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Chapitre Ier

Saxe entretenait alors vingt-quatre mille hommes des troupes réglées, le pays pouvait fournir jusqu’ à huit mille hommes de miliciens. Il y a une compagnie de savants à Leipsig (siége du commerce et de l’opulence de ce pays) qui cultivait les belles lettres allemandes, 5 étude stérile et ingrate. Le journal de Leïpsig qui est le plus ancien de tous les journaux conservait encore quelque réputation. Il avait en un mot du savoir en Saxe, mais point de vrais savants; de l’ostentation, sans puissance réelle; un désir de dominer et dans le fond une véritable dépendance, et la politique des petits princes d'Italie, comme la peint 10 Machiavel, tenait lieu du système égal, mâle et nerveux que suivent les grands hommes d'état dans les puissantes monarchies.

Après la Saxe Charles de Bavière tenait une des premières places parmi les électeurs de l'empire. Son père qui suivait les intérêts de la France perdit ses états après la malheureuse bataille de Hôüchstädt, et il

15 laissa, en mourant, des dettes considérables qu'une suite d'infortune et une enchaînure de plaisirs lui avaient fait contracter. Charles hérita des inclinations de son père auxquelles il joignit une noblesse d'esprit et une bonté de cœur infinie; doux, bienfaisant, mais trop facile. Son premier ministre était en même temps son général, le comte Tôrring qui réunis-

20 sait ces deux emplois, également au dessus de ses forces, n’avait de talent que celui de flatter et de servir les passions de son maître. Trois millions que rapportait la Bavière ne suffisaient pas au dépenses, on y suppléait en quelque manière par un subside de trois cent mille écus que la France payait à l'électeur. La Bavière est de toute l'Allemagne le

25 pays le plus fertile, et où il y ait le moins d'esprit: c’est le paradis terrestre, il n’est habité que par des bêtes. Les troupes de l'électeur étaient délabrées, il avait envoyé six mille hommes en Hongrie au secours de l'empereur dont à peine la moitié était revenue, il n’entretenait que douze mille hommes.

30 L’électeur de Cologne, frère de celui de Bavière, avait réuni sur la tête le plus de mitres qu'il avait pu: outre son électorat il était'évêque de Münster et de Paderborn, et de plus grand maître de l’ordre Teutonique. Il pouvait entretenir douze mille hommes de mauvaises troupes plus propres à décorer une procession qu’à faire les fonctions pénibles de

35 leur emploi dans les armées. Les favoris de l'électeur faisaient un trafic des engagements de leur maître, alors ils l'avaient vendu à la maison d'Autriche.

Celui de Mayence, quoique doyen du collége électoral, était plus faible que celui de Cologne, et celui de Trèves plus faible encore que

celui de Mayence. Le comte d'Eltz, qui était alors électeur de Mayence, avait tous les dispositions d’un bon citoyen, attaché aux intérêts de sa patrie, sans passion et sans préjugés il ne s’abandonnaït pas à tous les caprices de la cour de Vienne : l'électeur de Trèves ne savait que ramper.

L’électeur palatin avait soutenu sa neutralité dans la guerre des 1733, son pays souffrit à la vérité par les désordres que firent deux armées ; il a deux places fortes, et n’entretient que huit mille hommes.

Les ducs, princes et autres états de l’empire étaient gouvernés par la cour impériale avec un sceptre de fer, la maison d'Autriche exerçait sur eux toute la dureté de son despotisme, elle les avilissait par sa hau- 10 teur, et les assujettissait à la tyrannie de ses ordres, comme s’il n’y eût de liberté que pour les puissants, et d’esclavage que pour les faibles. Les ministres de l’empereur entretenaient la mésintelligence qui était entre le duc de Mecklenbourg et ses états, et traînaient ce fameux procès pour s'enrichir eux et les commissaires impériaux qui.avaient cette mal- 15 heureuse duché en séquestre. La politique de la cour de Vienne gageait : ou donnait des caractères aux ministres qui dirigeaient les petites cours de l'empire, ce qui malgré la rigueur de son joug superbe attachait tous ces petits souverains au char de sa fortune.

Le corps germanique est puissant, si vous considérez ces rois, ces 20 électeurs et la foule de souverains qui le composent, il est faible si vous arrêtez votre attention sur les intérêts différents et opposés les uns aux autres qui le divisent. De là vient que toutes les forteresses frontières tombaient en ruine, Kehl et Philippsbourg avaient encore les brèches ouvertes telles que les Français les y avaient faites dans les derniers 25 siéges.

Les délibérations de ce vaste corps sont des chicanes pointilleuses, leurs résolutions incertaines ou équivoques, et leurs opérations pénibles et lentes. La cour de Vienne a coutume de confondre ses quérelles particulières avec celles de ces états, et de faire servir l'empire d’instrument 30 aux profondes abîmes de son ambition. La religion qui autrefois fut le prétexte saint de tant de guerres sanglantes est muette à présent. Les catholiques et les protestants respectent leurs droits mutuels et ne s'entre-déchirent plus. Peut-être que dans ce siècle ce n’est pas la mode en politique de mouvoir ce saint fantôme sacré. Les droits d’héritage, de 35 succession ou plutôt de bienséance l’ont remplacé : et cette tiédeur du zèle de religion peut se regarder comme faveur la plus distinguée de la providence.

Beaucoup de personnes s’étonnent qu'un gouvernement, aussi bizarre, et Composé de membres si peu assortissants, comme celui d’Alle- 40 magne, ait pu subsister si longtemps, et ils en attribuent la constante et

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