauvaise disposition des ennemis, les attaqua brusquement et les culbuta dans ce marais, où la plupart périrent par les armes blan- 30 ches ou furent faits prisonniers. Tant d'avantages qui se suivaient de si près donnèrent aux hussards prussiens un ton de supériorité sur les ennemis, le colonel de Wartenberg rencontra entre Kreuzbourg et Rosenberg un gros corps d'insurgents qu'il battit, et en prit prisonniers près de cent cinquante. 35

Pendant ces préambules de la guerre le printemps s'avançait à grands pas, le mois d'avril qui tirait vers sa fin m'avertit d’assembler le gros de mon armée en quartiers de cantonnement, je fis avancer les troupes de Breslau et de Schweïdnitz vers la Neïsse, et je les mis derrière cette rivière entre Wartha et Patschkau; et pour gagner du temps, on 40 prépara des chemins pour quatre colonnes vers Jägerndorf, Glatz et vers

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