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Chapitre ILE

Les progrès que l’électeur de Bavière faisait en Autriche hâtérent d'autant plus mes opérations en Silésie que ce n’était que par des efforts réunis qu'on pouvait espérer de dompter la reine de Hongrie, et que c'aurait été une faute impardonnable que de lui laisser le temps de revenir

5 de sa première perplexité. J'y imaginai de couper Neiïpperg de la ville de Neisse, et de gagner un camp fort où j'aurais pu arriver un jour avant lui, si toute sorte de contre-temps n’eussent fait échouer ce dessein. Le général de Kalckstein fut commandé avec dix mille hommes et des pontons pour jeter des ponts sur la rivière de Neïsse au village de Woïtz;

10 11 marcha toute la nuit, et se trouva le lendemain tout proche de notre camp. Sa lenteur, les chemins gâtés par les pluies, et ses mauvaises dispositions rendirent sa marche pesante, et mes précautions inutiles. L'armée se porta sur Taupadel, et je vis à ma grande surprise que Kalckstein faisait notre arrière-garde. Ce jour de perdu ne put être regagné :

15je fus obligé de me rendre à Woïtz pour y faire jeter les ponts, je passais cette rivière avec mon avant-garde pour gagner le poste où je voulais prévenir les ennemis, mais je découvris toute l’armée autrichienne à huit cents pas de la rivière, rangée en ordre de bataïlle. Nous apprîimes par quelques prisonniers que les ennemis ne nous avaient devancé que de

20 quelques heures. Mon armée n'était pas encore arrivée, je ne pouvais attaquer Neipperg qu'en passant un défilé ; cette action eût été aussi téméraire qu inutile. C’est pourquoi je fis camper mon armée en deça de la Neisse au village de Woitz. Deux jours après nous marchâmes à Neuendorf, ce qui m'approchait de la ville de Brieg dont je tirais mes subsi-

25 stances, et j'assurais cette communication par les postes de Lüwen et de Michelau que je fis occuper par des détachements.

Le malheur du temps, le nombre d’ennemis et les mauvais succès des armées autrichiennes firent enfin résoudre la reine à se débarrasser d’un de ses ennemis. Elle me demanda sérieusement la paix; on ne

30 chicana plus sur la ville de Breslau, mais sur celle de Neïsse, et Hyndford, qui se mélait de la médiation, prétendait que je devais assister la reine de toutes mes forces contre ses ennemis en faveur de la cession à laquelle elle voulait bien se déterminer. Je rejetais toutes ces offres comme étant contraires à mon honneur et à la foi des traités signés avec la France.

35 La désolation était si générale à Vienne que l’impératrice douairière écrivit de sa propre main au prince Ferdinand de Brunswic, qui m° accompagnait, de m° inspirer des sentiments pacifiques ; cette lettre mérite qu'on la rapporte pour sa singularité.

»Vienne le 17. septembre 1741. — Mon cher neveu. Je romps un

40 silence cruel, que votre conduite en servant contre nous m’a ‘imposé; ni je le ferais, si j'avais d'autre voie pour conjurer le roi de Prusse de me

rendre en lui un neveu, que je ne puis nommer cher et digne d'estime après l’affliction que vous deux me causez. La consolation en est entre les mains du roi. La reine, ma fille, lui accorde tout ce que personne ne saurait garantir qu elle-même, s'il aide à la mettre encet état dans une entière tranquillité, et que le roi aide à éteindre le feu qu'il a allumé, 5 et n’agrandisse lui-même ceux ses propres ennemis; car il ne faut que la mort de l'électeur palatin pour lui en attirer d’autres, plus, que lagrandissement de Bavière et Saxe ne peut souffrir qu’il possède tranquillement ce que la reine lui laisse en Silésie. Ainsi, persuadez le roi de devenir notre bon allié, d'assister la reine de troupes à conserver des états que 10 tant d’ennemis accablent; car c'est même l’avantage des deux maisons s’ils sont en étroite alliance, leur pays étant à portée de se pouvoir aider

à soutenir leurs droits réciproquement. Je compte tout sur votre représentation, et sur les belles qualités que possède le roi, qui nous ayant attiré le mal, voudra aussi avoir l'honneur de nous sauver à son tour du précei-15 pice, et avoir quelque égard même pour ses propres intérêts, pour une mère et tante affligée, qui après pourra sans rancune se dire votre affectionnée tante Elisabeth.«

Le prince Ferdinand répondit de ma part à l’impératrice par un refus honnête, en insinuant à cette princesse que je ne pouvais pas me 20 départir des engagements que j'avais pris avec la France et la Bavière, que je plaignais sa situation, mais que le temps où il était libre de recevoir des offres était passé.

On intercepta, presque en même temps, une lettre de l’impératrice écrite au prince Louis de Brunswie qui sollicitait le duché de Courlande 25 à Petersbourg. Il est bon de la voir en original :

»A Vienne le 20. septembre 1741. Mon cher neveu. L'état de nos affaires ont pris un pli si accablant, que l’on peut dire notre cas un abandon général; car plus aucun n’est pour nous. Ce qui nous console dans notre malheur, que Dieu sera pour nous, précipitera plus d’un Pharaon 30 dans la mer Rouge et confondra nos faux simulés amis. Il n’est pas possible que la plupart croient plus qu'il y a un Dieu. Vrai est-il, les fausses apparences ne m’ont pas endormie, et malgré que l’électeur de Bavière nous a attiré les Français, et me chasse d'ici, je l'estime un digne prince: il n’a pas simulé, ni été faux; il s'est démasqué d’abord, et35 agit honnêtement. Je doute de vous plus écrire d'ici, c’est une triste année, pour moi. Conservez-nous l'alliance, et qu'ils se gardent des simulés amis, qui suis votre très affectionnée tante Élisabeth.«

Le style de ces lettres prouve assez combien ils avaient à Vienne le cœur ulcéré et plein de vengeance, et qu’ils pensaient qu'on ne pouvait 40

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