Chapitre VIIL
Lewenhaupt périrent sur l’échafaud. La fatalité de leurs armes avait: perdu la réputation de leur nation, les accusations dont on les chargea furent grièves, on aurait dû punir plutôt ceux qui par un mauvais choix avaient confié le commandement des armées à d’imbéciles, à d'hommes
5qui, n'ayant nulle expérience de la guerre, ne pouvaient commettre que des fautes grossières.
Je reviens aux affaires du Sud dont la Suède et la Russie m’avaient distrait pour un moment. Nous avons vu la reine d'Hongrie rentrer en possession de la Bohême où la seule ville d'Éger tenait encore pour les
10 Français. Cette princesse se rendit à Prague pour y recevoir l'hommage de ce royaume, au recouvrement duquel sa constance avait autant contribué que la force de ses armes. Le jour même de son couronnement, elle reçut du maréchal Khevenhüller la nouvelle que l’armée qu'il commandait sous les ordres du prince de Lorraine, était marchée de Schär-
15 ding à Braunau où le général de Minucei était campé avec un corps d’impériaux de sept à huit mille hommes, et qu'il en avait été chassé. Voici les détails que j'ai appris de cette affaire. Khevenhüller avait donné rendez-vous à ses troupes à Schärding, place située au bord de l'Inn qui est contiguë à l'Autriche. Ces troupes s'y rendirent de leurs
20 quartiers d'hiver par différentes routes, pour que les Bavaroïs ne fussent pas avertis de leur assemblée. Seckendorff fut informé du dessein des Autrichiens malgré leurs précautions, et il donna ordre au général Minucci de se retirer. Ce général, quoique personellement brave, était si peu au fait de la guerre qu'il n'eut ni l'intelligence de se retirer, en obéis-
25 sant aux ordres de son chef, ni la capacité d’occuper convenablement avee ses troupes le terrain sur lequel il voulait attendre l’ennemi, (tels étaient à peu près tous les généraux impériaux à l'exception de l’unique Seckendorff). Khevenhüller marcha à lui, l'Autrichien trouva le front des Bavaroïis inattaquable, ayant un grand ravin qui séparait les deux armées.
30 La droite de Minucei était appuyée à Braunau qu’on avait fait fortifier en hâte pendant l'hiver avec des ouvrages de terre. Mais autant que le poste des impériaux était fort par son front et sa droite, autant était-il faible par la gauche. Khevenhüller s’en aperçut d’un coup d'œil, et il détacha par sa droite le général Berlichingen avec un gros corps de ca-
35 valerie qui passa sur quelques montagnes, tourna le général Minueci, et tomba sur son flanc gauche par des chemins détournés auxquels le Bavarois navait fait aucune attention; Berlichingen se forma à deux mille pas de Minucei, tandis que Nadasdy avec une centaine de hussards attaqua les impériaux. Toute cette bataille ne fut qu'une escarmouche de
40 hussards ; les Bavaroïs s'enfuirent sans combattre, leur cavalerie se sauva à travers la ville de Braunau, et leur infanterie se réfugia en partie sur
le glacis de cette ville, et une partie fut faite prisonnière par les Autrichiens, le général Minucci avec la plupart des généraux impériaux furent faits prisonniers. Les débris de leur cavalerie se réfugiérent à Burghausen où les Bavaroïs avaient encore un corps considérable de troupes.
Les Français qui étaient à Osterhofen n’attendirent pas l'approche 5 des Autrichiens, et se sauvèrent promptement. Le vieux Broglie, qui commandait l'armée de Bavière avec les maréchaux de Maillebois ‘et de Seckendorff, avait été pressé vivement par ce dernier de prévenir les Autrichiens, et de rassembler ses troupes avant que les ennemis fussent en état de rien entreprendre. Mais Broglie était dans un état d’imbécil- 10 lité après quelques attaques d’apoplexie qu'il avait eus, et on ne put le déterminer à rien; on crut même qu'il n'était pas fâché de voir les mauvais succès d’une guerre à laquelle le maréchal de Belle-Isle avait eu la principale part. D’autres ont supposé avec plus d'apparence qu'il avait des ordres de sa cour de ne point soutenir la Bavière, et de retourner en 15 France. Quoi qu'il en pâût être, sa conduite sembla autoriser ces soupçons, car on ne la rechercha point, et dans le fond il était aussi coupable que les généraux suédois Buddenbrock et Lewenhaupt qui furent punis de mort.
Les Autrichiens profitèrent habilement de ce premier avantage et de 20 la supériorité qu'eux, étant en corps, avaient sur les impériaux et les Français qui n'étaient pas encore rassemblés. Le prince de Lorraine délogea les Français de Deckendorf, tout plia d'autant plus facilement devant lui que, à mesure qu'il avançait, les troupes françaises recevaient l'ordre de se retirer. Les Autrichiens laissèrent quelques troupes en ar- 25 rière pour bloquer Braunau, et ils avancèrent dans le pays avec le gros : de leur armée. Quelques rivières assez considérables qui ont leurs sources dans les montagnes du Tyrol, et qui vont se jeter dans le Danube coupent la Bavière, et fournissent à un général qui en voudrait disputer les bords la faculté d'arrêter l’ennemi; mais le prince de Lorraine trouva 30 vis-à-vis de lui des généraux qui ne savaient que fuire. Broglie décampa de Straubing où il avait un magasin considérable, en y laissant une faible garnison qui ne pouvait pas manquer de devenir prisonnière des Autrichiens. On lui avait envoyé un renfort de dix mille Français qui étaient déjà arrivés au Schellenberg auprès de Donauwerth, ceux-ci devinrent 35 les compagnons de son infamie, et malgré tout ce que Seckendorff put lui représenter, Broglie continua de fuir, et ne s'arrêta qu’ à Strasbourg où il donna un grand bal le jour de son arrivée pour immortaliser apparamment la campagne brillante qu'il venait de faire.
Le malheureux Seckendorff avait cependant trouvé le moyen de 40 rassembler les débris des impériaux qui avaient si lâchement fui à