Chapitre. III
et couvert par le régiment de la Motte, qui arriva d'Oppeln, lorsque larmée se formait. L’avant-garde avança jusqu'au village de Mollwitz, d'où elle vit sortir les Autrichiens, mais Rottembourg qui avait défense de s'engager avec l'ennemi la ramena à l’armée au poste qui lui était as- 5 signé. — M. de Neipperg fut ainsi surpris par la faute d’un officier de hussards qui devait ce matin -là battre la campagne, et qui négligea son devoir. Les Autrichiens qui se reposaient sur la vigilance de leurs troupes légères, dinaient tranquillement et ne se doutaient de rien. Piecolomini qui avait découvert notre marche des tours de Brieg, dont il était 10 gouverneur, leur en donna la première nouvelle; cependant cet officier qu'il dépêcha ne put arriver à Mollwitz que lorsque notre armée y avançait toute formée en ordre de bataille. Neïpperg fut réduit à ranger son armée sous le feu de notre canon qui était promptement et bien servi. La vivacité de ce feu mit la cavalerie autrichienne en confusion: ce qui 15 détermina le général Rômer qui la commandait, à nous attaquer sans perte de temps. Il fit faire un quart de conversion à cette cavalerie, et vint à la gauche que nous étions sur le point d'attaquer, et où l'aile de la cavalerie n’était pas arrivé encore; sans se former il donna à bride abattue et en colonne sur M. de Schulenbourg qui faisait alors très mal 20 à propos un mouvement à droite pour s'étendre. ‘Trente escadrons des troupes de la reine tombèrent presque en même temps sur les dix eseadrons de ma droite et les culbutèrent. Cette cavalerie en déroute passa devant et derrière notre première ligne et l’aurait mise en confusion, si l'infanterie n'avait fait feu sur ces fuyards, ce qui écarta en même temps 25 les ennemis. Ce qu'il y eut d’extraordinaire fut que les deux bataillons de grenadiers, placés entre ces escadrons, se soutinrent et vinrent rejoindre le reste de l'infanterie en bon ordre. Je ralliais cependant quelques escadrons de ces fuyards et les ramenaïs sur leur premier terrain. Ils attaquèrent avec notre seconde ligne l'ennemi qui de son côté se ré- 30 formait aussi. Les Autrichiens supérieurs en nombre les aecablèrent, Rümer et Schulembourg furent tués de cette charge. La cavalerie autrichienne, victorieuse de la nôtre, voulut tomber dans le flanc de notre infanterie; mais les trois bataillons que j'avais postés entre les deux lignes l’arrêtèrent; elle attaqua par trois reprises cette infanterie de tous 35 les côtés, maïs toujours également bien reçue et vivement repoussée, elle prit la fuite à son tour, l'infanterie autrichienne s’ébranla alors pour entamer notre droite, dépourvue de cavalerie, elle fit avec le secours de sa cavalerie des efforts inexprimables et inutiles: notre infanterie, impénétrable comme un mur triompha de toutes leurs attaques. 40 A notre gauche les affaires étaient moins dangereuses : nous avions refusé cette aile à l'ennemi, elle était bien appuyée et l'infanterie n'avait 15 *
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point encore chargé, et de plus notre cavalerie avait battu celle des ennemis. A la droite le feu avait duré près de cinq heures avec une vivacité égale, toutes les munitions des soldats étaient consumées, ils dépouillaient les fournitures des morts pour charger. La crise était si violente que la plupart des généraux jugèrent nos affaires perdues, cependant 5 l'infanterie se soutenait non seulement mais elle gagnait encore du terrain. Le maréchal de Schwerin fit alors un mouvement avec sa gauche qui la portait sur le flanc de l'ennemi, et qui décida de la bataille. S'il l'eût pu exécuter une heure plus tôt, il épargnaïit la mort à une infinité de braves gens. Ce mouvement fut le signal de notre victoire, et de la dé-10 faite des Autrichiens : leur déroute fut totale; la nuit empêcha les victorieux de poursuivre les fuyards au delà du village de Laugwitz. Cette journée célèbre coûta aux Autrichiens cent quatre - vingts officiers, trois mille cuirassiers et quatre mille fantassins qu'ils laissèrent sur le carreau ; nous leur prîmes sept cannons, trois étendards, une paire de timbale et 15 mille deux cents prisonniers. Cette victoire nous coûta deux mille cinq cents morts entre autres Frédéric, prince de Prusse mon cousin germain, nous eûmes de plus trois mille blessés. Le premier bataillon des gardes, sur lequel tomba le principal effort de l'ennemi y perdit la moitié de ses officiers; et de huit cents hommes il n’en sortit du combat que cent 20 quatre-vingts en état de faire le service.
Cette journée fut une des plus mémorables de ce siècle, parce que deux petites armées y décidèrent du sort de la Silésie, et que nos troupes y gagnèrent une réputation que le temps et l'envie ne pourront jamais détruire. 25
Vous aurez remarqué sans doute par le récit de ces faits de guerre, que c'était à qui ferait le plus de fautes, de M. de Neïpperg ou de moi. L’Autrichien vous aura paru supérieur par ses projets, et nous par l’exécution; le plan de l'expédition de Neipperg était judicieux et profond: il entre en Silésie, il sépare nos quartiers, il délivre Neïsse, il est sur le 30 point de s'emparer de notre artillerie. Il aurait pu me forcer à Jägerndorf, et terminer toute la guerre par ce coup; arrivé à Neïsse, il aurait pu enlever le corps du duc de Holstein qui cantonnaït à un demi-mille de là; avec un peu de vigilance, il nous aurait empêché le passage de la Neiïsse à Michelau; ou il aurait dû marcher jour et nuit pour prendre 35 Ohlau, et me couper de Breslau: au lieu de cela il se laisse surprendre par une sécurité impardonnable et il se laisse battre par sa faute.
Ma conduite était bien plus condemnable que la sienne: je suis averti à temps des projets de l'ennemi, et je ne prens aucunes mesures pour m'y opposer; je mets mes troupes dans des quartiers trop séparés 40 et hors de portée de se joindre; je me laisse couper du due de Holstein,