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Chapitre XIII

places fortes dans l'état où elles s'étaient trouvées avant leur saisie, et en un mot qu'ils paieraient tous les dommages avenus, et à venir par la retraite des troupes. Villiers augura mal d'une paix dont la Saxe dictait les conditions avec hauteur et où rien ne garantissait de sa fidélité; ce- 5 pendant il m'envoya le mémoire, l'accompagnant d’une lettre dans laquelle il m'assurait des bonnes intentions du roi, son maître, à quoi il ajouta qu'il n'était point autorisé à garantir la déclaration des ministres de Saxe : c'en était dire assez.

Je reçus presque en même temps des avis de la marche du prince 10 de Lorraine qui repassait l'Elbe à Leïtmeritz pour joindre les Saxons à Dresde. Cet avis, joint à la fuite du roi de Pologne qui cherchait un asile au sein de mes ennemis, me fit voir clairement que Brühl ne voulait pas la paix. L'expérience que j'avais faite pendant le cours de cette guerre de la duplicité des Saxons me fit penser à mes sûretés, sans toute- 15 fois quitter de vue l'objet de la paix. Je transportai pour cet effet mon quartier général de Gürlitz à Bautzen, et je poussai le corps de Lehwaldt jusqu'à Künigsbrüek à un mille de Meiïssen, pour veiller à la jonction des armées autrichiennes et saxonnes, et pour être à portée de celle du prince d'Anhalt. Je répondis au sieur Villiers que j'avais fait venir 20 auprès de ma personne mon ministre des affaires étrangères, pour mettre de ma part toute la facilité possible à ce qui pouvait ramener la paix ; que je me flattais que le roi de Pologne voudrait m'envoyer à son choix un de ses ministres pour qu’on pât mettre la dernière main à cet ouvrage salutaire; que la signature des préliminaires mettrait fin aux hostilités, 25 étant fâcheux de ne pouvoir accorder au roi de Pologne l’article des fourrages et des contributions; qu’il me semblait que je pouvais demander, à aussi bon droit que lui, d’être indemnisé des dégâts que ses troupes avaient faits et des contributions qu'elles avaient tirées de la Silésie ; mais que le meilleur serait de passer cet article sous silence de part et 30 d'autre; j'ajoutai que j'espérais que les ministres de Russie et de Hollande voudraient se rendre garants de ce traité de paix, et je finis ma lettre en regretant le départ du roi de Pologne de Dresde, le regardant comme une démarche peu amiable, et qui était injurieuse à ma façon de penser. — Dans le fond ce départ était de mauvais augure pour la négo- 35 ciation que j'avais entamée. Brühl avait conduit ce prince à Prague pour lobséder, et le mettre hors de portée de voir les malheurs que la guerre attirait sur la Saxe, pour qu’il n’entendit point crier la voix de sa patrie, et que les Autrichiens, plus insensibles encore à son infortune que lui-même, l’entretinssent dans les dispositions où il était de continuer la so guerre. Ainsi Brühl sacrifiait les intérêts de son maître à ceux de la reine d'Hongrie. Ces réflexions me confirmèrent dans les sentiments où Frédéric IL, hist. de mon temps. 2

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j'étais qu'il n’y avait à négocier que les armes à la main, et je regardais Briühl comme un frénétique, qui dans les accès de sa démence retourne contre lui-même une épée qu'il faut lui arracher pour lui sauver la vie.

Il était temps de donner une nouvelle activité à mes opérations. La Lusace était conquise, il ne restait plus rien à faire du côté de l'Elbe où 5 était mon armée: tout roula done depuis sur les moyens de seconder les opérations du prince d’Anhalt. Je n'avais reçu de huit jours des nouvelles de l’armée de ce prince; l'incertitude où j'étais de sa position m'embarrassait d'autant plus, qu'il n'y avait pas des moments à perdre pour agir de concert: que le pont de Meissen était de la dernière impor- 10 tance pour l'exécution de mes desseins, et qu'il était nécessaire de s'en emparer avant que l'ennemi pensât à le ruiner tout à fait; mais Je ne pouvais me rendre maître de ce lieu qui est situé à haut bord de l'Elbe qu'à l’aide du prince d'Anhalt. Dans l'ignorance où je fus des progrès de sa marche, je fis une supputation du jour qu'il pouvait y être, ce qui 15 répondait au 8 ou 9 de décembre tout au plus tard. Lehwaldt reçut ordre de se porter le 9 sur Meissen, si le prince d'Anhalt fut arrivé en même temps de l’autre côté, la ville était prise: mais il ne vint point, et les glaces que la rivière charriait alors empêchèrent Lehwaldt de construire un pont au moyen des pontons qu'il conduisait dans sa marche, ce qui 20 arrêta cette expédition.

Villiers m’expédia dans ces entrefaites un courrier de Prague où il s'était rendu avec une réponse peu satisfaisante au mémoire que j'avais envoyé au roi de Pologne. Ce prince refusait de m'envoyer un ministre muni de pleins pouvoirs; il exagérait les secours qu'il attendait de l'em-25 pire et de ses alliés, et menaçait de venger sur mon pays les dégâts qu'il prétendait que j'avais faits en Saxe, pensant qu'il avait bien fait de quitter. Dresde, ne croyant pas d’être plus ménagé pendant une guerre ouverte qu'il l'avait été dans mes écrits qui l'avaient précédée. On voit bien qu'il s'agit plus de Brühl dans ce dernier article que du roi. — J'écrivis 30 au sieur Villiers que j'étais surpris au possible de cet inflexibilité opiniàtre du roi de Pologne et de la hauteur de sa réponse; que je ne savais par quel moyen éviter à la longue de ruiner un pays ennemi, où il faut fournir régulièrement tous les jours de quoi faire subsister une armée de quatre-vingt mille hommes; que sans que j'eusse la moindre animosité 35 contre ce prince, il ne serait pas dans mon pouvoir de garantir ses états des calamités de la guerre, s’il ne voulait concourir avec moi pour travailler à leur salut, que la paix seule pouvait remédier à ces désastres ; que chaque jour qu'il la différait devenait un jour ruineux de plus pour ses sujets: que j'avais lieu de croire que, si la fortune m'avait été con- 40 traire, mes ennemis n'auraient pas usé de la même modération dans le

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