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Chapitre XIII

où il campa malgré le froid perçant qu’il faisait. Dés le 13 de décembre le prince de Lorraine était arrivé avec son armée auprès de Dresde. Les ministres saxons qui réglaient toutes les affaires, comme je viens de le dire, avaient assigné des quartiers si vastes et si étendus aux Autrichiens 5 qu'ils ne pouvaient pas se rassembler en vingt-quatre heures. Le prince de Lorraine fit des représentations convenables pour que l’on changeñt cette disposition singulière auxquelles Hennicke, accoutumé à donner la loi aux fermiers et aux traitants, ne fit aucune attention. Le prince de Lorraine, qui prévoyait que les Saxons seraient attaqués, fit prier Ru- 10towski de l’avertir à temps sil avait besoin du secours des Autrichiens, à cause qu'il lui fallait du temps pour rassembler ses troupes éparpillées, et que Rutowski ne devait pas se flatter de le voir arriver plus tôt que vingt-quatre heures après l'avoir demandé. Rutowski lui répondit qu'il était assez fort dans le poste qu'il occupait, et qu'il était sûr que les 15 Prussiens ne l'y attaqueraient pas. Depuis la bataille de Fontenoi, que le comte de Saxe avait gagnée en fortifiant les villages d'Antoing et de Fontenoi d’une artillerie prodigieuse, soutenue d'infanterie, on vit beaucoup de généraux qui voulurent limiter. La disposition des Autrichiens à Sohr en devait être une copie, et le poste dans lequel le comte Rutowski 20 s'était préparé à recevoir mes troupes à Kesselsdorf était de même modelé sur celui de Fontenoi: la différence du comte de Saxe à ses imitateurs mit de la différence dans leurs succès.

Cependant mes deux armées se mirent en marche le 15, celle du prince d’Anhalt pour s’approcher des ennemis et de Dresde, la mienne 25 pour gagner Meissen. Cette position me mettait à cheval sur l’Elbe, je pouvais secourir le prince d'Anhalt, s’il était nécessaire, et je pouvais en même temps faire tête aux ennemis, en cas qu'ils eussent passé l'Elbe

à Dresde, d’où ils auraient pu facilement regagner les magasins qu’ils avaient perdus en Lusace. Je fis entrer quatorze bataillons dans Meissen, 30le reste de l'infanterie et la cavalerie cantonnèrent à l'autre bord de la rivière du côté de la Lusace, de sorte cependant qu'ils pouvaient s’assembler en peu d'heures au quartier général. Je reçus, en arrivant à Meissén, une lettre du sieur Villiers qui m'apprit que le délabrement extrême des affaires du roi de Pologne, et la nécessité à laquelle je l’avais réduit 35 l'avaient enfin obligé à donner les mains à notre raccommodement; que Saul allait partir pour Dresde, chargé d'instructions amples et suffisantes pour que le conseil d'état pût travailler avec mes ministres au grand ouvrage de la paix; que la reine d'Hongrie était disposée d'y accéder, moyennant quelque adoucissement de la convention d'Hanovre, et que lui, Villiers, se 10 rendrait à Dresde le plus tôt qu'il le pourrait, pour intervenir en cas que ce fût besoin entre les parties, et rendre leur réconciliation plus facile.

Je n’eus pas le temps de répondre à cette lettre, je n'avais pas même achevé de la lire, qu'on vint me dire que du côté de Dresde toute l’atmosphère semblait embrasée, et qu’on entendait le bruit d’une terrible canonnade. Je me doutai d'abord qu'une action était engagée entre le prince d’Anhalt et les ennemis: je fis seller ma cavalerie; l'infanterie 5 eut ordre d’être sous les armes; après quoi je courus à cheval sur les premières hauteurs qui sont sur le chemin de Dresde. Je me confirmai pleinement dans mon opinion, plus j'allais en avant, et plus qu’on distinguait le feu d'infanterie. Je n'avais que quelques officiers avec moi pour toute escorte, que j'envoyai à la découverte avant et à côté de moï, 10 quelques uns d’entre eux prirent six fuyards de Sibilski prisonniers, qui dirent que les Saxons étaient battus: ce qui me fit ajouter foi à leur discours fut que je ne vis revenir âme qui vive de mes troupes, signe certain que les affaires allaient bien. La nuit allait nous surprendre, ce qui m'obligea de retourner à Meiïssen, pour n'être point exposé à quelque 15 affront, satisfait d’être sûr que le prince d'Anhalt était victorieux. Mon parti était pris; au cas que ce prince eût eu du désavantage, j'aurais : rassemblé toutes mes troupes sur les hauteurs de Meiïssen, de là j'aurais marché au-devant des troupes battues, celles-là auraient formé la seconde ligne, les miennes la première, et dans cet ordre nous serions avancés de 20 nouveau sur les ennemis pour les enfoncer à quelque prix que ce fût; mais le prince d'Anhalt m'épargna ces soins, et j'appris par un officier, qu'il me dépêcha, les circonstances suivantes de cette glorieuse bataille.

Il avait décampé de Neustadt le 15 de grand matin, dirigeant sa marche par Wilsdruf le droit chemin sur Dresde. A l’autre côté de Wils-25 druf ses hussards donnèrent sur un gros d’uhlans, qu’ils poussèrent devant eux jusqu'à Kesselsdorf, où ils virent toute l’armée saxonne, rangée en ordre de bataille, ce qui les arrêta; ils en avertirent aussitôt le prince d’Anbalt. Un grand ravin, dont le fond était marécageux en beaucoup d’endroits, couvrait le front de l’armée saxonne; ce fond est très-profond 30 du côté de l'Elbe, mais il se perd à mesure qu'il s'en éloigne, de façon que le terrain était presque uni et praticable à Kesselsdorf, où les Saxons avaient appuyé leur gauche. Ce poste était soutenu par tous les grenadiers de l’armée et par le régiment de Rutowski; une batterie de vingtquatre pièces de canon en rendait l'accès difficile et meurtrier; à leur 35 droite était le corps de Grinne, et cette aile s'appuyait au village de Bennerich, lieu inattaquable, à cause du précipice qui le défend. Avant que la bataille commença, la cavalerie saxonne était au delà du village de Kesselsdorf, rangée en ligne avec le reste de l’armée; mais, je ne sais pourquoi, le comte Rutowski la retira, et la mit en troisième ligne der- 40 rière son infanterie.

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