Chapitre XII
Sehweïdnitz également, pour que l’armée pâût marcher sans embarras et avec une diligence extrême vers celui de ces lieux par où l'ennemi tenterait son invasion. Les Autrichiens ne tardèrent guère à dévoiler leurs intentions. L’arrangement de leurs magasins et la partie de la Bohême, où 5 leurs troupes réglées s'assemblaient, avertissaient clairement que leur grande armée, comme ils l’appélaient, pénétrerait en Silésie du côté de Landeshut, pendant qu'un corps de troupes réglées, jointes à un essaim d’insurgents et d'Hongrois, me donnerait le change en Haute-Silésie. Ce projet de campagne partait d’un grand général, il ne manqua que par 10 l'exécution.
Si J'avais partagé mon armée, les ennemis auraient eu la supériorité de forces, si je restais rassemblé, je courais risque qu'une multitude de troupes légères, pénétreraient dans la Basse-Silésie, et m'affameraient par mes derrières. Je ne pensais donc plus qu’à faire tous mes efforts
15 contre la grande armée autrichienne, et à hâter le moment d’une affaire générale, puisque les projets du prince de Lorraine ne pouvaient être dérangés que par la vitesse de mes opérations. Vers la fin de mai je pris des mesures pour évacuer la Haute -Silésie à l'exception de la citadelle de Cosel. Je commençais par vider le magasin de Troppau et par faire
20 transporter celui de Jägerndorf à Neisse. Le général Rochow fut chargé de ce convoi avec six cents cavaliers, cinq cents hussards et un bataillon d'infanterie. Quatre mille ennemis moitié pandours, moitié hussards l’attaquérent à plusieurs reprises, mais ils ne purent jamais l’entamer avec avantage. Ma cavalerie fit dans cette occasion-là la première expérience
25 de mes nouvelles manœuvres, et elle en éprouva la solidité.
Landeshut devenait mon point de vue principal par la manœuvre des ennemis; j'avais besoin à cette frontière d’un officier vigilant qui guettàt les Autrichiens et m’avertit à temps de leurs mouvements pour que je puisse saisir à propos le moment décisif. Winterfeldt eut ce poste, et il
30se rendit aux frontières de Bohême avec les régiments de hussards de Ruesch et de Bronikowski. Le lieutenant-général Du Moulin releva le général Truchsess, et il fut renforcé par les dragons de vieux Müllendorif que lui amena le général Stille; ce qui rendait le montant de sa cavalerie fort de trente-cinq escadrons. Winterfeldt ne tarda pas à se signaler 35 dans cette nouvelle carrière, il défit auprès de Hirschberg huit cents Hongrois que commandait un colonel Patatic, espèce de pillard, à qui les Autrichiens voulaient confier des corps pareils à celui de Trenck. Winterfeldt fit trois cents prisonniers, dissipa le reste et roula à fond la réputation de ce nouveau partisan. Nadasdy voulut venger la réputation de 40 la nation hongroise à laquelle Winterfeldt avait imprimé des taches si flétrissantes: il savait que le détachement de Winterfeldt, y compris les
hussards, ne faisait que deux mille quatre cents hommes; sept mille hommes, qui étaient sous les ordres de l'Hongrois, lui donnérent l’avantage du nombre. Il voulut encore avoir celui de la surprise. Il marcha pendant la nuit, et attaqua avec la pointe du jour le détachement avec lequel Winterfeldt s'était posté sur une hauteur devant Landeshut, 5 dont le terrain était fort avantageux. Winterfeldt avait placé ses hussards à côté et sous la protection de son infanterie pour ne les point commettre mal à propos à un ennemi supérieur. Après un combat de quatre heures l'infanterie hongroise fut presque totalement défaite, et dans le moment, qu'elle s’enfuyait, et que Nadasdy commençait à disposer sa10 retraite, arriva le général Stille avec les dix escadrons du vieux Müllendorff. Ces dragons et les hussards attaquérent les ennemis qui se disposaient ‘à faire ferme sur une montagne escarpée dont ils avaient presque gagné le sommet. Les Hongrois furent défaits, et on les mena battant jusqu’au delà des frontières de la Bohême. Nadasdy perdit plus de six 15 cents hommes à cette affaire. Patatic avec quelques officiers de marque furent blessés et pris prisonniers ainsi qu'un nombre considérable de communs soldats. Ces prisonniers déposèrent que Nadasdy avait eu ordre de prendre poste à Landeshut, et que s’il avait réussi toute l’armée autrichienne l’aurait suivi infailliblement. Une conduite si sage et une capa- 20 cité si rare, valurent à Winterfeldt le brevet de général-major.
Il n’était plus temps alors de différer l’assemblée de l’armée. Le prince Charles avait attiré tous ses détachements à lui, et il campait auprès de Jägerndorf, prêt à marcher d’un moment à l’autre. La milice hongroise avait profité de la levée de ses quartiers, et submergeait la 25 Haute-Silésie de ses partis, plus de six mille hussards qui voltigeaient entre Jägerndorf et Neustadt, infestaient les chemins, et interrompirent la correspondance que j'avais avec ce prince, pour qu'il évacuât la Haute- Silésie, et qu'il me joignît à temps. Je détachai le régiment de Zieten, pour lui en apporter l’ordre. Zieten se fit passage à travers de l’ennemi, 30 le sabre à la main. Il amena au camp du prince Charles soixante-dix prisonniers, et lui rendit ma lettre.
Jägerndorf est situé dans un bassin entouré de montagnes, la petite rivière d'Opava coule dans ce fond entre des rochers. De quelque côté que l’on prenne son chemin, on trouve de mauvais défilés à passer. Le 35 22 de mai, le prince Charles se mit en marche avec son corps qui faisait à peu près douze mille combattants. Les ennemis qui s’attendaient à cette retraite, s'étaient renforcés par des troupes réglées et de nouvelles nations barbares qui leur étaient venues de Moravie, qui faisaient monter leur nombre à peu près à vingt mille hommes. Ils occupèrent de nuit 40 toutes les hauteurs qui étaient sur le passage du prince Charles, où ils