‹ Histoire de mon tempsChapitre 62 sur 149 · Chapitre VII · texte numérisé non relu

Chapitre VII

à la fois à l'argent anglais qui arme toute l'Hongrie, et aux efforts de la 134. reine d'Hongrie dont les provinces enfantent de nouvelles armées? Les Hongrois se préparent à tomber sur le prince d’Anhalt en Haute-Silésie, les incidents et les hasards deviennent plus décisifs que jamais, la supé-

5 riorité de mes ennemis, et peut-être même leur fortune, en m’accablant, pourraient m'obliger à succomber. Dans une situation aussi critique, je me suis vu obligé, quoique dans l'amertume de mon cœur, de me sauver d’un naufrage inévitable, en gagnant le port comme je l'ai pu. —

»La nécessité seule a pu me vaincre: on ne condamne personne pour

10m avoir pas fait l'impossible; quant aux choses possibles, vous me trouverez toujours également fidèle à remplir mes engagements. Je ne révoquerai jamais les renonciations que j'ai faites sur les pays de Juliers, Berg et Ravenstein; on ne me verra point ni directement ni indirectement troubler l’ordre établi dans cette succession, et plutôt mes armées

15se tourneront-elles contre moi-même que contre des alliés qui me sont aussi chers que les Français. Je concourrai toujours avec les mêmes dispositions aux avantages du roi, votre maître, et à tout ce qui peut influer au bonheur de son royaume.

»Le cours de cette guerre n’est pour aïnsi dire qu'un tissu des marques

20 de bonne volonté que j’ai données à mes alliés, je me flatte qu’on sera assez convaincu de mes sentiments à ce sujet pour ne m'en point supposer d’autres. Je pense que vous devez convenir, monsieur, avec toute la bonne foi imaginable des choses que je viens de vous exposer, et que vous regrettez avec moi que le caprice du sort ait fait avorter des des-

25 seins aussi salutaires à l’Europe que l’étaient les nôtres. Je suis etce.«

Voici la réponse que me fit le cardinal 1).

»Sire, Votre Majesté jugera aisément de la vive impression de douleur qu’a faite sur moi la lettre dont il lui a plu de m’honnorer, du 10 de ce mois. Le triste événement qui renverse tous nos projets en Allemagne

30 n’eût pas été sans ressource, si Votre Majesté eût pu secourir M. de Broglie, et sauver du moins la ville de Prague: mais elle n’y a pas trouvé de la possibilité, et c’est à nous à nous conformer à ses lumières et à sa prudence. On a fait de grandes fautes, il est vrai, et il serait inutile de 1° les rappeller ; maïs si nous eussions réuni toutes nos troupes, le mal n’eût

35 pas été sans remède; il ne faut plus y songer et ne penser qu'à la paix, puisque Votre Majesté la croit nécessaire, et le roi ne la désire pas moins que Votre Majesté: c'est à elle à en régler les conditions, et nous envoyons un plein-pouvoir à M. le maréchal de Belle-Isle pour souscrire à tout ce qu’elle aura arrêté. Je connais trop sa bonne foi et sa générosité,

() en

40 1) En date du 20 de juin 1742.

pour avoir le moindre soupçon qu'elle consente jamais à nous abandonner, après les preuves authentiques que nous lui avons données de notre fidélité et de notre zèle pour ses intérêts. Votre Majesté devient l'arbitre de l’Europe, et c’est le personnage le plus glorieux que Votre Majesté puisse jamais faire. Achevez, Sire, de le consommer, en ména-5 geant vos alliés et l'intérêt de l’empereur autant qu’il vous sera possible : et c’est tout ce que je puis avoir l'honneur de lui dire dans l’accablement où je me trouve. Je ne cesserai de faire des vœux pour la prospérité de Votre Majesté, et d'être avec tout le respect, etc.«

Ainsi se termina cette alliance, où tous les partis voulurent jouer au 10 plus fin; où les troupes des différents maîtres ne reconnaissaient de dépendance que celle du chef de leur nation, et dont les opérations militaires étaient assujetties à la révision d’un prêtre timide, qui rejeta tous les projets que j'avais formé sur la connaissance des lieux de l'ennemi et de nos forces: et ce fut là le miracle qui sauva plus d’une fois la maiïson 15 utd'Ariche de la perte certaine.

Les politiques et les militaires approuveront, je crois les raisons qui me portèrent à la paix; je pense même que les philosophes seront de mon sentiment; car un prince se doit avant tout à ses peuples, et dès qu'il trouve une alliance dangereuse et des alliés perfides, il ne s’écarte 20 pas des règles de la bonne foi, en les abandonnant. De plus je ménageais par la paix le sang de peuple et des troupes les plus admirables qui aient jamais combattu.

Dès que les ratifications de la paix furent échangées, le roi d'Angleterre m'en donna une garantie authentique, signée avec les formes les 25 plus solennelles, approuvée du parlement, et avouée de toute la nation, qui le désirait ainsi. Carteret facilita si fort cette paix, à cause qu'il pensait d'entraîner insensiblement la Prusse dans la guerre, qu’il méditait contre la France. Seize mille Anglais passèrent la mer, autant de Hanovriens et six mille Hessois vinrent se joindre ensemble en Brabant. 30 Le landgrave de Hesse avait un pareil nombre de troupes au service de l'empereur, et il eût pu arriver facilement qu'on eût vu les troupes d'un même prince s’entre-détruire; aveuglément prodigieux d'un intérêt avide dont ces mercénaires malheureux faillirent de devenir les victimes !

À peine ces troupes s’assemblaient-elles en Brabant que Mailleboïs 35 marcha avec une armée française au secours de Broglie, assiégé dans Prague. On appela à Paris cette armée celle de mathurins parce qu'ils allaient délivrer des prisonniers. Maillebois passa le Rhin à Mannheim, et dirigea sa marche sur Éger.

Depuis que les Prussiens avaient quitté la Bohême, la fortune s'y 40 était entièrement déclaré pour la reine d'Hongrie. Le prince de Lorraine,

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