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Chapitre ILE

pautés de la Silésie, j'éludai d'entrer plus avant en matière avec lui, avant que de le voir instruit des intentions de cette princesse. Ces deux ministres, quoiqu’ appartenants à un même prince, avaient l'un pour l'autre une réserve extrême, le lord Hyndford donnaït plus d'ombrage à 5 Schwicheldt que le maréchal de Belle-Isle, et cet Hanovrien recommandait sur toute chose dans ses négociations qu'on en fit un mystère à celui d'Angleterre.

Tout le mois de mai se passa en négociations. Cependant l'envie des cours de Dresde et de Hanovre n'etait pas oïsive. Les intrigues de 10 Botta et les charmes du beau Lynar perdirent le brave maréehal Münnich à Pétersbourg. Le prince de Brunswie, général en chef de la Russie, gouverné par sa grand’ mère et par l’impératrice douairière était sur le point d'entraîner cet empire dans une guerre avec moi; les troupes russiennes s'assemblaient en Livonie, elles devaient faire une invasion en Prusse 15 pour seconder l'expédition que les Saxons et les Hanovriens méditaient sur les Marches et sur le duché de Magdebourg. Finch, envoyé d’Angleterre en Russie, soufflait la guerre dans tous les cœurs et encourageait cette nation à une prompte rupture, ainsi les ministres d'Hanovre et d'Angleterre ne pensaient qu’à m'amuser dans mon camp par des propo- 20 sitions vagues et flatteuses. | Les Anglais qui disposaient du grand pensionnaire de Hollande extorquèrent enfin de cette république une lettre déhortatoire, présentée le 8 juin par Ginkel pour m’engager à retirer mes troupes de la Silésie. Cette lettre jointe aux machinations sourdes des rois d'Angleterre et de 25 Pologne à Pétersbourg me déterminèrent à signer mon traité avec la France aux conditions dont j'étais convenu avec le maréchal de Belle- Isle. Deux articles y furent ajoutés, à savoir que les Français commenceraient leurs opérations avant la fin d'août, et qu’ils tiendraient ce traité secret jusqu'à ce que l'éclat n’en fût plus préjudiciable à mes intérêts. 30 Les Hanovriens, pour rendre redoutables leurs troupes, qui campaient depuis le mois d'avril, résolurent d'y joindre six mille Danois et six mille Hessois, qui étaient à la solde de l'Angleterre; ils sollicitèrent aussi vainement un secours pareil des Saxons. Dans mon camp milord Hyndford ne tarissait point en nouvelles propositions, et me demandait sans cesse 35 ma dernière résolution, je la lui donnai toujours de même, demandant la cession de la Basse-Silésie, la ville de Breslau y comprise. C'était à qui gagnerait du temps et amuserait le tapis. On donnait à Hyndford des espérances d’accommodement, et on accrochaït la négociation à tant de circonstances différentes qu’on l'obligeait sans cesse d’avoir recours à de 40 plus amples instructions. Schwicheldt ne marquait pas même que sa négociation devenait infructueuse. Ces deux ministres, accablés de pa-

roles flatteuses, se croyaient tous les jours sur le point de conclure, et ne finissaient jamais.

Mon camp avait jusqu’ alors eu l'air d’un congrès, nous nous mîmes en mouvement, et il reprit un air plus militaire. — Dès que la ville de Brieg fut remise en état de défense, l’armée fit trois marches en avant et 5 vint se camper à six quarts de mille de Neïsse. Mais M. de Neipperg avait pris un camp très fort, pour couvrir cette place. Comme on ne pouvait ni donner de bataille ni faire de siége, je choisis le camp de Strehlen pour la commodité de l’armée. Ce camp était également à portée de Brieg, de Schweïdnitz et de Breslau, il couvrait la Basse - Silésie, et10 m'approchait de Breslau où les magasins de l’armée étaient établis, et qui me procurait la facilité de nourrir ma cavalerie à sec, pendant toute la campagne. L’infanterie et la cavalerie fut recrutée et remontée avec tant de diligence pendant les huit semaines que nous séjournâmes à Strehlen que l’armée n'avait pas été plus complète, en sortant de ses 15 quartiers qu’elle le fut alors.

M. de Neipperg avait des intelligences à Breslau; son dessein était de me tendre un piége, pour me faire faire quelque faux mouvement qui m'éloignât de cette capitale et lui donnât le moyen de s’en emparer; ce coup aurait été d'autant plus dangereux pour moi que j'avais tous mes 20 magasins dans cette ville; mais il fut découvert, et je résolus aussitôt de rompre la neutralité, à laquelle les magistrats de cette ville avaient porté plus d’une atteinte. Je fis venir dans mon camp pour cet effet les syndics et les échevins les plus attachés à la maison d'Autriche; j'invitai de même les ministres étrangers, pour leur épargner les désagréments aux- 25 quels ils auraient pu être exposés dans cette surprise. Quelques bataillons arrivèrent la veille dans les faubourgs; on demanda le passage de la ville pour un régiment}; pendant que celui-là marchaït par une porte, un chariot s'embarrassa dans une autre, trois bataillons et cinq escadrons se glissèrent dans l'instant. L’infanterie occupa le rempart, les places, 30 et consigna les portes; la cavalerie nettoya les rues principales, et à moins d’une heure, nous fûmes maîtres de la ville, il n’en coûta la vie à personne, on ne commit aucun désordre, personne ne pilla ; la bourgoiïsie prêta l'hommage. Trois bataillons y furent mis en garnison, le général Marwitz en devint gouverneur, et les autres rejoignirent l’armée. — 35 M. de Neïpperg était marché dans ce temps à Franckenstein dans l’espérance de m'’attirer à Neisse, et d'exécuter alors son projet sur Breslau : comme celui-là lui manqua, il voulut se dédommager sur Schweïdnitz où J'avais un magasin, gardé par un bataillon. Ce projet échoua de même,

1) Le 7 d'août. 40

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