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Chapitre XII. sg

gauche. Un quiproquo à peu près semblable pensa devenir funeste à mon armée. Dans le temps que mes troupes se formaient, je tirai de ma seconde ligne le général Kalckstein avec dix bataillons pour renforcer Du Moulin; j'ordonnai à un aide de camp de dire au prince Charles qu'il 5 allât commander la seconde ligne dans la place du général Kalckstein comme le plus ancien, et qu'il eût à la former diligemment. Cet officier me comprit mal apparemment, et dit au prince Charles qu'il prît sa brigade de la première ligne pour en former la seconde ; je m'aperçus à temps du mésentendu, et j'eus le moyen de redresser tout, sans que l'ennemi 10 dont la cavalerie avançait déjà pût profiter de ce dérangement, ce qui aurait été d'autant plus dangereux que le flanc de l’armée n’était point encore appuyé, et qu'avec de la diligence le prince de Lorraine aurait pu séparer mon infanterie de l’aile gauche de la cavalerie qui arrivait lentement, le pont du ruisseau s'étant rompu sous elle. Souvent le sort des 15états et la réputation des généraux qui commandent les armées tiennent à un cheveu le jour d’une bataille, et dans les affaires les plus importantes un instant, un rien décide de la fortune. Je dois cependant rendre le témoignage à ces valeureuses troupes qui combattirent à Friedeberg que ni leur ordre ni leur bravoure ne mirent l’état en risque: aucun corps ne 20 fut repoussé, aucun corps ne plia, tous témoignèrent le même zèle et la même ardeur; une puissance qui est servie par de pareilles troupes se repose sur elles comme le globe du monde sur les épaules d’Atlas.

On s'étonnera sans doute qu'après aussi grands avantages je ne poursuivis pas l'ennemi plus loin. De bonnes raisons m'en empêchèrent, 25 mon armée avait marché la nuit du 3 au 4, et elle était fort fatiguée du combat qui, quoique court, n’avait pas laissé d’être violent. Le terrain par lequel l'ennemi avait pris sa retraite était montueux et difficile; les munitions de l’armée étaient presque usées; l'ennemi après ses pertes m'était pas plus faible que mon armée; personne n'aurait eu soin des 30 blessés ; les équipages et les munitions de guerre étaient à Schweïdnitz, il fallait les faire reconduire à l’armée, et ces objets différents demandaient d'autant plus d'attention qu'ils devaient influer dans la suite sur le succès de toute la campagne.

Le 5 de juin je détachaiïs le général Du Moulin et Winterfeldt pour

35 talonner les ennemis dans leur retraite ; ils atteignirent le prince de Lorraine auprès de Landeshut, et les alliés levèrent leur camp avec confusion à leur reproche, et se retirèrent en Bohême par Schatzlar en grand désordre. Nadasdy fut chargé de l’arrière-garde, il essaya de faire ferme, mais Winterfeldt l’attaqua si vigoureusement qu'il le mit en désoroute, le poursuivit jusqu'aux frontières de la Bohême, lui tua plus de

deux cents hommes, lui fit cent trente hommes prisonniers, après quoi Du Moulin prit le camp, que les alliés venaient de lui abandonner.

Dès que la bataille de Friedeberg fut gagnée, je rappelai de Dresde Cagnoni qui y résidait en qualité de mon ministre, et je fis chasser Bülow de Berlin et ..... de Breslau qui y résidaient tous les deux en qua-5 lité de ministres, regardant avec justice l'invasion que les Saxons firent en Silésie comme une rupture ouverte.

Le 6, l’armée prit le camp de Landeshut et l'avant- garde poussa jusqu'à Starkstadt où elle eut nouvelle que les ennemis avaient quitté Trautenau, pour défiler vers Jaromirez, sur quoi Pavant-garde prit le 10 camp de Skalitz, et l’armée prit plus à la gauche à cause des subsistances par Friedland et Nachod, avançant toujours à pas comptés, et à mesure que les vivres suivaient, après quoi elle vint se déployer sur les bords de la Mettau, petit ruisseau dont les bords sont escarpés, qui vient de Neustadt, et va se jeter dans l'Elbe auprès de Jaromirez. 15

Les Autrichiens avaient leur aile gauche à Jaromirez, leur droite à Smirschitz, tirant vers Kôniggerätz, et l'Elbe devant leur front. Nadasdy fit mine de disputer avec six mille hommes le passage de la Mettau à: mon avant-garde; mais le général Lehwaldt le chassa sans effusion de sang, et se campa à un quart de mille à l’autre bord. 20

Le lendemain, je renforçais l'avant-garde de dix escadrons et d’onze bataïllons, et je la portai en avant à Kralowa-Lhota, et ensuite je me mis à la tête de l'avant-garde et je la portai sur Kôüniggrätz, mon aile droite à Russek, non loin de l’Elbe, et la gauche à Divetz sur l'Adler, ruisseau qui vient des montagnes de Glatz et qui va se jeter dans l’Elbe 25 auprès de Küniggrätz. L'armée sous les ordres du prince Léopold vint se camper à un demi - mille derrière l'avant-garde que je commandais. Ces mouvements obligèrent le prince de Lorraine de venir en hâte aux secours de Kôüniggrätz, il se posta avec son armée sur une montagne qui fait une espèce de triangle au confluent de l’Adler dans l’Elbe, de sorte 30 que l’Adler séparait les deux armées. Sa droite était appuyée à un marais, sa gauche tirait en se recourbant en arrière vers Pardubitz, et derrière son dos était une forêt épaisse et profonde de deux milles qui m'empêchait de le tourner. Sa communication avec Kôüniggrätz était établie par le moyen de trois ponts: cette ville était défendue par un détache- 35 ment de huit cents hommes; une redoute élevée sur une monticule à six cents pas de la ville et garnie de mille pandours en rendaït l'accès plus difficile. Je mis un bataillon à Jaromirez dès que les Autrichiens l'eurent abandonné, un autre bataillon à Smirschitz, pour tenir l’Elbe

avec des détachements de dragons et de hussards, pour protéger les 40

fourrages que la cavalerie faisait de ce côté-là, et Jaromirez appuyait en

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