‹ Histoire de mon tempsChapitre 38 sur 149 · Chapitre III · texte numérisé non relu

Chapitre III

et je me mets dans la nécessité de combattre dans une situation où je n'avais aucune retraite en cas des malheurs, et où je risquais de perdre toute l’armée; arrivé auprès de Mollwitz, où l'ennemi était en cantonne- ment, au lieu de marcher avec vivacité pour séparer les quartiers de 5 cette armée, en me mettant entre deux, je perds deux heures à me former méthodiquement devant un village où aucun Autrichien ne paraissait encore. Si j'avais suivi ce premier parti, toute l'infanterie autrichienne aurait été prise dans les villages de Mollwitz, comme ces vingt-quatre bataillons français le furent au village de Blenheim. Mais il n’y avait que le ma- 10 réchal de Schwerin dans l’armée qui fût un officier d'expérience ; les autres allaient à tâton, et croyaient tout perdu s'ils s’écartaient de l'usage ordinaire. Ce qui nous sauva malgré tout cela, ce fut la promptitude de nos résolutions, et l'extrême exactitude dont les troupes les exécutèrent. Mollwitz fut mon école, je fis de réflexions profondes sur mes fautes dont 15je profitais dans la suite.

M. de Neipperg ne put rassembler les débris de sa défaite que de l'autre côté de la ville de Neiïsse, et je fis transporter d'Ohlau mon artillerie devant Brieg où je mis le siége; après que le due de Holstein, tous mes détachements et mes renforts m’eurent joint, mon armée se trouva

20 forte de quarante-trois bataillons et de soixante -six escadrons de cavalerie et de hussards.

Pendant que le général Kalckstein ouvrit la tranchée devant Brieg, l'armée vint se camper à Mollwitz pour couvrir ce siége qui fut poussé avec tant de vigueur que la place capitula huit jours après que la tranchée

25 fut ouverte, sans qu'on eût donné l'assaut du chemin couvert, et sans qu'il y eût de brèche praticable. L'armée resta encore trois semaines dans cette même position, pour qu'on eût le temps de combler les tranchées et de ravitailler la ville. Pendant cette inaction, j'introduisis de la vivacité dans les mouvements de la cavalerie, je la dressai aux grandes

30 manœuvres des batailles et des attaques, je l'envoyai en partie pour l'agguerrir insensiblement, et pour que les officiers eussent l’occasion de juger de leurs avantages du terrain, et enfin qu'ils étudiassent leur métier; Winterfeldt, le même qui avait négocié avec succès à Pétersbourg, fit un des plus beaux coups, il surprit le général Baranyaï à Rothschloss,

35 et fit trois cents prisonniers. Nous avions la faveur du pays, et c'est le point capital de la petite guerre. Je ne rapporte point une infinité d’actions semblables, où les Autrichiens me ruinèrent un nouveau régiment de hussards auprès du couvent de Leubus, où ils prirent prisonniers une centaine d’uhlans auprés de Strehlen, où ils brûlèrent la ville de Zobten,

40 où nous les battimes auprès de Friedewalde et en d’autres endroits, parce

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