Chapitre XIII
où ils formérent la première ligne, et l’armée du prince d'Anhalt qui resta dans sa position fit la seconde. L’heureux succès de cette expédition mobligea à dissimuler les fautes que la lenteur du prince d'Anhalt lui avait fait commettre, d'autant plus que la journée de Kesselsdorf y avait 5 tiré un beau voile dessus. Ce prince me reçut dans son camp à la tête des officiers principaux de son armée, je lui fis un compliment sur la journée du 15 dans lequel rien ne fut omis de ce qui pouvait flatter son amour-propre, Car après tout un homme de son âge est incorrigible. Il me mena sur le champ de bataille, et j'avoue que je fus moins surpris 10 de voir les difficultés que mes troupes avaient trouvées à surmonter et le nombre des prisonniers qu'elles avaient faits des ennemis, que de voir toute cette campagne couverte de bourgeois de Dresde, qui venaient à notre rencontre avec des visages sereins et pleins de confiance. L'année 1744, lorsque je traversai la Saxe en ami avec mon armée, pour entrer 15en Bohême, le duc de Weïssenfels fit entrer dix bataillons à Dresde, on éleva des batteries le long de l’Elbe, on fit des coupures dans les rues de cette capitale, et l’on mit des palissades dans tous les lieux où l’on pouvait enfoncer des pieux en terre; ni les officiers ni les goujats de mon armée neurent permission d'entrer dans cette ville, pour y faire 20 l'achat de cent mille bagatelles dont une armée qui est en marche a besoin; et l’année 1745, lorsque j'entrai en Saxe comme ennemi à la tête de quatre - vingt mille hommes, après que l’armée auxiliaire des Autrichiens avait été rechassée en Bohême et la saxonne battue à Kesselsdorf, les portes de Dresde restèrent ouvertes, les enfants cadets de la famille 25royale, l'arsenal, le ministère et tous les conseils suprêmes du pays se rendirent à discrétion. Voilà de ces contradictions dont l'esprit humain est capable, et de ces conduites singulières dont il est impossible d’expliquer la raison. Il faut croire que le peu de provisions qu'il y avait en ville, et des délibérations tumultuaires prises dans la confusion et dans 30 l'abattement, où jette une bataille perdue, en peuvent être la cause, mais il me semble cependant qu'on aurait toute fois eu le temps de sauver la famille royale. le ministère, et de retirer de Dresde une milice utile pour recompléter les corps délabrés de l’armée saxonne.
Le 17, je fis cantonner mes troupes à une portée de canon de Dresde,
35et je pris mon quartier à Plauen, qui était à leur centre. J’envoyai de grosses patrouilles de hussards en avant, pour savoir ce qui se passait chez les ennemis et dans la capitale, ceux-là me rapportèrent que le faubourg de Dresde était vide, sur quoi je résolus de occuper sur l'heure, puisque qui est maître du faubourg l’est aussi de la ville. Le comman- 40 dant fut sommé, il répondit que Dresde n’était point de place de guerre et les ministres y ajoutèrent une espèce de mémoire qui devait signifier
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une Capitulation. Je la réglai selon‘mon bon plaisir, en promettant cependant toutes les sûretés pour la famille royale. Le 18, à la pointe du jour, mes troupes consignèrent les portes de la ville. La milice fut désarmée, et quinze cents blessés de la journée de Kesselsdorf que les Saxons n'avaient pu conduire avec eux furent encore faits prisonniers avec quatre 5 cent quinze officiers, tant de blessés que de la milice. Dix bataillons entrèrent en garnison à Dresde, où je me rendis ainsi que l'état-major de mes deux armées. Je ne sais pourquoi l’on débita dans le monde que le prince d'Anhalt m'avait demandé le pillage de Dresde pour son armée, lui ayant promis le sac de cette ville pour l’encourager à la bataille. Le 10 penchant qu'ont tous les hommes à croire des contes malicieux ou satiriques à seul pu accréditer cette fausseté; jamais le prince d'Anhalt n'aurait osé me faire une proposition aussi barbare, et ces sortes de promesses, faites de la part de l'officier commandant aux soldats, sont bien éloignées de la subordination et de la discipline prussienne, L'intérêt n’a 15 point eu part aux belles actions de nos troupes, les principes de nos victoires ne doivent se chercher que dans la valeur et l'ambition des officiers et dans l’ordre et obéissance des troupes.
La première chose que je fis, étant à Dresde, fut de rendre visite aux enfants du roi pour les faire revenir des craintes que leur causait le 20 malheur de leur patrie; j'adoucis autant que je le pus la dureté de leur infortune, en leur faisant rendre tous les honneurs dus à leur condition, en leur laissant une entière liberté, et en soumettant la garde du château à leurs ordres. Je répondis ensuite au sieur Villiers, que j'avais été fort surpris de recevoir des propositions de paix le jour d’une bataille, que 25 j'étais convaincu de la fausseté des intentions de Brühl par le retour de l'armée du prince de Lorraine en Saxe, que la fortune qui avait secondé ma cause m'avait mis en état de ressentir bien vivement ces sortes de procédés; mais que bien loin de penser de cette façon-là, j'offrais encore pour la dernière fois mon amitié au roi de Pologne, que mes succès ne 30 m'aveuglaient, et que j'attendais que les sieurs de Bülow et de Rex eussent reçu leur pleins pouvoirs, pour finir sans délai avec eux; que je ne me départirais point des engagements où j'étais entré avec le roi de l'Angleterre par la convention d'Hanovre, que je rehausseraïis mes prétentions bien loin de plier, si la reine d'Hongrie ne voulait point s’aceom- 35 moder sur ce pied-là, et je finis, en lui enjoignant sérieusement, de m'apporter les dernières volontés du roi de Pologne, afin que rien ne portât plus d'empêchement à la pacification de l'Allemagne et au repos du Nord.
Je fis inviter chez moi tous les ministres saxons, et leur exposai la 40 pureté de mes intentions pour la paix, je fus assez heureux de les en