‹ Histoire de mon tempsChapitre 115 sur 149 · Chapitre XII · texte numérisé non relu

Chapitre XII

taille fût encore tout à fait rangée, et que la cavalerie eût rempli le terrain qui lappuyait au ruisseau de Striegau. Il se passa bien un gros quart d'heure qu'on ne tirait presque plus, lorsque l’aile gauche attaqua les Autrichiens.

5 Ceux-là s’avançaient lentement dans la petite plaine qui règne depuis Hausdorf jusqu’à Striegau, et qui n’est entrecoupée que par les fossés qui séparent les héritages des paysans. Le prince Charles et mon frère le prince de Prusse attaquérent vivement les Autrichiens, dès qu'ils furent à portée et les chargèrent avec tant de vigueur que linfanterie

10 autrichienne plia partout. Les grenadiers des ennemis se servaient avec intelligence des fossés dont j'ai fait mention qui étaient dans cette plaine, ce qui aurait pu mettre de la règle dans leur retraite, si le régiment des gardes ne les en eût dépostés trois fois à coup de baïonette. Le régiment de Hacke, celui de Bevern et tous ceux qui furent dans le feu se distin-

15 guèrent chacun par des belles actions différentes, tous par une constance et une valeur héroïque. Le succès de la bataille était alors entre mes mains; comme il n'y avait plus d’ennemis devant notre droite, je m'en servis pour la porter par un quart de conversion en flanc et à dos des Autrichiens. Pendant que la droite faisait cette manœuvre, et qu'elle

20 vainquait les obstacles que des bois et un terrain marécageux mettaient à son opération, le centre de la bataille gagnait un terrain considérable sur ses ennemis. La cavalerie de la gauche dont je n’ai point parlé encore n’était pas encore tout à fait rangée en bataille, lorsque dix escadrons, qui faisaient la brigade de Kyau, s'avancèrent, attaquèrent et

25 culbutèrent tout ce qu'ils trouvèrent vis-à-vis d'eux. Le général de Zieten se joignit avec la réserve, et seconda merveilleusement la valeur brillante de Kyau. Le général Nassau qui commandait cette aile gauche gagnait le temps de former les vingt-deux escadrons de sa ligne par les charges de Kyau; dès qu’il eut bien appuyé son aile gauche au ruisseau,

30 il attaqua les ennemis avec toute la valeur possible, et après trois chocs il les rompit tout à fait. Le général Polentz ne contribua pas peu à ce succès : il s'était glissé dans le village Fehebeutel, d’où il pouvait enfiler la cavalerie autrichienne, et quelques décharges qu’elle reçut en flane de notre infanterie y mit une grande confusion avant même que Nassau pôût

35 marcher à elle. Le général Gessler, qui commandait ma seconde ligne de cavalerie de ma gauche, touchaït à notre infanterie, les circonstances ne lui avaient pas permis jusqu'alors de faire usage de ses troupes, il vit que l'infanterie autrichienne commençait à chanceler, et que les bataillons formaient de gros tourbillons par l'extrême désordre où ils étaient. Il

40 profita de ce moment: il ordonne à mon infanterie de suspendre son feu, il se fait faire une ouverture par ma gauche ligne d'infanterie, la traverse

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