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Chapitre Ier

populace qui craint ses propres armes, capable de piller, de fuir, et non pas d’obéissance ni de cette valeur qu'il faut pour combattre. Le peuple en Pologne est plus esclave que toute part ailleurs, cependant ces serfs sont aussi fiers de leur liberté imaginaire que le sont leurs maîtres et les

5 palatins. — De toutes ces raisons que je viens de détailler résulte la faiblesse de ce royaume, dont la Russie a retiré un parti si avantageux à sa gloire.

Le roi ne retire qu’un million d’écus de la Pologne. dont rien ne lui reste par le grand nombre de pensions qu'il est obligé de payer pour avoir

10 un parti assez considérable à sa disposition.

Ce prince est naturellement doux et bienfaisant, réglé dans ses recettes, prodigue dans ses dépenses, ayant de l’aversion pour le travail, et peu d'inclination pour les grandeurs; sans cesse conduit, ou par son épouse ou par un jésuite ou par un favori catholique, par coutume,

15 magnifique par penchant; son indolence fut le plus grand obstacle que ses ministres rencontrèérent pour lui frayer le chemin du trône.

La reine est née princesse d'Autriche, fille de l'empereur Joseph et sœur de l’électrice de Bavière. L'ascendant de cette princesse sur l'esprit du roi lui donne un crédit fort étendu. Elle à hérité de la maison d’Au-

20 triche cette hauteur et cette superstition qui fait son caractère. Ses vœux sont d'introduire le culte catholique en Saxe à la place du lutherien, et elle va à ses fins prudemment, en sapant insensiblement un édifice, qui résisterait aux efforts de la violence, si elle voulait les employer.

Cette princesse tenait tous les jours un espèce de conseil dont étaient

25 sa grande gouvernante la comtesse Colowrat, le comte de Brühl, beaufils de cette comtesse, et le père Guarini, jésuite italien, qui était en grande faveur chez le roi. Les résolutions de ce conseil étaient ensuite proposées au roi qui y consentait sans peine.

Brühl et Hennicke étaient les principaux ministres de la Saxe, le

30 premier s'était élevé de page au maniement des affaires ; le second de laquais était devenu financier. Brühl avait été Le favori d'Auguste I®* qui s’était proposé de le styler au ministère, comme les pères font souvent de leurs fils un ecclésiastique qui serait bon militaire, et un soldat d'un autre qui aurait des talents pour la robe. A la mort d’Auguste I*, Brühl 35 rendit de grands services au roi, son fils, qui par reconnaissance l’associa à la faveur de Sulkowski, son premier favori. La jalousie que l’égalité fait naître entre les ambitieux sema bientôt la mésintelligence entre ces deux favoris. Sulkowski avait fait un projet de politique pour la mort de l'empereur Charles VI, qu'il présenta au roi, et qui faisait parsoticiper Auguste à la succession de l’empereur par les droits de son épouse, Brühl le communiqua secrètement à la cour de Vienne, et maria

ses intérêts avec ceux de cette cour et la haïne que la reine avait contre Sulkowski, pour perdre ce favori. Cela lui réussit heureusement, et son expérience le rendit vigilant à éloigner avec soin tous ceux dont la concurrence pouvait lui donner de l’ombrage, et depuis ce temps la maison d'Autriche l’enchaîna dans ses intérêts, et la reine eut quelque part aux 5 affaires.

Le caractère de Brühl est timide et souple, fourbe et adroït, il n’a ni assez d'esprit ni assez de mémoire pour déguiser ses mensonges: il est double, faux et traître. Prodigue des richesses de l'état le roi veut qu’il représente la majesté royale par la profusion de la dépense. C’est 10 l’homme de ce siècle qui a le plus de porcelaine, de montres, d’habits et de bottes, aussi ressemble-t-il à ces gens dont Cicéron disait dans le temps de son premier consulat et de la conspiration de Catilina : ils sont trop frisés et trop parfumés pour que je les craigne. Il fallait que la nature ait formé un prince comme Auguste II, pour que d’un certain nom-15 bre de sujets de mérite le comte de Brühl parvint au ministère.

Le duc de Weïissenfels, prince dont les belles qualités étaient connues, et qui avait commandé l’armée jusqu’ alors, eut des dégoûts et résigna le commandement entre les mains du vieux Baudissin, homme valétudinaire et incapable de ces emplois. Le comte Rutowski, bâtard 20 d'Auguste I°', suivait en grade après Baudissin, il avait commandé les six mille Saxons auxiliaires qui firent les campagnes de 1737 et de 38 en Hongrie, et il s'était distingué à l'affaire du Timoc, d’ailleurs trop épicuricien pour agir, et trop commode pour employer ses talents. Son frère, le chevalier de Saxe lui était inférieur en tout. Il y avait d’ailleurs 25 quelques bons généraux dans l’armée saxonne, mais les meilleurs avaient quitté le service comme Münnich, Lüwendal et Nassau, dont le dernier avait passé à celui de Prusse. Les Saxons avaient cependant quelques gens d'esprit, dont l'espèce est si rare dans tous les pays, et quelques bons négociateurs, mais il ne s’en servaient pas dans les cours étrangères, 30 ils étaient bien servis par leurs espions et mal par leurs ministres. Ils étaient sous la dépendance de la Russie, et comme des tributaires ils n'osaient pas contracter d'engagement sans en avoir le consentement de cette puissance, alliés à la maison d'Autriche et à l'Angleterre depuis la mort d'Auguste I°. 35

La Saxe est une des plus belles provinces d'Allemagne, habitée par un peuple industrieux et laborieux, les artisans et de belles fabriques y attirent et y font circuler l'argent des pays étrangers. Les états de pays ont un crédit aussi bien établi et presque aussi étendu que celui des Hollandaïis. C’est la ressource du souverain, et qui fait qu’un petit pays 40 comme la Saxe lui donne le revenu de cinq millions et demi d’écus. La

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