‹ Histoire de mon tempsChapitre 56 sur 149 · Chapitre VI · texte numérisé non relu

Chapitre VI

brad. Mon avant-garde était composée de dix bataillons, autant d’escadrons de dragons, et autant de hussards, avec laquelle je vins me camper sur la montagne de Podhortzan auprès de Chotieborz, ce poste mettait mes troupes hors d'insulte. Je fus à la découverte dès que les troupes 5 furent campées, et d'une hauteur voisine j’aperçus à une demi-mille vers Willimow un camp qui pouvait contenir sept à huit mille hommes. En combinant la marche du prince de Lorraine avec ce corps que j'aperçus, Je m'imaginai que Lobkowitz était venu là de Budweis pour se joindre à la grande armée. J'envoyai ordre au prince Léopold de marcher le 10 lendemain dès la pointe du jour pour que nous fussions à portée de nous . soutenir réciproquement, et il ne parut que quelques hussards ennemis . dans la plaine qui rodaient alentour du camp selon leur coutume. | Mes patrouilles allérent pendant toute la nuit, les chevaux de la cavalerie restèrent sellés, et les soldats tout habillés, de sorte que cette 15avant-garde était à l'abri de toute surprise. Le lendemain !}, à la pointe du jour, les batteurs d'estrade me rapportèrent que le camp de Willimow avait disparu; je voulus m'en assurer par mes propres yeux, et je vis effectivement qu'il n’y avait plus personne dans toute la plaine. Ces troupes que j'avais prises pour le corps du prince de Lobkowitz étaient 20 l'avant-garde du prince de Lorraine, qui pour ne rien risquer s'était retiré à mon approche.

Dès que mon armée eut passé le défilé d'Herzmanmiestetz, je me mis en marche avec l'avant-garde, faisant ordonner au prince Léopold de se camper entre OÜzaslau et le village de Chotusitz. J’avançai en suite 25 à petit pas, et sans perdre de vue l’armée qui me suivait, et je cantonnaï mes troupes de Neuhof où la droite de l’armée devait s'appuyer jusqu’à Kuttenberg. (Cet espace ne contenait qu'une demi-mille; je trouvais dans cette ville toute une cuisson de pain que les ennemis y avaient fait préparer, et tous les secours dont mon armée pouvait avoir besoin. J’as- “30 signai le rendez-vous de l'avant-garde entre Kuttenberg et Neuhof, avec ordre de s’y rendre au premier signal de canon. Sur la nuit le prince Léopold me fit dire que, sa marche ayant été appesantie par l'artillerie et le gros bagage, il n'avait pu atteindre son camp qu’ après le coucher du soleil; ce qui l'avait empêché de prendre Czaslau, et qu'il. avait 35 aperçu toute l’armée autrichienne campée auprès de Willimow, c'est à dire à une mille du camp prussien. Sur cette nouvelle je disposai toute chose pour être en état de rejoindre l'armée le lendemain de bonne heure.

Le 17, je me mis en marche à cinq heures du matin. Arrivé aux hauteurs de Neuhof, je découvris toute l’armée autrichienne qui avait

0 41) Le 16 (mai).

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gagné Ozaslau pendant la nuit, et qui s’avançait sur quatre colonnes pour attaquer le camp prussien. Ce camp était situé dans une plaine. A la gauche il tirait vers le parc de Sbislau, entre ce pare et le village de Chotusitz le terrain était marécageux, et traversé par quelques ruisseaux. La droite finissait proche de Neuhof, et s’appuyait à une chaîne d’étangs. 5 Devant cette droite était une hauteur: je fis dire au général Buddenbrock de l’occuper avec sa cavalerie, et au prince Léopold de former promptement sa première ligne, et de laisser du terrain à la droite de la seconde que je voulais remplir avec mes troupes. Nous arrivâmes tant cavalerie qu'infanterie au grand trot, ma cavalerie se mit en seconde ligne, derrière 10 celle que commandait le général Buddenbrock, et mon infanterie se mit en partie dans le flanc droit de la première ligne, et en partie dans la seconde,

À peine ces troupes étaient-elles rangées dans cet ordre, que la cannonade commença ; les quatre-vingt-deux pièces de campagne qui étaient dans mon armée furent bien servies, et firent un feu d’une vivacité pro-15 digieuse. Buddenbrock avait rangé sur la hauteur notre cavalerie en potence, de façon que sa droite débordait la gauche des ennemis. Il attaqua vivement les Autrichiens, et son choc fut si impétueux que les ennemis furent renversés à l'instant; l’épaisseur de la poussière arracha une victoire complète à notre cavalerie ; ils ne purent pas profiter assez 20 de ce premier avantage. Rottembourg renversa cependant un gros de cavalerie qui tenait encore, et tomba sur deux régiments de l'infanterie autrichienne, qu'il maltraita beaucoup, et qu'il aurait tous hachés en pièces, si dans l’obscurité de cette poussière quelques escadrons de cuirassiers et de hussards que les ennemis avaient eu le temps de rallier ne 25 fussent tombés inopinément à dos et sur le flanc de notre cavalerie victorieuse. Cet accident la mit en confusion, et elle souffrit beaucoup pendant ce désordre ; les officiers rallièrent cependant leur monde, et lorsque la poussière tomba, on ne vit que cinq escadrons de la cavalerie autrichienne, tout Le reste avait pris la fuite. 30

Pendant ce combat de cavalerie, on apercevait un certain flottement, et une incertitude dans la contenance de l'infanterie ennemie, lorsque tout à coup les généraux résolurent de faire avec leur droite un effort sur notre gauche. Voici la raison de leur conduite: le prince Léopold, ayant trop tardé à former l’armée, n'avait pas eu le temps de la porter 35 sur le terrain qui lui était le plus avantageux. Il avait garni en hâte le village de Chotusitz par le régiment de Schwerin, et il avait posté son régiment de l’autre côté dans l'intention de porter la cavalerie de la gauche entre le parc de Sbislau et cette infanterie; mais le terrain qui était devant le camp de cette cavalerie se trouvait si entrecoupé de 40 ruisseaux, et si marécageux qu’ au lieu de s'avancer en bataille, pour

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