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Chapitre XILL

Grünne pour la Saxe, et que peut-être il le suivra lui-même avec le reste de ses troupes, si la reine trouve à propos de s’en servir contre vous. J'ai fait de belles choses cette campagne, vous avez fait quelques médiocres. Je plains la situation hasardée où vous vous êtes mis pour l’a- 5 mour de moi; mais témoignez de la constance et souffrez toujours, imitez l'exemple de mes autres alliés, que j'ai abandonnés, à la vérité, mais qui se sont sacrifiés généreusement pour la France, et à qui j'ai donné l’aumône, lorsqu'ils étaient fugitifs. Prenez conseil de votre esprit, et de cette présomption avec laquelle vous vous êtes ingéré assez souvent de 10m'en donner; vous aurez sans doute assez d'habileté pour vous tirer d'embarras, et d'ailleurs le froid qu'il fait dans cette saison engourdira les doigts de vos ennemis, et ils ne pourront point combattre. Si cependant il vous arrive malheur, je vous promets que quarante bouches éloquentes feront l'oraison funèbre de votre empire, détruit pour le service 15 de la France, et votre nom sera placé dans le vaste martyrologe des alliés qui se sont dévoués pour mes intérêts. Vous voyez que j'ai fait des diversions, je vous ai offert jusqu'à un million de livres de subsides; un bon allié ne peut faire davantage. Espérez done avec ferveur en la belle campagne que je ferai l’été qui vient, pour laquelle je prépare tout dès à 20 présent, et comptez que je me concerterai avec vous sur tous les points où vous voudrez suivre aveuglément mes intérêts, et vous conformer en tout à mes intentions.

Dès que je vis mes négociations pour la paix sur le point de finir,

je répondis au roi de France, et je rapporte ma réponse à cause que la 25 matière dont il s’agit était aussi importante que délicate.

»Monsieur mon frère. — Je m'attendais à des secours réels de la part de Votre Majesté, après la lettre que je lui avais écrite de Berlin en date du 15 de novembre. Je n'entre point dans la raison, qu’elle peut avoir d'abandonner ainsi ses alliés à leur propre fortune, cela fait que je sens

30 doublement le bonheur que j'ai de m'être tiré d’un pas très scabreux par la seule valeur de mes troupes. Si la fortune m'avait tourné le dos, Votre Majesté se serait contentée de me plaindre, et j'aurais été sans ressource. Comment une alliance peut-elle subsister, si les deux parties ne concourent pas également et avec efficace à leur conservation mutuelle? Votre

35 Majesté veut que je prenne conseil de mon esprit: je le fais, puisqu'elle le juge à propos: il me dicte de mettre promptement fin à une guerre qui, n'ayant plus d'objet depuis la mort du défunt empereur, ne cause qu'une effusion de sang inutile. Il me dit qu'il est enfin le temps de penser à ma propre sûreté; qu'une armée nombreuse de Moscovites me-

40 nace le royaume du côté de la Courlande; que le corps que M. de Traun commande sur le Rhin pourrait aisément refluer vers la Saxe; que la

fortune est inconstante, et qu'après tout je n’ai des secours d'aucune espèce à attendre de mes alliés. Les Autrichiens et les Saxons ont envoyé ici des ministres pour négocier la paix, et après la lettre que je viens de recevoir de Votre Majesté, il ne me reste plus qu'à signer. Après m'être acquitté de ce que je dois à l’état et à ma propre sûreté, 5 aucun objet ne me tiendra plus à cœur que de pouvoir être de quelque utilité aux intérêts de Votre Majesté. Puissé- je être assez heureux que de servir d'instrument à la pacification générale! Votre Majesté ne pourra jamais s'ouvrir de ses intentions envers quelqu'un qui lui soit plus attaché que je le suis, ni qui travaille avec plus de zèle à concilier les esprits 10 et à trouver des tempéraments qui puissent accorder la diversité d'intérêt dont l'opposition fatale à fait jusqu’à présent les malheurs de l'Europe. Je la prie de me conserver son amitié qui me sera toujours précieuse, et d'être persuadée que je suis etc.«

Depuis que le colonel de Retzow avait été commandé avec cinq ba-15 taillons du côté de Freyberg dans les montagnes de Saxe attenantes à la Bohême et au Voigtland, l’armée autrichienne et saxonne s'était retirée en Bohême, ne gardant plus un terrain en Saxe, capable de la nourrir. L'armée de cet électorat était réduite au nombre de seize mille hommes, le roi de Pologne ne tirait plus d'argent pour payer son armée ni d’hom- 20 mes pour la recruter. Les secours de la Russie lui devenaient nuls par leur lenteur et leur éloignement, et le défaut des moyens le mettait dans la nécessité indispensable de faire la paix. Le comte de Harrach vint alors à Dresde, et fit la paix, ne pouvant continuer la guerre. Il me remercia des facilités que je fournissais à sa négociation; apparemment 25 avait-il supposé que mes prétentions seraient excessives. Je lui répondis que depuis la mort de Charles VII j'avais été dans les mêmes dispositions pour la paix. Il jeta quelques propositions en avant pour me proposer une entrevue avec la reine d'Hongrie, que j'éludai, en lui rappelant les exemples de l’inutilité des semblables entrevues et des mauvaises suites 30 qui en étaient quelquefois résultées, et je finis, en m'étendant sur les louanges de la reine d'Hongrie.

La paix fut signée le soir du 25 de de nbrei L'accession de la reine d'Hongrie est un renouvellement pur et simple de la paix de Breslau. Les Saxons s'engagèrent de plus à ne jamais donner passage par 35 leur pays à mes ennemis sous quelque prétexte que ce puisse être, ils promirent de troquer le péage de Fürstenberg contre d’autres terres de même valeur. Le roi de Pologne me garantit le paiement d’un million de contributions auxquelles le pays s'était engagé; et il renonça par le même article aux indemnisations des frais de la guerre. Je m’engageais 40 en revanche à sister les contributions depuis le jour de la signature, et

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