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Chapitre Ier

subalternes intriguèrent et cabalèrent pour gagner la confiance de leur maître: ce fut à quoi le comte de Sinzendorff réussit le mieux. Il avait un caractère aimable, né pour la société et pour la volupté, c'était l'Apicius de ce siècle : quand il donnait audiences aux ambassadeurs, il les quit- 5 tait pour communiquer à son cuisinier l'invention d’une nouvelle sauce ; un jour l'ambassadeur de France s’en plaignit à l'empereur: ce prince lui répondit que le comte de Sinzendortff ne le traitait pas mieux lui-même, et que ses bons ragoûts lui faisaient (à l'empereur) de mauvaises affaires. Sinzendorff exerçait ses emplois avec trop de négligence, sa fierté lui re- 10 présentait l'empire germanique comme l'ancien empire romain, il se croyait aussi puissant qu'un Antoine ou qu'un Agrippa. Les princes de l'empire étaient indignés de la dureté, avec laquelle il prétendait les gouverner, en cela bien différent du prince Eugène, qui par la persuasion et la douceur conduisait tout le corps germanique à ses fins. Sinzendorff 15 fut employé au congrès de Cambrai, où il eut occasion de vivre et de négocier beaucoup avec le cardinal de Fleury, la présomption du ministre allemand le flatta d'avoir pénétré le caractère du ministre français : cependant le cardinal, plus rusé que lui, n'avait laissé entrevoir de son caractère que le côté que sa politique avait jugé le plus utile pour les 20 intérêts de son maître. Sinzendorff retourna à Vienne persuadé que son crédit le rendait aussi puissant à la cour de Louis XV qu'à celle de son maître.

L'empereur entretenait alors cent quatre-vingt mille hommes de troupes réglées, toutes composées de vieux soldats qui avaient appris à

25 vaincre sous le prince Eugène, et d'officiers que l'expérience d’une guerre continuelle avait formés: c'était la plus belle armée qu'avait jamais eue la maison d'Autriche. Sinzendorff et Starhbemberg, pour accumuler l'épargne des caisses impériales, persuadèrent à l'empereur de faire une réforme dans ses troupes et ce prince licencia quarante mille hommes à

30 la veille du décès d’Auguste I®*, roi de Pologne.

La mort de ce roi rendait le trône de cette république vacant; deux candidats se présentèrent alors, l’un était Auguste, électeur de Saxe, fils du dernier roi, soutenu par l'empereur des Romains, l'impératrice de Russie, l'argent et les troupes de Saxe. L'autre c'était Stanislas Lesz-

35 czynski qui avait pour lui les vœux de la nation polonaise, ses vertus et l'appui de son beau-fils Louis XV, roi de France. Quatre bataillons furent le faible secours qu'il tira de la France ; aussi fut-il obligé à quitter pour la seconde fois le trône. Il me semble qu'il en est de la royauté comme des mariages, on a de l’indulgence pour le premier engagement,

40 le second passe pour l'effet de la folie.

Sinzendorff, qui comptait beaucoup sur l'esprit pacifique du cardinal

de Fleury, engagea imprudemment sa cour dans les troubles de la Pologne : le plaisir de donner une couronne à un prince étranger coûta trois royaumes et quelques belles provinces à la maison d'Autriche. Les Français assiégeaient déjà Kehl, qu'à Vienne on faisait encore des paris sur leur inaction, la guerre qui s’en suivit fut l'ouvrage de l'orgeuil, et la 5 paix qu'on se hâta de faire, celui de la bassesse. Eugène qui ne faisait plus que végéter, l’année 1734 et 1735, en imposait encore par la grandeur de sa réputation passée; il finit de vivre deux ans trop tard pour sa gloire, et laissa le champ libre à l'ambition des généraux qui aspiraient à remplir son poste. | 10 Deux emplois qui avaient toujours été réunis sous le prince Eugène, à savoir le commandement de l’armée et la présidence du conseil de guerre, furent séparés après sa mort. Le maréchal comte de Harrach fut mis à la tête du conseil de guerre, où ses talents figurèrent mieux qu'à la tête des armées. Koenigsegg, Wallis, Seckendorff, Neipperg, Schmettau, 15 Khevenhüller et le prince de Hildbourghausen, briguaient tous le dangereux honneur de commander les armées impériales. La conjoncture n'était pas heurèuse pour leur amour-propre : c'était une grande tâche à remplir, que de succéder à Eugène, et d'élever sa réputation à légal du grand nom que ce prince s'était fait. 20

Seckendorff et le prince de Hildbourghausen s’appuyaient du crédit de l'impératrice et d'un secrétaire d'état, nommé Bartenstein, les autres généraux étaient aussi divisés entre eux que les successeurs d'Alexandre, on aurait dit qu'ils ne servaient pas le même maitre.

Bartenstein, né sujet de la France, mais d’une extraction obscure, 25 avait gagné de l’ascendant sur l'esprit de l'empereur par la facilité de son travail, il était actif et laborieux, tandisque les ministres qui devaient faire les affaires, les négligeaient; il n’est done pas étonnant qu'il aït gagné le dessus sur les autres, d'autant plus que l'empereur était dégoûté de Sinzendorff, après le faux pas que ce ministre lui avait fait faire. 30

Sous Bartenstein travaillaient deux hommes plus obseurs que lui encore, l'un se nommaiït Knorr et l’autre Weber, ce triumvirat gouverna l'état, et protégea Seckendorff et le prince de Hildbourghausen.

Khevenhüller avait un parti dans Le conseil de guerre, et Wallis, qui se faisait gloire de haïr le genre humain, et d'en être détesté, n'en avait 35 aucun.

Bartenstein et Seckendorff furent les mobiles de la guerre que l’on fit aux Turcs, les succès des Russes leur enflant le courage, et sous prétexte d'assister ces alliés, ils plongèrent la maison d'Autriche dans un abîme de malheurs. Tout le monde voulut se mêler de cette guerre ; 40 l’empereur, ses ministres, l’impératrice, le duc de Lorraine, chacun y était

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